‹ Histoire naturelle des insectes. AptèresChapitre 2 sur 282 · VJ PRÉFACE · texte numérisé non relu

VJ PRÉFACE

trouve d'y remédier , c'est qu'il n'en est pas de ceux qui cultivent les sciences naturelles, comme du commun des lecteurs , l'habitude de l'observation les met en garde contre la hardiesse des hypothèses ; ils ne jugent pas les faits par les doctrines , mais les doctrines par les faits ; et leur intelligence, prompte et vive, supplée facilement, quand il le faut, à ce qu'un auteur a jugé à propos d'omettre.

DBS

OBIET DE CET OUTRAGE; NiCESBITÉ DE LA ICÊTHODE BR

HI8TOIBE HATUREU4E.

PxisEETER, dans un cadre resserré, les travaux des naturalistes sur les Insectes Aptères , en y joignant les nôtres , tel est l'objet de cet ouvrage. Mais comme le nombre de ces Insectes , qm nous sont connus , est trop considérable pour que nous puissions renfermer la description des espèces et les faits principaux de leur histoire naturelle dans les limites que nous nous sommes prescrites , sans le secours d'une méthode , il est nécessaire de développer les motifs qui nous ont guidé dans la formation de celle que nous avons établie.

Les principes des méthodes , en histoire naturelle , ne nous paraissent pas avoir été clairement exposés, et ont même été souvent méconnus par d'éminents naturalistes ; cependant , sans la méthode , toute science chancelle sur ses bases. La méthode est surtout essentielle pour étudier les êtres et les productions de la nature. C'est le fil qui doit nous servir de guide dans ce vaste labyrinthe.

APTÈRES, TOME t. I

BUT DES iq:THODES EH HISTOIHE NATURELLE , ET DES PRIN- CIPES QUI DOtTSNT irOUS GUIOSRDANB LEUR rORMAÎION.

La méthode , en histoire naturelle , a un douhle hut. Elle nous facilite l'acquisition de la science , et fournit à notre mémoire des moyens de retenir les faits nombreux dont elle se compo^ : elle est un puissant secours pour les retrouver au besoin lorsqu'ils lui ont

échappé.

De ce double but) qae l'on te propose d'atteindre par la méthode , il en résulte que les notions qu'elle doit inculquer seront présentées selon l'ordre le plus propre à être saisi par l'intelligence , et avec les ex* pressions les plus claires et les mieux définies.

L'histoire naturelle est la science des êtres , et noué ne pouvons parvenir à connattre les faits qui leur sont relatifs, qu'en apprenant d'abord à les distinguer entre eux.

La base de toute histoire naturelle est donc d'abord une nomenclature 9 et ce n'est là que le premier pas de la science ; mais ce premier pas est d'une telle difficulté , que les moyens qui nous aident à le franchir constituent à eux seuls une science.

Nous ne pouvons distinguer entre eux les êtres et les productions de la nature, qu'en étudiant dans tous leurs détails les rapports de dififérence , ou de ressemblance , qui les séparent , ou les rapprochent , les uns des autres.

Signaler ces rapports, et exposer les principaux

caractères qui les font connaître , tel est l'objet de la méthode.

La méthode, en histoire naturelle, n'est dont ^e Teipression la plus concentrée , la plus générale , et la pins claire, des connaissances que nous avons acquises sur les rapports mutuels des êtres 5 objets de nos études.

Plus nos connaissances sont étendues et. précises | plus la méthode se rapproche des classifications éta* Uies par la nature 1 plus les caractères sur lesquels la méthode est fondée résument en un petit nombre de faits généraux les faits particuliers; plus prompte et plus fiacile est l'application que nous en faisoiEis<

Les caractères, fournis par la méthode en histoire naturelle, sont, pour cette science, comme les fbr-* mules algébriques dans les sciences mathématiques^ Une foule de £ûts démontrés, et des applications sans nombre, jaillissent de leur développement) et par la comparaison et la combinaison de ces formules on en obtient d'autres plus générales et plus fécondes.

A moins que le Créateur ne consente à communiquer à l'homme une portion de son omniscience , jamais l'intelligence d'un être si £adble , et d'une vie si courte , ne pourra parvenir à discerner tous les rapports qui lient entre elles les productions du globe. Toujours ses connaissances , à cet égard, seront incomplètes et fautives ; et puisque toute méthode , quelle qu'elle soit , n'est que le résmné ^de ces con« naissances, toute méthode est donc nécessairement, incomplète et fautive.

