‹ Histoire naturelle des insectes (volume 2)Chapitre 13 sur 1156 · SC0RP10N1DES · texte numérisé non relu

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d’an crachat , lorsqu’il a été libre de s’enfuir et de se soustraire à une humidité pernicieuse; mais il a succombé lorsqu’il n’a pu éviter de se vautrer dans le fluide. Tout fluide produirait, je pense, sur lui le même effet. Serait-ce en bouchant ses stigmates ou en relâchant ses membres ? »

Le vaisseau dorsal a ses parois fermes et musculaires. Logé dans la rainure médiane qui sépare en deux lobes le corps adipeux qu’on a pris pour le foie , il est uniloculaire , mais pourvu de dilatations et d’étranglements successifs. En pénétrant dans la queue, il devient très-étroit et en même temps plus uniforme. On distingue des vaisseaux qui vont du cœur aux poumons , et d’autres qui se rendent à diverses parties du corps la circulation est donc comparable à celle des Insectes et des Arachnides.

D’après M. Dufour, les muscles sont assez forts , d’un gris clair, formés de fibres simples et droites Une toile musculeuse assez forte revêt antérieurement les parois adipeuses de l’abdomen, et enveloppe tous les viscères , à l’exception des poumons et peut-être du vaisseau dorsal. Elle est décollée dans la plus grande partie de son étendue. La région dorsale de cette toile donne attache à sept paires de muscles filiformes qui traversent la masse adipeuse par des conduits pratiqués dans la substance de cet organe , et vont se fixer à un ruban musculeux qui règne le long des parois ventrales en passant au-dessus des poumons. Lorsqu’on enlève avec soin la partie adipeuse , de manière à ménager ces muscles filiformes , ceux-ci ressemblent à des cordes tendues. Le dernier anneau gastrique est rempli par une masse musculeuse très- forte qui sert à imprimer à la queue les divers grands mouvements dont elle est susceptible.

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Les anneaux de celle-ci ont un pannicule charnu dont les fibres , disposées sur deux côtés opposés, se rendent obliquement à la ligne médiane, comme les barbes d’une plume sur leur axe commun. Un muscle robuste s’observe de chaque côté de la base de la vésicule.

Le système nerveux, situé inférieurement sur la ligne médiane du corps , est formé de ganglions successifs, tous inférieurs au canal intestinal, à l’exception du premier qu’on appelle cerveau. Celui-ci consiste en deux lobes, l’un antérieur plus petit, et l’autre postérieur plus grand , communiquant ensemble, et dont le postérieur fournit les branches du collier. Les nerfs optiques partent également du cerveau; ceux des yeux latéraux sont distincts de ceux qui vont aux yeux médians. M. Lr Dufour, à une époque où l’on n’avait encore reconnu que trois paires d’yeux latéraux au Sc. occitanus , dit que leur nerf optique , plus long, plus antérieur que celui des yeux médians , va se distribuer par trois rameaux à ces trois petits yeux. D’après le même anatomiste , une autre paire de nerfs cérébraux est dirigée en arrière et va se perdre dans le voisinage du premier poumon. Il part aussi du cerveau , mais plus antérieurement, des nerfs qui vont à la bouche et à ses appendices (Tréviranus). Les nerfs stomato -gastriques ou récurrents des Scorpions ne sont pas suffisamment connus ; M. Muller parle d’un cordon trèsfin qu’il a vu dans le Scorpion s’étendre sur le cœur avec une grosseur partout égale ; il n’est pas éloigné de le regarder comme l’analogue de ces nerfs. M. Brandt fait toutefois remarquer que ce cordon , semblant appartenir au cœur plutôt qu’au tube digestif, la détermination de M. Muller reste problématique.

SGORPIONIDES.

L’œsophage est ceint d’un collier. Les ganglions inférieurs sont au nombre de sept, dont trois dans le céphalogastre, et quatre dans la portion uroïde. Les ganglions gastriques, plus distants entre eux que ceux qui les suivent, émettent chacun trois nerfs bilatéralement. Les quatre ganglions de la queue correspondent à ses quatre premiers anneaux ; ils ne fournissent qu’une seule paire de nerfs chacun ; après le dernier, les filets se continuent séparément, et vont se ramifier dans les muscles de la vésicule.

