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déjà été décrit : son aspect imposant, ses dimensions colossales ont fait l'admiration des voyageurs naturalistes (1); et l'on peut lire dans nos Miscellanées (2) l'impression que produisit sur nous-mêmes ce vétéran du règne organique, lorsque nous habitions dans son voisinage. Son tronc monstrueux mesure plus de dix-huit mètres de circonférence. À cette énorme masse, qui s'est accrue dans la succession des siècles, sunit l'expression d'une force qui se renouvelle sans cesse.
Ce nest qu'au cap de Bonne-Espérance, à l'île Bourbon et dans l'Inde qu'on peut voir des formes analogues à celles du Dragonier. Dans sa première jeunesse, son facies trouve un représentant dans l'Yucca d'Amérique. Quand on ne compare que leurs tiges et le faisceau de longues feuilles aiguës qui les couronne, la ressemblance de ces deux espèces de familles si opposées est alors vraiment frappante.
L'aspect bizarre de l'arbre que nous avons figuré à côté du grand Dragonier, eu face de celui qui est orné de ses panicules florales , est dû à des circonstances particulières dans le développement progressif de la tige. Ce jeune arbre n'a fleuri qu'après un grand nombre d'années, et, par conséquent, toute sa croissance s'est bornée à l'élongation de la tige par la chute successive des anciennes feuilles et la reproduction des nouvelles. S'il eût commencé à fourcher à quatre ou cinq mètres au-dessus du sol, chaque nouveau bourgeon floral aurait donné lieu à une nouvelle bifurcation , par la naïssance de bourgeons latéraux, et les vaisseaux radiculaires de ces mêmes bourgeons , en se prolongeant de leur point de départ, vers les racines, auraient grossi le diamètre des branches et du tronc. Mais dans le cas que nous présentons, la nature n'a pas établi, dès le principe, une égale proportion de crois-
(1) Voy. Humboldt : Tableaux de la Nature (tvaduct. d’Eyries), t. 11, p. 26; et note, p. 100. Relation hist, t. 1, p. 118, 639; et nos observations sur le Dracæna Draco. (Nova Acta Acad. Nalur. curios., vol. xin, p. 773.— 1827.)
@} Tom. 1, 2 part., p. 98.
sance en longueur et en largeur. Le premier développement a longtemps dominé le second; le bourgeon foliacé originaire à fait seul tous les frais de l'accroissement, jusqu'à ce que l'apparition d'un bourgeon de fleur, au sommet de la tige, en déterminant celle des bourgeons latéraux, ait donné naissance aux premières branches. Cet exemple d'un développement continu en longueur par le seul prolongement des fibres ligneuses, provenant du renouvellement successif du premier bourgeon foliacé, nous semble la confirmation la plus patente de la théorie de La Hire, théorie naturelle qu'Aubert du Petit-Thouars a démontrée dans ses Mémoires , que nous avons soutenue par nos propres observations sur le développement des Conifères (1), et que naguère M. Gaudichaud a prouvée à fond, dans un tra-
vail complet, digne du prix qu'il a obtenu.
Facies. — PI, 9 et 11.
Quaire arbres de la région forestière sont représentés sur ces deux planches : d'abord, l'ex canariensis et l'Ilex Perado (pl. 9). Le premier a l'aspect d'un Laurier; le second se fait distinguer par sa tige droïte , élancée, et ses rameaux étalés horizontalement. Le port de ce bel arbre et le lustre de son feuillage lui ont valu dans le pays le nom d'Oranger sauvage (Naranjero saleage), maïs celui de Citronnier lui conviendrait peut-être mieux.
L'Olea excelsa (pl. 11) conserve, dans la symétrie de ses branches. un des caractères de l'Olivier d'Europe. Ses feuilles dures, lancéolées, sont un peu curvatives, comme celles de ses congénères, mais leur dimension, leur verdure lustrée lui donnent une tout autre apparence. La masse luxuriante de son feuillage tient bien plus de la végétation tropicale que de celle de nos climats.
(1) Sur la longévité et l’accroissement des arbres. 2° mém., Bibliot. univers. de Genève, 1": série, vol. 51, p. 355. — Décembre 1832.
CAO)
Le Boehmeria rubra (pl. 11) est un arbuste de la famille des Urticées , qui, par son port, sécarte toutà fait de nos espèces d'Europe. C'est dans les îles de l'Océan-Pacifique, et surtout dans celle d'Ualan. qu'il faut aller chercher ses analogues. Le vert-tendre de ses feuilles s’harmonise bien avec la teinte légère des grappes de fleurs rosées dont se panachent les rameaux. Par la gracieuse flexibilité du feuillage et l'agréable aspect des fleurs, ce joli arbuste fait l'ornement des
‘sites où nous l'avons rencontré pendant nos herborisations (1).
