‹ Histoire naturelle des insectes (volume 2)Chapitre 547 sur 1156 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

IrlBRAIRIE ENCYCLOPEDIQUE DE DORES1,

RIJE HAITTEFEU1LLE , N° 10 BIS,

Ce volume , qui termine l’histoire naturelle des Insectes Aptères, que je m’étais engagé à compléter lorsque j’en ai commencé la publication il y a dix ans , est divisé en deux parties.

La première renferme l’histoire naturelle des Myriapodes. J’en ai confié la rédaction à l’habile naturaliste qui , dans ces derniers temps , a le plus contribué aux progrès de cette branche de l’entomologie. Les descriptions que j’avais faites de ces animaux , et le plus grand nombre des espèces de la collection du Muséum de Paris qui avaient servi de matériaux à mes descriptions, lui ont été communiquées.

J’ai rédigé la seconde partie , qui , sous le titre d 'Additions à l'histoire naturelle des Insectes Aptères , est une révision de tout l’ouvrage. Cette révision m’a paru nécessaire pour accomplir, dans toute son étendue, la promesse que j’avais faite dans ma préface. Je remarquai alors qu’il n’existait, sur la classe des Insectes Aptères , aucun ouvrage qui présentât sous une forme méthodique l’ensemble des connaissances acquises. Depuis cette époque , ces connaissances se sont , en très-peu de temps , considérablement accrues. J’ai toujours eu soin de me tenir au courant des travaux faits sur cette branche de l’entomologie , et j’ai tâché, occasionnellement, d’en accroître le nombre par mes observations personnelles. J’ai trouvé dans mes manuscrits, dont quelques-uns étaient écrits depuis longtemps , les matériaux nécessaires pour le compléter, et je n’ai eu, en quelque sorte, qu’à les réunir ou aies extraire.

Aptères , tome iv. a

L’intervalle de temps qui s’était écoulé entre la composition du premier et du second volume de cet ouvrage, m’avait déjà forcé déterminer le second volume par un assez long supplément. Je le rédigeai de manière à ce que tous les articles ajoutés pussent

être facilement reportés aux pages et aux endroits

de l’ouvrage qu’ils étaient destinés à rectifier, ou à augmenter. J’en ai usé de même pour ce dernier supplément, et j’en ai assujetti tous les articles à la classification de toutes les parties de l’ouvrage, de telle sorte qu’on puisse, en le lisant, recourir facilement au supplément général pour les additions et les rectifications qu’on doit y faire, et qu’en prenant connaissance de ce supplément, on ait la faculté de retrouver les pages qui doivent précéder les articles qu’il contient ; pages qu’il est nécessaire de relire pour bien comprendre ces articles. Je ferai remarquer que la découverte de nouveaux genres et des études plus approfondies, m’ont engagé à modifier, pour la troisième fois, la classification des séries naturelles des genres d’Aranéides. Ce nouveau classement , qui est fondamentalement le même que les précédents, sera, je crois, utile à ceux qui voudront commencer l’étude de ces insectes, comme à ceux qui y ont déjà fait quelques progrès. (Y oyez l’ article 54 du Supplément, p. 521-23.)

Conformément à la classification que j’ai exposée précédemment (t. I, p. 38-43) , l’histoire naturelle des Insectes Aptères se termine par celle des Myjriapodes. Cette troisième et dernière classe se divise en deux ordres, les Chilognatlies et les Syngnathes , mieux nommés Biplopodes et Cliilopodes , Ces deux ordres

se rapprochent par une tête pourvue d’antennes, et qui est distincte du reste du corps ; par les nombreux segments dont ce corps est formé, et le grand nombre de pattes dont il est pourvu. Ils diffèrent cependant beaucoup entre eux, par leur organisation et par des caractères essentiels. Les Diplopodes ont des antennes courtes , les Ghilopodes ont des antennes allongées. Les Diplopodes ont le corps convexe et arrondi , à segments entourés d’un tégument dur ; les Ghilopodes , au contraire , ont le corps aplati , ou peu convexe , recouvert en dessus et en dessous de plaques coriacées. Les Diplopodes ont les pattes courtes, fines et faibles, des mouvements lents; les Ghilopodes ont des pattes fortes , plus ou moins allongées , ils sont vifs et agiles. Les premiers se rapprochent le plus des Crustacés par leur enveloppe dure; les seconds, des Àranéides par leur derme mou et flexible. Mais c’est surtout par les organes importants de la manducation que ces deux ordres diffèrent l’un de l’autre : chez les premiers , trèssimples et peu puissants ; chez les seconds , forts et compliqués. Aussi les premiers sont-ils rongeurs et lignivores; les seconds, rapaces et insectivores.

