Phryne de White. ( Phrynus Whitei
Espèce voisine de la précédente par sa taille et sa forme, mais n’ayant pas comme elle sur le céphalothorax, au bord postérieur des anneaux de l’abdomen et sur les pattes, de nombreux tubercules miliaires pilifères; caractère dont elle offre seulement quelques faibles indications : ces tubercules , d’ailleurs plus petits et visibles aux pattes seulement ; céphalothorax marqué bilatéralement de petites raies claires au nombre de trois ; ses angles latéraux postérieurs plus émoussés ; couleur générale rouxbrun ; les petites lignes du céphalothorax , des taches en carrés longs et bilatérales sur la face supérieure de l’abdomen et les zébrures des pattes de couleur acajou plus claire ; une tache pâle au bord interne des yeux latéraux; du pâle en zone irrégulière au pourtour du céphalothorax ; six épines supérieurement au bord antérieur de l’avant bras. Longueur du bras : 0,006.
Phrynus Whitei , P. Gerv., British Muséum , 1842; id>. Bull. Soc . Philôm. de Paris , 1842; Journ. Vlnst., 1842, p. 72.
L’exemplaire d’après lequel nous avons décrit cette espèce a été rapporté du Bengale par le général Hardwicke.
Phrynes fossiles.
M. Bronn ( Lethœay p. 811) cite, d’après M. Marcel de Serres , le genre Phrynus parmi ceux qu’on a retrouvés à l’état fossile dans le gypse d’Aix.
SCORPION IDES
ORDRE III
SCORPIONIDES.
Les Scorpionides ont pour caractères essentiels leurs palpes didactyles ainsi que les mâchoires ou chélicères; leur céphalothorax d’une seule pièce en dessus, sans languette inférieure, et leur abdomen multi-articulé. Us ont de deux à douze yeux, dont une paire souvent médiane , plus forte que les autres. Leur respiration est pulmonaire dans les grandes espèces, trachéenne dans les petites (les Pinces).
Ils se partagent en trois genres , suivant qu’ils ont :
L’abdomen sans peignes génitaux et supportant en arrière une queue séiiforme ; ce sont les Tély-
PHONES ;
L’abdomen pourvu de peignes génitaux, d’apparence caudiforme dans ses cinq derniers articles et supportant une vésicule aiguillonnée vénénifère ; ce sont les Scorpions ;
I/abdomen sans peigne , nullement caudiforme et sans aiguillon ni queue après l’anus ; ce sont les Pinces ou Chélifers.
A part les Tély phones, qu’on a pendant longtemps réunis dans un même genre avec les Phrynes , les Octopodes Scorpionides que nous plaçons dans cet ordre ont été presque constamment réunis dans un même groupe. Aristote appelle les Chélifers des Scorpions sans queue , et le vulgaire ne les désigne pas autrement de nos jours. C’était aussi la manière de voir de
O SCORPION IDES
Cuvier, de Lamarck et de La treille dans leurs premiers ouvrages. Mais depuis lors, la grande importance que deux de ces naturalistes éminents ont accordée aux caractères de la respiration a conduit le dernier à placer dans deux ordres différents de la classe des Arachnides les scorpions qui ont des poumons , et les Chélifers qui .sont trachéens. Nous ne croyons pas devoir en faire autant, et notre manière de voir a pour elle Fautorité de MM. deBlainville , Leach, etc. Il reste d’ailleurs plusieurs recherches importantes à faire, en anatomie et en physiologie , pour résoudre complètement cette question.
TÉLYPHONES.
Ils ne comprennent qu’un seul genre.
Genre TÉLYPHONE. (Teljphonus .) (1).
Yeux huit : deux en une paire en arrière du chaperon; trois plus petits ou ocelles de chaque côté du céphalothorax , derrière la base des mandibules.
Mâchoires ou première paire d’appendices, formant une petite main ou chélicère didactyle. Le doigt mobile le plus grand, velu ainsi que le doigt fixe. La pince seule endurcie.
