‹ Histoire naturelle des insectes. AptèresChapitre 22 sur 282 · De tutiUté de la soie ^Araignée · texte numérisé non relu

De tutiUté de la soie ^Araignée

Mais l'utilité la plus grande que l'homme pouvait espérer des Aranéides, c'était de tirer parti de cette faculté que toutes possèdent , comme les Bombyx , à

(1) L«mery, Traité universel des Jroguesi a» édit., Paris, 1714. :a) Biblioth^cpie miiyerMlle , t. Tl , 1697, in- 18.

<i) Waickenatr , f^iu dt pbuUun pÊnomm^gu célèbres f t II. p. 1^9, on Tarticle Bom^ dans la Biogfaflû« uÛTenèlle.

ott d«4^rc si éminent, de filer une soie fine, bril* bttte et blanche. Il est étonnant que Tidée pa- i raisse ne s en être présentée à personne avant le eomnencement du siècle dernier. Ce fut le président Bon z à qui on en fut redevable : il fit à ce sujet diverses v expériences, mais la glu ou matière visqueuse de certains fils de l'Araignée , qu'on ne peut séparer des ^i autres, et la difficulté de réunir une assez grande g quantité de cocons ou de toiles, lui opposèrent de *i grands obstacles. Pourtmt, il parvint à dissoudre la matière visqueuse en plongeant la soie d'Araignée dans Teau bouillante, et il fit carder de cette soie une assez grande quantité. Il en fit ensuite filer assez pour fabriquer des bas, des gants et autres objets. Il les envoya en présent à des souverains, et à l'Académie des sciences de Paris. Sa découverte fit grand bruit ; et la dissertation qu'il fit imprimer à ce sujet fut traduite dans toutes les langues de l'Europe, et même ensuite en chinois , par ordre de Fempereor Kien*Long(i).

Voici de quelle manière Bon rend compte de son procédé :

« Après avoir fait ramasser douze à treize de ces coques d'Araignées, je les fis bien battre pendant quelque temps, avec la main , et avec un petit bâton, pour en £aiire sortir toute la poussière; on les lava ensuite dans de l'eau tiède, jusqu'à ce que l'eau qui en sortait fût bien nette. Après quoi je fis tremper ces coques , dans un grand pot , avec du savon et du salpêtre, et quelques pincées de gomme ara-

DIS AftAIBlDBS. l8j

bique; je laitsai bouillir Je tout k petit feu pendant deux on trois heures; je fis ensuite relaver, avec de Feau tiède toutes ees coques d'Araignées pour en bien ôter tout le savon ; je les . laissai sécher pendant quelques jours j et les fis ramollir un peu j entre les doigte , pour les faire carder plus facilement , par les cardcurs ordinaires de la soie, excepté que j ai fait faire des cardes beaucoup plus fines : j ai eu par ce lùojtn une soie d'un gris très*» particulier; on peut la filer facilement , et le fil qu'on en tire est plus fort et plue fin que celui de la soie ordinaire (i). »

Treixe onces de soie brute ont ainsi fourni près de quatre onces de soie nette. « Il n'en faut que trois , ajoute Bon , pour faire une paire de bas à Thomme le plus grand. Ceux«-ci ne pèsent que deux onces et un quart, et les mitaines environ trois quarts d'once, au lieu que les bas de soie ordinaires pèsent sept à huit onces. »

Réaumur fut chargé par l'Académie des sciences de Paris d'examiner cette découverte, et, dans un mémoire sur la soie des Araignées , le 1 2 novembre 1710, il la réduisit à sa juste valeur.

On a vu qu'il ne s'agissait pas ici de chercher à tirer parti de la soie d'Araignée dévidée , telle qu'elle sort des filières de l'Insecte, et qu'on la dévide du oocon du ver à soie. Ce n'était qu'avec le fil d'un amas de soie cardée, c'est-à-dire de la filoselle d'Araignée et non de la soie d'Araignée , que le président Bon était parvenu à fabriquer des bas , des gants et

(i) Bon, Disitrtation sur V Araignée; Paris, ches Sangrain, 17 lO, 39 pages y p. t8. ^ A^o/e« anssi XHittoire de l'Académie de MontpMer, p. 137.-» Le Mémoire de Bon fnt traduit en anglais et inséré dans les PMiùsepkIttd Tretnsttfùn» , ann. 1710, no 5i5, vol. XXVIl.

l88 INSECTES APTÈRES.

autres objets. Ce fut aussi d'après ces données que Réaumur fit ses expériences , et il reconnut (i) :

1" Que les fils des coques d'Araignées sont plus forts que les fils de leurs toiles , nuiis moins forts que les coques de Bombyx ou vers à soie.

