‹ Histoire naturelle des insectes. AptèresChapitre 23 sur 282 · De lafacuké qu'ont les Araignées de se laisser · texte numérisé non relu

De lafacuké qu'ont les Araignées de se laisser

appri\foiser par l'homme,

n nous reste à considérer TAraignée sous un dernier et curieux rapport. Tous les animaux redoutent rhonune et sont ses ennemis ; et cependant , quoique inférieur en force à un grand nombre , il est parvenu^ par la supériorité de son intelligence , à les dompter et à les asservir. La faim et la privation du sommeil sont les deux moyens que son habile, et industrieuse tyrannie, emploie avec succès contre les plus féroces. Mais cette faculté des animaux à se laisser apprivoiser par l'homme, qui démontre en eux la possibilité de les faire dévier de Tinstinct pour obéir à l'intelligence , diminue avec la capacité intellectuelle ; c'est-à-dire à mesure que Torganisation des animaux s'éloigne le plus de l'homme. Ainsi , elle est à son plus haut degré dans certains quadrupèdes ; à un degré moindre dans les oiseaux; encore assez remarquable chez certains Reptiles ; peu apparente dans les poissons ; à peine perceptible dans les Crustacés ; et eUe semble entièrement nulle dans l'innombrable classe des Insectes, si cm excepte pourtant les Araignées. Les essais en ce genre ont été rares , les observations sont en petit nomhr« ^ mais elles sont si complètes et si bien constatées, qu'on est certain que cette exception existe.

Tout le monde connaît la noble conduite, la coangeose fidâité de Pellisson envers Fouquet , sa captivité à la Bastille , et les éloquents plaidoyers qu'il 7 composa pour la défense de son ami et de son bienfait tcor. Voici ce que d'Olivet, dans l'histoire de l'Aca-

f^ IXftECTES APTinSS.

demie française , raconte au sujet de cette captivité et ce qu'il tenait de Pellisson lui-même (i) :

« Resserré dans un lieu isolé qui ne prenait le jour que par un soupirail, n ayant pour domestique et pour toute compagnie qu'un Basque stupide et morne , qui ne savait que jouer de la musette , Pellisson crut devoir se précautionner contre un ennemi que la bonne conscience ne dompte pas toujours; je veux dire, contre les attaques d'une imagination oisive, qui devient le plus grand supplice d'un solitaire lorsqu'une fois elle s'efTarouche. Voici donc h quel stratagème il eut recours. Une Araignée faisait sa toile à ce soupirail dont j'ai parlé : il entreprit de l'apprivoiser, et , pour cela , il mettait les Mouches sur le bord de ce soupirail, tandis que son Basque jouait de la musette. Peu à peu l'Araignée s'accoutuma à distinguer le son de cet instrument , et à sortir de son trou pour courir sur la proie qu'on lui exposait. Ainsi, l'appelant toujours au même temps , et mettant toujours sa proie de proche en proche , il parvint, après un exercice de plusieurs mois , à discipliner si bien cette Araignée, qu'elle partait au premier signal pour aller prendre une Mouche au fond de la chambre , et jusque sur les genoux du prisonnier (2). » Un éminent

(t) D*OU?et, mtudtV Académie françmist, article JPMinom. Cette vie a été reprodqite à la tête des Lettres hisioriquet de /Wiitiom, 179g, in-ia, t. I, p. i3.

(2) On ajovte à ce récit, pour le rendre plqs dramatique, qae le (eôUer de Pellisson avait, pour Iniôter ce passe-temps, écrasé sa chère Arai|pnée. Ces! un conte inventé longtemps après ; mais il a fbvrni de beaux yers à Delille. — Voyex ane lettre de noos à ce tajet dans les jÊnkivet iitUrmires de Vanderlioarr , C X , p* 141 -146. *

