‹ Histoire naturelle des insectes. AptèresChapitre 21 sur 282 · I . Du venin des Artméides · texte numérisé non relu

I . Du venin des Artméides

Quelque subit , quelque violent que soit l'efTet du venin que TAranéide verse dans la piqûre qu'elle fait à llnsecte quelle saisit, ce venin, dans les espèces les plus grosses du nord de la France , ne produit aucun eflet sur l'homme. Je me suis lait piquer par les espèces d'Araignées les plus grandes des environs de Paris , sans qu'il en résultât ni douleur , ni enflure, ni rougeur. Ces légères piqûres ne m'ont fait éprouver d'autre sensation que celle qu'aurait produite une aiguille ou épingle fine , dont j'aurais enfoncé la pointe dans mon doigt. Ainsi , le venin de l'Araignée n'a pas , sur l'homme , des effets aussi fâcheux que celui de la Punaise , de la Guêpe, de l'Abeille, du Cousin, de la Puce, et -d'autres Insectes encore plus petits.

Il n'est pas rare de voir des personnes qui , à leur insu, ont été piquées par quelques-uns de ces Insectes venimeux , attribuer les suites fâcheuses qui résultent

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éê cet piqûres à la morsure d'une Araignée , parce qae c'est souvent le premier Insecte qui s'offre à leurs re^ gards , lorsque dans la nuit elles se trouvent éveillées en sursaut par les démangeaisons ou la douleur* L'Aranéide , effrayée par l'approche inattendue de la personne, ou l'éclat de la lumière, fuit et se cache, et a ainsi toute l'apparence d'une coupable.

Dans les climats chauds , qui nourrissent de tràs^ grosses Aranéides, la piqûre de celles-ci doit être plus forte, par conséquent plus douloureuse; et, dans le moment des grandes chaleurs , chez des personnes mal disposées, les effets négligés de la petite pkde qui résulte de leur piqûre peut produire la fièvre , et la fièvre peut occasionner le délire sans l'action d'aucun venin. C'est ainsi que nous expliquons les effets extraordinaires attribués à la Tarentule de la PottiUe, en Italie, et à la Latrodecte Mnlmignatte, dans Die de Corse. Ces effets, au reste, ont été fort exagérés ; les observations qui les constatent sont toutes asses anciennes , et, dans le moment où elles disaient le plus de bruit , plusieurs observateurs judi» cieut les ont traitées de fables.

Selon un asseï grand nombre d'auteurs du dixseptième siècle 9 lorsque, dans la Fouille, on était mordu, au temps de la canicule, par la plus grosse espèce de Lycose Tarentule, il en résultait un spasme soudain , un froid mortel , puis une chaleur brûlante , une fièvre accompngnée d'un délire particulier, qui donnait une gaieté foUe h celui qui en était atteint. Le malade tarentaié criait, riait, dansait, et faisait mille contorsions et mille extravagances. Il ne pouvait aoufirir la vue du noir^ mais le rouge et le vert le réjouissaient. Pour le guérir, on lui jouait deux airs ,

ta Panaral0 «t ta Tar^mpla , qui oDt été nptéf ay«i| soin djinn de gros ouvrages. Cette musicpie s'e?^4cutait aveo un concert de plusieurs instrumepts, et Qot^nia ment avec la guitare , }e hautbois 9 le violon ^ le9 cimbalfa, lu trompette, et Iç tambourin sicilien cpi p^mtt être une espèce de tamboiir de baçquie. Alors lu patient ne mettait à danser, et pn le laissait aipsi s'a-r gitiçr, jusqu'à c^ que, épuisé par le^ si^eufs ^ihfatigu^^ il se laissait mi^ttre au Ut < 1^ , un spi^meil 4« dou;^^ beurea le rendait k )a santé ; il se réveillait S0n$ se rappel^ rien de c^ qm «était passé* Les fsiQqie^ ^ ^ ç^q^^ de leurs longii vêtements , étaient les plu$ expQ§éefi g Ig morsure de la Tarentule^ mais Yon a remarqi^é fffi§ cellea qu'on prétendait en avoir été attisintes , pgrpff qu'elles présentaient les symptômes de ce genre 4^ j^ vre quV») nommait le tarentisme, étai^ent précisén^^nt celle» qui »e trouvaient dans l'Age critique dgi déy/çleppement, ou d'autres chez qui les évacua tipn3 pgr^ ticulières à leur j^exe n'avaient pas lieu régnliéreme^^f ^ ou d'autres enfin d'unecomplexion particulière, offrant toiis 1^5 indices dun tempérament inflammable^ e| de nerfs singulièrement jrritobliç^ (1),

