‹ Histoire naturelle des Iles CanariesChapitre 45 sur 52 · EE · texte numérisé non relu

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(1) (2) « L’Olivier, dit M. de Châteaubriand, est pour ainsi dire immortel, parce qu’il renaît de sa » souche. On conservait dans la citadelle d'Athènes un Olivier dont l’origine remontait à la fondation * » de la ville. Les Oliviers du jardin de ce nom, à Jérusalem, sont au moins du temps du Bas-Empire. » En voici la preuve : En Turquie, tout Olivier trouvé debout par les Musulmans, lorsqu'ils envahirent » V’Asie, ne paie qu'un médin au fisc; tandis que l’Olivier planté depuis la conquête doit au Grand- » Seigneur la moitié de ses fruits : or, les huit Oliviers dont nous parlons ne sont taxés qu’à huit mé- » dins. » (Voy. Ztin. à Jérus., vol. 11, pag. 260.)

Diégo Vélasquez fit dire la première messe à l'époque de la fondation de la Havane, en 1519, ne mourut de vieillesse qu'en 1753. Les souvenirs historiques qui se rattachaïent à cet arbre célèbre en faisaient un objet de vénération pour les habitans de la capitale de Cuba. En 1754, don Francisco Cagigal, capitaine-général de l’île, fit élever une pyramide à la place où le Ceïba avait existé; l'arbre populaire y était représenté en relief, et sur une des faces on lisait cette inscription :

SISTE GRADUM VIATOR ORNARAT HUNC LOCUM ARBOS CEIBA FRONDOSA POTIUS DIXERIM PRIMAÆVÆ CIVITATIS PRUDENTIAÆ RELIGIONIS PRIMAÆVÆ MEMO- RABILE SIGNUM, etc.

Trois jeunes Ceïbas furent apportés de l'intérieur de l’île et plantés autour du monument. En 1828, on construisit un petit temple près de l’ancienne pyramide qu'on restaura. Ce nouvel édifice, décoré de tableaux historiques, fut inauguré par trois jours de fêtes et consacré par l'évêque de Cuba. Don Ramon de la Sagra, dans une relation imprimée, a exposé en ces termes l'enthousiasme que lui inspira cette touchante cérémonie : « Il y a trois cent neuf ans que nos ancêtres » élevèrent dans ce même endroit un autel rustique dédié à un dieu » de paix : un arbre majestueux le protégeait de son ombre. Sur un » rivage inhabité et couvert d'une végétation vigoureuse, ils jetèrent » les premiers fondemens d'une ville aujourd'hui riche et florissante. » Aux actions de grâce du prêtre ne répondirent alors que les accla- » mations d'une poignée de guerriers et les cris des hordes sauvages. » On n'apercevait de toute part que des bois épais remplis d'arbres et » de plantes inconnues ; mais après trois siècles, les nombreux descen- » dans de ces héros chrétiens se réunissent autour de l'arbre régénéré » pour se prosterner devant le même autel et y célébrer le même sa-

» crifice (1). »

(1) Voy. Relacion de las obras y fiestas publicas en memorias de la primera misa y del prumer cabildo celebrados en 1519 ; Havana, 1898.

La plupart des arbres affectés à l'ornement des tombeaux parviennent aussi à un âge très-avancé; un respect religieux les protège. Il nous suffira de citer l’'If du cimetière de Braburn, dans le comté de Kent, dont le tronc, mesuré par le dendrophile Evelyn, avait déjà, en 1661, soixante pieds de circonférence et deux mille huit cent quatre-vingts ans d'existence ; et les Cyprès chauves (Taxodium distichum, Rich.) conservés dans le cimetière de Santa-Maria de Tesla, près d'Oaxaca. Un! de ces arbres, mentionné par Cortez, qui fit halte sous son ombrage avec sa petite armée, a cent dix-sept pieds dix pouces de tour ; il est antérieur au règne de Mutezuma et en grande vénération parmi les Mexicains (1).

« Les changemens des opinions religieuses, a dit M. de Candolle, et » le refroidissement de quelques idées respectables, quoique souvent » superstitieuses, tendent à diminuer la vénération que les grands ar- » bres avaient inspirée à certains peuples (2). » En effet, depuis que des hommes, dominés de l'esprit d'une pieuse mission, ont porté le protestantisme chez les habitans de la Polynésie, cette dévote propagande a tout changé dans les archipels de l'Océan pacifique; les arbres à pain ne sont plus sacrés, un sévère fabou ne les garantit plus. et déjà leur nombre a diminué. Bientôt, peut-être, en adoptant d'autres cultures, ces peuples convertis, qui aujourd'hui parodient la civilisation, déploreront la perte de l'arbre précieux que la Provi-

dence avait fait croître pour les nourrir.

