PRÉFACE
Le célèbre Pallas reprochait aux entomologiates de saa temps de s'amuser avec les Papillons, troupe brillante , disait-il , mais qui nous importe peu , et de n^liger Tétude des Insectes aptères , beaucoup plus dignes d'attention par la variété de leur organisation I par le donunage qu'ils causent à l'henmie et aux animaux qui lui sont utiles*
Sans examiner si le reproche fait par Pallas à ses contemporains était fondé, sans prendre le soin superflu de démontrer que l'étude des Lépidoptères, et de leurs larves si destructives , n'est pas un vain amusement, je me contenterai d'aSirmer que Pallas, s'il vivait encore , n'adresserait pas^ aux naturalistes de nos jours, le reproche que lui semblaient mériter ceux de l'époque où il a vécu. Pour s'en convaincre, il suffira de jeter les yeux sur la longue liste que j'ai donnée, dans cet ouvrage, des noms de ceux qui se sont livrés à l'histoire naturelle des Insectes aptères, qui l'ont enrichie par leurs travaux , ou qui ont conr tribué d'une manière quelconque à ses progrès* Un grand nombre de ces noms ne datent que depuis le temps où Pallas a écrit* Cette liste cependant, déjà incomplète au moment où je l'écrivais, doit être encore augmentée des noms nouveaux de ceux qui
ij PRÉFACE.
ont surgi dans cette carrière pendant Timpression des pages suivantes ; et à cet égard , comme pour quelques autres rectifications et additions, le lecteur est prié de prendre communication des corrections placées à la fin de ce volume.
Malgré tant de travaux sur l'histoire naturelle des Insectes aptères , il n'existe pas un ouvrage qui présente f sous une forme méthodique , Feusemble des connaissances acquises sur cette dassc d'animaux , et qui puisse guider le naturaliste dans l'étude des genres et des espèces dont elle se compose. Nous en possédons plusieurs , au contraire , de spéciaux sur chacune des autres branches de l'entomologie.
n n'est pas de naturahste qui ne connaisse la cause de cette lacune qui existe dans la science. Aucun ne doute qu elle ne soit due aux diflîcultés attachées à l'exécution d'un tel ouvrage. Il faut d'abord, s'eflforoer de combler, du moins en partie, les vides que présente encore cette portion de l'histoire naturelle ; ils sont de telle sorte , que des ordres entiers , les Chil(^nathes et les Syngnathes , qui ofErent les plus grands de tous les Insectes , n'ont point été étudiés ; et que leurs nombreuses espèces , déposées dans nos collections, n'ont été ni examinées ni décrites par aucun naturaliste. Beaucoup de belles observations ont été faites sur des animalcules aptères presque microscopiques : il faut vérifier ces résultats curieux d'une patience admirable , et en augmenter, s'il est possible , le nombre. Telle est la tâche pénible que je me suis imposée :
PRÉFACE. iij
] y VA été engagé , moins par le sentiment de mes forces, que par la'persuasion où je suis que mon ou- Tn^y malgré ses imperfections, serait utile aux progrès d'une science à laquelle je suis redevable de tmt et de si douces distractions. L'espérance que Tappui des naturalistes ne me manquerait pas , m'a aussi soutenu dans mon entreprise. J'ai eu soin d'indiquer, chaque fois que l'occasion s'en est présentée, ce dont cette partie de l'entomologie est redevable à chacun d'eux, et les secours particuliers qu'ils ont bien voulu me prêter. Je réunirai dans une table alphabé» tique , k la fin de cet ouvrage , les noms de tous ceux qui s'y trouvent cités , avec l'indication de ce qu'ils ont écrit sur la classe des Insectes aptères, ou de ce qu'ils ont fait pour contribuer à ses progrès.
Mais je dois dès à présent faire mention de deux ouvrages manuscrits dont je suis possesseur, parce que ces ouvrages se trouvent incorporés dans celui que je publie.
L'un renferme des descriptions détaillées, et accompagnées de dessins , de vingt-cinq Âranéides de h Caroline , faits par Bosc pendant son séjour dans ce pays. Bosc m'a généreusement remis ce manuscrit aussitôt après la publication de mon histoire naturelle des Insectes des environs de Paris ; et les noms de toutes les espèces d'Araignées d'Amérique, décrites par ce zélé naturaliste , ont été insérés dans mon tableau des Aranéides, publié en 180 5; mais les descriptions de ces mêmes espèces paraissent pour la première fois dans l'ouvrage que je publie.
iv PRÉFACE.
L'autre ouvrage contient les figures de cinq cent trente*cinq Aranéides^etPhalangides, de l'état de Géorgie , en Amérique , dessinées et coloriées d'après des individus vivants^ par Thomas Abbot, déjà connu par une histoire natureUe des Papil* lons de. la Géorgie, publiée et rédigée , d après ses observations , par J.-E. Smith. Ces dessins d'Aranéides, et de Phalangides, sont accompagnés dun cahier de 4^ pages écrit en anglais , intitulé : Notes and observations on the Drawings of the Spiders of Georgia. Ces notes et observations contiennent de courtes descriptions des espèces peintes par l'auteur. Lorsque j'appris que M. Abbot, qui avait passé cinq ans à recueillir les matériaux de cet ouvrage et à l'exécuter, avait l'intention d'en traiter à prix d'argent , je désirai en faire l'acquisition ; et, pour y parvenir, j'engageai, en 1802, une coiv respondance II ce sujet avec M. John Francillon de Londres , qui avait le manuscrit d'Abbot en sa possession , et était chargé de le vendre pour compte de l'auteur. M. Abbot se trouvait alors en Géorgie. Cette aflbire ne put se conclure parce qu'on se refusa à envoyer le manuscrit à Paris. M. Mac- Leay, le célèbre entomologiste , en devint propriétaire, n eut la complaisance de le faire remettre entre mes mains , et , après l'avoir examiné , j'en ai fait l'acquisition en 1 8a 1 .
Sur cinq cent trente-cinq espèces d'Axanéides et de Phalangides, figurées dans l'ouvrage d'Abbot, trois cents seulement environ peuvent être classées
PRiFÀCE. V
avec certitude. Les deux cents autres , à cause de riusuffisance des descriptions de fauteur, ne pourront prendre rang parmi les espèces connues , que lorsqu'on aura eu occasion de comparer la nature avec les dessins.
J'ai indiqué soigneusement les noms des propriétaires de collections qui m'ont fourni des espèces nouvelles. Le nombre de celles que j'ai décrites dans la collection du Muséum d'histoire naturelle était trop grand pour que je n'employasse pas un moyen abrégé pour les désigner. C'est ce que j'ai fait en ajoutant une (M) à leur description.
La nature de cet ouvrage me prescrivait de restreindre la synonymie à un petit nontibre de citations. J'ai donc donné la préférence aux auteurs , dont les descriptions ou les figures faisaient le mieux connaître les espèces décrites , et ceux qui ont le mieux atteint ce but sont cités les premiers. Obligé aussi , pour me faire comprendre , de fcûre précéder mon ouvrage de considérations générales sur les méthodes, et d'en indiquer l'apphcation à l'histoire naturelle des Insectes aptères en particulier, j'ai dû, comme je n'écrivais qu'un traité spécial , m'imposer une extrême concision , et me refuser à la nécessité des développements. J'y ai d'autant plus de regrets, qu'en quelques points, mes idées ne s'accordent pas avec celles qu'ont fait prévaloir des hommes dont j'admire le génie et le savoir. A ce défaut de mon ouvrage je ne puis rien; mais , ce qui me console de l'impuissance où je me