On a attribué à la Latrodecte Malmignatte de Corse et dm Sardaigae les m^éroef efieta qu'à la

t^bi, Ba^livi, Dapper, Uoinberg, Blamenbach* Biisching, Dorthez, Swinbome, A. Foriis , «t toM le» a«tean cités pof^c «1 de mon ta- Mwvdes AisftoéidM, 180$ iM-9^i #t en <Hitre iMcMifiet, K^TsJbejTj Travds, translated/rom the a'édit. , 1760, iu-8«, t. III, p. 35. — Keysler, Ifeueste reûen, 4 ▼ol.. i^Si, a thcil , p. 760 et 762. — Commera'um litUrar.mm «4 ^ m»dkm., 991». V)^» P* h^ '• 1^9$ « P^» 1737, p. <eS; 193$, p. 37Î ; *>43, p^ ?9« et ^...— /W7«#lf h^wmêa-deU' Mitiotim m^tmvl • i%^« iîD'feliOj P- 7^7 «1 f • 901, #$ b tnd. latine , Cologne, 1696.

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tule (i). Les espèces de ce genre sont cependant beaucoup moins grosses, mais, en Amérique comme en Europe, elles sont considérées comme venimeuses*

Azara a eu plusieurs de ses nègres mordus par de grandes Mygales aviculaires de l'Amérique méridionale : il remarque qu'il est souvent résulté de ces morsures une fièvre de vingt-quatre heures , quelquefois accompagnée d'un peu de délire dans les gnindes chaleurs , mais qui jamais n'eut de suites fâcheuses.

Les jardiniersjse plaignent fréquemment du dég4t que les Araignées font dans un plant de carottes nouvellement semées, probablement pr l'efTet des fils ou des toiles de ces Insectes; quand ils se mettent dans les melons, il faut les déraciner : leurs toiles ont un venin qui fait périr leurs feuilles.

Barrow, dans ses voyages, parle d'une espèce d'Annignée, dont les Boschimans des environs de Khamies- Berg mêlent le jus à celui de la bulbe de VAmjrriUis disticha pour empoisonner leurs flèches (2).

a. De l'utilité des Aranéides pour t homme, comme aliment ou comme spécifique.

Si parmi les nombreuses espèces d' Aranéides aucune n'est redoutable à l'homme , ni très-malfaisante, aucune non plus ne lui est d'une utilité particulière.

Elles le servent puissamment sans doute en maintenant l'équilibre des êtres , en diminuant le nombre des Insectes nuisibles ; en délivrant les étables , et les

(1) Boccone , Museo di Fitica , lOgj, in-4*f P- i<*7'

(a) Barrow*s Travds into <A« imitrior 0/ south^rm J/ricùt t. I,

p. 39a. — Voyage dans U partie mëridionale de l'Afrique t t. II,

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de séjour des animaux domestiques , des Mouches hostiles ou importunes ; en empêchant les raisins et lés fruits saroureux d'être dévorés par des Guêpes et d'autres Insectes avides ; en diminuant le nombre des Stomozes , des Taons , des Cousins , qui s'attaquent i l'homme même , le troublent , l'irritent par leurs piqûres incommodes; mais l'homme n'a su encore tirer qu'une bien faible utilité de ce nombreux ordre des Aptères, soit pour les nécessités, soit pour les agréments de sa vie.

