‹ Histoire naturelle des Iles CanariesChapitre 44 sur 52 · RÉGION DES PINS · texte numérisé non relu

RÉGION DES PINS

On ne trouve dans cette région ni la diversité de formes, ni cette variété de teintes qui caractérisent les forêts de Lauriers, et dont le mélange produit un ensemble si harmonieux. Les Pins des Canaries (Pinus Canariensis) sont les seuls arbres qui peuplent ces bois silencieux où règne la plus imposante uniformité; cette espèce robuste y fait tous les frais de la végétation; elle seule peut résister sur ces montagnes à la sécheresse et aux intempéries. Les vapeurs, qui pendant la nuit pénètrent ces terrains hygroscopiques, s'arrêtent sous la première couche, et les racines des Pins, en s'enfonçant à travers les laves, vont chercher au-dessous l'humidité nécessaire à leur nutrition. Ainsi un sol volcanisé, qui au premier coup-d'œil semblerait devoir repousser les grands végétaux, renferme, au contraire, tous les principes de fécondité et de vie. Nous avons vu, à Ténérifle, des Pins de dimension colossale au-dessus de la vallée d'Icod, dans la nappe d'ebsidienne sortie des flancs du Teyde à une époque où le volcan était dans sa plus grande effervescence. On en trouve aussi de pareils dans la gorge d'Ucanca, que d'anciennes éruptions sont si étrangement bouleversée. Ces deux localités offrent de toute part l'image de la désolation; à chaque pas ce sont de larges crevasses, d'effrayans précipices, d'immenses amas de scories; et pourtant le Pin des Canaries sest enraciné sur ces rochers, il croît au milieu de ses fondrières, se plaît dans leurs anfractuosités, et bravant la destruction au sein d'une contrée en ruine, il arrête souvent dans leur chute les blocs qui se détachent des escarpemens voisins. Habitans privilégiés de la haute région, ces beaux arbres dominent en souverains dans les montagnes, cou-

vrent les plateaux culminans, s'éparpillent le long de leur pente, et descendent en troupe de ces stations élevées pour envahir les vallées inférieures.

Lorsqu'au milieu de ce sol en désordre nous admirions cette puissance de végétation, la monotonie de la région des Pins disparaissait à nos yeux : la robusticité de ces arbres, la rudesse de leur port s'identifiaient si bien avec l'aspect sauvage des lieux, qu'il y avait encore là de l'harmonie. Tout autre végétal eût été déplacé dans ce paysage; il fallait à ces masses imposantes un être organique qui püt rivaliser de majesté, à côté de ces colonnes de basalte un arbre de forme pyramidale et dont la sombre verdure vint s'unir aux teintes rembrunies des alentours. Là tout est grave comme la nature, tout est tranquille comme son repos; mais si le vent d'Afrique, le terrible sud-est parvient jusqu'à cette zone, le calme cesse aussitôt, On entend d'abord un murmure vague et plaintif, qu'on écoute sans pouvoir définir ; les sifflemens du feuillage deviennent tout-à-coup plus distincts et plus sonores; prolongés par les échos, ils se mêlent aux craquemens des branches qui s’agitent et se froissent. Ces bruits confus, avant-coureurs de la tempête, redoublent d'intensité : l'Harmatan a franchi le désert pour souffler sur cette haute région sa funeste influence; brülant, furieux, indomptable, il dessèche tout sur son passage, ébranle les grands arbres et couvre le sol de leurs débris. Mais après quelques jours de perturbation (1) l'atmosphère a éprouvé un changement, et le vent s'est fixé à l'ouest; on voit les vapeurs qui obscurcissaient l'horizon s'amonceler sur les montagnes, un déluge de pluie inonde la forêt et vient ranimer la végétation. Alors l'équilibre est rétabli, le ciel reprend sa sérénité, le soleil son éclat, l'air sa transparence, et la région des Pins son silence et sa tranquillité.

(1) Ce vent de sud-est dure ordinairement trois jours.

