DISTRIBUTION PHYTOSTATIQUE. OBSERVATIONS SUR LES LIMITES
Les limites supérieures des deux premières régions arrivent à peine à l'altitude de 2,000 pieds du côté du Nord et ne dépassent cette hauteur que dans les endroits dé-
4e CLIMAT. boisés; elles s'étendent au contraire jusqu’à 3,000 pieds du côté du Sud.
ire région. Plantes des bases.) Cultures dans tous les lieux |, Les Bruyëres qui bordent les forêts de la bande septen- 2me région. Plantes des ravins, À accessibles. trionale, et les Cistes, qui viennent après les Bruyères, s’avancent jusqu’à plus de 5,000 pieds sur les versans du Nord; sur le revers opposé le Cistus Monspeliensis et le 9me CLIMAT. C. vaginatus occupent à eux seuls tout l’espace qu'embrasse le second climat (1), mais leur force expansive ne s’étend 3me région. Lauriers et plantes némorales.| Cultures dans les | pas au-delà de 4.000 pieds. | 4mc région. Bruyères et Cistes.. . . .f espaces déboisés. La région des Pins ne descend guère au-dessous de 4,000 pieds du côté du Nord, et monte jusqu’à près de 9,000 (2) Cette région occupa autrefois un très-grand espace sur le 3me CLIMAT. revers méridional de Ténériffe et s'étend encore aujourd’hui depuis 3,000 pieds jusqu’à 8,600.
Les limites de la 6me région varient suivant les localités; les plantes alpines sont disséminées à Ténériffe parmi les Légumineuses arboresc. du plateau central; partout ailleurs elles s’isolent sur les rocs les plus escarpés et chaque ile possède, sur ses hautes cimes, des espèces particulières.
Terrains incultes.
Gme région. Légumineuses frutescentes et au-
f| 5me région. Pins et autres plantes forestières. tres plantes alpines. . . . .
Nous n'avons voulu présenter dans ce tableau que la répartition des plantes sous le rapport des espèces qu'on rencontre par grandes masses en suivant une même ligne de pente: les régions que nous indiquons ne sont point des zones de végétaux toujours régulièrement superposées les unes aux autres, mais seulement des groupes partiels eL isolés; la carte phytostatique que nous publions (voy. ATLAS, pl. 11) donnera une idée assez juste de ces divers agroupemens. ‘Tous ces tableaux séduisans, qui ont paru à différentes
époques avec leurs zones de plantes échelonnées sur les gradins
(1) Cette observation n’est applicable qu’à la partie de l’île de Ténériffe comprise depuis Guëmar jusqu'au port de San-lago : de ce côté, des conditions particulières d'existence déterminent la présence des plantes de la bande septentrionale dans la vallée de Guimar, dans les gorges de l'Ouest et le long de la chaîne du Nord-Est ou d’Anaga. La distribution de la végétation se trouve par conséquent changée dans ces diverses localités. (7’oy. Arras, carte ct profils phytost., pl. ur et 1v).
(2) 11 faut excepter les talus volcaniques d’Icod où les Pins descendent jusqu’à 3,000 pieds. Sur tout cet espace, la nature du sol, son excessive sécheresse et l’éloignement des forêts laurifères occasionnent un changement notable dans la température locale. Les Pins seuls peuvent braver l’aridité de cette station et se reproduire au milieu de ces nappes de scorie et de lave vitrifiée.
(60 ) des montagnes pyramidales, perdent beaucoup de leurs prestiges lorsqu'on descend dans les détails; on s'aperçoit que la nature ne s'assujétit pas toujours à nos systèmes, car ses lois reposent sur d’autres bases et souvent s'accordent peu avec nos théories. Il semblait établi, en règle générale, que chaque centaine de mètres de hauteur abaïissait la température d'environ un demi-degré du thermomètre de Réaumur, et on en avait conclu que chaque centaine de mètres d'élévation verticale correspondait à un degré de la distance de la montagne au pôle (1). Mais dans l'application que l'on peut faire de cette observation, on doit avoir égard aux modifications que les circonstances locales produisent dans la température des diverses stations, aux conditions d'existence dans lesquelles les plantes se trouvent placées, et à cette loi de la répartition des germes qui, en déterminant la spontanéité des espèces, semble avoir choisi de préférence certaines contrées pour leur berceau. Ces considérations, que l'illustre Ramond n'avait pas négligées (2), sont de la plus haute importance; si l'on cessait d'en tenir compte, on tomberait dans de fausses généralités, car dès lors il ne pourrait y avoir de régions botaniques, et la végétation des climats les plus opposés se trouverait reproduite et distribuée comme par étages sur toutes les hautes montagnes du globe. Mais il n'en est pas ainsi, déjà dans les Pyrénées de nombreuses exceptions viennent rompre les rapports entre les hauteurs et les latitudes, et la théorie, déduite des hauteurs et des climats, trouve bien moins son application à me-
sure qu'on se rapproche de la zone intertropicale. Le savant ex-
(1) Voy. Ramond, De la végétation des montagnes. (Annal. du Muséum d'hist. nat., tom. 1v).