(1) Nous empruntons ces deux derniers faits à la Physiologie végétale de M. de Candolle, tom. un, pag. 1005. Plusieurs arbres célèbres, conservés depuis des siècles dans différens cimetières d'Angleterre, sont cités dans cet ouvrage. Il y est question aussi de l’Oranger et du Citronnier, qu’on suppose avoir été plantés par saint Dominique (en 1200) et par saint Thomas-d’Aquin (en 1278). Ces deux arbres existent encore aujourd’hui, le premier dans le couvent de Sainte-Sabine, à Rome, et le second au monastère de Fondi. (Voy. ut suprä, pag. 995.)

Le vieil Érable du village de Trons, dans les Grisons, n’est pas moins vénéré que le Ceïba de la Hayane. Ce fut sous cet arbre que les premiers confédérés jurèrent, en 1424, de donner la liberté à la Suisse ; une inscription, placée sur la porte d’une chapelle qu’on a construite à côté, en rappelant l’événement, recommande le respect. (Voy. ut suprä, pag. 997.)

(2) Notice sur la longévité des arbres ; Bibliot. univ. de Genève, mai 1831.

Mais bornons là des réflexions qui nous jetteraient trop en dehors de notre sujet, et terminons nos remarques sur ces forêts canariennes où le voyageur retrouve de loin en loin quelques-uns de ces arbres antiques qui parlent tant à l'imagination.

Nous avons déjà fait connaître plusieurs localités que la dévastation avait frappées plus particulièrement : il nous reste à en signaler d’autres; mais dans cette revue topographique nous parlerons en même temps des sites où la végétation s'est maintenue dans son premier état.

Les Pins n'existèrent jamais à Lancerotte et à Fortaventure, ni dans les îlots situés à l'orient ; le climat de ces îles, toutes africaines, ne pouvait leur convenir. Cette contrée, presque toujours balayée par les brises, est en général trop peu élevée au-dessus de la mer; les points culminans des montagnes n'y atteignent pas 300 toises. Ce n'est. que dans la partie occidentale de l'archipel qu'on rencontre le Pin des Canaries, cette espèce qui surpasse en beauté toutes ses congénères, si bien caractérisée par son port gigantesque, la longueur de ses feuilles réunies en aigrettes et la disposition ombelliforme de ses rameaux. Cet arbre précieux e tencore très-abondant à la grande Canarie, dans les bois au-dessus de Galdar ; le Pinal de Tamadava, celui de Pajonales, etensuite ceux qui, à partir du col de Manzanilla, s'étendent vers l'ouest jusqu'au-delà de Mogan, en sont bien pourvus. À Ténériffe, les hauteurs d’/cod et les pentes septentrionales des montagnes adjacentes conservent aussi de beaux arbres; sur l’autre bande de l'île, où les Pins forment presque une zone continue, nous citerons principalement les forêts qui dominent les districts de Chio, de Chasna et de la Grenadilla.

L'ile de Fer, jadis si boisée, a vu disparaître ses forêts-vierges : aujourd'hui le petit nombre d'arbres sauvés de la dévastation ne suffit plus aux besoins des habitans. Un passage de l'Histoire de la première

découverte et conquête des Canaries, p. TT, nous donne une idée de

l'état de la végétation en 1402. « Le pays, écrivaient les chapelains de Béthencourt, est très-mauvais une lieue tout entour par devers la mer ; mais sur le milieu, qui est moult haut, est beau pays et délectable, et y sont les bocages grands et verts en toutes saisons, et y a des Pins plus de cent mille, de quoy la plus grande partie sont si gros que deux hommes ne les sauroient embrasser. »

Les bois pinifères ont été plus respectés à la Gomère, mais ceux que nous avons visités à Palma n'ont presque rien perdu de leur première vigueur. Ils s'étendent sur les deux bandes de l’île, et occupent encore un grand espace. La montagne de Tamanca, et les sommités qu'on aperçoit au-dessus des bourgs de Tiraxafe, del Paso et de Guarafia sont les endroits les mieux garnis (1). Pendant le printemps de 1830, nous parcourümes toute cette contrée : la végétation, rafraichie par les pluies de l'hiver, semblait alors reprendre une nouvelle vie; nous venions de franchir le col de /a Cumbre et descendions vers le district d'ÆAridane ; nos herborisations sur la crête des monts s'étaient prolongées jusqu'au soir, et il était déjà nuit close lorsque nous pénétrâmes dans la forêt de Pins qui avoisine le village où nous devions nous arréter. Favorisés par un beau clair de lune, nous pümes continuer notre route et jouir d'une scène dont nous avons conservé tous les souvenirs (2). Le calme qui régnait alors dans ces lieux déserts, les parfums de l'air, sa pureté, augmentaient le charme de cette belle nuit. Les lueurs vaporeuses qui perçaient à travers le feuillage , les masses d'ombre qui se projetaient au loin, ce mélange d'obscurité et de lumière prétaient au paysage quelque chose de magique. Dans ces hautes so-

(1) Voyez, pour ces diverses localités et celles des autres îles citées plus haut, les cartes phytostatiques et topographiques de notre Atlas.