Palpes, ou mieux deuxième paire d’appendices, dilatés en dessous à la hanche, qui est épineuse en avant et fait l’office de lèvre inférieure ; à trochanter épineux, remplissant les fonctions de mandibules ; à cuisse
(i) Voyez le genre Phryne , p, 2. Telyphonus, Lat. , Hist. nat . des Crust. et des Ins., t. VII, p. j3o ; 180-j. — H. Lucas, Mas*. de zoolog. , cl. VIII; ï835.
G. TÉLYPHONE.
simple ; à jambe ou bras spinifère ; à carpe ou tarse didactyle, le doigt extérieur étant mobile sur l'autre.
Pattes, ou troisième à sixième paire d’appendices , n entrant pour aucune de leurs parties dans la formation de la bouche.
La première paire grêle, étroitement articulée entre la deuxième paire d’appendices manducatoires et- la paire suivante de pattes. Sa jambe longue, le tarse antenniforme , à premier article aussi long que la jambe, et les autres, au nombre de huit, n’égalant pas ensemble le premier; point d’ongle.
Les autres paires propres à la course, à tarses de cinq articles dont le premier dépasse en longueur les quatre autres pris ensemble , et dont l’avant-dernier est le plus petit de tous , le troisième le plus grand, et les deuxième et cinquième égaux; deux ongles terminaux.
Corps: Céphalothorax d’une seule plaque en dessus comme dans les Scorpions , présentant en dessous une pièce en coin entre les hanches de la deuxième paire d’appendices manducatoires et les deux premières paires de pattes ; une autre pièce disposée en sens inverse existe entre les hanches de la quatrième paire de pattes. Abdomen ovalaire-allongé , composé de huit anneaux dans sa partie élargie ; ayant en dessus une double série d’impressions stigmatiformes ( une paire sur chaque arceau) ainsi qu’en dessous sur les quatre, cinq, six et septième arceaux ; celles-ci correspondant aux ouvertures pulmonaires des Scorpions , mais imperforées. Un appendice caudiforme à l’extrémité de l’abdomen, composé d’un grand nombre de petits articles assez semblables à ceux du tarse de la première paire de pattes , mais plus petits et supportés par une
SG0RPI0NIDES.
base de trois petits articles post-abdominaux , répondant à la partie uroïde des Scorpions. Au bord terminal du troisième de ces arceaux et à sa face inférieure est percé l’anus.
Le premier des arceaux inférieurs de l’abdomen est en forme d’écaille , libre à son bord postérieur. Sous lui s’ouvrent les organes génitaux. Les deux arceaux suivants sont peu considérables.
Les Télyphones vivent dans FAmérique chaude et dans l’Inde , principalement dans les îles de Java , Manille, etc. On ignore leurs habitudes , et ils semblent n’avoir aucun organe vénéneux , bien que dans les pays où on les trouve on les redoute beaucoup. Leur ressemblance extérieure avec les Scorpions en est peut-être la seule cause.
On trouve à leur égard dans le Journal de Physique pour 1777 , alors rédigé par Fabbé Rozier , une note sur un Télyphone de la Martinique que nous croyons devoir reproduire en note (1).
(i) « L’Insecte qu’on a représenté figure 3 approche du genre de l’Hépa ou Scorpion aquatique plus que d’un autre genre. Il a les antennes en forme de pinces de Crabe ; sa trompe est recourbée en dessous. Il a quatre pattes. Ce caractère appartient à l’Hépa , mais ce dernier n’a point d’ailes. Nous avons vu quinze ou vingt individus de même espèce et de grosseur différente. Aucun de ces individus n’avait d’ailes ni de ces rudiments qu’on voit aux larves, et qui indiquent qu’il aurait poussé des ailes. D’ailleurs l’Hépa vit dans l’eau et notre Insecte est terrestre. Il nous paraît donc approcher de irès-près de l’Hépa, et cependant en différer. Nous laissons aux nomenclateurs à décider s’il doit être compris dans le même genre , ou s’il en diffère assez pour qu’on en doive faire un genre à part ... Il a été envoyé de la Martinique , où on lui donne le nom de Vinaigrier , à cause qu’il répand une odeur acide. On a appris qu il se trouvait sous les pierres à terre dans les lieux humides. C’est tout ce que nous savons de son histoire , etc. Il est brun, etc. » ( Qbserv. sur la physique et Vhist. nat., t. IX, p. 468; 1977, )