De cette vérité incontestable, on a voulu en induire l'inutilité des méthodes ; mais l'on a erré.

On a dit que la nature n'avait crée que des espèces ,

et n'avait établi , ni classes , ni tribus, ni genres, ni familles. Gela est faux.

Les observations les plus superficielles nous démontrent, au contraire, que la nature nous oiire des j^upes d'êtres liés entre eux par des rapports de ressemblance dans leur forme et leur organisation ; et les caractères attribués aux classes , aux tribus , aux genres , aux familles , ne font que résumer ces observations.

Mais rien ne peut nous assurer que les divisions de nos méthodes soient celles que la nature a établies. Elles expriment seulement l'idée que nous nous en formons. Ces divisions et les cavactères que nous leur assignons sont, il vrai, des abstractions de notre esprit; mais l'idée d'espèce, elle-même, n'est aussi qu'une ab-* straction de notre esprit.

Il résulte , de ce que nous venons de dire , que la distinction établie par d'éminents naturalistes entre le système et la méthode n'existe pas. Tout bon système est nécessairement méthodique , toute bonne méthode est nécessairement systématique , c'est-à-dire fondée sur des bases fixes, et coordonnées par des principes et des règles invariables.

Sans la méthode on n'obtient que des résumés incomplets ; sans système , ces résumés manquent de clarté, et ne sont pas comparables entre eux; c'est-àdire qu'ils n'atteignent pas le but de la méthode.

Il n'y a donc point de méthodes artificielles et de méthodes naturelles ; mais il y a des méthodes qui résument d'une manière insuffisante les connaissances acquises , et par conséquent incomplètes , pour l'époque où elles paraissent, et des méthodes suffisantes

poar résumer ces connaissances, et par conséquent complètes pour Tépoque où elles paraissent.

Lorsque Linné, dans les plantes, et Fabricius, dans les Insectes , choisissaient, l'un la fleur , Tautre la Loudie pour hase unique de leurs méthodes , ils croyaient créer des systèmes. Ils se trompaient. En s'attachant à Tétude des organes qui , dans les plantes et dans les Insectes, signalent les plus importants rapports de ressemblance et de différence , ils s'approchèrent , plus que tous leurs prédécesseurs, de la méthode naturelle. Cest à leurs belles classifications , au grand nombre d'espèces qu'ils ont décrites , que cette méthode a dû ses plus étonnants progrès : mais en ne considérant ces organes essentiels des plantes et des Insectes que sous des rapports incomplets , ces deux hommes illustres ont créé des méthodes utiles , mais incomplètes , qui derinrent bientôt insuffisantes pour classer le grand nombre d'espèces dont leurs descriptions avaient enrichi la science.

n existe donc des principes dans la formation des méthodes dont nous ne devons pas nous écarter. Cherchons quels sont ces principes.

Puisque la méthode est un instrument pour l'acquisition et la conservation de nos connaissances , il fiiut qu'elle soit assortie à la nature de nos organes et k la portée de notre intelligence ; qu'elle ne fatigue pas trop notre attention. C'est en vain qu'un instrument serait parfait s'il ne pouvait être employé par celai auquel il est destiné.

Ainsi , dans l'étude des animaux j tous les caractères doivent être pris dans les organes extérieurs visibles , sans dissection , et faciles à séparer entre enx , et à distinguer. La méthode manquerait son but

6 INSECTES APTkRSS.

«i elle obligeait d^bord à détraire Tétre qu'elle Teat décrire ou faire reconnattre.

Plus on observe la nature , plus on trouve dans la création des êtres une grande unité de plan^ jointe à une prodigieuse diversité de moyens. La nature se joue en quelque sorte dans les formes et dans les couleurs qu'elle varie à l'infini , et ses variations sont d autant plus grandes et plus multipliées, que les par^ ties qu'elle modifie sont moiiis importantes pour l'exis* tence des êtres , et les fonctions qu'elles doivent rem« plir I mais dans les organes essentiels, la nature garde plus de constance. Il faut donc que nos méthodes BOUS retracent cette unité de plan , et ces moyens divers que l'observation noua découvre. Ainsi doqo , les divisions générales de la méthode seront fondées sur les organes les plus essentiels , sur ceux qui en^ traiaent avec eux des ressemblances d'organisation <mtre un plus grand nombre d'êtres , et que par-rlà on peut nommer caractères primaires. Les divisions ser eondaires seront fondées sur des caractères d'une moindre importance , e'esl<rà«dire qui entraînent des dif-* férences moins grandes dans l'organisation ; et ainsi de suite, jusqu'aux dernières subdivisions.