G’est principalement par ces organes de la bouche que les caractères par lesquels j’ai différencié ces deux ordres sont insuffisants. Je les ai entièrement omis pour les Ghilopodes ou Syngnathes (voyez 1. 1, p. 43). A l’époque où j’ai rédigé cette partie de mon ouvrage je me trouvai embarrassé pour caractériser aussi brièvement qu’il était nécessaire les bouches de deux grands ordres de Myriapodes.

Les entomologistes n’ont jamais été d’accord sur

la manière de considérer les diverses pièces de la bouche de ces Insectes , et sur les noms qu’on doit donner à chacune d’elles : tous ont été plus ou moins préoccupés du désir de coordonner systématiquement cette nomenclature avec celle qu’on emploie pour les Insectes hexapodes ; tous se sont montrés désireux d’exprimer par des mots inventés, ou composés, les résultats de leurs observations. Ce point de vue est utile et philosophique, sans doute; il jette du jour sur ces transformations successives que la nature opère dans les organes des êtres de toutes les classes et de tous les ordres; il nous montre comment elle pourvoit aux nécessités de l’existence , en variant sans cesse les moyens ; comment elle reste fidèle à un plan régulier , constant dans ses bases , en lui faisant subir des modifications infinies.

Mais en adhérant trop strictement à ces considérations, on a rendu la nomenclature incertaine et la science plus difficile ; car on n’a pas toujours observé le développement des organes de la même manière , et tiré les mêmes conclusions d’observations semblables. Il est donc nécessaire pour bien comprendre le langage des naturalistes qui nous ont précédés, et même pour ne pas laisser d’incertitude dans les descriptions que renferme notre ouvrage, de présenter l’analyse des organes de la manducation des deux ordres d’insectes , objets de nos investigations, et d’appliquer à ces organes, comme nous avons fait dans les autres classes , les noms les plus clairs , les plus ordinaires, et les plus propres à désigner les fonctions qu’ils sont destinés à remplir; et de faire connaître aussi ceux que les naturalistes

leur ont donnés ; de fixer ainsi pour ces animaux la synonymie de la terminologie.

Si l’on met sous ses yeux une grande espèce de Chilopode, un Scolopendre, on remarquera d’abord que la tête qui en forme le premier segment est aplatie et est couverte en dessus d’un tégument coriacé et poli. Ce tégument, sous lequel se trouvent les organes de la manducation, est pour nous le chaperon»

A l’extrémité antérieure de ce chaperon sont les antennes et de chaque côté, et au-dessous du premier article des antennes, sont les yeux.

Si on renverse l’insecte sur le dos , on verra que le chaperon se replie et forme à la partie supérieure un hémicycle ayant au milieu de sa courbure une petite échancrure arrondie ; cette partie du chaperon qui, par son bourrelet, enserre et protège tous les organes de la manducation est la lèvre supérieure .

Derrière cette lèvre sont deux pièces oblongues articulées, transversalement dentées en scie et dures à leur extrémité , qui servent à diviser, à mâcher la nourriture, ce sont les mâchoires .

Derrière les mâchoires sont deux pièces mobiles, épaisses, inclinées, mais articulées en longueur ou de bas en haut, qui ont quatre plis plutôt que quatre articulations, et qui montrent que ces pièces sont susceptibles de s’allonger et de se raccourcir pour faire agir la partie terminale qui est plus large, arrondie postérieurement , coupée en plan à l’intérieur. Ces deux pièces servent évidemment à retenir, à pressurer la nourriture rompue par les mâchoires, auxquelles elles se superposent, et à introduire faliment

dans le pharynx. Ces deux pièces sont pour nous les palpes maxilliformes.