(2) La lithographie de cette forêt a été confiée à M. E. Lassalle, dont nous ne saurions trop louer le zèle pour l'exécution d’un dessin qu’il fallait ombrer sur des souvenirs, d’après un croquis fait à la hâte et dans des circonstances peu favorables. Ce jeune et habile artiste nous a parfaitement compris, et a suppléé par son talent à tout ce qui manquait dans notre esquisse.

litudes, la nature se manifeste sous des formes si fortes et si grandioses que ses créations nous semblaient immortelles comme son pouvoir. Mais, en arrivant sur la frontière de la forêt, des troncs abattus, d'autres que le feu avaït à demi consumés, détruisirent nos illusions et reportèrent nos pensées sur des faïts plus positifs. Des bûcherons, que nous rencontrâmes, venaient d'achever leurs travaux : contens de la journée, ils chantaient en retournant au villäge. « Ces arbres, nous | dit » celui d'entre eux que nous interrogeàmes, sont les soutiens de nos fa- » milles ; jeunes, ils nous fournissent leur résine ; devenus vieux, nous » faisons profit de leur bois. — Mais après eux, qui vous nourrira? — » Les petits se font grands, répondit-il avec insouciance, et nos enfans »en trouveront d'autres. » Ces bonnes gens avaient raison : peut-être s'est-on trop alarmé aux Canaries de l'exploitation des bois; ilest certains districts de l'île de Palma où les Pins se régénèrent avec une extrême promptitude; dans le jeune âge, les pousses de l'année ont une croissance qui étonne, et comme les déboisemens dans cette région montueuse influent peu sur le sol (1), on doit espérer que les forêts

(1) Après la destruction des forêts, le sol éprouve moins de changemens dans la région des Pins que dans celles des Lauriers et des Bruyères, car les pluies ont en général peu de prise sur des montagnes volcaniques où la couche de terre végétale est presque nulle. Les eaux, en tombant sur ce sol crevassé, sont absorbées aussitôt, et, dans les endroits où la compacité des laves ne donne lieu à aucune fondrière , elles courent sur la surface, vont se perdre dans les ravins, ou s’infiltrer plus bas, dans des terres plus meubles. La région des Pins, quelle que soit son exposition sur la bande septentrionale des îles ou sur les versans opposés, se trouve placée hors de l'influence de la masse de vapeurs qui entretient une fraîcheur continuelle dans les régions centrales, puisque, d’une part, les nuages agglomérés sur les forêts de Lauriers restent stationnaires le long de cette bande et ne dépassent guère la région des Bruyères , tandis que de l’autre côté, les vents alisés et les vapeurs qu’ils amènent se trouvant arrêtés par l’interposition des montagnes, la constitution de l'atmosphère est tout-à-fait changée. Ainsi, bien

que, dans la distribution des contrées pluvieuses, on puisse comprendre les îles Canaries dans le climat

des pluies d'automne, la loi pluviale y est modifiée sur divers points par la structure orographique et la répartition des vents. Il ne pleut ordinairement que par orages ou par averses dans la région des Pins, et ces intempéries y sont toujours occasionnées par des perturbations subites. La sécheresse habituelle de cette zone dépend donc de plusieurs causes, parmi lesquelles doit prévaloir le nombre de jours de pluie, une des quentités les plus essentielles d'un climat, selon les judicieuses observations d’un de nos plus savans agronomes. En effet, « il n’est pas indifférent, a dit M. de Gasparin, qu’une quantité don- » née d’eau tombe en un seul ou en plusieurs jours ; supposons un pays où il tomberait par mois un

( 161) feront encore pendant long-temps une des principales richesses Pr

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du pays.

» écneètre d’ eau, : He. sans contredit passer pour très-humide si ce décimètre était réparti sur » un grand nombre de jours ; maïs il serait très-sec s’il tombait en un seul jour et qu’il fût suivi de » vingt-neuf jours de sécheresse. Il arrive alors que la plus grande partie de la pluie ne peut imbiber la ee mais court à sa surface et va se rendre aux rivières où elle est perdue pour le sol. » (Voy. Météo

3 Le XXXVII, p- 71. .)

s climats européens par rapport aux plerapes M. de RE Bibliot. uni

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