Mais la difficulté est de reconnaître quels tant ces eamotères qui subordonnent les uns aux autres, et de déterminer leurs valeurs relatives ; de fixer ceux dont la réunion détermine les limites des groupes que la méthode doit établir. Comme la nature varie son plan selon les différences fondamentales d'organisa^ tion dea êtres qu elle a créés , il n'y a que l'étude détaillée des espèces qui puisse nous faire trouver dans chaque division ces caractères , et nous donner ]m mûyens de les ranger en série , de manière à et

que ces caractères soient coordonnés selon leur degré d'importance. Mais comme cette étude des espèces est infinie et difficile , les naturalistes cherchent à y suppléer par le raisonnement ou par des inductions tiréea d'observations incomplètes ou imparfaites ; de là ré* suite les défectuosités des méthodes , et le yague de» systèmes.

SaToir bien résumer les connaissances que procu* re l'étude des espèces y est le génie du naturaliste. Plus cette étude sera profonde et étendue , plus elle fournira de moyens pour donner plus de perfection , de simplicité et de clarté à sa méthode*

Quand le naturaliste a trouvé quels sont y dans une classe , les organes ou les parties qui entraînent les difTérences les plus grandes dans l'organisation des groupes , il faut qu'il y coordonne toutes ses subdivisions ; quHl les établisse sur des caractères de même nature , sans cela ces caractères ne seraient plus comparables entre eux : ils manqueraient de clarté ; ils forceraient l'attention à se partager , et affaibliraient la puissance de la mémoire , c'est-à-dire que la méthode manquerait son douUe but , de faciliter l'acquisition de la science , et de nous donner les moyens de la coQMrw lorsque nous l'aurons acquise.

▲FPUGATION DES PRIVCIPES GÉNiRAUX DES MÉTHOStS A

l'itods BBS nrsBcns,

On conçoit > d'après ce que nous avons dit , les difficultés qui existent pour la formation d'une bonne méthode. Ces difficultés sont encore -plus irrandes pour

8 INSECTES APTÈHES.

un naturaliste qui cultive l'étude des Insectes que pour tout autre , parce que le nombre des espèces est tellement multiplié dans cette classe d'animaux , qu'on n'en a encore pu observer ou décrire qu'un petit nombre en comparaison de ce qui existe ; parce que , dans nulle classe d'animaux la nature n'a autant varié ses plans; parce qu'enfin le siège de plusieurs de leurs sens nous étant encore inconnu , nous ignorons l'usage et l'importance relative de plusieurs de leurs organes.

Cependant l'étude approfondie de cette classe d'animaux nous démontre que les rapports d'organisation extérieure , rangés selon leur degré d'importance relative, se suivent dans Tordre suivant :

Les métamorphoses,

Les organes du mouvement ,

de la nutrition ,

du toucher et de l'ouïe ,

de la vue,

de la génération.

Cette faculté qu'un grand nombre dlnsectes ont de vivre sous trois états difTérens , et entièrement dissemblables , est ce qui les caractérise , et les distingue le plus, non -seulement entre les autres animaux, mais aussi entre eux , car tous ne la possèdent pas , çt ceux qui la possèdent, ne la possèdent pas au même degré.

Les métamorphoses doivent être rangées dans les caractères extérieurs , puisque l'observation , sans aucune dissection , nous les fait connaître ; et nos classifications entomologiques n'auront acquis un grand degré de perfectionnement que lorsque l'étude des

DES MÉTiionns. <)

larves et des nymphes sera plus avancée , et que nous connattrons les rapports des diverses métamorphoses des Insectes, avec tous leurs organes dans l'état parfait.

Les organes du mouvement ne sont, en quelque sorte chez les Insectes, qu'une conséquence de la métamorphose , puisque , selon les derniers résultats de la transmutation , ces animaux ont des ailes ou des ély* très , ou en sont dépourvus , ou acquièrent un nomhre très- restreint ou très-grand de pattes. Il s'ensuit que ces organes fournissent , après les métamorphoses , les caractères primaires les plus importants. Voilà pourquoi Linné, sans s'en rendre compte, est arrivé, par la considération de ces seuls organes, à former des classes plus naturelles que celles de Fabricius , qui a voulu donner le premier rang aux caractères de la bouche.

Mais , après les métamorphoses et les organes du mouvement, la présence ou l'absence des ailes, le nombre des pattes, ce sont les organes de la bouche, c'est-à-dire les mandibules, les mâchoires, les palpes , les lèvres , qui sont les plus importants.