Dans les expositions abritées des vents alisés les forêts pinifères sont plus particulièrement exposées aux bourrasques de l'Harmatan ; aussi sur cette bande, plus que partout ailleurs, le terrain est d'une aridité étonnante, la couche de feuilles qui le couvre se dessèche sans former d'humus; les oiseaux et les insectes s'éloignent d'une région qui n'a ni ruisseaux, ni prairies, et manque en général des plantes nécessaires à la vie animale. Seulement quelques Cistinées, des Pteris et des Erigerons croissent sur la lisière des bois, prêts à s'étendre sur un plus large espace dès que les Pins sont abattus. Quoique les exploitations aient suivi une marche moins rapide dans cette région que dans celle des Lauriers, les arbres y sont pourtant bien moins nombreux qu'autrefois, et, sur plusieurs points, on ne les trouve plus que clairsemés. Lorsqu'en 1724, le père Feuillée fut mesurer la hauteur du pic de Ténériffe, la région des Pins s'étendait au-dessus de l'Orotava, depuis le Dornajito (3198 pieds) jusqu'au Portillo de la villa (environ 6000 pieds), où l'on voyait alors le beau Pin de la Caravela (1). La différence d'altitude entre ces deux stalions peut donner une idée assez äpproximative de l'espace qu'occupait à cette époque la région des Pins sur ce versant de l'île. Presque tous ces arbres ont été détruits ; le Pin de la Caravela n'existe plus, et a légué son nom au rocher qui lui servit de base (2). Le Pin du Dornajito a eu le même sort, l'ouragan de 1826 le déracina. Plusieurs fois avant cet événement nous nous étions reposés sous son ombrage; cet arbre, dont le tronc et les rameaux couverts d'Usnéa avaient acquis un développement prodigieux , se faisait apercevoir de tous les points de la vallée; sa perte fut comme une calamité publique, car, à chaque désastre de ce genre,

(1) Voy. l’oyage aux Iles Canaries, par le père Feuillée, manuscrit déposé à la Bibliot. roy. 1724.

(2) En 1715, J. Edens avait vu aussi le Pin de la Caravela, qu'on appelait ainsi parce que ses branches, par leur extension, lui donnaient de loin l’apparence d’un navire. Ce voyageur cite aussi le Pino de la Merienda (le Pin du Diner), le seul qui existe encore de tous ceux qui couvraient alors les berges escarpées du défilé du Portillo. (Voy. Phil. Trans. Soc. Roy. Lond., 1714-1716.)

( 150 ) la fatale prédiction de Lugo (1) vient effrayer les Isleños sur l'avenir qui leur est réservé.

Viera , dans ses Noficias, fait mention d'un autre Pin énorme qu'on vénérait à Canaria dans le district de Teror. Cet arbre avaitenviron trente pieds de circonférence à la base ; ilétait adossé comme une tourelle à la chapelle de la Vierge del Pino (2), une de ses branches avait servid'arc-boutant pour y suspendre le beffroi; mais desébranlemens trop réitérés accélérèrent la ruine de ce clocher de singulière nature, et le 3 avril 1684 le Pino santo (Karbre saint), en s'abimant sous son propre poids, faillit écraser dans sa chute l'édifice qu'il dominait. Viera dit que l'image de Notre-Dame del Pino fut ainsi nommée, parce qu'on la trouva sur l'arbre dont il est ici question. Cette découverte eut lieu à l’époque de la soumission de la grande Canarie, en 1483. Les Aborigènes avaient souvent observé une sorte de lueur autour d'un Pin dont ils craignaient de s'approcher. Don Juan de Frias, à la fois évêque et conquérant (3), et qui prit une part très-active dans les derniers combats, osa monter le premier sur l'arbre et en descendit une statue de la Vierge, qu'il rencontra, dit-on , au milieu des grosses branches'et entre deux jeunes Dragoniers de trois vares (neuf pieds) de haut, qui croissaient au-dessus du premier embranchement. Il ajoute, sur l'autorité du P. Sosa (4), que des touffes de Capillaires s'étaient enracinées autour de cette ramification et formaient une masse de verdure d'une agréable fraîcheur.