Le venin des Scorpions est distillé par une glande renfermée dans la vésicule articulée à l’anneau anal de l’abdomen , et il sort à l’extérieur par une paire d’orifices ponctiformes allongés , placés bilatéralement près de la pointe de l’aiguillon ; Rédi n’a pu voir ces petites perforations, et d’autres avantlui les avaient tout à fait niées, Galien, par exemple. Maupertuis (l) en a trèsbien figuré la disposition. Leuwenhock les avait également vues , et parmi les auteurs qui en avaient admis l’existence, Pline, Tertuîlien, Elien, Aldrovande, etc., admettaient, au contraire, que les Scorpions ne sont pas nuisibles uniquement par leur piqûre, mais surtout par le liquide qu’ils introduisent en même temps qu’ils piquent.

Les anciens ont souvent parlé des Scorpions sous le rapport de leur piqûre , et l’incertitude dans laquelle on est encore sur ses effets avait également lieu de leur temps. Ces animaux peuvent être alternativement funestes ou innocents, mais sans que l’on puisse se rendre bien raison , surtout h priori, de la différence de leurs effets. Aristote dit avec juste raison que la piqûre des

(i) Mém, de lAc « des sciences , l^Si, pl. l6<,

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Scorpions a des conséquences bien différentes suivant les pays et les climats ; et , comme exemple , il rapporte que celle des Scorpions du Phare et d’autres endroits n’est pas dangereuse , tandis qu’elle est mortelle dans ceux de Carie : c’est peut-être une exagération, mais Pline en ajoute une bien plus extraordinaire, en disant que ceux du mont Latmus, également en Carie, sur le littoral de l’Asie Mineure, ne font aucun mal aux étrangers , tandis qu’ils tuent les gens du pays (1). Plutarque rapporte qu’on a vu des personnes bien saines et dont l’estomac était bon, manger les Scorpions sans en être incommodées (2); Eiien cite aussi comme digne de remarque, Ihabitude qu’avaient les prêtres de i’île de Coptos , en Egypte , de fouler impunément aux pieds les Scorpions qui abondaient autour de la ville. L’opinion la plus répandue est encore aujourd’hui que la piqûre des Scorpions peut être mortelle , et les gens qui n’ont pas expérimenté par eux-mêmes le soutiennent aussi bien pour la petite espèce de nos provinces méridionales que pour les grands Scorpions d’Afrique , de l’Inde ou d’Amérique.

Rédi rapporte qu’un des Scorpions de Tunis ( Sc . bicolor?) qui lui furent envoyés tua , par sa piqûre , un des autres Scorpions qui étaient avec lui , mais que la piqûre de ce dernier fut tout à fait sans effet sur de jeunes pigeons. Rédi était porté à croire à l’innocuité des Scorpions, mais après un certain temps et bien que les sujets sur lesquels il expérimentait eussent

(1) Livr. VIII, chap. 59.

(2) Oper. moral. , t. I , p. ï5o.

Ce fait n’a rien qui doive étonner, les poisons du genre de celui ci n’ayant habituellement aucune influence sur le canal digestif, et le Scorpion étant un animal tout à fait inoffensîf quand il est privé de son aiguillon.

SCORPION IDES-

passé Thiver sans nourriture, la vigueur leur étant revenue, voici ce qu’observèrent lui et Ch. Morel ( C. Morellus , dit Rédi, natione Gallus , sed doctus et expertus chirurgus ) : un jeune pigeon, exposé à la piqûre répétée d’un Scorpion ( iracundo ac furenti Scorpion i) , se mit aussitôt à trébucher , il trembla , sa respiration s’accéléra, et il tourna en tremblant comme roucoulant devant la femelle. Quand le pigeon fut tombé pour ne plus se relever, deux heures après il était encore agité de convulsions ; mais bientôt il étendit ses pattes, qui étaient refroidies, et qui paraissaient être mortes. Cependant quelques frémissements des ailes et des mouvements de la tête indiquaient qu’il n’en était point ainsi de tout l’animal , ce qui dura encore deux heures trois quarts ; enfin , l’animal mourut , cinq heures après avoir été piqué. Nicolas Sténon, qui arriva chez Rédi peu de temps après , désira que l’expérience fût répétée. On fit donc piquer un second pigeon sur la poitrine , comme on l’avait fait pour le précédent , mais sans arracher de plumes. Au bout d’une demi-heure, celui-ci tomba de même et roidit ses pattes comme avait fait le premier. Deux autres pigeons furent ensuite piqués sans en ressentir de mal. Le Scorpion fut laissé en repos toute la nuit, et le matin on lui présenta de nouveau un pigeon. Avant qu’il le frappât 9 Rédi vit une très-petite goutte d’un liquide blanc à la pointe de l’aiguillon , et elle fut introduite dans la chair de l’animal en même temps que celui-ci. En outre , le Scorpion , de son propre mouvement, piqua deux fois le pigeon. Au bout d’une heure, l’oiseau fut pris de convulsions, et ayant ensuite étendu ses jambes, il mourut au bout de trois heures. Un second pigeon et un

