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de vapeur gagne insensiblement les terrains supérieurs que l'absence du soleil a refroiïdis; alors, la pureté de l'air et la douceur de la température font de cette station un lieu de délices. Plusieurs végétaux des tropiques sé sont assez bien acclimatés sur la charmante habitation du marquis de la Candia, où nous avions établi le quartier général de nos herborisations, durant notre sé jour dans cette partie la plus élevée de la vallée d'Orotava.
À La Laguna, dans le voisinage d'une des forêts les plus importantes de Ténériffe et à l'altitude de 1,722 pieds, le thermomètre ne baisse jamais en janvier au-dessous de 10,5 et s'élève souvent jusqu'à 14. Il est ordinairement entre 16 et 17° en décembre, et monte jusquà 24 et 25° en juillet. Le climat de cette ville passe pourtant pour un des plus pluvieux et des plus froids de l'île; l'atmosphère est rafraîchie pendant l'été par les brises de nord-est souvent accompagnées de pluie; les brouillards rasent constamment la plaine; l'hiver les averses sont fréquentes et durent par fois plusieurs semaines. Cependant, quoique les Orangers, les Citronniers et les Bananiers s'y développent moins vite que sur la côte, ces végétaux ne paraissent pas souffrir des variations du climat; les Dragonniers y parviennent à de grandes dimensions, et plusieurs autres espèces de la flore indigène, qu'on a transplantées dans le jardin du marquis de Villa Nueva del Prado, y ont parfaitement prospérées. On s'étonne de voir réunies dans ce beau site les plantes des différentes zones, le Pancratium Canariense avec les Euphorbes des coteaux maritimes: les Bystropogons avec les Lavandes et les Hypéricons des ravins:; le Ruscus androgynus, les Cinéraires et les autres espèces némorales y croissent, comme dans les bois, à l'ombre des grands Lauriers.
Dans la vallée de Guimar, à 3,178 pieds d'élévation absolue, on rencontre encore le Myrica Faya, et la température n'est pas moindre de 22° à la mi-septembre. Le même arbre se retrouve
(48) aussi dans l'île de Palma, à l'altitude de 3,916 pieds, et à cette station la chaleur est encore de 18° au mois d'octobre.
À la grande Canarie, M. de Buch observa, la température en juillet, dans la vallée de Tiraxana, à l'altitude de 2,961 pieds, et son thermomètre marquait 26°, à 6 h. p. m. Dans le mois d'octobre nous l'avons vu se soutenir, à la même station, à 23, par un temps brumeux et avec la brise au nord-est.
Dans la même île et d'après les indications de M. de Buch, à 1,387 pieds d'élévation perpendiculaire, le thermomètre ne baïissait pas au-dessous de 19° au mois de juillet, dans l'intérieur de la forêt du Doramas et aux alentours des sources de Moya. L'observation se fit à 10 h. du matin (1).
Ces données démontrent suffisamment que le climat des forêts, la troisième région de M. de Buch, ne ressemble en rien à celui de Lyon et de la Lombardie, où le froid est même plus rigoureux en hiver que sur les cimes les plus élevées de Ténériffe. L'Olivier (Olea Europea), indigène aux Canaries, et que l'on rencontre encore dans ces îles à 2,109 pieds au-dessus du niveau de la mer (2), na jamais pu sacclimater dans le bassin du Pô. Plusieurs arbres des forêts canariennes, introduits dans nos jardins d'Europe, n'ont pu résister à nos hivers que dans les sites les plus abrités du littoral méditerranéen et des alentours de Lisbonne (3); mais, sous ces latitudes, ces végétaux ne paraissent pas destinés à acquérir le beau développement qui les rend si remarquables dans leur patrie,
La quatrième région de M. de Buch, celle des Pins, ne saurait non plus être comparée pour son climat avec la France ou l'AI-
(1) Voy. Léopold de Buch., Physical. Beschr. der Can. {nsel., pag. 102.
(2) Dans la vallée de Tiraxana de la grande Canarie.