Nous n'avons pas l'intention de discuter le miracle, et voulons seulement rapporter à des causes purement physiques ce que le vulgaire

(1) Voy. précédemment, pag. 111 et 112.

(2) Nuestra Señora del Pino, Notre-Dame-du-Pin. (3) . . ....... . El gran Pastor don Juan de Frias Obispo de estas islas venturosas.

Y gran conquistador de gran Canaria.

{ Cayrasco, Templ. milit., pag. 283.

(4) Topog. de Can., manuscrit, lib. 2, cap. 31.

attribue trop souvent au merveilleux. Nos explications seront denc inutiles à ceux qui ne voient qu'avec les yeux de la foi; mais, parmi nos lecteurs, il en est aussi beaucoup sans doute qui cherchent, comme nous, à concilier les phénomènes de la nature avec les volontés qui émanent d'un pouvoir supérieur. Que les deux Dragoniers eussent été apportés à avec intention ou qu'ils s'y fussent implantés par hasard, leur position dans ce lieu n'a rien pour nous de miraculeux. Ces arbres reçoivent presque toute leur nutrition de l'atmosphère; des expériences nous ont démontré que de jeunes Dragoniers, arrachés depuis plusieurs mois, pouvaient continuer de végéter et qu'ils reprenaient racine dès quon les plantait de nouveau. Les graines du fameux Dracæna du jardin Franqui, à l'Orotava, germent dans les aisselles des grosses branches où elles s'arrêtent en tombant, et s'y développent comme sur le terrain (1). La présence des Capillaires sur le Pin de Téror n'a rien non plus d'extraordinaire : nous avons vu, aux Canaries, différentes espèces de Fougères, telles quexdes Ædiantum, des Davallia, etc. et même des Joubarbes et des Sonchus, vivre en parasites sur les arbres aussi bien que sur les rochers. Quant aux lueurs que les Aborigènes apercevaient sur les rameaux du Pin de Téror , elles rappellent celles dont parle J. Edens dans la relation de son ascension au Pic, et qu'il vit briller pendant deux nuits consécutives, comme de petites fusées chargées de matières sulfureuses, sur les arbres des environs de la Caravela (2). Nous avons observé nous-même un semblable phénomène à Ténériffe, dans le Pinal de la Grenadilla, le lendemain d'une forte bourrasque de sud-est: des lueurs phosphorescentes semblaient s'échapper du milieu du feuillage et produisaient un effet analogue aux étincelles électriques, maïs sans détonation. On sait que l'électricité joue un grand rôle dans les phénomènes de la vie végétale,

(1) Voy. Nova acta phys.-méd. acad. nat. curios., tom. xu1, 2° part., pag. 273. Bonn. 1827. Obs. sur le Dracæna-Draco, par S. Berthelot.

(2) Voy. Phil. Trans. Soc. Roy. Lond., 171 4-1716.

(152) et qu'il est bien reconnu aujourd'hui que plusieurs plantes se chargent abondamment de ce fluide.

Ainsi, laissant de côté la partie vraiment miraculeuse de l'histoire du Pino santo , nous nous abstiendrons de tout autre commentaire, et citerons textuellement en note ce que le chanoïne Viera ajoute sur ce sujet, d’après le manuscrit de don Pedro August. del Castillo (ib. , cap. 1) (1). Quoi qu'il en soit , on peut déduire de la relation de l'auteur des Noficias un fait important. L'existence du Pino santo dans le district de Téror, à 1600 pieds environ au-dessus du niveau de la mer, nous prouve que la région des Pins était autrefois beaucoup plus rapprochée du rivage, et que, vers la fin du dix-septième siècle, il y avait réunion sur ce point de la végétation des bases avec celle du haut pays. Cette alliance dut prévaloir dans plusieurs autres endroits où le terrain, quoique favorable à la force expansive des arbres et des plantes de ces deux régions opposées, s'est refusé néanmoins au développement des végétaux des zones intermédiaires. C'est ce qu'on observe encore, dans toutes les îles, sur les versans du sud, où les forêts de Lauriers et les petits bois qui les accompagnent (Bruyères et Cistes) n'existèrent jamais. La vallée de San-[ago, à Ténériffe, nous a fourni un des meilleurs exemples de ce mélange de la végétation