Facies. — PI, 10.
L'Adenocarpus Frankenioides (2) et le Cytisus nubigenus (3) sont les deux plantes dominantes qui garnissent la haute région des légumineuses arborescentes.
L'A. Frankenioides est un sous-arbrisseau au tronc court et noueux, de la tribu des Genêts, mais dont les petites feuilles ternées. pubescenies et roulées en dehors sont ramassées le long de rameaux divergens et lui donnent un peu l'aspect de certaines Frankénies. Il se décore, au mois de mai, de fleurs odorantes, d'un jaune-citron, dont les thyrses, qui naissent à l'extrémité des rameaux , se marient agréablement avec le vert-gai du feuillage.
A Ténériffe on commence à rencontrer cet Adénocarpe à deux mille quatre cents mètres au-dessus du niveau de la mer, en montant vers le Pic par la vallée de l'Orotava. Il se méle d'abord avec le Cytise prolifère, mais plus haut et à mesure que l'on savance sur le plateau des Cañad as (1800 m.) , il couvre à lui seul un espace d'une assez grande étendue et finit par se perdre dans une autre zone de
(1) Voy. nos observations sur cette espèce (Nova Acta Acad. Natur. curios., vol. x1v, p. 943, —1829). (2) Adenocarpus viscosus. Nob. Voy. im vol., 2: sect. (Phytograph. canar.), p. 32. (3) Spartocytisus nubigenus. Id., ibid., p. 50.
( 180 ) végétation formée par l'espèce que nous allons décrire et qui reste maîtresse de ces terrains volcanisés.
Le Cytisus nubigenus, que Linné avait placé dans les Spartes. est une autre espèce de la tribu des Genêts, dont le tronc court et tortueux se ramifie très-près du sol. Son écorce mince se fendille et se détache par lanières; les premières branches s'étendent horizontalement et se courbent jusqu à terre ; elles donnent naissance à des tiges longues, grêles, droites, grisâtres, qui poussent par paquets divergens, comme on le voit dans le Genêt d'Espagne. De petites feuilles ternées, oblongues, soyeuses et d'un vert pâle naissent le long des tiges ; toutefois, l'apparition de ces organes n'a lieu que sur les jeunes rameaux : les vieux Cytises en sont privés, aussi l'aspect de la plante est des plus tristes avant la floraison ; mais au commencement du printemps elle se couvre d'une innombrable quantité de fleurs blanches, tellement pressées le long des tiges que, vu à une certaine distance, ce buisson ressemble à un grand amas de neige. Les fleurs de ce genêt, qu'on appelle à Ténériffe Retama blanca, prennent sur quelques arbustes uue légère teinte rosée ; elles exhalent un parfum suave qui embaume tous les lieux environnans et que la brise du soir répand jusque dans les vallées inférieures. Les abeilles butinent sans cesse autour de cette plante, qu'elles préfèrent à toute autre : sans elle point de ce miel délicieux qui égale celui du mont Hymète, car les nombreux essaims, dont les ruches sont placées dans les endroits les plus abrités du plateau , seraient privés de leur principale subsistance. Sans le Genêt des Cañadas point de chèvres même, dont les troupeaux, relégués une partie de l'année dans ces hautes solitudes, broutent, faute d'autre pâturage, les jeunes tiges de la plante qui fournit aux habitans de l'île deux précieuses ressources, le laïtage et le miel. Elle n'est pas moins utile au voyageur que la curiosité conduit jusqu'au sommet du Pic, car ses branches sèches leur servent à entretenir le feu de leur bivouac.
Ce buisson , si triste quand il ne montre plus que ses tiges grêles et
( 181 ) nues, ses légumes noires el plates, mais si éclatant lorsqu il est orné de ses blanches fleurs, vient embellir des lieux que les volcans semblaient avoir condamnés à une stérilité éternelle.
Tel est le Genêt blanc qui occupe presque à lui seul l'immense cirque cratériforme au milieu duquel s'élève le Teyde dans toute la majesté de sa masse imposante, Nous avons essayé de le peindre avec la physionomie qui le caractérise , formant avec l'aspect aride des lieux ce contraste qui étonne et charme à la fois.
A Berthelot
Paris, 2 mai 18/42.