Hydrachne sanglant. ( Hydrachna cruenta
(PI. 38, fig.l. )
Sub-ovoïde , d’un rouge vineux, tirant parfois sur le brunmarron; yeux en deux paires, médiocrement écartés, réniformes, rouge foncé. Soumise à un fort grossissement la peau montre l’aspect du Galuchat. La femelle acquiert jusqu’à deux lignes et un quart de diamètre.
Acarus aquaticus globosus , De Géer, Mém. , VII, pl. 9, f. 10-11.—#. cruenta , Mull., Hydrachnœ , p. 63, pl. 9, f. 1.— H. globulus , Hermann , Mém. aptérol., p. 56, pl. VI, f. 10.— Hydr. globulus , Dugès, loco cit I , p. 162, pl. 11, f. 41-56. — H. cruenta , Koch, Deutschl. crust.y Myr fasc. XIV, pl. 16.
La ponte des Hydr. cruenta commence vers le mois de mai , et la femelle meurt peu de temps après. Son ventre est alors devenu flasque et ridé. Les œufs de cette espèce ne sont pas couverts d’une enveloppe protectrice, c’est dans le centre des tiges spongieuses des potamogétons que les femelles les placent, après avoir percé à l’aide de leur bec un trou rond semblable à celui que l’on ferait avec une épingle. Ces œufs sont ainsi rassemblés par centaines ; leur longueur est d’un huitième de ligne à peu près et leur couleur d’un rouge brun. Il faut beaucoup de temps , plus de six semaines , pour que leur éclosion ait lieu. Lorsqu’elle s’opère les tiges de potamogéton sont mortes et les petits s’en échappent sans peine.
Ils ont six pattes fort rapprochées , et leur bec représente une grosse tête mobile de haut en bas, subpentagonale , terminée par une bouche étroite et bordée de deux gros palpes demi-transparents , dont le quatrième article est en griffe et le cinquième remplacé par deux crochets plus petits et articulés sur la base de celui-ci.
Dugès, à qui l’on doit ces détails, ignorait combien de temps ces petites hydrachnes vivent librement dans l’eau. Alors elles n’en peuvent sortir et c’est là d’ailleurs qu’elles doivent trouver leur sub-
G. HYDRAGHNE.
sistance ; mais à une certaine époque elles se fixent à divers insectes, et les modifications qu’elles éprouvent lui ont fait dire qu’elles passaient à l’état de nymphe. Ainsi fixées sur le corps de quelque insecte aquatique, elles peuvent être emportées à Fair sans danger. Dès la fin de l’été et durant l’automne on en trouve déjà de fixées sur les corps ou les membres , sur les filets caudiformes , sur les élyfres de la nèpe ou sur d’autres parties cornées qu’elles perforent d’un trou fort étroit , mais bien reconnaissable à l’aide d’une forte loupe. Elles attaquent aussi les ranâtres et diverses espèces de dylisques , l’hydrophyle , etc. ; sur les coléoptères , elles préfèrent les parties membraneuses. Les nèpes , les ranâtres, etc. , sont souvent chargées de ces parasites que la plupart des observateurs ont pris pour des oeufs. Swammerdam les nomme des lentes; mais il a constaté qu’il en sortait une petite hvdrachne {Biblia naturœ , tab. il , fig. \ g et fig. 5). De Gèer et Bœsel ont fait la même observation. M. Audouio a regardé ces petits corps organisés comme des Acarides d’une famille particulière, et il en fait un nouveau genre sous le nom d 'Âchlysia, adopté par plusieurs auteurs et entre autres par Latreille , et par M. le comte de Mannerheim : celui-ci a même décrit une seconde espèce d’Achlysie.
Les observations de M. Burmeister, publiées dans Ylsis , et celles de Dugès (1) ont levé tous les doutes qu’on pourrait avoir sur l’identité des Achlysies et des Hydrachnes.
Malgré l’allongement considérable du corps des Achlysies ou des nymphes d’Hydrachnes , leur suçoir, l’écusson qui leur forme une espèce de céphalothorax , et leurs pattes ne grandissent pas. Souvent même les palpes ont disparu en partie ou en totalité , et l’espace membraneux qui sert de jonction entre le corps et le suçoir s’est allongé en forme de cou. C’est que dès que le corps commence à s’allonger, les palpes et les pattes se retirent en dedans , suivent le corps dans l’espèce^e sac que forme en arrière la peau distendue , et abandonnent ainsi leur fourreau , que les violences extérieures peuvent rompre aisément. La larve est ainsi passée à l’état de nymphe dont nous avons parlé. Son œsophage cependant n’a pas cessé de traverser le suçoir enfoncé dans les téguments de l’Insecte nourrisseur , et un prolongement
(i) Ann. sc. nal ,, lre série , II , 49^-
ACARÎÙRS.
membraneux en forme d’entonnoir qui a pénétré peu à peu jusque dans les chairs mêmes de celui-ci, y retient si fortement le suçoir, qu’il y reste encore attaché avec une portion des enveloppes, lorsque i’Hydrachne a brisé ces dernières.
Après cette opération , l'animal n’est pas entièrement parfait ; il a encore une mue et un petit changement à subir. Au lieu d’une plaque cordiforme , ses organes génitaux n’ont qu’une dépression en fente superficielle ; sur les côtés, à quelque distance, sont deux plaques ovales grenues.
Après avoir vécu ainsi quelques semaines , et pris un notable accroissement , ces individus , impubères ou présumés tels , vont se fixer à l’aisselle d'une feuille de potamogéton. Ils enfoncent leur bec dans la tige et y accrochent leurs palpes ; alors ils deviennent immobiles ; leurs pieds , leur bec et ses dépendances se retirent encore une fois sous la peau du corps et abandonnent leurs fourreaux cutanés ; ces parties éprouvent encore une fois la même élaboration , c’est-à-dire que , d’abord épaisses , informes, courtes et pulpeuses , elles s’allongent, s’amincissent et se durcissent peu à peu , et la dépouille qui montre les anciennes mandibules, qui, sans doute, étaient tout à fait cornées, se reproduit en totalité.