Les antennes , leur absence ou leur présence , leur configuration si variée , si compliquée , qui sont bien certainement les organes du toucher, et peut-être aussi ceux de l'ouïe et de l'odorat, sont, après les organes de la bouche , les plus importants dans les Insectes.

Yienaent ensuite les organes de la vue, les yeux taillés à facettes ou les yeux Usses , ceux qui parti cipent de la nature des uns des autres. Enfin le nrâibre , la situation , l'absence ou la présence de ces organes.

Nous plaçons après les organes de la vue ceux de la généiatmi , plus importants peut-être en eux-mêmes

lO INSECTES APTÈRES.

que ceux des anteimes et des yeux, mais qui , étant i&oius liés avec ceux de la nutrition ou de la bouche , entraînent de moins grands rapports de ressemblance avec tout l'ensemble de l'organisation ; et qui d'ailleurs, étant souvent intérieurs , sont diflSiciles à observer, à vérifier, et participent par cela même, jus* qu'à un certain point, des caractères anatomiques. Ces organes sont situés dans la plupart des Insectes à lextrémité du corps, souvent sous le ventre, quel* quefois sous des segments très-rapprochés de la tête , et quelquefois dans les palpes.

A la suite des organes de la génération on pourrait peut-être placer ceux qui servent dans certains Insectes à la production de la soie , et qui , dans les Aranéides situés k l'extrémité du ventre , fournissent de bons caractères extérieurs.

L'anatomie nous fait oonnattre les organes intérieurs des Insectes , qui , relativement à leur influence sur l'organisation extérieure, nous paraissent devoir se suivre dans l'ordre suivant :

Les organes respiratoires ,

* circulatoires , — — digestifs , sensitifs.

Les organes tespiratoirea et circulatoires seniam» festent au dehors par la différence des ouvertures laté* raies que le corps des Insectes présente ; les trous ronds on ovales , ou souvent plissés des stigmates qui déno» tent des trachées simples, étant fort diffifrents des fentes ou incisions particulières aux trachées pulmonaires.

Les organes digestifs peuvent s'induire par la configuration et la nature des oi^gams do la boodie» Les

DES MÉTHOBE». 11

organes sensitifa ou les nerfs par la nature du tégu-^ ment ; et par les organes extérieurs , qui sont d'autant plus nombreux, d'autant plus compliqués et perfeo tiomiés , que llxisecte a une industrie plus sayante et plus variée , et est doué d'un instinct plus étende et plus capable d'intelligence

C'est une erreur de croire que la nature , dans les animaux à sang blanc, a établi les mêmes rapports que dans les animaux à sang rouge , entre les organes de la respiration et de la circulation, et ceux de l'intelli^ gence* Les animaux à sang rouge ou yertéhrés consomment une grande quantité d'air, et ne peuvent Tirre s'ils en sont quelques instants privés» il n'en est pas de même des animaux à sang blanc ou inver-* téhrés, et leur organisation subit des lois toutes dif* férentes. Qn a doue eu tort d'établir la série de ces animaux d'après les mêmes considérations que ceUes des animaux h sang rouge , et de placer les Molbisques avant les Insectes , c'est^-dire THuttre avant rAbeiUn.

Nos méthodes doivent présenter d'abord les êtres dont l'organisation est la plus riche , la plus parfaite , et par conséquent la plus digne de nos études, L'ana«< tomie so^s ce rapport ouvre un vaste champ à nos ob* servations ; et nous éclaire sur les classifioations que nous devons établir ; elle nous enseigne même l'usage des organes extérieurs ; et nous apprend à les mieux observer, à les mieux décrire} mais ces organes suffisent pour le méthodiste , et c'est sur eux seuls qu'il doit fonder $w divisions.

Les deux premières sortes de caractères , ceux qui sont tirés des métamorphoses et des organes du mou* ▼eiMQt t serviront à étabUr les divisknis primaires ;

lî lîlSKCTirS APTÈRES.

c est-à-dire celles des classes ou des ordres ; les trois autres , c'est-à-dire les caractères de la bouche , des antennes , des yeux , donneront les caractères des tribus et des genres. Les plus petites variations dans ces caractères secondaires, comme dans les caractères primaires ou du mouvement , et les formes du corps, établiront les divisions de familles , mot (ju'à l'exemple de plusieurs anciens naturalistes nous employons dans son sens propre, pour exprimer les êtres liés entre eux par les plus nombreux et les plus étroits rapports , et tels qu'ils pourraient faire soupçonner une parenté ou une origine commune. La famille est donc pour nous une subdivision du genre , tandis que chez beaucoup de naturalistes ce mot est appliqué à la division qui comprend plusieurs genres , ce que nous exprimons par le mot tribu. La tribu se subdivise en plusieurs genres , comme Tordre en plusieurs tribus , et la classe en plusieurs ordres.