DES ARANÉIDES. jgy

naturaliste, M. Léon Dufour, avait accoutumé uDe Lycose Tarentule à venir prendre une Mouche vivante entre ses doigts , et cette espèce d'Aranéidte est au nombre des plus féroces et des plus farouches (i). ' Une femme qui possède toutes les vertus et tous les agréments de son sexe , fille de M. le comte de Béarn ,* aucpiel nous devons un exemplaire du mémoire de Tremeyer, que nous avions en vain cherché à nous procurer, nous a raconté qu'à Tâge de dix ans elle s'était amusée à mettre dans un petit flacon de poche une jeune Araignée noire qu'elle avait prise sur sa toile : d'après la description qu'elle nous en a faite , ce devait être une des deux espèces de Cluhiones , auxquelles les naturalistes ont donné, peut-être bien injustement, les noms d'atroce et de féroce. Cette petite Araignée grossit au moyen des Mouches que mademoiselle de Béàm avait soin de lui présenter. Pour cela' elle couchait son flacon sur une table , et y déposait la Mouche que TAraignée emportait dans un nid en soie qu'elle avait construit dans le flacon. L'Araign^ vécut ainsi , changea de peau et passa lliiver. Au printemps suivant , le flacon se trouvant presque rempli par des dépouilles de Mouches et les peaux que l'Araignée avait quittées par la mue , mademoiselle de Béarn mit la Mouche qu'elle présenta à l'Araignée à quelque distance de l'ouverture du flacon. L'Araignée vint se saisir de la Mouche presque dans les doigts de celle qui la lui présentait.- Mademoiselle de Béarn nettoya le flacon , et l'Araignée , qui avait erré quelque temps pour chercher l'entrée de sa

(i) Dafomr^ Annalti des Scieneis naturtUes , i835 , Zool. t. III , p- 100.

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demeure , s'y précipita dès qu'elle leut retrouvée , et ae hâta d'y construire un nouveau nid. Ce manège se répéta pendant l'espace de quatre ans. L'Araignée gro»* sit pendant deux ans , mais ensuite resta stationnaire. Elle ne fit point d'œufs ni de cocon , n'ayant aucune occasion de s'accoupler. Mademoiselle de Béam , qui prenait alors des leçons de piano , plaçait son flacon à côté d'elle et louvrait lorsqu'elle jouait. L'Ami*gnée, sans qu'on lui offrit de Mouche, sortait alors de sa bouteille et se tenait sur le piano tant qu*on jouairt , puis rentrait dans sa bouteille dès qu'on avait cessé de jouer. Mademoiselle de Béam, soit à la viUe, soit à la campagne, soit en voyage, portait toujours avec elle son merveilleux Insecte , et y était d'autant plus attachée , qu'il lui valait des louanges sans cesse répétées pour sa patience et sa dextérité : mais un jour qu'elle avait terminé le nettoiement du flacon, une jeune femme de chambre qu'on avait récemment placée près d'elle , ignorant l'usage de ce flacon , y versa de l'eau de G>logne et noya F Arai* gnée , dont la mort fut accompagnée des regrets et des larmes de celle qu'il l'avait si longtemps nourrie. Le récit de madame la comtesse de Yillefranche, qui est cette demoiselle de Béarn à qui nous devons f ette décisive et intéressante expérience , me fut lait en présence de son père et de sa mère, et de personnes qui avaient soigné son enfance , et qui toutes Ven rappelèrent les circonstances , que je fis préciser avec une rigoureuse exactitude.

Grétry , dans ses Mémoires , raconte de quelle manière il sut apprivoiser une Araignée, et la faire descendre de sa toile , à volonté , au moyen de son piano.

Les observations que nous avons faites nous-mème

. DES ARAHÉIDES. igg

font bien loin d'être aussi imporlantes pour leurs résultats. Pourtant nous nous sommes assuré par des eipériences répétées que l'Araignée aquatique est susceptible d'une sorte d'éducation , et vient , à un signal donné si on a soin de .lui donner à manger^ sur ks bords du vase rempli d'eau , où on l'a placée , et où élJe a coutume de se rendre pour changer de peau.

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