(3) Le Wisnea Mocanera est cultivé à Gênes dans les beaux jardins du Zerbino, mais ses fruits ne parviennent jamais en maturité. Le Laurus indica semble mieux s’accommoder au climat de Nice : à Lisbonne cette espèce orne les promenades publiques.
lemagne du nord, et encore moins avec le midi de l'Écosse, où le froid est si intense pendant la saison hivernale et les pluies si abondantes. Aux Canaries, le soleil continue d'échauffer la région pinifère jusqu'au commencement de décembre (1); les nuits sont alors plus froides, sans que le sol ni l'atmosphère soient pour cela plus humides. En Angleterre, dans le comté de Surrey, où le climat est plus doux qu'à Paris, le Pinus Canariensis n'a jamais pu passer l'hiver hors de l'orangerie.
Quant à la cinquième région que M. de Buch a désignée sous le nom de Cumbre, la cime, et dont le climat a paru à ce savant avoir des analogies avec celui du nord de l'Écosse et du Drontheim, nous ne saurions admettre non plus une pareille comparaison. Dans cette zone, la sécheresse de l'air est encore plus forte que dans celle des Pins, et l'aridité du sol est en rapport avec l'état de l'atmosphère; M. de Buch lui-même en a fait l'observation, el pourtant ce quil dit du climat des deux régions les plus élevées de Ténériffe est tout-à-fait contraire avec l'analogie qu'il en déduit (2). La partie supérieure des Canaries Occidentales constitue un pays inondé de laves vitrifiées et de tufs volcaniques
que le soleil échauffe facilement, et où l'humidité n'exerce qu'une
(1) Le bourg de Chasna, situé au milieu des bois de Pins de la bande méridionale de Ténériffe , et à l'altitude de 4,008 pieds, jouit encore d’une chaleur de 26°,6 dans les belles journées de décembre, et de 13,3 à 15°,5 dans les temps de bruine. A 2 ou 300 pieds plus haut, autour des sources acidulées d’'Ucanca, le thermomètre se soutenait entre 22,2 et 23°,3 de dix heures dun matin à midi, le 29 décembre 1828. Voy. les observations de température rapportées dans le supplément à ce chapitre.
(2) « Les deux dernières régions sont très-élevées au-dessus de la limite habituelle des nuages. Elles » restent donc, à l'exception de pew de mois dans l'année, dans un état de sécheresse constant et particulier » à ces êles ; c’est pourquoi il n’y a qu’un petit nombre de végétaux qui puissent s’y maintenir... Les » conditions extraordinaires dans lesquelles ces stations se trouvent placées sont cause que des 23 » espèces , 19 sont entièrement propres à ces îles, et jusqu'à présent n’ont été trouvées nulle autre
.» part. On ne peui en aucune manière comparer celle flore à celle des Alpes, plongée dans une perpétuelle
» humidité.» (Coup-d'œil sur la flore des tles Canaries, trad. de l'allem. de M. Léopold de Buch ; ext. du 1+ vol. des Arch. de bot.)
(50 ) action passagère. Si l'on s'en tient aux variations de température observées à diverses époques de l'année sur les plus hautes cimes de Ténérifle, on voit que les différences sont peu marquantes. Le climat, la nature du sol et les productions végétales de l'enceinte des Cañadas, des crètes qui l'entourent et du pic qui la domine, nous ont paru plutôt offrir de grandes ressemblances avec l'Etna. Le Teyde, de même que le volcan de la Sicile, ne se couvre de neiges que pendant deux ou trois mois de l’année, encore y fondelle souvent au bout de quelques jours; aucune source ne jaillit de ses pentes, les eaux pluviales se perdent aussitôt sous les laves, et les nuages sarrêtent rarement sur cette montagne isolée (1 ). Deux légumineuses, assez identiques par leur port, se trouvent également sur les cimes de Ténériffe et sur l'Etna, ce sont le Cytisus nubigenus et le Genista AEïtnensis. L'une couvre tout le plateau qui entoure le pic de Teyde depuis 6,000 pieds environ jusqu'à 8,673 au-dessus de la Æstancia; Vautre s'est répandue sur les pentes de l'Etna depuis 4,000 pieds jusqu'à 6,000 (2); ainsi la première commence à se montrer à l'altitude où la seconde cesse de croître. Le nombre des espèces de la haute région est à peu près aussi restreint dans ces deux localités; le sommet des montagnes y est dépourvu de ces gazons émaillés de fleurs qui tapissent les hautes Alpes. Ces analogies ne se rencontrent pas seulement dans la région la plus élevée, les stations adjacentes en offrent aussi quelques autres. Le Pinus Canariensis remplace, sur les montagnes de Ténériffe et des îles voisines, le Pinus Laricio qui croît en Sicile jusqu'à 6,200 pieds; l'Erica arborea forme, dans les deux contrées, une zone de végétation distincte au-dessus des grandes forêts et dispute le terrain au Peris Aquilina, fougère vagabonde, dont
(4) Philippi uber die vegetation an Ætna.