A la base de ces palpes sont, du côté interne, deux appendices allongés, pointus et droits qui, occupant l’entrée du pharynx, y retiennent, y rassemblent la nourriture. Ces appendices, unis par leur base, forment un organe bifide qui est la langue .

Au devant et comme superposées à ces deux pièces se trouvent soudées deux véritables palpes , formées d’articles étroits , allongés , cylindriques , composés de quatre articles ou plutôt de trois si l’on considère leur partie basilaire soudée , mais les deux articles qui composent cette partie basilaire sont fusiformes et cylindriques, pareils aux autres, et n’ont nullement la forme d’une lèvre. Ces palpes, terminés par une petite griffe, sont les palpes labiaux .

A toutes ces pièces superposées les unes aux autres se trouve superposée, mais plus reculée encore à sa base, une dernière et grande pièce qui les cache toutes presque entièrement , et qu’il faut enlever ou abaisser pour observer les autres. Cette pièce est la lèvre inférieure; elle est échancrée à son extrémité, et dans cette échancrure, armée de dents. De chaque côté de cette lèvre inférieure émane une pièce composée de quatre articles larges , forts à leur base , diminuant de grandeur vers leur extrémité et terminés par un fort onglet mobile, très-pointu , percé en dessous pour laisser échapper le venin, semblable à l’onglet des Aranéides. Ces deux pièces qui composent les plus apparents, les plus puissants de tous les organes de la manducation sont les mandibules . Par leur onglet , dont la tige est cylindrique, forte et cornée ,

les mandibules des Chilopodes ont la plus grande analogie avec les mandibules des Âranéides, mais celles-ci se meuvent de haut en bas et perpendiculairement ; les mandibules de Chilopodes se meuvent horizontalement et latéralement. Les mandibules des Aranéides sont articulées dans la partie supérieure de la tête sous le derme du corselet et du chaperon ; et sous le bandeau, elles couvrent et cachent, en dessus et en avant, les autres parties de la bouche qui , en dessous , sont à découvert et étalées les unes à côté des autres. Les mandibules des Chilopodes , au contraire , émanent de la lèvre inférieure qui est sous la tête, et cachent, avec la lèvre, toutes les parties de la bouche qui sont superposées les unes aux autres.

. La lèvre inférieure qui sert de base aux mandibules, n’est pas, comme les autres organes, attachée au premier segment du corps ou à la tête ; ces organes sont soudés ensemble et au chaperon. Lorsqu’on soulève celui-ci et qu’on le rejette en arrière pour distinguer et disséquer les parties de la bouche, alors toutes les parties supérieures de la bouche, excepté la lèvre inférieure qui les recouvrent, se soulèvent avec le chaperon , y restent attachées , et se font voir dans leur position naturelle , superposées les unes aux autres ; la lèvre inférieure et les mandibules restent seules et détachées , et se montrent comme une continuation du second segment du corps , qui , échancré à sa partie antérieure et plus large que celui qui le suit, pourrait être considéré comme le corselet de l’Insecte. Ce segment projette de chaque côté une patte , qui , dirigée en avant et

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à côté des mandibules, sert à les soulever dans la marche, ainsi que toute la tête. Ces pattes plus petites que toutes les autres, ne dépassent pas la lèvre inférieure ou l’ouverture de la bouche, et la pointe de l’onglet des mandibules; de sorte que quand cet onglet se replie, la patte sert à maintenir et à presser la proie contre cette pointe : cette première paire de pattes devient alors un auxiliaire des organes de la manducation. Le derme coriace du second segment entoure et serre fortement la base de la lèvre inférieure, et par conséquent des mandibules. Ainsi on pourrait dire que ce qui distingue les mandibules des Aranéides de celles des Diplopodes , c’est que les premières sont céphaliques et les secondes pectorales.

Il est inutile pour notre objet de pousser plus loin l’analyse des organes de la manducation des Chilopodes, et de faire connaître les noms que l’on a donnés aux différents compartiments de chacun de ces organes limités par les enfoncements et les saillies qu’on y remarque, ainsi que les variations de formes, et quelquefois l’oblitération de quelques-unes de leurs parties ; toutes choses qui peuvent servir à caractériser les genres et les espèces. Mais il est nécessaire, pour justifier les noms que nous avons donnés à ces organes , de décrire comment s’opère par leur moyen l’acte de la manducation.

