‹ Histoire naturelle des insectes (volume 2)Chapitre 225 sur 1156 · Hydrachne scapulaire. (Hydrachna scapularis · texte numérisé non relu

Hydrachne scapulaire. (Hydrachna scapularis

Les plus grandes femelles de cette espèce ont jusqu’à une ligne et demie de longueur et toutes sont en dessous d’un rouge violacé ; en dessus elles ont la moitié antérieure toute noire et à peine semée de quelques points rouges ; la postérieure d’un rouge écarlate , mais partagée par une bande noire longitudinale , ce qui lui donne un peu l’aspect d’un insecte coléoptère , d’une Chrysomèle , par exemple ; les yeux sont petits quoique saillants , très-écartés , posés sur les angles arrondis de l’extrémité antérieure du corps , noirâtres et réniformes, parce qu’ils résultent chacun de deux stemmates soudés. Le corps du mâle est plus aplati, plus allongé, ses couleurs sont plus tranchées et plus vives ; ses pattes sont proportionnellement plus grosses et plus longues ; mais au total sa femelle est toujours beaucoup plus grande lui , souvent triple et même quadruple en diamètre.

Dipl. scap. , Dugès, loco cit., I, p. 150.

LesHydrachnes de cette espèce sontcommunes aux environs de Montpellier. Elles aiment la société de leurs semblables, et sont souvent pelotonnées quatre ou cinq ensemble. C’est aussi en société qu’elles aiment à s’avancer sur le bord humide du vase qui les renferme. L’accouplement s’opère ventre à ventre. Il est prolongé et souvent répété. Les deux individus se tiennent et se roulent étroitement embrassés, et si on les sépare on voit une humeur blanche et visqueuse épanchée autour des organes de la

G. HYDRACHNE.

génération. La sociabilité des Diplodontes scapulaires se manifeste encore dans l'acte de la ponte ; c’est sur les tiges et les feuilles des végétaux glabres contenus dans l’eau que les femelles vont pondre leurs œufs ; elles les disposent en une croûte d’un seul lit , et les petits œufs, extrêmement abondants , rouges, ovoïdes, posés verticalement côte à côte , sont enduits et recouverts d’une couche de matière muqueuse bientôt condensée , mais blanchâtre, opaque et non transparente comme celle des Ataces. Quand une croûte est ainsi commencée , il est rare qu’elle ne soit pas étendue et continuée par d’autres femelles , de sorte que des milliers d’œufs se trouvent ainsi réunis et peuvent revêtir exactement toute la surface d’une feuille, un long bout de tige, etc.

Après deux semaines ( au mois de juin ) , de petites larves , fort différentes de l’adulte, sortent de ces œufs ; elles ressemblent à un point presque imperceptible, d’un rouge fort vif. Au microscope, elles se montrent hérissées de longs poils : leur corps ovale , tronqué en avant , porte quatre yeux médiocres en deux groupes latéro-antèrieurs , et six pattes longues et grosses , dont le septième article est fort mince, mais garni de deux griffes trèsgrandes. Deux paires sont dirigées en avant, une en arrière ; leurs insertions sont peu distantes. Le suçoir est volumineux, mobile sur le tronc, au devant duquel il s’insère , armé au bout de deux soies grosses et courtes, flanqué de deux gros palpes, auxquels j’ai reconnu ( dit Dugès, l’auteur de ces détails) un crochet et un appendice velu, vrai palpe ravisseur comme celui des Trombidiés, et semblant déjà indiquer des mœurs comparables à celles des Érythrées et des Trombidions. Dans le suçoir, le même auteur crut apercevoir deux lames repliées en arrière comme le seraient les ongles mandibulaires de l’adulte; d’autres fois il lui a paru qu’on trouvait les deux mandibules semblables à celles des Trombidions ; détails difficiles à constater, vu l’extrême petitesse des objets.

Dugès donne les raisons suivantes à l’appui de son opinion que ces petits animaux éprouvent plusieurs métamorphoses :

« 1° J’ai trouvé dans l’eau un très-petit individu tout rouge , à huit pattes, offrant du reste tous les caractères de forme générale et d’organisation particulière propre au Diplodonte scapulaire. 2° J’ai rencontré bien souvent entre les petites tiges rapprochées des Chara , des nymphes toujours bien plus fortes que le petit individu, rougeâtres, parfois marbrées de noir, portant fréquent-

ACARIDES.

ment des restes de pattes , et quelquefois leurs huit fourreaux. De ces nymphes sort un Diplodonte scapulaire de la taille, à peu près , qu’ont les mâles adultes, et il n’en diffère que par les couleurs : le noir au lieu d’être rassemblé sur des régions particulières et circonscrites , semble disséminé en nues fuligineuses sur le fond rouge du corps. J’avais d’abord pris ces individus pour ceux d’une espèce différente ; mais frappé de leur ressemblance quant à l’organisation , je les ai conservés vivants etj’ai vu la couleur se dessiner bientôt d’une manière plus nette en même temps que le corps prenait de plus grandes dimensions. Enfin j’ai vu l’accouplement s’opérer entre des individus à teintes mélangées et à couleurs nettes. »

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