Ces divisions suffisent à la méthode, et un plus grand nombre nuirait à la clarté et surchargerait trop la mémoire.

Mais ce n'est pas assez de discerner les caractères qui doivent constituer les classes, les ordres, les tribus, les genres, les familles, il faut les exprimer d'une manière claire et concise , et à cet égard l'historien des Insectes lutte contre une difficulté que les naturalistes ont augmentée par les efforts mêmes qu'ils ont faits pour en triompher.

La nature a formé les organes qui servent aux fonctions vitales dans les Insectes, sur un plan plus varié, et tout différent de celui qu'on remarque dans les animaux vertébrés ; et cependant on a été conduit , par l'analogie , à employer les mêmes termes que ceux dont

DES MÉTHODES. \'i

cui faisait usage pour ces derniers, lorsqu'on a touIu désigna* les organes destinés à xemplir les mêmes fonctions.

Ce n'est pas tout encore : les Insectes présentent entre eux, sous le rapport de ces organes principaux, des différences plus fondamentales et plus grandes que ne nous en offrent les animaux vertébrés! lorsqu'on les compare les uns aux autres. De sorte que quand on ne considère que la fonction et l'organe qui est destiné à la remplir, et qu'on les désigne dans diverses classes dlnsectes par le même nom , il arrive que Ton emploie souvent un même mot pour exprimer des choses

Pour obvier à cet inconvénient, les naturalistes modernes sont tombés dans un plus grand. Ils ont remarqué que , malgré ses variations, malgré la diversité de &es moyens , la nature gardait toujours un caractère constant d'unité dans sa variété; qu'à la vérité certains organes , qui existaient dans certains Insectes , semblaient ne pas exister dans d'autres , mais que ces anomalies n'étaient qu'apparentes; et qu'il était toujours possible de les expliquer par la réunion de certains organes entre eux ; l'oblitération de quelques autres , qui entraînaient, comme conséquence, des emplois différents, d'autres formes, et d'autres contexturesj mais que , malgré toutes ces altérations , ces réunions, ces éliminations, ces atténuations, ces développements divers , il restait toujours des vestiges du plan primitif et complet. Ces observations, qui n'avaient point entièrement échappé aux naturalistes anciens , les naturalistes modernes en ont poursuivi l'application avec une louable persévérance. Il en est résulté une anatomiedes parties externes des Insectes plus détaillée , des

l4 INSECTES APTÈRES.

idées plus exactes, et plus précises, sur la nature des or*^ ^anes qui servent à ces animaux à accomplir les principales fonctions de la vie. Tout allait bien, si l'on s'était contenté de remarquer, et de décrire , ces nombreux indices d'un plan primitif; ces rapports de ressemblance, et de dissimilitude, entre des êtres si diversement con« formés : mais on a voulu aller plus loin que les faits , devancer les observations ; et ramener tous les ^nr eâ d'organisation à un seul type; assujettir toutes les partieé dont se composent les Insectes à une seule et même nomenclature. Quelque grande que fût la différence de configuration des organes ; leur mode d'action ; leur usage , quand l'analogie systématique le commandait , il a fallu les désigner par les mêmes noms.

Ainsi les soies latérales qui servent à former la trompe du Papillon , et qui portent des palpes, occu-« pent la même place dans la tête que les corps durs et broyeurs des scarabées dont elles tiennent la place, et il a été interdit de donner à ces filaments d'autre nom que celui de m&choires.

Gomme la nature, dans les Aranéides , n'a point se' paré la tête du corselet , et que les organes de la boucbe sont , dans la plupart des Insectes , logés dans une cavité distincte du corselet , les naturalistes n'ont plus voulu reconnaître, dans les Aranéides, ni tête, ni bouche , ni mandibules , ni m&choires , ni palpes ; et ils ont désigné par des noms spéciaux , sur la signification desquels ils ne sont pas bien d'accord , les organes qui , dans ces Insectes , remplissent les mêmes fonctions que les mandibules, les mAchoires et les palpes des autres Insectes.