2** Que la soie d'Araignées, à cause de la nature crépue des fils, a moins de lustre que la soie ordinaire.

3** Que quatre des plus gros cocons de soie d'Araignées bruts de nos climats égalent le poids d'une coque de ver à soie pesant un grain; mais le cocon d'Araignée , nettoyé , ne pèse plus que le douzième de la coque du ver à soie.

4** Qu'il faudrait 663,552 Araignées {%) pour obtenir une livre de soie , et si on prend les plus grosses il en faudrait 55, 296.

Il continue en disant qu'il reste peu d'espérance de profiter de l'ingénieuse découverte du président Bon ; cependant il engiige à faire de nouvelles expériences, et à chercber à naturaliser dans notre pnys certaines grosses Araignées d'Amérique , qui , suivant lui , pourront y vivre , et qui font des coques beaucoup plus grosses que les nôtres.

Longtemps après, en ijjy et 1778, et depuis, en 1791 , un Espagnol qui cependant a écrit en italien et en Italie , Raymondo Maria de Tremeyer, fit des expériences répétées sur la soie d'Araignée (3), et comme

(i) Réaamor , Examen de la soie des Jraignèes^ dans le Recoeii de Y Académie des sciences poar Tannée 1710, p. 386 k 40^'

(a) Ibid^ p. 407.

(3) Raimondo Maria de Tremeyer, Scelle d'OpuscuU interressanU, t. m , in-4-, p. a88 , et Opusculi sceitî, 1. 1 , p. 49. — Bichereke e sperimenti iuUa seta dei Ragni et sulim loro generaêione.

OKS^ ARANÉIDES. 189

il opéra dans un climat plus chaud que n'avait fait Réaumur, il parvint à des résultats beaucoup plus satisfaisants. Il réussit d'ailleurs à obtenir directement la soie de l'Araignée, et à l'enrouler dans un dévidoir à mesure qu'elle sortait de son abdomen. Expérience qui a été répétée depuis avec plus de succès encore.

Selon Tremeyer , il est possible de réunir une plus grande quantité de soie d'Araignée , que ne l'a prétendu Réaumur. La femelle de l'Araignée Diadème, si commune en Italie , fait cinq à six cocons par an. Les premiers contiennent huit cents œufs, les seconds quatre cents. Ainsi chaque Araignée peut faire annuellement quatre mille petits, et douze Araignées mères peuvent produire cinquante mille Araignées. L'auteur assure que, lorsqu'il était en Amérique , dans leTchiaco, il a recueilli deux mille quatre cent quatre vingt-quatre Araignées très grosses, qui, placées sous un double rang de grenadiers, lui donnèrent deux mille treize cocons de belle soie jaune (i). Il en tira les œufs ; et il calcula que , s'il n'avait pas été obligé de partir, ces œufs auraient pu lui donner Tannée suivante dix-neuf millions d'Araignées , en estimant six cocons pour chaque Araignée , et mille à six cents petits pour chaque cocon.

Tremeyer affirme qu'en Amérique les cocons de l'Araignée aviculaire, lorsqu'ils sont nettoyés, donnent trois et quatre fois plus de soie qu'un cocon de ▼er àsoie; et, dans nos climats, cinq cocons del'Epéire fasciée suffisent pour donner autant de soie qu'un cocon de ver à soie.

Six cocons de l'Epéire Diadème équivalent pour le

— ■ ■ Il ■ ■— — m ■ Il — ^»^— ———.—— M^

(l) ibid, p. 7.

190 IVSBCTB0 A»TÈRES.

poî<b, sdoii Tremeycr, à im eoeoo de Tcr à wmB s il a même remarqué que, lorsqu'on recueille le coood de l'Araignée IKadéme qoand elle Tient de TacheTer^ et qu'on en extrait les «nls (e'est ce qu'il ajqidle un ooeon Tierge) , quatre de ces oooobb équivalent à un cocon de ver à soie. Ainti , pour filmer une Uyre de soie d'Araignée il ne faudra que i3,8aS cocons, au lieu de 65,ag6, comme le prétend Réeumnr; et Tre» meyer dit qu'en Italie les Araignées Diadèmes qu'il a nourries lui ont fait jusqu'à ûx eoeons dans Tannée, tandis que le ver à sme ne donne qu'un seul cocon.