(1) Texte. « Nuestro autor asegura haver cono- » cido y examinado esta maravilla de la natura- » leza, este arbol, que siendo mas santo que el de » la isla del Hierro por el fruto que contenia, no lo » era menos por el agua medicinal que daba de si. » El mismo refiere, que del pie de aquel Pino cor- » ria una fuente, hasta que haviendola cercado de » piedras un cura avido, y puestola lave para que » contribuyesen con limosnas los que acudian en » sus necesidades à buscar el remedio ; no tardô » su codicia en secar aquella piscina saludable. »

(Viera. Noticias de la hist. gener. de las Is. Can., tom. 11, p. 113 et suiv.)

Traduction. « Notre auteur assure avoir vu et » examiné cette merveille de la nature, cet arbre » qui, bien plus saint que celui de l’île de Fer (a), » à cause de son fruit , ne l'était pas moins aussi » sous le rapport de l’eau médicinale qu’il produi- » sait (2). Caril dit en outre qu’une source s’échap- » pait du pied du Pin, mais qu’un curé avide » l'ayant murée et fermée à clé, afin de faire con- » tribuer par des aumônes ceux qui venaient y » chercher un remède à leurs maux , l’avarice de » cet homme mit bientôt à sec cette piscine salu- » taire. »

(a) Voy. précédemment, p. 413.

(b) Des sources d’eau acidulée existent encore aujourd'hui, à Teror, non loin de l'endroit où croissait le Pino santo.

alpine avec celle du littoral (1). Ainsi, l'altitude de 1600 pieds ne représente pas, du côté du rivage, la ligne de démarcation de la région des Pins, puisqu'aujourd'hui, à Ténériffe, on retrouve ces arbres dans des stations encore plus basses. En général, sur la bande méridionale des îles, les Pins devaient descendre dans les premiers temps jusque sur la côte, tandis que sur les versans du nord une différence marquante dans le climat, en déterminant d’autres conditions d'existence, a produit des masses de végétation qui, par leur interposition, sont venues éloigner les bois pinifères des stations maritimes. Les chaleurs et l'excessive sécheresse, les alternatives d’intempérie et de calme complet, que ces arbres ont à supporter et qu’ils peuvent braver si impunément, leur permettent, dans les expositions du sud de saccommoder du climat de la côte, qui a de grandes analogies avec celui de la haute région. Car, là aussi, comme dans les stations supérieares, la rosée des nuits humecte à peine une terre brûlante que les pluies ne pénètrent que bien rarement ; la température diurne est très-élevée, les perturbations atmosphériques sont rares; seulement, dans la saison orageuse, la stagnation habituelle de l'air est tout à-coup troublée par des coups de vents impétueux, presque toujours suivis de fortes averses.

Le Pino santo de Téror, qui a donné lieu à notre digression, n'est pas le seul arbre de cette espèce que la piété des Jsleños a consacré à la polyonymie des vierges miraculeuses. Celui qu'on voit à Ténériffe, à l'entrée de la vallée d'Icod, se trouve dans une station qui n'excède pas 740 pieds au-dessus du niveau de la mer. Ainsi, sur ce point, la région des Pins arrivait autrefois très-près du littoral; la coulée de lave vitrifiée qui a débordé sur tout ce versant n'a jamais été recouverte par les forêts laurifères, car des arbres qui les peuplent ont besoin d'un sol plus meuble et de plus facile décomposition.

(1)Woyez précédemment, pag. 54, 62, 67 et 68. ; nil.