Telle a été , dans ces derniers temps , la passion des naturalistes pour introduire une conformité parfaite

DBS MÉTHODEfi. l5

dans les cnrrres de la création, qu'en considérant qu'une portion des insectes était pourvue de huit pattes , sans ailes , et qu'une plus grande portion arait seulement six pattes et des ailes , le plus célèbre entomologiste de nos jours a été conduit à considérer les ailes dans les Insectes comme des pattes antérieures !

n n'est résulté de ces subtiles spéculations que la création de nouveaux noms, un emploi inusité des anciens, et une ambition pédantesque de suppléer aux descriptions , par la création d'une nomenclature fon* dée sur des analogies souvent obscures , quelquefois fÎEiutives , et toujours disputables , qui donnent au lan^ gage )de la science une concision emJbarrassante et per* nicieuse, propre à fatiguer inutilement l'intelligence, et à snrcbarger la mémoire qu'elle prétend soulager.

Cependant quel parti prendre pour surmonter une difficulté réeUe?

A chaque variation d'organe attribuerons-nous un nom spécial et différent ? Pour des organes différemment conformés, mais pourvoyant par des moyens divers à des fonctions semblables , emploierons -nous toujours les mêmes noms 7

A cela je répondrai , ni l'une ni l'autre de ces règles n'est bonne.

Ce qu'on doit préférer avant tout dans le langage, c'est la clarté , et particulièrement dans le langage des aciences : et la clarté, dans le langage, ne s'obtient qu'en se conformant à l'usage , et en définissant exactement les sens des mots dont on se sert, lorsque l'usage ne les a point encore admis.

Pour les choses ordinaires de la vie, c'est le vulgaire, c'est tout le monde' qui fait l'usage.

Pour une science quelconque, ce sont les sarants qui

l6 INSECTES APTÈHES.

la cultivent qui font Tusage. Pour les comprendre, on doit parler leur langue , et non pas chercher à en créer sans cesse une nouvelle. Si de récentes analyses, si des distinctions, mieux établies, ne permettent pas d'em> ployer des termes déjà usités ; ou nous forcent à employer ceux (jui sont en usage d'une manière inusitée , alors, sans doute, inventons des termes, changeons l'acception de ceux qui sont connus ; mais n'en venons là que quand l'intérêt de la science l'exige d'une ma nière absolue ; et alors définissons bien les mots nouveaux , détournés de leur sens ordinaire. Enfin, efforçonsHBOUs de perfectioxmer le travail denosprédé^ cesseurs, ajoutons-y, mais ne le changeons pae sans nécessité.

D'après ces considérations, nous laisserons le nom de tête à cette partie des Aranéides , où se trouvent les yeux et tous les organes de la manducation : et les redoutables serres des mêmes Insectes , si différentes par leur insertion , leur conformation , et la manière dont elles se meuvent, des mandibules des G>léoptères conserveront le nom de mandibules , que leur ont donné Degéer et tous les naturalistes avant nous ; car, comme avec les mandibules des G)léoptères et des autres Insectes , les Aranéides piquent, brisent et déchirent avec cet organe comme avec de véritables mandibules. Que gagnerions-nous à les nommer chélicères, forcipules , antennes-pinces ou pieds-antérieurs, et qu'y gagnerait la science ? En quoi serions-nous plus clairs et plus instructifs en substituant au mot de tête , pour les Aranéides , celui de céphalo - thorax ou de camérostome qu'ont proposé des naturalistes? Serionsnous plus intelligibles si, aulieu du mot abdomen^ nous nous servions de celui de thoraco ^gaster , proposé ré-

DES MÉTHODES. in

cemment par un très-habile naturaliste , et de celui de dère pour le corselet ou le thorax ? Que la base dilatée des palpes, qui, dans les Âranéides, prend des formes si variées , conserve donc aussi le nom de mâchoires ; et que le prolongement du dessous du corselet continue à être appelé lèvre : à quoi nous servirait de les nommer coxo-maxilles , ou lèvre sternale 7

La similitude des noms fera connaître la ressembbnce des fonctions , et la différence des descriptions la diversité des organes.

Mais quand les vrais caractères des classes , ordres, tribus, genres et familles sont trouvés et clairement exprimés , il reste encore à les coordonner entre eux ; à les disposer de manière à mieux remplir le but de la méthode ; c'est-à-dire, à les présenter sous la forme la meilleure et la plus claire , afin d'en faire le résumé des connaissances acquises , ou de fournir à ceux qui les étudient les moyens de les acquérir plus facilement.

Pour le succès de cette dernière opération de la méthode , le naturaliste lutte contre des difficultés qu'il lui est impossible de surmonter entièrement.