(2) Id. Id.
la force expansive brave toutes les températures. Mais si, des bois de Bruyères, nous passons dans la région des Lauriers, puis de là dans celle des plantes des bases, nous ne trouverons plus les mêmes rapports, et il faudra aller chercher ailleurs des ressemblances.
Certaines contrées de l'Océanie paraissent avoir plus d'analogie avec les parties boisées de l'Archipel Canarien. M. d'Urville et les deux savants naturalistes qui l'accompagnaient lors de son excursion à Ténériffe (1), furent frappés de l'aspect de la végétation en pénétrant dans la région des bois : ces belles masses de verdure, le port de certains arbres et la fraîcheur dont ils étaient empreints, leur rappelèrent un instant les forêts vierges de l'Océan Pacifique. Mais il est surtout dans ces mers polynésiennes et à une latitude équivalente, un archipel qui, sous les rapports du climat et de lorganisation du sol, présente une similitude encore plus frappante avec le groupe des Canaries; c'est celui de Sandwich, dont M. Gaudichaud nous à donné une description si intéressante, Plus d'une fois, en lisant les observations de ce botaniste, sur la région des forêts de ces terres lointaines, nous nous sommes . crus de nouveau dans les îles Fortunées; même conformité, en effet, dans la nature des terrains, dans la constitution de l'atmosphère et dans les phénomènes météorologiques qui s'y manifestent.
« Les nuages, dit-il, sont permanens aux îles de Sandwich de
» 250 à 300 toises et s'étendent jusquà 600 au moins... À 50 ou
» 100 toises au-dessus des habitations situées près de la lisière des forêts » vierges, on entre tout-à-fait dans les brouillards dont les vapeurs » acquièrent une densité de plus en plus considérable et finissent » par se résoudre en pluie (2). »
(1) Voy. P’oyage de l'Astrolabe, partie hist. , pag. 46 et 47. @) Foyage autour du monde de l'Uranie, part. bot., par M. Gaudichaud, pag. 89.
Dans un autre passage de sa relation, M. Gaudichaud dépeint ainsi l'état de l'atmosphère à mesure que l'on passe de la région des côtes dans celle des bois.
« Le soleil, d'abord obscurci par des vapeurs légères, se voile » de plus en plus, perd successivement de sa chaleur et cesse de » tourmenter une végétalion qui se montre alors dans toute sa » magnificence, et offre presque tout-à-coup la verdure et l'image » d'un printemps éternel. On est transporté effectivement dans » une autre région, et l'on croit passer de la zone torride dans la » zone tempérée (1). »
Le phénomène de la condensation des nuages et de leur évaporation instantanée, que ce voyageur infatigable décrit ensuite avec tant de vérité, nous l'avons vu se produire sous nos yeux à Ténériffe, sur le plateau des Rodeos, situé entre les forêts de /as Mercedes et celles d’Agua Guillen et de l'Esperanza. Cette plaine, par son heureuse position, réunit toutes les conditions nécessaires à la végétation; lorsque le calme règne dans l'atmosphère, les nuages restent stationnaires sur les collines qui entourent les Rodeos et se
(1) On retrouvera sans doute avec plaisir, dans cette note, la suite de la description de M. Gaudichaud : elle retrace à la fois la nature des phénomènes dont l'atmosphère des hois est ordinairement le théâtre dans les îles de Sandwich et sur les montagnes boisées de l'archipel Canarien.