G. TÉLYPHONE.
Ces animaux sont-ils ovivipares ouovovipares; c’est ce que nous ne pourrions décider, quoique la seconde opinion nous paraisse plus probable , du moins pour l’espèce de Manille. Deux jeuînes sujets que nous avons vus avec leur mère n’en différaient que par une taille moindre et une coloration beaucoup plus pâle. L’espèce la plus anciennement connue de ce genre est celle des îles indiennes. On en a fait d’abord une espèce de Phalangium : Pin caudatum\ puis Fabricius l’a rapportée , ainsi que les Phrynes , à son genre Tarentula , qui répond au genre Rhax d’Hermann , moins les Galéodes ou Solpuges que ce dernier lui réunissait à tort.
Dès 1804 , Latreille , dans son Histoire naturelle des Crustacés et des Insectes (1), a fait du Phalangium caudatum un genre particulier sous le nom de Teljphonus . La place qu’il lui assigne dans la série des Arachnides est auprès des Scorpions et dans la même famille que ceux-ci.
Le mot Téléphone signifie en grec qui tue ; il paraît, dit Latreille , avoir été donné aux Scorpions par quelques auteurs.
Dans la partie entomologique du Régne animal de G. Cuvier et dans son Cours d Entomologie , Latreille signalait trois espèces de ce genre : le Tély phone anciennement connu , un autre du Brésil et un troisième de la Martinique (celui du Journal de Physique).
M. H. Lucas a depuis lors entrepris la monographie du genre Télyphone , et porté à six le nombre des espèces qui s’y rapportent. Trois reposent malheureusement sur des exemplaires dont on ne connaît pas la patrie
(i) vil, i3o.
SCORPIONIDES,
(Teljphonus rufipes , angustus et spinimanus , Luc.). La quatrième est de Java {T. rufimanus, Luc.) comme l’espèce anciennement connue ( T. caudatus ) , et la sixième, qui est la plus grande , provient du Mexique (T. giganteus , Luc.) ; nous commencerons par cette dernière.
Télyphone géant. ( Telyphonus giganteus ).
Bouclier du céphalothorax légèrement aplati, granuleux ; palpes allongés, robustes; leur premier article présentant inférieurement une épine hérissée de poils rougeâtres ; le second moins gros, pourvu antérieurement de cinq épines et inférieurement de deux ; le troisième plus long que large, à deux épines dont une supérieure et l’autre inférieure ; le quatrième pourvu supérieurement à sa terminaison d’une forte épine ; le cinquième, qui porte le doigt mobile, également terminé par une forte épine; abdomen ovalaire ; face supérieure granulée , à points stigmatiformes de l’abdomen bien marqués; quelques poils rougeâtres à la queue.
Telyph. gig., Lucas, Mag. zool., cl. VIII, pl. 8, f. 9-10 (1835).
Espèce du Mexique , remarquable par sa taille qui atteint 5 pouces (0,135) la queue comprise; couleur presque noire.
Télyphone de la Martinique.
Latreille a parlé de cette espèce d’après la note de l’abbé * Rozier dont nous avons reproduit plus haut un extrait : « J’avais cru d’abord, dit-il dans le T. YII de son Hist. des Crust. et des Ins., p. 132, que l’on s’était trompé sur la patrie de cet Insecte ; mais je me suis convaincu depuis qu’il se trouvait dans l’Amérique méridionale, à Cayenne, aux Antilles, quoiqu’il paraisse qu’il y soit rare. »
Télyphone porte-queue. (Telyphonus caudatus.)
Pinces peu allongées ; leur premier article armé antérieurement d’une longue épine ; le second à cinq épines supérieurement et deux inférieurement; le troisième lisse à sa partie supérieure et pourvu d’une petite épine à l’inférieure ; le qua-
G. TELYPHONE.
trième ayant à son extrémité deux épines dont l’antérieure la plus longue; abdomen peu allongé, à points stigmatiformes de sa face supérieure peu marqués.