En effet, les productions de la nature se tiennent toutes entre elles comme toutes les parties d'un beau groupe; et notre intelligence, ne pouvant saisir simultanément l'ensemble de ce groupe, ni parvenir à connaître les rapports qui lient entre elles les différentes parties, est obligée de les détacher les unes des autres et de les ranger à la file. Forcés ainsi de rompre tant de liens qui les unissaient pour les aligner toutes dans une série continue , nous n'avons plus que le choix des inconvénients.

Pour y échapper , on a cherché à figurer la science aptJlres, tous I. s

l8 INSECTES APTÈHES.

comme un arbre , où les faits géDeraux se résument dans la lige , tandis que les faits secondaires sont attachés aux branches principales , et où les faits particuliers, se ramifient àFinSni dans les rameaux d'une même branche. On a imiiginé des cercles qui se toubhent, se croisent, se pénètrent; des lignes spirales oiz rameuses ; d'autres qui se détachent les unes des autres pour aboutir à des accolades , comme dans un tableau généalogique; toujours dans l'intention de présenter aux yeux les rapports multipliés des êtres entre eux , afin qiie , rciliiis dans un seul (ableau, l'on puisse en saisir l'ensemble, et concevoir les mutuelles connexités de ce grand tout. Ces moyeiis mécaniques sont, non-seulement insuffisants , mais toujours forcément erronés , et sont plus propres à introduire dans l'esprit la confusion et l'erreur qu'à éclaircir les idées.

Pour remédier aux inconvénients obligés de nos méthodes , il n'est qu'un seul moyen que la science approuve, et c'est celui qui peut le plus contribuer à hâter ses progrès.

C'est de Hiire connaître à la suite de chaque division de la méthode les rapports qu'ont les espèces qui s'y trouvent contenues, avec celles des autres divisions ou subdivisions; d'inscrire , si je puism'exprimer ainsi , au bas de chaque page du grand livre de la nature, l'indication de toutes les pages qui y correspondent. Sans cette continuelle concordance , on n'a qu'une exposition incomplète des caractères de la méthode , et la connaissance des classes, des genres et des familles est imparfaite et tronquée. Mais ces notions ne doivent être présentées qu'après Texamcn et la description des espèces, car cette connaissance détaillée des espèces en est la conséquence. L'exactitude des caractères qui

constituent les classes , les ordres , les tribus , les genres , les familles , peuvent se vérifier par l'examen d'un seul des individus qui font partie de ces divisions ; mais les rapports qui existent entre chacune de ces dirisions, et toutes les autres, ne^ s'obtiennent que par la comparaison des diverses espèces qui se trouvent comprises dans chaque.

Je distitigue , en histoire natuirelle y cinq sortes de rapports.

I. RafporU de ressemblance^ c'est-à-dirë céuit qui ont lieu pour les formes , et les couleurs , entre de^ espèces qui différent par tous leurs organes essentiels. Ce sont les plus faibles et les moids importants. Cie-^ pendant ils existent quelquefois, à un point étonnant entre des espèces qui appartiennent à des classes toutes diffà-entes , et qui n'dnt souvent elitre elleë àUcUtie autre rapport.

n. Rapports d'analogie. Lorsque des êtres ont seulement un petit nombre d'organes , mais les })lus essentiels à la vie \ analogues entre eux. Ce sont ces rapports qui fournissent les caractères propres à constituer les classes et les ordres.

tll. Rapports d'affinité. Lorsque les principaux organes essentiels à la vie ont des types semblables. Ces rapports servent à caractériser les tribus et les genres.

rV. Rapports de conformité. Lorsque toutes les parties d'un être quelconque se ressemblent et sont conformées de même, et qu'ils ne difièrent que par les cooletirs ou par de légères variations dans les

20 INSrCTES APTÈRIS.

formes* Ces sortes de rapports constatent les familles et les races, subdivisions des genres dans notre méthode.

V. Rapports d'identité , qui n'existent que lorsque les êtres sont parfaitement semblahles entre eux , ou ne présentent que des différences de grandeur et de couleur , qui sont dus à l'Age , au sexe, et à l'influence du climat. Ces rapports constituent les espèces et les variétés.

Les rapports d'identité supposent toujours ceux de conformité et de ressemblance , et impliquent aussi ceux d'affinité et d'analogie ; mais ces derniers ne supposent pas toujours ceux de conformité, et encore moins d'identité ni de ressemblance. Les rapports d'affinité supposent toujours ceux d'analogie, tandis que ceux d'analogie peuvent exister sans ceux d'affinité.