Tremejer a cherché à réfuter ce que Réamnur avait dit sur la finesse de la soie de l'Araignée, dont la plus forte ^ selon ce dernier, est cinq fois plus fine que ecUe du Ter à soie/celle<i soutenant un poids de 1 80 grains, tandis que celle de l'Araignée n'en peut soutenir qu'un de 36. Tremeyer remarque qu'il a tu des Araignées âu Mexique qui tendent des fils à travers les ch»» mins , tellement forts, qu'ils renversent le chapeau de dessus la tête d'un homme avant de se rompre.

En effet , k l'île de Gorée et au Sénégal , eertaioai Araignées font des fils assez forts pour soutenir on poids de plusieurs onces ; et celui qui rapporte ce foii dit qu'on s'en servirait pour foire de petits oonlnoSf si les nègres ne possédaient pas déjà une ^ante qui leur sert k cet usage (1).

Réaumur ajant dit qu'on ne pouvait pas dévider la soie d'Araignée , et que cette soie, ne pouvant étne employée qu'après avoir été caidée, perdait néosi» sairement son lustre > Tremeyer s'attacha à foire m»

(1) Prelong, Mémoire tur Us (les de Corée et du Sèmègal , JbuuJes de Chimie, jaUlet 1793, t. XVIII, p. 278.

DBS ARARÉIDEt. I^t

ce 8ttjet de noureaux essais. H chéidia d'abord k dérider Ja soie du cocon , mais il ne put dévider de cette soie que la longueur d'un pied au plus , attendu que le fil se rompait lorsqu'il était panrenu à l'endroit où le cocon était attaché au nid. Cependant, étant paf^ Tenu à dissoudre la matière visqueuse qui se trouve à fendroit où le cocon est- attaché, il dévida nn fil de soie de la longueur de neuf pieds.

Il fit plus , il parvint à dévider directement le fil

d'une Araignée à mesure qu'il sortait de ses filières.

Pour cda, il imagina l'appareil suivant t il prit une

petite plaque de liège qu'il coupa en ligne droite sur

les côtés, qu'il arrondit par en haut, et à laquelle il

fit en bas une échancrure en demi-<:ercle; il adapta

cette plaque de liège, disposée verticalement, à dee

montants de fil de fer, de manière à ce qu'elle put se

hausser et se baisser à volonté sur une autre plaque

cylindrique et arrondie, qui lui servait de base, comme

une porte de cage d'oiseau qui serai t trouéepar en bas ;

il put entourer ainsi d'une sorte de ceinture l'Araignée

Diadème, à l'endroit où son corselet se rétrécit, et

ainsi prise dans ce trou , die ne pouvait bouger, parce

que ni son abdomen, ni son corselet n'y pouvaient

passer; et comme il avait remarqué que l'Araignée^

aussitôt qu'elle tirait des fils de ses filières, le scoupait

aussitôt avec ses pattes de derrière, il eut soin d'isoler

ses pattes de son abdomen, et de faire en sorte qu'eUts

fussent toutes pbcées du côté de la cloison , on de

la pbque ^ où se trouvait le corselets L'Araignée, ainsi

retenue captive, ne se saisit pas moins d'une Blouche

qu'il lui présenta; elle la pelota dans ses pattes, et

âeva son abdomen comme pour l'envelopper; et , aa

prenûer conlact, «Ue ouvrit sa filière pour laisser

iga INSECTES APTÈRES.

passer la soie abondamment. Tremeyer Tattacha à un déridoir de quatre pouces et demi , arec un bras cylindrique en verre ; il le tourna lentement , et dévida la soie d'Araignée , comme on déride celle du ver à soie. Quand le fil se rompait, il le renouait comme on fait celui du ver à soie. Il obtint ainsi un fuseau plein de soie d'Araignée. Il en fila un semblable de ver à soie avec le même dévidoir, de manière à se procurer un fuseau pareil en grandeur, à celui de la soie d'Araignée. En comparant les deux soies, il trouva celle de l'Araignée beaucoup plus brillante et plus belle ; elle a l'éclat d'un métal poli et reluit comme un miroir. A la vérité, cette soie ne peut s'enlever du dévidoir et se mettre en peloton. Tre* meyer la fit filer avec la quenouille , et il en obtint un fil très-fin et très - luisant , qui avait en outre une telle élasticité, qu'il pouvait s'allonger considérablement sans se rompre, et revenir, lorsqu'on le Ucbait, à sa première dimension. Un des avantages de la soie des Araignées est qu'elle est diversement colorée. Tremeyer pense que les Araignées ont difierents réservoirs de la matière à soie, de manière h produire cette diversité de couleurs selon le besoin, et c'est aussi notre opinion. Une des qualités de la soie d'Araignée %st que sa couleur ne s'altère jamais.