Cependant certains peuples sauvages mangent des Araignées, et les habiLints de la Nouvelle-Calédonie font leurs délices d'une grande espèce d'Epéire, qui leur parait d'un goût exquis. La répugnance et Tespèce d'eflroi que l'on éprouve à la vue de cet Insecte , suite d'un préjugé d'auLint plus fort qu'il est plus général , ont empêché qu'on ne fit des expériences h cet égard ; mais l'astronome Lalande n'est pas le seul personnage que nous «ivons vu manger des Araignées. On leur ôte les pattes et le corselet, et on avale seulement l'abdomen, après l'avoir passé dans.reaii et frotté de beurre (i) ; je parle seulement des grosses, et surtout de l'Araignée domestique , qu'on dit avoir un goût de noisette. Quant aux petites, tout le monde en mange sans s'en apercevoir. Il n'est personne qui , en avalant des grains de raisin, n'ait englouti en même temps dans sa bouche beaucoup d'Araignées de l'espèce que j'ai nommée Théridion bienfaisant , et de plusieurs espèces du même genre qui s^ logent. On ne s'en aperçoit nullement , parce qu*on n'éprouve alors aucune de ces saveurs désagréables , souvent dues à

(I) C^mmtreium Uiicrdritan f ttc, Norimb«rg',aiiii. I734»p*3i8'

l8*A tN8ECTEd AI>TfehE8

cértflin«è petites Punalftes et autres Insectes puants , qui é'attachént aussi aux fruits , et aux raisins.

ÛA prétend que certaines Aranéides ont und Tertu Aphrodisiaque^ et causent h ceux qui les ont avalées Une eidlation dans les organes génitaux (i). Si ce fait était bien avéré , peut^tre verrait-on les Araignées recherchées h Tégal des nids de la Salingane , payés si chèrs dans l'Orient ^ et qui ne doivent leur Yogue qu'à cette seule propriété.

M. Larrey parle d'une femme qui voulut se défaire de son mari 5 et qui, iKirtageant le préjugé généi^l, et ci*oynnt les Araignées venimeuses ^ mit huit grosses Araignées noires dans ses aliments, qu'elle lui fit lUanger à son insu» Loin den être empoisonné, k mari se trouva beaucoup plus animée et fit goûter les plaisirs de l'aiûour à celle qui voulait lui donner là toort (a).

Plusieurë auteurs rapportent qu'au Brésil , et dnnt d'autres régions de l'Atnérique, les femmes réduiseat des Araignées 6n poudré, et-mettent cette poudre dam lés alimenté et leé boissons de leurs maris , dont dles veulent exciter l'ardeur amoureuse.

Il est certain qu'au Kamtchatka les femmes > qui désirent avoir des enfants, mangent des Araignées (3); probablement parce que ces peuples ont éprouvé que cette pratique était favorable k la propaga*tlon de l'espèce. C'est aussi, je le présume, par cette même raison que certaines peuplades de nègres s'ima* ■— — • — • - ■ ^

Ci) Journal de Pharmacie et des sciences accessoires, aoB. i8aO, p. 476.

(a) Journal de Pharmacie^ iSau , p. a5o.

(3) Kraclienninikow , Description de Kamichaika , tradnit dn rtise; 3 vol. in-is, AiiifUrdâin « 1770, p. i75el 176.

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gÎBent que l'homme fut créé par une Araignée nom* mée Anansé (i).

On a longtemps cru que les Araignées étaient maU faisantes lorsqu'on les avalait; et on leur attribuait alors des effets h. peu près semblables à ceux qu'on prétendait être causés par leur morsure , et surtout par la morsure de la Tarentule. Les anciens recueils d'écrits relatifs à la médecine sont pleins d'obserra» tions de ce genre , qui paraissent toutes copiées l^s unes sor les autres. L'horreur qu'inspiraient ces insectes semble aToir donné naissance à cette croyance, qui oe parait pas fondée sur des faits bien déterminés. Toutefois , il serait utile de faire à cet égard quelques expériences, surtout dans les pays chauds, pour s'as* surer si l'cçinion des anciens médecins sur ce point était entièrement fondée sur un préjugé* Quelques* uns d'entre eux ont cité des observations qui leur étaient propres. Ainsi Schwenckfeld , médecin du eommencement du seizième siècle , nous instruit des dTets produits par une Araignée , avalée par mégarde avec de la boisson, sur sa femme bien aimée. In eon* juge med suavUsimâ , dit*il. Elle ressentit un froid interne, et un gonflement par tout le corps , puis une prostration de forces complète. Schwenckfeld parvint cependant à la guérir assez promptement par les pur*gatifs et les sudorifiques (2).