L’animal commence par saisir, tuer et rompre sa proie au moyen de ses mandibules; puis il l’introduit en entier ou par morceaux sous sa lèvre supérieure , où elle est brisée et mâchée entre les dents des deux mâchoires cornées, transversales, et retenue et ma-

cérée par le bourrelet de cette lèvre : la proie est prise ensuite et lubréfiée par les deux larges et plates extrémités des palpes maxilliformes qui la triturent de bas en haut et en dessous ; tandis que les mâchoires et la lèvre l’attaquent en dessus et sur les côtés. Les deux palpes labiaux qui entourent les palpes maxilliformes la retiennent entre ceux-ci , qui sont, ainsi que tous les organes masticatoires , pressés par la grande lèvre inférieure ; celle-ci , agissant par ses dents contre la langue bifide, donne un dernier degré de trituration à la substance alimentaire, et aide cette langue, et les palpes labiaux, et les ganglions mobiles des palpes maxilliformes, à introduire enfin cette substance, ainsi préparée, dans le pharynx et dans le canal alimentaire.

Ainsi les organes de la manducation des Chilopodes se rapprochent beaucoup de ceux des Insectes hexapodes; ils sont même plus développés et composés d’un plus grand nombre de pièces. 11 n’en est pas de même des Diplopodes , qui non-seulement s’éloignent beaucoup, sous ce rapport, des Insectes hexapodes, mais aussi des Ghilopodes. Les Diplopodes ont une bouche très-simple, composée d’un petit nombre de pièces, et ce caractère, en les éloignant des Insectes masticateurs et déglutinateurs , les place parmi les Insectes rongeurs et suceurs. Si on examine la tête d’un Iule ou d’un Gloméris , on verra qu’elle est en dessus pourvue d’yeux et d’antennes; son chaperon est échancré et denté dans son bord intérieur, mais ne se reployant pas en dessous où sont les organes de la manducation et n’ayant pas de bourrelet, il n’a réellement pas de

lèvre supérieure. Sous le chaperon se trouvent, comme dans les Chilopodes, des mâchoires larges, arrondies, mais ayant des dents peu aiguës à leur extrémité interne. Ces mâchoires épaisses, distinctement divisées en deux portions par une articulation médiane, ont des tubercules, ou dents imbriquées, dans la convexité de leur extrémité supérieure. Ces mâchoires ne sont pourvues d’aucun palpe et ont sous ce rapport de l’analogie avec les mandibules des Insectes hexapodes ; il convient donc d’appeler ces organes, mâchoires mandibulaires.

Une lèvre inférieure grande , large et échancrée à son extrémité couvre aussi la bouche en dessous dans les Diplopodes comme dans les Chilopodes ; cette lèvre et les mâchoires mandibulaires sont les seules pièces de la bouche. Il n’y a pas chez eux d’autres organes de la manducation ; il n’y a pas non plus d’organes de préhension ni d’attaque.

Dans une famille de Myriapodes nouvellement découverte et décrite par M. Brandt (1), nous voyons des organes de la manducation très-différents de ceux de tous les genres de Chilopodes et de Diplopodes , ce sont ceux des Polyzonides ouSyphonophores.Ces Insectes se rapprochent des Chilopodes par leur corps aplati, mais ils s’en éloignent par tous les autres caractères de leur organisation qui les rapprochent des Diplopodes, parmi lesquels M.Gervais lésa, suivantnous, justement maintenus. Us forment le passage d’un

(1) Brandt. Recueil de mémoires relatifs à V ordre des Insectes Myriapodes. Saint-Pétersbourg, 1841; in-8, p. 45- 51. — Newport. Transact. of the Linnean Society , 1844; in-4, p. 278.

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ordre à l’autre, mais leurs organes de la manducation les éloignent de ces deux ordres. Ils n’ont ni lèvre supérieure, ni lèvre inférieure, ni mandibules, ni mâchoires : leur très-petite tête offre un ovale plus ou moins allongé ou pointu à son extrémité inférieure qui, avec trois pièces soudées entre elles , forment un suçoir. Cette anomalie rend l’ordre des Diplopodes plus difficile à caractériser ; mais en maintenant ces Insectes dans cet ordre il faut y avoir égard dans le caractère général qu’on doit lui assigner.