Les rapports de ressemblance, lorsqu'ils existent seuls, excluent ceux d'analogie, d'affinité, de conformité , d'identité ; voilà pourquoi , plus qu'aucun autre genre de rapports , c'est celui qui doit attirer le plus notre attention , et dont nous devons le plus nous défier. La ressemblance pouvant ne pas exister avec Ti" dentité , l'affinité, la conformité , l'analogie ; mais lorsqu'une de ces conditions existe avec elle , ce n'est plus alors simplement un rapport de ressemblance, mais d'analogie ou d'affinité, ou de conformité, ou d'identité.

En suivant ces principes , les Insectes devraient être divisés en un plus grand nombre de classes qu'ils ne le sont dans les méthodes des entomologistes ; mais nous n'avons à traiter ici que des Aptères. Nous ferons donc à eux seuls l'application de ces principes.

DE IiEUR ETUDES 21

DE l'dCPORTAHCZ ET DE LUTTÉRET QT7E PRESENTE l'ÉTUDE SES nSECTES APTÈRES. CLASSIFICATION DES NATURA- LISTES QUI SE SONT OCCUPES DE CETTE ÉTUDE «

Parmi cette multitude inDombrable d'animaux invertébrés , ou articulés , connus sous le nom général dlnsectes , ceux qui , dans les sexes mâles et femelles et dans l'état parfait , sont dépourvus de ces membranes qui , dans tous les autres , attachées sur le dos le recouvrent en tout ou en partie, et servent à un grand nombre pour s'élever dans l'air, ont toujours formé une divi<sion distincte. Pourtant Aristote les divisait en deux classes, et distinguait les Malacostracées des j^/i* tomes y c'est-à-dire qu'il séparait les Crustacés des In-

Les naturalistes modernes, et entre autres Linné , méconnaissant les vues profondes du philosophe de Stagjre , les réunissaient dans une seule classe , en lui donnant pour caractère essentiel et unique : « Point d'ailes dans aucun sexe. » ^Ue nullœ in omni sexu.

Depuis Linné , les progrès de l'histoire naturelle ont £iit d'abord séparer les Crustacés des Insectes, ainsi que l'avait fait Aristote. Puis l'on a été plus loin, et l'on a formé sous les noms d'Arachnides et de Myriapodes, du plus grand nombre des Insectes Aptères, des classes intermédiaires entre les Crustacés et les Insectes ; de sorte que la classe des Insectes Aptères, proprement dite, s'est trouvée réduite à un très-petit nombre de ceux que Linné nommait ainsi. Mais, nonobstant ces innovations, les méthodistes les plus célèbres se sont accordés à pla-

Vt2 IHS£CTES APTÈRES.

cer dans une série non interrompue, ou à la suite les uns des autres , quoique dans des classes différentes , tous les genres dont se composait autrefois la grande classe des Insectes Aptères de Linné : si donc ces Insectes ont été par les méthodes modernes distingués entre eux , ils n'ont point été désunis. Ainsi leur histoire naturelle forme encore une portion distincte dans lensemble de la science. C'est de cette pqrtiop que, en excluant les Crustacés à l'exemple d'Aristote, je me propose de traiter dans cet ouvrage.

De tous les animaux à sang ))Ianc articu]és que Linné comprenait sous le nom dlnsectes, les s<euls qi^i aient des caractères assez importans pour fojn^^c une classe à part, ce sont les Crustacés. Si donc l'on cpnsir dère les Aptères inarticulés comme appartenant à la grande classe des Insectes, on peut dire que les Aptères fbrnient et offrent à |a fois les plus grands, coinme ]pf plus petits animaux, de cette division du règne animal: qu aucune des classe^ qui le composent ne présente plus de variété , de singularité et d'anomalie apparentes dans son organisation *^ qu'aucune n'offre des exemple; d'une plus admirable industrie ; qu'aucune n'est d'uil plus grand intérêt pour l'homoie , puisque c'jest parmi elle qu'on trouve les Infectes qui vivent ^e sa substance, et sont la cause de plusieurs de ses mala4ief ; qu'aucune n'a des rapports plus étendus avec l'biçtoire ni^turelles des autres animaux , puisqu'il n'est parmi eux aucun genre et peut-être aucune fcspèce qui n'ai^ plusieurs sortes d'Insectes parasites Aptères qui Ifii sont particulières ; qu'aucune classe enfin ne présente une multiplication plus grande et plus rapide ; qu'aucune ne s'offre plus souyent à nos regards ; qu'aupai|ç

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