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troisième , que le Scorpion avait ensuite frappés ne moururent pas ; il faut donc , suivant la remarque de

notre auteur, que l’animal aille temps de réparer ses pertes. Le cadavre de ses victimes n’ofïre rien qui indique leur genre de mort , et Rédi , s’appuyant sur ce qu’il savait du venin de la vipère, ne craignit pas de donner les pigeons qui avaient succombé à un mendiant, qui cœlum digito tetigisse sese putans , avidissimè illos devoravit et bene sese habuit.

Après que le Scorpion en expérience eut été laissé en repos pendant un jour, R.édi fît piquer cinq fois aux côtes et autant de fois aux fesses une biche, mais sans que celle-ci parût s’en ressentir : l’aiguillon n’avait pas traversé le derme , et Rédi Fy enfonça luimeme , sans plus de résultat; ce qui, dit-il, commença à lui faire croire que les Scorpions d’Afrique ne tuaient probablement pas , comme on le disait, les lions, les chameaux et les éléphants. Il ajoute cependant : malgré cela, je crois les auteurs de ces récits , et cela d'autant plus volontiers , que mon Scorpion n’était pas dans le climat qui lui est naturel , qu’il était fatigué par un jeûne de huit mois , et qu’il était placé dans des conditions défavorables. Il faut dire aussi qu’il avait peut-être épuisé toute son humeur délétère, et qu’il n’avait pas eu le temps suffisant pour la reproduire ; ce qui le prouverait, c'est qu’une poule d’eau et un pigeon qui lui furent livrés le lendemain , deux jeunes pigeons qu’on lui donna à deux jours plus tard, et un grand aigle , après six autres jours, ne périrent ni les uns ni les autres (1).

Les expériences de Maupertuis (2) ne sont pas moins

(O v°yez ' Opéré di Francesco Redi gentiluomo aretino , t. I, p. 6^,

pi. I ; in*4°, 1 74 1 -

(2) Acad . des sciences ? ï^f3i.

SCOKPIONÏDES.

curieuses; elles portent sur une autre espèce , le Sc. occitanus , que Fauteur se procurait abondamment près le village de Souvignargues , aux environs de Montpellier,

La première de ces expériences fut de faire piquer un chien , qui reçut au ventre trois ou quatre coups de Faiguilion d’un Scorpion irrité. « Une heure après , il devint très-enflé et chancelant; il rendit tout ce qu’il avait dans l’estomac et dans les intestins , et continua , pendant trois heures , de vomir, de temps en temps , une espèce de bave visqueuse ; son ventre , qui était fort tendu , diminuait après chaque vomissement; cependant il recommençait bientôt de s’enfler, et quand il était à un certain point , il revomissait encore; ces alternatives d’enflure et de vomissement durèrent environ trois heures ; ensuite les convulsions le prirent, il mordit la terre, se traîna sur les pattes de devant, enfin mourut cinq heures après avoir été piqué. Il n’avait aucune enflure à la partie piquée, comme en ont les animaux piqués parles abeilles ou les guêpes ; l’enflure était générale, et l’on voyait seulement à l’endroit de chaque piqûre, un petit point rouge qui n’était que le trou qu’avait fait l’aiguillon, rempli de sang extravasé. J’ai observé la même chose sur tous les animaux que j’ai fait piquer parle Scorpion, et n’ai jamais vu que la piqûre fît lever la peau.