Après avoir terminé cette étude de la bouche des Myriapodes en général , il nous sera facile de rectifier et de compléter les caractères donnés précédera» ment aux deux ordres de Myriapodes , 1. 1, p. 43, et en nous conformant à la nomenclature que nous avons adoptée pour la classe des Aptères-acères , qui , de tous les Aptères , ont pour les organes de la bouche le plus d’analogie avec les Myriapodes

Diplopodes. — Bouche pourvue d’une lèvre inférieure et de deux mâchoires mandibulaires, ou d’un suçoir de plusicurslames réunies.

Chilopodes. — Bouche pourvue d’une lèvre inférieure et de deux mandibules en pinces monodactyles, d’une lèvre supérieure, de deux mâchoires, de palpes maxilliformes et de palpes labiaux.

Après ces détails sur les organes de la manducation , il ne nous reste plus pour l’intelligence des auteurs qui nous ont précédés qu’à faire connaître les noms presque toujours impropres , suivant nous , par lesquels les auteurs ont désigné ces organes; les uns parce qu’ils ne les connaissaient qu’imparfaitement; les autres, par suite d’un système contraire

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à la clarté du langage. Ce ne sont pas les rudiments ou les indices des organes des êtres soumis à nos investigations dont nous devons nous préoccuper, mais ce sont ces organes mêmes qu’il faut décrire tels qu’ils se montrent à nos yeux , et non pas tels que des analogies, quelquefois fausses ou trompeuses, nous montrent comment la nature aurait pu les produire si elle ne les avait pas faits tels qu’ils sont.

Dans les Ghilopodes, l’arceau du chaperon ou notre lèvre supérieure , ainsi nommée aussi parM.Brandt (1), a reçu* de M. Newport une dénomination distincte ; il le nomme labrum ou lèvre antérieure (2). La pièce dentée, qui est immédiatement sous la lèvre supérieure , qui pour nous et pour M. Newport sont les mâchoires , sont nommées par Fabricius , Latreille , Savigny et M. Brandtles mandibules. Les palpes maxilliformes sont pour Fabricius les mâchoires qui sont doubles; pour Latreille c’est une lèvre quadrifide dont les deux divisions latérales sont plus grandes , annelées transversalement , semblables aux palpes membraneuses des Chenilles , manière de voir qui n’est pas celle des premiers écrits de Latreille , mais qui a été suggérée par le mémoire de M. Savigny sur les Insectes apiropodes. Savigny dans nos palpes maxilli formes , voit une première paire de mâchoires et dans notre langue bifide , deux secondes mâchoires, les quatre formant ensemble

(1) Brandt. Recueils de Mémoires relatifs à V ordre des Insectes myriapodes ; Saint-Pétersbourg, 1841 ; in-8°, p. 18.

(2) Newport. Monograph of lhe class Myriopoda, Trans. of the Linnean Society. 1844, in-4, vol. XIX, p. 301, pl. 33, fig. 8.

une lèvre inférieure (1); parce qu’il fallait à Savigny, comme dans les Orthoptères ou dans son Insecte modèle, trouver dans les Myriapodes quatre mâchoires et une lèvre inférieure. Nos palpes maxilliformes sont nommées simplement par M. Newport palpes maxillaires et la pièce bifide allongée qui est à sa base est aussi par lui et par nous nommée langue . Cependant M. Newport a mieux que Savigny suivi les développements successifs des Myriapodes, mais il s’est bien gardé d’assujettir sa nomenclature des organes à la configuration du fœtus de l’Insecte (2).

M. Brandt nomme mâchoires nos palpes maxitliformes ; mais , dit cet habile naturaliste, ces mâchoires semblent exercer les fonctions de palpes qui paraissent destinés , avec la lèvre supérieure , à prendre les aliments pour les apporter aux mandibules (mâchoires), et en même temps les retenir. La lèvre inférieure de M. Brandt est ce que nous avons nommé la langue .