Scorpio africanus, Seba, Mus. I, pl. 70, f. 78 . — Phalangii species, Linn., Mus. Lud. Ulr., 42 6 . —Ph a l a ng iu m caudatum Fabr., Entom. emend., II, 433 sp. 2 ; id. Mantissa, I, 347, 8 ; Pallas ,Spicil. zool., /asc.9,p. 30, pl. 3, f. 1-2; Licht. etHerbst, Natursyst. des Ungeflugelten insechten , p. 84, pl. 5, f. 2. Telyph. pro scorpio, Latr., Généra crust.— -Telyph. caudatus1 Guérin, leonogr. arachn., pl. 3, f, 3; Lucas, Monogr., pl. 9 , f. 1; Dugès, leonogr. du règ. anim ., Arachn. pl. 15, f. 11.
Ce Télyphone a au plus 15 lignes (0,033) de longueur totale. On le trouve à Java ainsi qu’aux îles Philippines et à Timor. Sa couleur est d’un brun rouge très-foncé en dessus, plus clair en dessous.
Télyphone rüfimane. (Telyphonus rufimanus.)
(Pl. 22 , fig. 5.)
Céphalothorax à écusson obtus en avant ; pinces des palpes courtes et proportionnellement assez robustes; leur premier article terminé antérieurement par une épine assez aiguë, présentant à son côté interne et à sa base quelques poils rougeâtres ; le second à deux épines inférieurement et cinq supérieurement ; le troisième mutique ; le quatrième terminé en avant par une forte épine ainsique le cinquième ou le carpe.
Telyph. rufimanus , Lucas, Monogr. pl. 10, f. 1.
Habite Java. Son céphalothorax est noirâtre en dessus ; le premier article des pinces est d’un roux clair; le second et le troisième sont noirâtres; le quatrième et la main sont roux foncé, couleur qui se retrouve sur presque tout le reste du corps. Longueur totale, 1 pouce (0,022).
Télyphone rufipède. ( Telyphonus rufipes.)
Écusson du céphalothorax assez étroit en avant et aplati; pinces courtes ; une épine très-aiguë à la partie antérieure de leur premier article ; cinq supérieures petites et deux inférieures au second ; une forte épine supérieure au quatrième ; points stigmatiformes de l’abdomen peu apparents; le premier anneau terminé en dessus et en arrière par une pointe arrondie.
Telyph. rufip ., Lucas, Monogr ., pl. 9, f. 2.
SCORPIONIDES .
Patrie inconnue. La couleur de ce télyphone approche du rouge brique et passe au brun sur certaines parties. Longueur du céphalothorax et de l’abdomen, 11 lignes (0,029).
Télyphone étroit. ( Telyphonus angustus.)
(PL 22, fig. 6.)
Céphalothorax étroit ; pinces courtes ; leur premier article armé d’une épine à sa partie antérieure ; le second de cinq supérieurement et de deux inférieurement ; le troisième lisse en dessus et armé d’une seule épine en dessous; le quatrième pourvu antérieurement d’une épine complexe, et le cinquième hérissé en avant de deux petites pointes ; abdomen étroit et allongé.
Telyph. angustus , Lucas, Monogr. pi. 10, f. 3.
Patrie inconnue. Les couleurs de cette espèce sont également peu variées ; la plus répandue est le brun ; les pinces sont rougeâtres, d’une teinte plus claire en dessous qu’en dessus. Longueur j 8 lignes (0,018).
Télyphone spinimane. ( Telijphonus spinimanus.)
(PL 22, fig. 7.)
Écusson du céphalothorax court et s’arrondissant en arrière; pinces remarquables par l’épine terminale antérieure du cinquième article qui est dentelée ainsi que le bord interne du doigt fixe ; abdomen rectangulaire allongé ; quelques poils à la queue.
Telyph. spinim.9 Lucas, Monogr. pi. 10, f. 2.
Patrie inconnue. Couleur roussâtre , avec du jaune au bord des anneaux de l’abdomen et sous cet organe. Longueur, 10 lignes (0,023).
SCORPIONS
Quoiqu'on en ait fait plusieurs genres , nous laisserons au mot Scorpio toute l'extension qu'il a dans De Géer? Herbst et Fabricius.
