‹ Histoire naturelle des insectes (volume 2)Chapitre 411 sur 1156 · Puce chique. ( Pulex pénétrons · texte numérisé non relu

Puce chique. ( Pulex pénétrons

(PI. 49 , fig. 11. )

Petite ; stylets du mâle allongés ; abdomen de la femelle se développant en boule après la fécondation et augmentant alors d’une manière extraordinaire le volume total.

Pul. pen. , Linn. Gmel., 2924. — Turpin et Dum. , Dict. sc. n ., Atlas , pi. 53, f.4 et 5, et Consid. sur les Ins., pl.53, f.4et 5. — Perty, Delectus Ins. Bras., p. 34. — Bugès, Ann. sc. nat., 2e série , VI, 129, pl. 7, fig. B (copiée dans notre Atlas). — Guérin, Iconogr. Règne anim., Ins., pl. 2, fig. 5 ; Dermatophilus penetr., id.,ïhid. , Explic., , p. 12 ,id., in Lucas, Dict. pitt. d'hist. nat. , article Puce, t. VIII , p. 394. — Westwood, Trans. enîom. soc. Lond., Il, 199. — Pohl et Kollar , Bras, vorzugl. last. Insecten ; Vienne, 1832. — W. Sells, Trans. entom. soc. Lond., II , 196.

Parasite de l’espèce humaine, dans l’Amérique méridionale.

Dans l’ouvrage de MM. Spix et Martius, M . Perty rapporte l’historique des observations auxquelles cette espèce a donné lieu. Nous nous en sommes souvent servi pour la rédaction de ce qui suit.

Cette espèce est commune dans les parties chaudes de l’Amérique , principalement au Brésil. Les premiers auteurs qui ont écrit sur l’Amérique méridionale en font déjà mention; quelques-uns l’appellent Pulex penetr ans; d’autres, Chique , Chigue. Pique , Tunga , Punque. Lerius la nomme Ton , et il la regarde comme le même animal que le Nigua , dont elle porte aussi le nom ( Hist . nav. in Bras., édit. 1586, p. 136). Pison en parle sous son nom brésilien de Tunga. Barrère dit que la Xique (Tunga de Margrave) est une Puce noire et très-petite, trop connue dans les îles américaines. Swartz fait la remarque que la Chique est bien une Puce etnon une Mite. Ulloa, Joseph de Jussieu et M. Goudot en admettent deux espèces. Dobrizhofer en parle d’une manière fort exacte. « Les deux Amériques, dit-il , surtout dans les régions les plus chaudes, produisent un petit animal, véritable monstre de la création, qui cause journellement bien des maux et donne quelquefois la mort. C’est une très-petite espèce de Puce , sautant comme la nôtre , et que les Guaraniens appellent Tu ou Tûngay, c’est-à-dire Puce méchante. LesEspa-

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gnois l’appellent Pigue , et les Portugais Bicho dos pes (Insectes des pieds ); les Mexicains la nomment Nigua, et les Abipons, Aagrani , c’est-à-dire mordante. Elle est si petite que l’œil le plus perçant ne peut la voir sans une vive lumière , et elle a le bec si pointu qu’elle perce les chaussures et les vêtements de toutes sortes. Elle se fixe alors à la peau et pénètre jusque dans les chairs. Là , cachée dans un petit canal, elle s’enveloppe d’une vésicule blanche sphérique , dans laquelle sont renfermés ses œufs ou petites lentes. Si on laisse cette vésicule plusieurs jours sous la peau, elle prend le volume d’un pois. La douleur augmente aussi de jour en jour. Pour s’en défaire, on a recours à des enfants dont les excellents yeux aperçoivent aisément le point rouge de la peau par lequel la Chique s’est introduite etqui cherchent à l’extraire. Ils sondent avec une aiguille et élargissant la voie, enlèvent bientôt la vésicule dans laquelle la Puce et toute sa lignée se trouvent réunies, x^pprochée d’une chandelle allumée elle éclate comme un grain de poudre ; mais si la vésicule s’est rompue avant son extraction , l'opération devient elle-même une cause nouvelle de douleurs par la dispersion des petits dans la plaie. Cette'Puce américaine produit évidemment une liqueur empoisonnée, car la place dont on l’a extraite, elle et scs petits, s’enflamme parfois et la gangrène s’y met promptement ; elle attaque surtout les doigts des pieds , et l’on a vu des cas où pour sauver les jours du patient il a fallu amputer les doigts attaqués. Les personnes qui habitent des endroits où ces Puces sont nombreuses doivent faire examiner leurs pieds tous les deux jours par les enfants dont nous avons parlé. Si leur piqûre est de fraîche date, il faut éviter de les rompre en les retirant, car leur tête restant fixée dans la peau y cause encore des douleurs indicibles , des abcès même et des ulcérations; les personnes expérimentées attendent un jour entier pour que l’animal ait produit sa vésicule, et qu’elle et lui puissent être aisément retirés. Après cette opération la marche est douloureuse, mais si l’on néglige de se faire visiter les pieds on a souvent lieu de le regretter. J’ai vu des personnes alitées pendant plusieurs semaines pour cette raison ; j’en ai vu aussi qui ne pouvaient se servir de leurs pieds et qui n’ avaient plus aucun moyen de guérison; tanta tantillæ bestiœ pestis ! Instruits par les désagréments d’autrui , ceux qui veulent se les épargner veillent à la propreté de leur maison, car pendant les chaleurs, les Chiques APTÈRES , TOME III. 24