Tremeyer ne parait pas avoir tiré assez de soie en la dévidant , pour l'appliquer à aucun usage ; mais en cardant , comme Bon l'avait déjà fait, la soie des cocons de \j4ranea diadenta^ il a pu faire filer cbez lui assex de 5oie pour fabriquer une paire de bas du poids de deux onces un quart , qu'il envoya à sa majesté Charles III , et diverses bourses dont il fit présent à ses amis. En 1796, il avait recueilli vingt-deux onces de

SES ARAHÉIDSS. ig3

soie, extraite de cocons vierges de l'Araignée Diadème.

Un négociant anglais , nommé M. D. B. Rolt , a été encore plus heureux que M. Tremeyer dans les essais qu'il a faits pour dévider la soie d'Araignée , et fut récompensé d'une médaille par la Société des arts de Londres. C'est aussi sur l'Araignée Diadème qu'il a £iit ses essais. Ayant remarqué la facilité avec laquelle cet Insecte dévide son fil à mesure qu'on l'enroule , il mit en communication avec une machine à vapeur, et avec une vitesse de 1 5o pieds par minute, un dévidoir très-léger, autour duquel il enroula le fil d'une Araignée à mesure qu'elle l'abandonnait. M. Rolt trouva que les Araignées qu'il soumit à cet essai fournissaient un fil continu pendant un espace de trois à cinq minutes. L'échantillon présenté à la Société avait environ 18,000 pieds, et avait été filé en moins de deux heures par 22 Araignées. Le fil est blanc, brillant, d'un aspect métallique ; on n'a pas essayé de le doubler. Il est cinq fois plus fin que le fil du ver à soie , et en supposant que la force relative soit proportionnelle à la finesse , et qu'une Araignée fournisse deux Ibis l'an un fil de 760 pieds, tandis que celui du ver à soie est de 1^900 pieds , on voit que le produit de ce dernier est égal à celui de 6 ^ Araignées (i).

Azara rapporte , dans son Voyage au Paraguay , qu'il existe dans cette contrée , jusque vers le trentedeuxième degré de latitude australe^ une Araignée qui fait des cocons sphériques d'un pouce de diamètre, de couleur orange , que l'on file parce que sa couleur Ai permanente. Mais on remarque qu'il sort beaucoup d'eau aux fileuses par les yeux et par le nez tandis

iO Le Têmpi y journal.

APTfcftES, TOME I. l3

1^4 IlfSECTES APTÈRES.

qu*ellefl filait , sans que cependant elles sentent de mauvaise odeur ni aucune autre incommodité, ni qu'elles éprouvent aucune suite fâcheuse. Cette Arai- ^ée est peut-être la même que celle dont parle M. de Bomare, dans une lettre écrite à la Société philomatique et datée de Buenos- Ayres ; il dit qu'on nomme, dans le pays, l'espèce dont il parle, Araignée à soie. Son cocon est de la grosseur d'un œuf de pigeon, et peut se filer en entier; la soie en est moelleuse, et se carde facilement.

Si l'extrême finesse de la soie d'Araignée, est un obstacle à ce qu'on puisse la filer et la tisser, c'est un avantage pour l'emploi qu'on en sait faire en astronomie. Cette propriété, jointe à celle de leur éclat métallique, rend ses fils très-propres k construire let micromètres que Ton adapte aux lunettes astronomiques ! le fil d'argent le plus fin qu'on puisse se procurer pour cet objet , a ^^ de pouce de diamètre , tandis que les fils d'Araignées ont depuis ^^ jua- V^'^ vhz ^^ pouce d'épaisseur, selon qu'ils ont fait partie des amarres principales de la toile ou des fils moins essentiels à sa solidité. Throughton, babile artiste anglais, imagina de substituer aux fils d'argent qu'on employait avant lui , pour les micromètres, des fils d'Araignée , et ce moyen ayant réussi on l'a toujours employé depuis {%).

(I) Bnlletin de la Société plûloBiatiqiie, 1. 1, part, s, f. it» (a) Pictet de Genève, yojra^e dt nvis mçis en Jlngieterrt êi^n Éeossi, an II (i8oa), p. 3oa *

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