Genre SCORPION. ( Scorpio. )
Corps allongé, multi-articulé, divisible en céphalothorax et abdomen .
G. SCORPION
Céphalothorax scutiforme en dessus , portant de 6 à 12 yeux en : 1 paire médiane plus grosse et 2 à 5 paires latérales plus petites, souvent inégales.
Une plaque double entre les hanches des troisième et quatrième paires de pattes représente le thorax en dessous.
Abdomen de douze articles : les sept premiers élargis en un gaster , à arceaux supérieurs entiers ; premier arceau inférieur rudimentaire et génital ainsi que le second; une paire d ’ expansions dentées en peignes à celui-ci; au ^troisième, quatrième , cinquièmes t sixième arceaux inférieurs une paire à* orifices stigmatif ormes conduisant chacun dans un sac respirateur dit poumon. Les cinq derniers cylindracés,caudiformes. Le dernier portant l’anus à sa partie postéro-inférieure, et, articulée avec lui , une vésicule aiguillonnée pour la sécrétion d’une liqueur vénéneuse.
Appendices au nombre de huit paires : deux pour la mastication , quatre pour la marche (pattes).
Maxilles ou première paire d’appendices masticateurs petites , didactyles.
Mandibules grandes , nommées palpes , terminées par une main didactyle , servant à la préhension.
Pattes composées de sept articles ; le dernier bionguiculé.
Les caractères extérieurs et Fanatomie des Scorpions doivent nous occuper d’abord ; nous traiterons ensuite de leur classification et de leur répartition géographique.
En commençant par le corps lui-même , nous n’avons de développements indispensables à donner que
SGORPIONIDES.
relativement à sa seconde partie, c’est-à-dire I’abdomen qui se partage lui-même en gaster et en fausse queue; nous nommerons cette seconde portion uroïde. C’est entre le premier et le second arceau inférieur que s'ouvre l’appareil génital; ces deux arceaux sont rudimentaires; le premier est bivalve, ovalaire-transverse,etle second subrectangulaire. Celui-ci porte les singuliers appendices auxquels on a donné le nom de peignes et sur lesquels nous reviendrons plus bas. Quant à la partie uroïde , les impressions en carènes qu’on y remarque doivent surtout être indiquées à cause des excellents caractères quelles fournissent. Ces carènes sont latérales ou médianes; il n’y en a de cette seconde position qu’à la partie inférieure : telle est la carèneque nous nommerons médio-infère ; la ligne médio-supère est le plus souvent occupée par une gouttière; il existe dans la majorité des espèces plusieurs autres carènes faciles à séparer en trois sortes : carènes médio- latérale, latérale supérieure et latérale infère ; ces deux dernières sortes sont fréquemment doubles. Nous verrons par l’énumération des espèces, que la partie uroïde d’abord très-forte et à carènes saillantes et souvent même denticulées , perd peu à peu son épaisseur, souvent même la longueur, quand on abandonne les premières espèces , et finit par être grêle et pourvue seulement de la gouttière médio-supère dans les dernières. Cette sorte de dégradation s’opère en même temps que la diminution du nombre des yeux et des denticules des peignes.
Les yeux de ces animaux varient suivant les sousgenres ; chacun d’eux a la composition reconnue par M. Muller aux stemmates des Insectes ; leur cornée transparente les rend très-reconnaissables à l’extérieur, surtout ceux du vertex ou les médians qui sont
G. SCORPION
les plus gros, cependant les autres sont quelquefois assez difficiles à constater, surtout ceux des quatrième et cinquième paires, quand ils existent. En 1826, M. J. Muller avait déjà reconnu cinq paires d’yeux latéraux à un Scorpion du Gap, qu'il donne sous le nom de Sc. teter ; MM. Hemprich et Ehrenberg ont constaté depuis lors ce même caractère sur d’autres espèces.
La partie dure des anneaux est souvent granuleuse, et les impressions linéaires ou autres qu'on y remarque sont utiles à signaler pour la distinction des espèces. Elle est de la nature de la chitine. Au gaster, l'arceau inférieur de chaque anneau est séparé du supérieur, et la peau est molle entre eux comme entre les anneaux eux-mêmes. Les sacs respirateurs s’ouvrent par des fentes transverses un peu obliques ; Latreille, qui appelait poumons les organes de la respiration des Scorpions, nommait ces ouvertures pneumostomes ; le dernier anneau du gaster n’en a point.