» Quelques jours après, jefis piquer un chien cinq ou six fois au même endroit que le premier ; quatre heures s’étant écoulées sans qu’il parût malade , je fis réitérer les piqûres ; mais quoique plusieurs Scorpions irrités le piquassent dix à douze fois , et enfonçassent leur aiguillon si avant, qu’il y demeurait attaché, le chien jeta seulement quelques cris pendant les piqûres, mais

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il ne se ressentit en aucune manière du venin ; il but et mangea de grand appétit , et comme il était fort éloigné de donner aucun signe de mort , je le remis en liberté. C’était un chien du voisinage, et il fit si peu de cas du péril qu’il avait couru , que , comme il avait été mieux nourri chez moi qu’il n’avait coutume de Fétre chez son maître , il y revenait souvent s’olïrir à de nouvelles expériences. Je crus que mes Scorpions pouvaient avoir épuisé leur venin , j’en fis venir de Souvignargues ; je fis piquer sept autres chiens, et, malgré toute la fureur et tous les coups des Scorpions, aucun chien ne souffrit le moindre accident. Et enfin, je répétai l’expérience sur trois poulets, que je fis piquer sous l’aile et sur la poitrine; mais aucun ne donna le moindre signe de maladie. »

De ces expériences, Maupertuis conclut que si la piqûre du Scorpion est quelquefois mortelle , elle ne l’est cependant que rarement; mais il ne peut dire quelles circonstances lui donnent un caractère funeste.

Amoreux rapporte aussi le détail d’expériences entreprises par lui , pour apprécier la force du venin des Scorpions ; mais comme il a surtout fait piquer des animaux d’une organisation et d’une taille bien inférieure à celle des espèces qu’avaient prises Rédi et Maupertuis , nous n’en parlerons que pour renvoyer le lecteur à son ouvrage déjà cité. On en lit aussi dans l’opuscule d’Ange-Maccary (1) ; de même que celles d’ Amoreux et Maupertuis , elles sont relatives au Sc. occitanus.

Nous arrivons maintenant à la classification des Scorpions.

(i) Mém. sur le Scorpion qui se trouve sur la montagne de Cette , in-12; an x.

SCORPIONIDES.

Un premier fait à signaler, c'est que les parties caractéristiques des Scorpions , c’est-à-dire , les yeux , la queue et les peignes sont aussi celles dont les variations fournissent les meilleurs caractères pour la distinction des espèces ; elles semblent aussi donner la clef de la subordination naturelle de celles-ci. A mesure qu'on s'éloigne des premiers Scorpions pour arriver à ceux qui nous ont paru les derniers de tous ? on reconnaît :

1° Que la partie caudiforme , d'abord volumineuse et élargie, souvent aussi fort longue, devient grêle et faible, et que la vésicule diminue le plus souvent dans les mêmes proportions.

2° Que les peignes sont moins longs et à dents moins nombreuses.

3° Que les yeux, au nombre de douze d'abord , puis de six , de huit ensuite , sont réduits à six seulement dans les dernières espèces : deux médians plus forts au vertex et deux moins considérables bilatéralement au bord antérieur du céphalothorax.

Il semble que ces animaux tendent à perdre peu à peu les caractères distinctifs de leur groupe.

Le céphalothorax fournit aussi par son bord antérieur des caractères importants à signaler. D’abord rectiligne , ou quelquefois même convexe , il est toujours plus ou moins échancré dans les dernières espèces.

Les yeux ne sauraient donc pas fournir , comme Font admis feu Kemprich et M. Ehrenberg, les seuls caractères distinctifs des sous-genres. Il y a souvent une telle analogie entre les Scorpions à dix yeux laté-

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raux , et d’autres qui n’en ont que huit ou même six , qu’il nous semble difficile de faire autant de véritables genres de ces trois sortes d’animaux ; encore moins pourra-t-on admettre qu’ils constituent autant de familles , comme le voudrait M. Koch.

Les Androctones , les Gentrures et certains Buthus (ceux dont les trois yeux latéraux sont en ligne droite , égaux entre eux et équidistants) nous semblent former un premier groupe , dans lequel on devra toutefois distinguer les Scorpions à deux petites paires d’yeux supplémentaires , ceux qui n’en ont qu’une et ceux qui en manquent ; tels sont les sous-genres des

Androctones ,

Centrures ,

Atrées .