« L'air raréfié, brûlant, qu’on respirait avec peine à quelques toises au-dessous , rafraichi par des » petites brises échappées des nuages qui dominent et ombragent ces lieux, est ici agréable et salubre. » Ces nuages permanens , qui sans cessé enfantent des orages, chassés par les vents impétueux , s’élan- » cent quelquefois de leur séjour habituel , viennent inonder et vivifier de leurs vapeurs légères les » parties inférieures qui commencent à se boiser ; mais rarement ils dépassent cette limite, qui paraît » être pour eux une barrière insurmontable : saisis en même temps par la chaleur directe et réfléchie » du soleil, ils s’évanouissent et disparaissent instantanément sur ce point, pour se condenser encore » au haut de la montagne et revenir bientôt après apporter de nouveaux trésors à la végétation. Poussés » par les brises violentes qui se forment continuellement dans leur sein , on les voit souvent se déta- » cher en colonne et fondre ainsi sur la plaine en rasant la terre; mais rarement ils arrivent jusqu’au » rivage.
» Ce phénomène, que vingt fois j'ai vu se reproduire , m’a toujours étonné par la rapidité avec la- » quelle il s'opère. On croirait qu'une force élastique a lancé dans l'espace ce cône de vapeurs, qui, » bientôt après, semble revenir sur lui-même : mais ce n’est qu'une illusion; en s’approchant da- »” vantage, on voit le nuage s’évaporer avec promptitude. » Voyage autour du monde de l'Uranie, part. bot., par Gaudichaud , pag: 95.
fixent le long de la lisière des bois, comme un rideau de vapeur; mais aussitôt que les brises deviennent plus fraîches, leur masse condensée commence à rouler sur elle-même, se dilate en suivant l'impulsion du vent, déborde au-dessus les collines environnantes et inonde la plaine par les gorges qui y aboutissent (1). Alors la brume s'étend de toute part et s'épaissit de plus en plus, le soleil reste voilé et une forte bruine, en pénétrant la terre d'humidité, vient fertiliser des champs qu'on à justement appelés les greniers de l'île. Ces nuages, amoncelés dans cette enceinte, sont incessamment chassés par les brises de mer; on les voit déboucher par les cols ouverts au nord, ils semblent descendre des montagnes boisées pour s'abattre sur le plateau, et disparaissent ensuite vers l'est, à la descente de Sainte-Croix, où une température brûlante produit leur évaporation. C'est sans doute pour cette raison que ces temps brumeux ont reçu dans le pays la dénomination de Tiempo de arriba , temps d'en haut, tandis qu'on désigne par l'expression analogue de Tiempo de abajo , temps d'en bas, le vent du sud , qui souffle dans une direction contraire et dont l'influence se fait d'abord sentir sur la côte.
Ainsi, dans chacune des zones où la végétation se trouve distribuée aux Canaries, elle est assujétie à des influences diverses. Pour bien faire apprécier ces différentes conditions d'existence, nous présenterons le tableau des températures observées simultanément à Ténériffe aux stations les plus importantes, depuis le niveau de la mer jusqu'au sommet du Pic (2). Nous réunirons en même temps dans ce cadre les observations relatives à l'exposition, à la nature des terrains et aux
autres circonstances locales.
(1) Ce phénomène, si intéressant à observer, a lieu aussi en hiver dans les stations les plus élevées de la bande méridionale de Ténériffe. A Chasna (4,008 pieds) , lorsque l’action puissante qu’exerce le Pic sur toute l’atmosphère environnante, attire sur lui les vapeurs chassées par la brise du nord-ouest, le temps devient alors pluvieux ; les nuages amoncelés autour de la base du volcan, s’augmentent et débordent les montagnes des Cañadas, pour venir se grouper sur le revers opposé et fertiliser des terrains trop souvent dévorés par la sécheresse.
(2) Les données de M. de Buch nous ont servi de guide pour les températures et les altitudes rapportées dans ce tableau.
1815. Oct.
Juin.
Sept.
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Garachico
Puerto de la Orotava. . .
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