Chaque patte se compose des parties suivantes : l°la hanche , qui l’insère au tronc, sous le céphalothorax; celle de la seconde paire de pattes est seule en contact par son bord interne avec celle de la patte correspondante; 2° le trochanter , toujours très-court ; 3° la cuisse y plus longue, échancrée inférieurement à son extrémité tibiale pour le jeu de la jambe ; 4° la jambe , dont l’extrémité tarsienne présente la même particularité; 5° trois articles du tarse ; le troisième a de petites épines à sa partie plantaire, et deux épines courbes à son extrémité. Les hanches de la première paire de pattes ont une avance antérieure qui vient sous celle des palpes, et joue le rôle de lèvre inférieure : Latreille les appelle des languettes .
APTÈRES, TOME ÏII» 2
SCOBPIONIDES.
Les deux paires antérieures d’appendices qu’on ne peut appeler des pattes sont les mâchoires ou chélicères (Lat.) en avant, et les palpes , entre cellesci et la première paire de pattes.
Nous avons nommé maxilles ceux de la première paire dont la main seule et une partie de Favant-bras ont la consistance solide des autres parties du corps. Ce sont celles que Latreille et autres entomologistes appelaient Chelicères , antennes-pinces et forcipules , ou même mandibules , quoique ce dernier nom doive être réservé , chez les animaux articulés , comme il Fest chez les vertébrés, à la seconde paire de mâchoires ou mâchoire inférieure. Dugès (1) ne doute pas de leur homologie avec la paire supérieure de mâchoires (vulgairement mandibules) des Insectes , et il rejette l'opinion de Savigny, que les appendices buccaux des Insectes hexapodes manquent aux Arachnides; mais c’est une manière de voir que nous ne croyons pas devoir admettre.
Les appendices masticateurs de la. seconde paire sont pour nous des mandibules , c’est-à-dire des mâchoires inférieures. Le nom de palpes qu’on leur donne souvent ne leur convient pas mieux chez* les Scorpions que chez les Araignées , et ce ne sont pas , à notre sens du moins, les analogues des maxilles paîpigères des Insectes, comme le voulait Dugès. La hanche de cette seconde paire d’appendices joue le rôle d’organe broyeur. Leur hanche constitue ce que Latreille appelle les mandibules. Ces hanches sont susceptibles de s’écarter considérablement, et leur face interne aplatie sert à la mastication , principalement par son
(i) Ann. sc. nat. , 2e série, t. ci Conformité org. de l'échelle animale .
G. SCORPION
angle solide inférieur. L'article qui s y insère répond à la rotule ou trochanter ; le troisième est la cuisse : dans nos descriptions, nous l’appellerons le bras ; le quatrième ou j ambe recevra le nom d ’ avant-bras, et le tarse, composé de deux parties seulement , celui de main . La main n’en est même que la partie plus ou moins renflée ; la partie digitiforme allongée de son extrémité antérieure est le doigt fixe ou interne, et le second article tarsien, à peu près de la longueur de cette apophyse digitiforme et jouant sur elle, est le doigt externe ou mobile.
Je ne vois pas ce que peut être la partie figurée par Savigny (copiée PL 24, fig. i A l de notre Atlas), et dont on a fait quelquefois la lèvre inférieure, si ce n’est une sorte de languette; mais alors elle ne répond pas à celle qu’on a appellée languette dans les Phrynes; car celle-ci dépend du sternum. Les hanches de la première et de la seconde paires de pattes envoient en avant des espèces d’épiphyses triangulaires qui servent probablement aussi à la mastication, et qu’on a nommées mâchoires surnuméraires (PI. 24, fig. 1 R, d’après Savigny).