Viennent ensuite les cinq sous-genres des

Télégones ,

Buthus ,

Chactas ,

Scorpius j Ischnures (1).

Les Ischnures sont les Scorpions les plus rapprochés des Téiyphones, et , dans la série naturelle des Arachnides, ceux-ci paraissent constituer la famille qui devrait suivre immédiatement la leur.

(i) Voici les principaux ouvrages cités clans les descriptions que nous donnons plus loin :

De Géer, Mèm Vif. — Herbst ? Naturgeschichte der Scorpionen ; in<4 , l8oo; faisant partie du Natursystem der Ungejlugelten- Ins . — Hemprichet Ehrenberg, Vorlaujigc uebersicht der in Nord- Africa und IV est A sien einhêimischen Scorpionc und der en geogr. verbreitung. — Ehrenberg, Symboles physicæ , Evertebrata. — Koch, Arachniden - Systems ; i83y Id., Die Arachniden. — P. Gervais, Remarques sur la fam. des Scorpions (Archives du Muséum d’histoire naturelle, de Paris, t, III, avec 2 planches).

APTÈRES , TOME III

SCORPIONIDES.

On connaît déjà suffisamment quatre-vingts espèces environ de nos huit sous-genres de Scorpions (1).

M. Ehrenberg attribue surtout aux Androctones des propriétés toxiques violentes , et , d/après ce qu'il a pu voir en Ëgvpte, les Arabes craignent plus les Scorpions de couleur jaune que les noirs. A Thèbes et à Dongola , on les redoute tellement , que leur vue est en horreur, et comme les espèces de ees localités sont les Scorpio funestus et quinque-striatus , ce sont ces deux espèces surtout que le savant professeur de Berlin regarde comme pouvant donner la mort à l'homme lui -même. Il a vu souvent les bateleurs de ce pays tenir, avec d'autres Scorpions , Y And, quinquestriatus , mais après lui avoir retiré son aiguillon. Il fut lui-même piqué cinq fois par des Scorpions de cette espèce , et les douleurs qu il en a ressenties lui font admettre que des femmes et des enfants peuvent bien y succomber. Il n'a vu néanmoins aucun exemple de terminaison funeste. D’autres personnes nous ont rapporté avoir été piquées , et la douleur leur a paru comparable à celle occasionnée par une Abeille. Le Sc. europœus est un de ceux qui sont le moins à craindre.

Les Scorpions d'Amérique ont aussi la réputation d'être fort nuisibles, mais sans que leurs mauvais efïets aient été mieux constatés. Barrère en cite qui produisent une douleur aiguë accompagnée de fièvre , et M. Perty (2) donne à leur égard différents détails re-

(1) Nous devons à la bienveillance de M, Milne Edwards d’avoir pu étudier avec soin les Scorpions de la collection du Muséum de Paris , dont nous avons même décrit , dans un travail spécial ? les espèces nouvelles. Grâce à l’ obligeance de M. J.-E. Gray, nous en avons également vu quelques-unes au British Muséum , à Londres.

(2) Delectus , p. 87

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cueillis dans les voyageurs ; mais nous y renvoyons le lecteur. La remarque par laquelle nous terminerons , est que souvent le mode de traitement auquel on a recours pour la guérison des piqûres, est plus à craindre que ces piqûres elles-mêmes.

Les Scorpions vivent de proie. Ils chassent essentiellement les Insectes, et c’est au moyen de leurs palpes et de leur aiguillon qu’ils s’en rendent maîtres. En marchant , ils tiennent leur queue élevée et toute disposée à frapper la victime qu’ils convoitent ou l’ennemi qui voudrait les attaquer. Ils vivent en général dans les lieux arides , souvent dans les endroits sombres, et parfois dans les habitations. On les rencontre rarement ensemble , et si , par hasard, on en réunit plusieurs , il n’est pas rare qu’ils se battent entre eux , se tuent même et s’entre-dévorent. Les femelles paraissent user, à l’égard des mâles, de la même sévérité que celles des Araignées. Maccary s’est assuré que , pendant l’accouplement , la femelle est renversée sur le dos et le mâle posé sur elle. Les mâles sont plus nombreux ; les femelles sont de taille plus forte.