Les palpes superposés aux palpes maxilliformes que nous avons nommés palpes labiaux sont pour Fabricius les palpes antérieurs; pour Latreille simplement les palpes; pour M. Savigny une première lèvre auxiliaire. M. Newport nomme labium pourvu de palpes, les deux articles basilaires et soudés de nos palpes, observant qu’ils correspondent à la première lèvre auxiliaire de Savigny , mais sans adopter cette dénomination dans l’explication de ses planches.

(1) Savigny. Mémoires sur les animaux sans vertèbres . 1816, in-8, p. 45, 85 et 86.

(2) Newport. Monograph of the class Myriapoda , dans Trans. of the Linnean Society. 1844, in-4 , vol. XIX, p. 297, 301 et 302, pl. 33, fig. 6, 7 et 8.

Notre lèvre inférieure et les fortes mandibules monodacüjles qui en émanent sont pour Fabricius le labium et les palpi posteriores , la lèvre inférieure et les palpes postérieures. Pour Latreille ce n’était d’abord qu’une lèvre inférieure , mais ensuite c’est pour lui une seconde lèvre formée par une seconde paire de pieds dilatés et joints à leur naissance et terminés par un fort crochet mobile. M. Brandt s’est réuni, en partie, à Latreille, et considère de même les mandibules de Chilopodes, « comme une espèce de première paire de pattes transformées , qui , par leur fonction, doivent être adnumérées aux organes de la bouche (1), auxiliaires ou accessoires. Ces définitions sont encore dues à l’influence du mémoire de Savigny. Celui-ci nomme cette lèvre inférieure une seconde lèvre auxiliaire, et pour son Insecte idéal la première lèvre auxiliaire est la première paire de pattes, la seconde lèvre auxiliaire est la seconde paire de pattes , et ce qui est réellement la première paire de pattes dans le Scolopendre est la troisième dans ce système. M. Newport s’est garanti de telles influences , et après avoir savamment décrit le développement du Scolopendre depuis la sortie de l’œuf, il n’hésite pas à voir, ainsi que nous, dans ce qu’on a appelé les pieds-mâchoires du Scolopendre de véritables mandibules (2). Latreille et plusieurs entomologistes modernes ont donné le nom de forci-

fl) M. Brandt, Recueil , etc., p. 29.

(2) Newport, Transactions oflhe Linnean Society $ 1844, in- 4°, t. XIX, p. 289 : « These are the structures winch afterwards become the immense forcipated foot-jaws, the true mandibles of the perfect animal, andwhich are the ana-

pûtes aux mandibules monodactyles des Ghilopodes comme aux mandibules didactyles des Scorpionides; et la lèvre inférieure des Scolopendres est souvent nommée par M. Gervais lèvre forcipulaire.

Pour les Diplopodes , dont les organes de la manducation sont beaucoup plus simples , il y a moins de divergences dans la terminologie.

Le chaperon tient pour tout le monde lieu de lèvre supérieure.

Les mâchoires mandibulaires de ces Myriapodes sont pour Fabricius, Latreille et Brandt de véritables mandibules, et notre lèvre inférieure reçoit aussi ce nom. Il n’y a pas pour ces auteurs d’autres organes de la manducation, dans cet ordre, excepté dans les espèces qui ont un suçoir que Fabricius et Latreille n’ont point connues. Mais cette pénurie d’organes n’a pas arrêté M. Savigny. La lèvre inférieure du Iule terrestre est divisée par des sillons en quatre compartiments terminés par des tubercules ou des dents , et et il n’hésite pas à voir, dans ces compartiments d’un même organe, deux premières mâchoires et deux secondes mâchoires , toutes soudées ensemble et formant cette lèvre. C’est ainsi qu’il a trouvé la bouche des Iules toute conforme à celle des Scolopendres et à celle de son Insecte idéal. Si Savigny avait connu les Myriapodes suceurs, il aurait trouvé plus de facilité pour sa théorie; mieux que dans la lèvre indivisible des Diplopodes rongeurs, les pièces du suçoir des Diplopodes suceurs lui eussent fourni ce dont

loguesof thestrong mandiblesoflnsects. » Et p. 301, à Implication de la planche 33, fig. 4, 9, il dit : « The fémoral joints of the great mandibles or foot-jaws. »

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