Nous croyons utile de donner ici en note (1), mais
(l) « 3° L’analogie se soutient entre le palpe labial des Insectes, la deuxième mâchoire des Crustacés séparée de la langue, ou lèvre qui appartient au même segment qu’elle , et la première patte des Arachnides, également séparée de la lèvre nulle chez eux , ou confondue avec la pièce sous-crânienne ou basilaire ( lèvre sternale , fausse lèvre des entomologistes), dont il était question tout à l’heure. Cette identité, plus sujette à discussion que les autres , mérite de nous arrêter un moment. Qu’on se rappelle la forme de pattes que prennent souvent les palpes des Insectes ; celle que prennent également les palpes maxillaires des Mygales , des Faucheurs, et l’on s’étonnera peu qu’un peu plus en arrière la transformation soit complète; d’ailleurs on retrouvera encore cette première patte des Arachnides avec la forme de palpe , ou même d’antenne , dans les Phrynes , les Galéodes ; on la verra servir
SC0RPI0NIDES»
sans entrer dans les détails de la critique, la manière dont Dugès complète la signification des appendices chez les Arachnides.
Nous donnerons , à propos des phalangium, celle de Savigny, qui nous paraît préférable, et dont nous nous sommes déj à servi ailleurs( l) pour appuyer l’opinion que les Arachnides doivent être placées les dernières parmi les entomozoaires pourvus de pieds articulés. C’est, en effet , dans le genre Phalangium et aussi dans celui des Chélifères que le célèbre observateur auquel on doit les Animaux sans vertèbres de l’ouvrage d’Egypte a puisé ses exemples.
Voici donc en tout six paires d’appendices bilatéraux au céphalothorax des Scorpions , tous de même nature au fond , mais variés pour la forme suivant leur usage respectif. En arrière viennent des organes également appendiculaires, mais d’une nature différente; ce sont les peignes. On en ignore le véritable usage , mais tout fait croire qu’ils servent à la reproduction , et ils sont insérés bilatéralement au deuxième arceau inférieur qui est tout à fait rudimentaire. Les peignes, au nombre de deux seulement, en une paire,
aux mêmes usages chez un grand nombre d’Acarides , et même chez plusieurs Araignées ; allongée , atténuée, toujours dirigée en avant, elle est souvent dépourvue de griffes , ou bien ces griffes sont rétractiles ; enfin elle porte évidemment la lèvre ou portion de lèvre chez les Scorpions et les Faucheurs.
» 4° D’après cela , nous sommes tout nécessairement conduits à admettre , avec Savigny etLatreille, que les trois autres paires de pieds des Arachnides représentent les trois paires de pieds -mâchoires des Crustacés; chez eux le thorax et l’abdomen, réduits à des segments rudimentaires et fortement coalescents, représentent ce qu’on nomme communément le ventre; chez les Scorpions seulement ils sont distincts, le thorax (organes respiratoires) étant dilaté plus que l’abdomen, qui se trouve réduit à la forme d’un appendice caudal. » (Ann. sc. nat. , 2e série, t. I. )
(i) Million de faits j p. 602.
G. SCORPION -
sont composés de deux parties , le support et les dents . De Géer et Pailas (1) avaient déjà prévenu les zoologistes des variations de nombre que présentent ces dents ; mais elles sont moins considérables qu’on ne le pense, et on peut en tirer de bonnes indications pour la distinction et la subordination des espèces.
L’étude anatomique des Scorpions a été faite essentiellement sur les Sc. occilanus et europœus. On en est redevable à :
G. Cuvier. Anatomie comparée;
J. -F. Meckel. Suppléments à l’Anat. comp., et Mémo ires , t. i ,
G. -R. T réviranus. Sur la structure des Arachnides. Nurnberg, 1812. In- à0 , avec pl. (en allemand) ;
L. Dufour. Journal de physique , t. lxxxiv, p. kkk, avec 1 pL ; 1817 ;
Marcel de Serres. Mém. Mus t. v, p. 86;
J. Muller. MeckeV $ Archiv fur anatomie and physiologie, 1828; p. 29, pl. 192 (copiées dans les Icônes zootomicœ de M. R. Wagner, ph 25) ;
Tréviranus a pris pour sujet le Sc. europœus , et M. L. Dufour le Sc. occitanus. L’espèce de M. Muller est le Sc. teter du Muséum de Berlin. Meckel dit aussi avoir disséqué le Sc. a fer.