L’appareil génital mâle se compose , dans sa partie copulatrice, de deux tiges effilées (pénis, L. Dufour) et de consistance cornée, dont la base est bifurquée. La branche externe de cette bifucartion est courte , conoïde et d’un brun foncé, tandis que l’interne se prolonge sur un cordon filiforme blanchâtre , courbé sur lui-même , de manière à former une anse , et revenant en sens contraire de sa première direction pour se coller contre le corps du pénis. L’extrémité libre de celui-ci est très-mince et sétacée; elle se fait jour par l’orifice transversal , qui est au devant des peignes ,

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entre les deux arceaux antérieurs rudimentaires de l'abdomen. Les testicules sont formés par trois grandes mailles anastomosées entre elles et constituées par un cordon filiforme demi-transparent de chaque côté , qui aboutit à un canal déférent unique pour les deux testicules. Il y a deux vésicules séminales, Fune grande conico-cylindrique , longue de deux à trois lignes , et recevant à sa base le canal déférent ; Fautre cylindrique , obtuse, et qui adhère au corps de Forgane copulateur sur lequel elle est couchée.

Les ovaires sont doubles comme les testicules , et placés à droite et à gauche. Chacun d'eux est essentiellement constitué par un coilduit membraneux , formé de quatre grandes mailles quadrilatères anastomosées entre elles et avec celles deFovaire opposé. Elles jouent aussi le rôle d’utérus , et , chacune d’elles aboutit à un conduit simple, de longueur variable (oviducte) , qui avant de se réunir à celui du côté opposé offre constamment une légère dilatation. Un col extrêmement court et commun aux deux oviductes débouche dans la vulve à la même place que Forgane mâle.

Le nombre des petits peut s’élever jusqu’à soixante, mais il est souvent moindre. C’est ce qui résulte des observations d’Aristote, de Maupertuis , d’Amoreux , etc. Dans toutes les espèces connues sous ce rapport, 3a génération est ovovivipare, et, à leur naissance , les petits sont portés par la mère comme ceux de certaines Araignées du genre Lycose. Il n’est pas rare de voir, dans les collections , des Scorpions femelles desséchés, plus ou moins chargés de leurs petits. M. H. Ratké a étudié le développement des Scorpions , d’après la petite espèce d’Europe ; on trouvera les, détails assez circonstanciés qu’il a publiés

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à cet égard dans la Physiologie de Burdach (1).

Avant d’arriver à la répartition géographique des espèces de Scorpions , nous devons passer à la descri ption de chacune d’elles , en commençant par celles que nous considérons comme la tête du genre, et qui ont , en effet , au maximum , tous les caractères de celui-ci,

ANDROCTONES.

Ce sont les espèces à douze yeux : cinq de chaque côté de la partie antérieure du céphalothorax et deux au vertex , plus gros que les autres ; les deux paires latérales postérieures sont très -petites. Ils ont les peignes garnis de dents nombreuses ( 25 et au delà) (2).

Hemprich et M. Ehrenberg ont, les premiers, distingué les Ândroctonus dans un travail fait en commun. Les espèces d 'Androctonus , dont le nom signifie homicide (3) , ont pour unique caractère leurs yeux au nombre de douze , dont deux au vertex ou une paire, trois paires bilatérales près du bord antérieur externe du céphalothorax , et près de la postérieure deux yeux bien plus petits , un en dedans et l’autre plus ou moins en arrière ou en dedans. Les treize espèces que ces auteurs distinguent sont partagées en deux sections ( Leiurus et Prionurus) et caractérisées avec soin. Le tableau suivant que nous donnons de la distribution et de la caractéristique de ces Androctonus est emprunté aux Symboles yhysicœ , publiés par M. Ehrenberg r C/est le même que ce savant avait d’abord donné dans son travail avec Hemprich, sauf la disposition typographique qui le rend plus commode à consulter.

(1) Édit, franc, de 1 838, t. III, p. 97.

(2) Ândroctonus , Hempr. et Ehrenb., loco c 'd — Androctonides , Koch , Av achnidensy stems .

(3) AvcTpOJCTOVOÇ.

SCOKPÏONÏDES.

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