L'île de Palma a aussi son Pin sacré : il est situé dans la forêt qui domine le bourg del Paso (district d'Aridane). L'altitude de cette station est de 2727 pieds. Ce bel arbre, qu'on dit contemporain de la conquête, semble ne pas avoir de vieillesse; une petite statue de la Vierge a été placée sous son premier embranchement; chaque soir les bücherons du voisinage s'avancent, humbles et silencieux, vers cette chapelle vivante pour allumer un fanal suspendu audessus de la sainte image. Lorsqu'à l'entrée de la nuit on passe à côté du Pino santo, cette lampe qui veille seule au milieu de l'obscurité de la forêt, les reflets de cette lumière sur la voûte de feuillage qui protège la niche mystérieuse, tout dans ce lieu domine la pensée et inspire le recueillement. Pour nous, la présence de cet arbre devenu inviolable, et auquel on avait voué une sorte de culte, nous causa une profonde vénération. (Voy. Part. hist., pl. 43.)

Ces Pins séculaires, que la dévotion des Canariens à placés sous la sauvegarde de la religion, propagent le respect qu'ils inspirent jusque dans leurs environs, et sont en cela un véritable bienfait : durant nos courses dans les montagnes de cet archipel, nous n'avons cessé de recommander leur conservation. Naguères encore, lorsque partageant les vœux et répondant à l'appel de l'illustre professeur de Genève (1), nous parcourions les Alpes pennines, d'autres arbres vinrent réveiller notre sollicitude, et les réflexions que nous fimes à la vue des antiques Sapins de la forêt du Ferré ne seront pas déplacées ici (2). Si les monumens d'un autre âge, disions-nous alors, fixent

notre attention, les vieux arbres ne la réclament pas moins, car ils

(1) « Je voudrais que, dans chaque district, l'arbre le plus vieux fût reconnu propriété publique , » qu'il fût préservé de tout outrage et conservé, soit comme monument historique, soit pour plaire à » l'imagination de ceux qui aiment à se reporter vers l’antiquité. J’adresse ces considérations aux fores- » tiers, aux naturalistes, aux voyageurs, aux paysagistes, aux autorités locales de toutes les nations. » (Voy. Notice sur la longévité des arbres, par M. de Candolle ;5 Biblio. univ. de Genève, mai 1831.)

(2) Voyez le second mémoire Sur la longévité et l'accroissement des arbres, par S. B. ; Bibliot. univ. de Genève, décemb. 1832. .

intéressent autant que ces temples en ruine, et tous ces débris historiques qui disparaissent pour ne rien laisser après eux. Mais, après plusieurs siècles, les vétérans de la végétation sont encore debout, l'impulsion organique ne s'est pas affaiblie, chaque année de nouveaux produits, en augmentant leur masse, semblent accroître leur force; ils se régénèrent par les semences, revivent par des rejets et donnent à la terre bien plus qu'ils n'en reçoivent. Cependant, en dépit des raisonnemens les plus logiques, l'homme détruit en un instant ces géants des forêts que la nature est si lente à former. Un sentiment religieux était seul capable de prolonger l'existence des vieux arbres, comme celle des anciens monumens, au-delà de toutes les prévisions. Ainsi, à force de déprédation , le Colysée de Rome eût bientôt disparu de la ville éternelle, si un pape philosophe, en en consacrant les beaux restes, ne l'eût préservé d'un nouveau vandalisme. Les sombres forêts de la Germanie, celles de l’ancienne Gaule, les bois sacrés des Grecs et des Romains n'ont dû long-temps leur conservation qu’au respect inspiré par une théogonie protectrice. Ce sont sans doute ces traditions vénérées qui ont laïssé croître dans la citadelle d'Athènes les rejetons de l'Olivier dont la souche immortelle remonte à l'origine de la ville (1). Les Turcs même, malgré toute l'intolérance de leur islamisme, n'ont osé porter une main sacrilége sur les Oliviers de la montagne de Jérusalem (2).

Si nous interrogeons des temps plus modernes, d'autres exemples de cette vénération traditionnelle nous montreront les mêmes résultats.

L'énorme Ceïba (Eriodendrum anfractuosum, DC.), sous lequel

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