DU PORT DE QUELQUES ESPÈCES CANARIENNES
Il nous reste à citer les planches de notre Atlas qui donnent le facies des végétaux, ce caractère dominant que la nature a tracé à grands traits, qu'on peut observer à distance et que nous ne saurions bien définir sans le secours du dessin. « Pour déterminer les formes dont la beauté individuelle, l'isolement ou le rassemblement en groupe constituent la physionomie de la végétation d'une contrée , à dit l'illustre auteur des Tableaux de la Nature, il ne faut pas suivre la marche des systèmes de botanique où, par d'autres motifs, on ne considère que les petites parties des fleurs et des fruits, il faut, au contraire, envisager uniquement ce qui, dans les masses, frappe plus particulièrement les regards. » M. de Humboldt à voulu parler des contours, du feuillage, de l'aspect des troncs, de la symétrie des branches, et c'est ce que nous nous sommes attachés à reproduire, en montrant les espèces canariennes qui, par leurs formes organiques et l'en-
semble de leur structure, nous ont offert un port caractéristique.
Facies. — PI, 1, 2, 3, 4, 5,6, 7. (Atlas)
Nous avons compris dans cette série de planches quelques-unes des espèces des coteaux maritimes et de la région des ravins. L'Euphorbe des Canaries (E. canariensis), si remarquable par son port, et quon prendrait, à ses tiges en colonnes, pour un grand candelabre ou un Cactus du Pérou, figure sur les pl. 1 et 2. Dans la première, cette espèce est représentée avec celles qui croissent à l'abri de ses tiges épineuses et qui bravent la dent vorace des chèvres au milieu de ces buissons impénétrables. Ces espèces sont le Xleinia nertifolia , le Plocama pendula et le Periploca lævigata, dont les rameaux volubiles se roulent sur eux-mêmes, et que l’on appelle dans le pays du nom de Cornical., à cause de ses deux follicules en forme de cornes. Il en est encore beaucoup d'autres qui se plaisent dans ces halliers ; tels sont le Jasminum odoratissimum, le Canarina Campanula, le Cneorum pulverulentum , le Drusa oppositifolia , les Messerschmidia et Rubia fruticosa, etc., etc.
Dans la pl. 2, c'est encore l'Euphorbe des Canaries que nous avons mis en opposition avec l'Euphorbia piscatoria etVE. aphylla : la première assez semblable, par son port et ses autres caractères , à l'Euphorbe de Mauritanie ; la seconde non moins remarquable, par un feuillage plus développé et des bractées florales du plus vif incarnat.
Quant à l'autre plante qui s'élève longue et grêle au milieu du buisson protecteur, c'est le Messerschmidia fruticosa, que les insulaires des Canaries appellent Durasnillo (petit pêcher), à cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles de cet arbuste.
Pour réunir les espèces congénères dans cette courte indication, nous citerons à la suite l'Euphorbia aphylla et VE. balsamifera de la pl. 5; l'une, bien caractérisée par ses tiges herbacées, cylindriques, lisses et dépouillées de feuilles, comme l'indique son nom; l’autre au
tronc court et ligneux , aux branches étalées et aux petites feuilles disposées en rosettes au sommet des rameaux.
Le Solanum V'espertilio figure aussi sur la même planche. Cette espèce se fait remarquer par ses branches tortueuses et hérissées d'épines, ses larges feuilles cordées et ses belles fleurs.
Le Physalis aristata est une autre espèce de la famille des Solanées, que nous avons représentée dans la pl. 4. Ses feuilles rappellent un peu celles des Nicotiana , lorsque l'arbuste croît dans de bons terrains et que les repousses de ses branches radicales ne sont pas devenues la pâture des bestiaux avides de ce feuillage malgré son odeur nauséabonde.
Nous donnons, dans la pl. 3, le facies du Convobulus floridus, du Plocama pendula ei du Kleinia nerüfolia.
Le Convoleulus floridus, au port élancé , au feuillage léger, est un arbrisseau de moyenne grandeur, dont les feuilles oblongues, lancéolées, soyeuses et d'un vert cendré, ont quelque chose des brillans reflets du Protea argentea. Ses rameaux portent à leur extrémité de superbes panicules de fleurs d'un blanc mêlé d'une légère teinte rose, et que Linnée fils à très-bien caractérisées par cette phrase : Copia florum omnium pulcherrimus.
Le Plocama pendula est une espèce monotype de la famille des Rubiacées, remarquable par ses longues feuilles filiformes et flexueuses, ses rameaux penchés vers la terre, ses petites baies blanches, transparentes et brillantes comme des perles d'Orient. Toutes les parties de cet arbuste répandent une odeur nauséabonde et presque cadavé-
reuse. La disposition de ses branch:s et de ses feuilles pendantes lui donne l'aspect d'un Saule Pleureur.
Le Xleinia nertifolia est une de ces composées à tige ligneuse que
certaines îles volcaniques (1), situées à de grandes distances les unes
(1) Les Canaries, Sainte-Hélène, l’île Bourbon et celle de Juan Fernandez.
des autres, dans les deux hémisphères, semblent produire de préférence. Son port est celui d'un Dragonier nain; son tronc grisâtre porte les empreintes des insertions des anciennes feuilles, les nouvelles tendent toutes à se réunir à l'extrémité des rameaux. Orné de ses bouquets de fleurs terminales , ce singulier petit arbuste apparaît couronné d'une auréole d'aigrettes du plus gracieux effet.
Ce sont encore des composées arborescentes que nous avons réunies dans les pl. 6 et 7. D'abord une Chicoracée ligneuse d'un facies étrange, mais dont l'aspect ne laisse pas d'être agréable à l'œil. C'est le Sonchus fruticosus, aux belles feuilles découpées en rondache, aux fleurs superbes et d'un si brillant éclat. À côté de ce Sonchus arborescent se montre le Prenanthes arborea , aux feuilles plus déliées, aux panicules plus fournies, mais dont les fleurs sont bien moins apparentes. Ensuite vient le Prenanthes pinnata, chez lequel la nature s'est plu à multiplier les variantes d'un feuillage pinnatifide et filiforme. Rien n'égale la finesse et la légèreté de ces feuilles soyeuses qu'agite le moindre vent et la délicatesse de ces panicules aux petits fleurons d'un jaune doré.
Enfin, la plante aux longues feuilles épineuses, qu'on voit suspendue sur le bord des rochers où elle a pris naissance, est le Carlowizia salicifolia, dont les rameaux flexueux tombent en courbe bizarre pour se relever ensuite et étaler leurs grosses fleurs.
Facies. — PI. 8. (Dracæna Draco. Linn.)
LE DRAGONIER A SES DIFFÉRENS AGEs. — Telle est la planche dont nous sommes redevables à l’habile crayon de M. J. J. Williams , peintre paysagiste, qui résida plusieurs années aux îles Canaries. L'arbre séculaire y est représenté avant la catastrophe qui le priva d'une partie de son branchage. On le voit ensuite mutilé par l'ouragan, mais poursuivant toujours le cours de sa longévité. Ce végétal gigantesque a