(2) « Quel que soit le caprice des causes qui ont présidé à la répartition des espèces... , nul doute » qu’elles ne pussent habiter indistinctement les mêmes lieux, si la nature avait obéi seulement à la » loi des climats, et si ses distributions n’eussent été primitivement soumises à des nécessités dont il » nous est difficile de pénétrer le mystère. » (État de la végétation au sommet du Pic du Midi. Mémoires du Muséum, tom. xur, pag. 235).
plorateur du Mont-Perdu avait lui-même reconnu cette vérité en appréciant les causes capables de modifier les lois phytostatiques dont son génie avait saisi l'ensemble; le revers méridional des Pyrénées lui avait offert bien des fois des espèces qu'il n'avait pas revues sur le versant opposé, et plusieurs de celles qui végétaient encore à une grande élévation, sur les pentes septentrionales, s'étaient présentées, dans des stations beaucoup plus basses, sur les expositions du sud. De ce côté les plantes se trouvent à l'abri des vents du nord, et l'action du soleil venant tempérer le climat, l'influence de la hauteur est réduite à peu de chose; aussi devais- Je m'attendre, dit-il, à ne trouver au midi que la végétation commune des élévations moyennes (1).
La différence des expositions, augmentant ou diminuant l'influence des hauteurs, doit entrer en première ligne parmi les causes qui déterminent la présence ou l'absence de plusieurs groupes de plantes, ou simplement de certaines espèces à des altitudes égales. La position géographique des Canaries, la structure de leurs montagnes et le gisement de leurs côtes contribuent plus que partout ailleurs à modifier le climat et à changer le caractère de la végétation (2).
Lorsqu'après avoir parcouru les vertes forêts qui couvrent une partie des versans du nord de Ténériffe, on tourne l'île par la pointe la plus occidentale, les boïs de Lauriers ne se retrouvent plus que dans le fond des étroites vallées comprises entre le cap de Teno et le port de San-lago. Quelques groupes d'arbres fores-
tiers garnissent encore, de ce côté, les anfractuosités les plus humides
(1) Ramond, Voyage au Mont-Perdu, pag. 71.
(2) M. Auguste de Saint-Hilaire a su apprécier ces diverses transitions phytostatiques sur les montagnes du Brésil. « Ce qui sous la même latitude et à des hauteurs semblables, a-t-il dit, modifie » véritablement la nature des productions végétales, ce sont l'exposition du sol, le plus ou moins » d'humidité qu’il renferme , la division plus ou moins grande d’humus aui compose sa surface. » (Tableau de la végétation de la province des mines).
(62) tandis que partout ailleurs ce ne sont que pentes arides et nues. À mesure qu'on savance sur le revers méridional, le pays est encore plus dévasté : à, plus de brises rafraîchissantes, plus de nuages ; mais le climat de la Mauritanie méridionale avec sa sécheresse désespérante et son atmosphère de feu. La nature du sol, l'aspect du ciel, le caractère de la végétation, tout a changé sous l'influence de l'exposition. La structure de l'île est la principale cause de cette brusque transition : la chaîne de montagnes qui s'étend du nord-est au sud-ouest, en divisant le pays en deux bandes, oppose une barrière aux vents alizés, et le calme de l'atmosphère n'est troublé sur les versans méridionaux que par l'harmatän du désert (le vent du S.-E), qui augmente alors la chaleur brülante de cette côte.
Les températures observées à Ténériffe, aux mêmes mois de l'année et à des altitudes à peu près égales, sur les versans du nord et du sud, sont les suivantes.