Le canal intestinal s’étend directement de la bouche, située entre la base des palpes, jusqu’à l’anus, qui s'ouvre inférieurement au milieu de quatre mamelons entre le dernier anneau de la portion uroïde de l’abdomen et la vésicule de l’aiguillon. Il est grêle et se porte sans
'i) Spicilegia zoologica , fase. IX, p, 38.
SCORPIONIDES.
aucune inflexion de la bouche à lafin du dernier anneau. Cependantils’élargit unpeu en approchant de son point de terminaison. Il offre aussi augaster une faible dilatation considérée par Meckel comme un estomac. A l’origine de la queue, il est, au contraire , rétréci, et là s’insèrent deux sortes de vaisseaux , dont les inférieurs vont de ce côté et se perdent dans la membrane adipeuse, les autres remontant, au contraire, dans le thorax jusqu’à la hauteur de la troisième paire de pattes; ceux-ci sont les canaux biliaires et les autres ont été regardés comme les analogues des reins (1). On doit à M. J, Muller la connaissance de deux conduits salivaires qui se trouvent sur les deux côtés d’une pièce cartilagineuse ou fibreuse intérieure qui divise en deux la cavité thoracique. En avant de cette pièce en diaphragme , on voit le cerveau, le commencement du canal alimentaire ainsi que les muscles de la bouche et des premières paires de pattes. L’œsophage et le système nerveux ganglionnaire percent cette pièce en deux points différents (M. Muller). Les viscères sont enveloppés d’un épiploon riche en matière grasse, que Meckel et M. Léon Dufour nommaient le foie.
Les prétendus poumons des Scorpions, dont les orifices sont nommés pneumostomes par Latreille et M. Straus (stigmates de L. Dufour, Muller, etc.), sont des bourses munies intérieurement d’un certain nombre de petites lames ou feuillets perpendiculaires à leur grand diamètre. Il y en a quatre paires ; le dernier segment du gaster en manque. Meckel (^) , qui paraît avoir le premier disséqué ces organes, les appelait des poumons. Plus tard, lui etTréviranus en faisaient
(1) Straus, Traité d'anat . comp ., II, 4/*
(2) Traduct. allemande de Uanat. comp. de Cuvier , 1810.
G, SCORPION
des branchies, et on les en a blâmés. Il est évident néanmoins que ce ne sont pas de vrais poumons. Toutes les petites poches étroites qui sont déterminées par les feuillets, et qu’on pourrait comparer aux cases d’un porte-feuille, débouchent dans une sorte de vestibule commun placé entre elles et l’ouverture extérieure. Les Scorpions respirent l’air en nature, et depuis longtemps on sait qu’il suffit de l’introduction d’un peu d’eau dans leurs poumons pour les asphyxier. Voici ce qu’Amoreux (1) dit à cet égard : « Parmi les différentes expériences que j’ai faites avec les Scorpions , et dont je mentionnerai , dans la suite , celles qui concernent le venin, celle des effets de beau sur eux m’a paru une des plus singulières. Il est , en effet, surprenant qu’un Insecte qui vit dans des lieux frais, et le plus souvent humides, périsse par le simple contact immédiat de l’eau, sans être pourtant noyé. C’est ce dont je me suis assuré plusieurs fois en répandant deux ou trois gouttes d’eau seulement dans un verre ou dans une cucurbite, au fond desquels leurs parois glissantes détenaient les Scorpions captifs. Ils ne surviventque quelques heures ou quelques moments à cette épreuve fatale. Un verre fraîchement rincé ou mal égoutté, dans lequel j’avais déposé un Scorpion , me donna lieu d’abord de faire cette observation , que je ne tardai pas à répéter avec la plus grande surprise. Je savais d’ailleurs qu’on avait dit depuis longtemps que la salive de l’homme était mortelle pour le Scorpion. Galien ( Lib . de cibis boni et mali succi , T . II operum ) l’assure. Invité à répéter l’expérience sur la foi d’un tel auteur, j’ai vu que le Scorpion m’en a pas été plus molesté que
(i) Notice des Insectes de la France réputés venimeux , p. 5o ; 1789.