APHANIPTERES.

sont attirées par la saleté, les fèces et l’humidité ; les endroits où l’on garde des brebis , des mules ou des chevaux , même en plein air, en fourmillent. Dans les parties australes du Paraguay, etc., là où la température n’est pas très-élevée, on ne connaît pas cette race funeste. Je ne nie pas que les pieds soient le lieu d’élection des Chiques , mais elles attaquent parfois d’autres parties; toutes peuvent même en être tourmentées; elles font beaucoup de mal aux chiens , et les cochons , les chats, les chèvres , les brebis en souffrent aussi , de même que les chevaux , les mulets , les ânes et les bœufs ; il importe que les cavités qu'elles ont laissées à la peau après leur extraction soient remplies de poudre de tabac, de cendre ou d’huile. On s’exposerait à de graves inconvénients en négligeant ces précautions. On a remarqué la prédilection de ces animaux pour certaines personnes, et la plus grande difficulté de guérison de quelques-unes, suivant la nature des tempéraments. »

Suivant d’Azara, on ne voit pas de Pulex penetrans au delà du 29° de latitude australe ; il assure aussi que les pécaris en sont exempts, et que les autres animaux sauvages sont dans le même cas, bien que leurs analogues domé’stiques en souffrent. M. de Humboldt assure que les indigènes de la région équatoriale peuvent s’exposer impunément aux Chiques là où les Européens nouvellement venus en sont immédiatement attaqués. MM.Spix etMartius prétendent que les Chiques négligées occasionnent des tumeurs sympathiques des vaisseaux lymphatiques de la région inguinale et même le sphacèle. MM. Pohl et Kollar ont donné des figures qui représentent la Chique dans ses actes principaux; l’animal s’enfonce par la tête. Sa forme est constamment la même , et les femelles seules s’introduisent sous la peau, encore n'est-ce qu’après qu’elles ont été fécondées et dans le but de se procurer une nourriture assez abondante pour produire leurs œufs ; on n’a pas encore trouvé leurs larves ; l’abdomen des femelles se gonfle , et comme il a la peau très-fine, on voit dans son intérieur une quantité innombrable d’œufs blanchâtres, transparents, immobiles et de forme cylindrique , qui tous sont retenus au parenchyme de la mère par un court funicule ; les plus ovales placés les plus près du cloaque sont les plus forts; ils sont aussi plus foncés. MM. Pohl et Kollar pensent que le Pulex penetrans , tout aussi bien que Y irritants , dépose souvent ses œufs à terre. Au rapport de Dobrezhofer , il y a certaines localités des bords du

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Paraguay où il est impossible de se rendre , soit de jour, soit de nuit, sans être infesté de Chiques, et cependant la végétation est magnifique dans ces endroits-là , et l'homme non plus que les animaux domestiques ne les fréquentent ; M. de Humboldta fait la même observation. M. Poëppig, pendant son voyage au Chili, a rencontré des Puces en quantité innombrable , et d’après M. Martius , au Brésil , elles sont attirées par la sueur des nègres, aussi ne sont-elles nulle part plus nombreuses que dans les lieux secs que les esclaves choisissent pour passer la nuit. M. Justin Goudot a constaté sur lui- même qu’on en est fréquemment incommodé dans les régions froides de la Nouvelle- Grenade , même à la hauteur de la ville de Bogota.

Marcgrave , Sloan , Brown , Catesby ont également parlé de cette espèce , et le dernier en a donné la représentation dans le t. III , pl. 10, fig. 3 de son ouvrage sur la Caroline. MM. Duméril , Guérin , Dugès , Westswood et plusieurs autres auteurs ont aussi rendu par l’iconographie ses principaux caractères.

M. Guérin fait avec la Chique son genre Dermatophilus , et M. Westwood celui de Sarcopsylla.

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