Les anciens employaient plusieurs espèces d'Ara-

(i) Hist. gèa» des Voyages ^ ëdit. in-ia, t. XIII, p. 4^0. On lit Anaasio dans cette édition. Bosman , Descriptiçm de la Guinée , p. 338 de rédit.1705, mais la Egare de Bosman indique un Solpuge.

(a) Schwenckfeld* Therio - Tropkœum Siletiœ ^ Lignici , j5i3 » in-4M p* 509.

(i) Pliniai, llUt. ttat. liv. XXIV, chap. 3o, 12 , t. VIII. p. 370. (i) G. Heiits , Journal o/tht Jeademy of natural sciences 0/ Phi' htlitphia, vol. il, partie i, PI. 5, Kg. i. p 53. ( j) Journal de l Empire , 39 juillet 180R.

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néides pour la composition de certains médicaments. ^ Ainsi le Pholcus Phalnngioïde, broyé dans de la vieille s huile , formait un collyre propre à enlever les taies ou i taches blanches des yeux ; et l'Araignée domestique , s attachée à un morceau d'étoffe , guérissait les inflam- m mations des yeux (i). Gallien assure que les œufs d'A- i raignées , mêlés avec de l'huile de nard , guérissent du mal de dent.

La propriété qu'ont les toiles d'Araignées d'arrêter le sang qui s'épanche dans les coupures , ou dans les hémorragies , est un fait certain et bien connu.

On attribuait aussi aux toiles d'Araignées une vertu narcotique et anti-fébrifuge. C'était lopinion géoérale dans le dix-septième siècle; et plusieurs médecins et naturalistes ont cherché de nos jours à la mettre en crédit. M. Hentz dit, qu'en Amérique on a administré avec succès , comme remède pour certaines fièvres , la toile de la Clubione médicinale qu'il décrit ('j) , et que toutes les toiles d'Araignées , filées dans des lieux obscurs , ont la même propriété. Le docteur Faust de Munich proposa, il y a quelques années, un médicament connu , disait-il, depuis longtemps , et propre à suppléer au quinquina dans les fièvres intermittentes. C'étaient des toiles d'Araignées , mangées entre deux tranches minces de pain de seigle, enduites de bon beurre frais (3).

On croyait au Brésil que l'Araignée, nommée Nhamdui, suspendue au col, chassait la fièvre quar-

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te (i). Au nombre des remèdes secrets que possédait le £uneux Walter Raleigh, Lister nous apprend qu'il y ayait une décoction de la Ljcosa Saccata pour guérir les blessures.

Dans les lies d'Amérique , on se sert de l'onglet des mandibules de FAyiculaire pour en faire des curedents ; l'on croit qu'elles ont la vertu d'empêcher les dents de se gAter, et quelles en apaisent les dou« leurs (2).

Dans certains pays, où les Insectes occasionnent de grands dégâts , on sait apprécier les services que rendent les Araignées en leur livrant la guerre. Ainsi , aux Antilles , FOlios chasseur, \Araneus f^enatorius de Linné, grande et redout^ible Aranéide, qui ferait reculer d*horreur un Européen , et qu'il se hâterait^ non sans de grandes craintes, de combattre et d'écraser, est, au contraire, considérée avec plaisir par les sages insulaires de la zone torride , qui les respectent comme des animaux sacrés, auxquels il faut se garder de nuire, et qu'on doit avoir soin de ne pas effrayer. Ces insulaires savent que ces bienfaisants insectes les délivrent des Kakerlacs si destructeurs ; et ceux qui parmi eux manquent de ces Aranéides> en achètent pour les transporter dans leurs maisons.

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