‹ Histoire naturelle des insectes, composée d'après Réamur, Geoffroy, Degéer, Roesel, Linné, Fabricius, et les meilleurs ouvrages qui ont paru sur cette partie; rédigée suivant la méthode d'Olivier, et ornée de figures dessinées d'après nature (volume 2)Chapitre 11 sur 83 · DYTIQUE · texte numérisé non relu

DYTIQUE

Caractères génériques. Antennes filiformes, presque sétacées, de la longueur du corselet; articles presque coniques , le premier assez long, le second très court, les derniers amincis. — Six antennules inégales, filiformes ; les antérieures très courtes, composées de deux articles égaux; les moyennes

longues et composées de quatre; les postérieures de trois. — Tarses postérieurs larges, aplatis et ciliés.

Lzxs dytiques ont beaucoup de rapports avec les hydrophiles par leur manière de

vivre et par leurs métamorphoses. Comme les hydrophiles, ils vivent dans l'eau, se

€ . . , nourrissent d'insectes vivans, et sortent de

Veau le soir pour voler dans la campagne.

Mais les antennes filiformes des dytiques, et Vappendice qu'ils ont à la base des cuisses postérieures, suffisent pour les distinguer des hydrophiles.

Les antennes des dytiques sont filiformes,

de la longueur du corselet, composées de

onze articles; elles sont insérées à la partie

DES DYTIQUES. 99 latérale de la tête, un peu au-devant des yeux,

La tète est assez grosse, un peu enfoncée dans le corselet; les yeux sont arrondis, saillans ; la bouche est composée d’une lèvre supérieure, de deux mandibules cornées, à arquées, un peu voütées, et terminées par deux ou trois dents inégales; de deux mâchoires cornées, arquées, très pointues, for. tement ciliées à leur partie interne; d’une lèvre inférieure , et de six antennules inégales, filiformes. né

Le corselet est plus large que long, échancré antérieurement, un peu rebordé et tranchant sur les côtés; l’écusson est petit, triangulaire.

Les élytres sont dures; celles des mâles des grandes espèces sont lisses, celles des femelles sont striées ; dans toutes les espèces, elles sont de la longueur de labdomen, et elles recouvrent deux ailes membraneuses , repliées ; le sternum est élevé, et se prolonge jusqu'aux cuisses postérieures, un peu audessus desquelles il est séparé en deux par= ties égales, courtes et distantes.

100 HISTOIRE NABURELLE LL

Les pates sont de moyenne longueur; les antérieures sont les plus courtes, les posté- ” rieures les plus longues ; les tarses sont composés de cinq articles : les deux sexes ont

les tarses postérieurs aplatis et fortement ciliés ; les mâles des grandes espèces ont les trois premiers articles des tarses antérieurs

très larges, convexes en dessus, et garnis en

dessous de poils fins etserrés. C’est au moyen de ces pates que, pendant l’accouplement,

le mâle se tient cramponné sur le corps de

la femelle ; les cuisses postérieures ont à Meur base un appendice ovale, aplati, assez grand, comme on en voit aux carabes et aux cicindèles.

Le corps est ovale, plus ou moins allongé, Convexe tant en dessus qu’en dessous. On trouve les dytiques dans toutes les eaux douces; ils en sortent le soir, et, de même que les hydrophiles, ils marchent sur terre et volent dans l’air; ainsi on peut les regarder comme des insectes amphibies, quoique l’eau soit leur élément principal. On en ÿ trouve de toutes les grandeurs, depuis un pouce et demi jusqu’à une ligne. Les dyti-

à DES DYTIQUES, 101

ques sont carnassiers ét très voraces; ils ne vivent que d’autres insectes aquatiques et terrestres , auxquels ils font continuellement la chasse ; ils s’en saisissent avec leurs pates antérieures comme avec des mains, les portent ensuite à la bouché pour les dévorer.

Quoiqu’ils puissent vivre très long-temps sous l'eau, ils ont cependant besoin de respirer l'air; ils se rendent à la surface de l’eau de la même manière que les hydrophiles, et respirent de même : ils filent également avec le derrière un nid où coque de soïe dans la-

quelle ils renferment leurs œufs. On peut.

voir à l’article Hydrophile ce que nous avons dit de ces coques. Les dytiques nagent avec beaucoup de célérité, et en volant, ils font

un bourdonnèment semblable À celui que “

font entendre les scarabées.

Les larves ont le corps long et mince, divisé en onze anneaux séparés par des incisions assez profondes; les neuf premiers sont couverts en dessus de plaques écailleuses, qui ressemblent assez aux écailles de tortues, et qui s'étendent jusque vers les côtés dans la moitié de leur circonférence ; maïs

ap Le

: Le

102 HJSTOIRE NATURELLE

en dessous, la peau'est molle et d’un blanc sale. Cependant, en dessous du premier anpeau, qui est beaucoup plus long et plus effilé que les autres, on voit une plaque écailleuse comme en dessus; les autres anneaux sont presque d’égale longueur ; mais les sixième, septième et huitième sont plus larges que les autres. Dans quelques espèces, le ventre est plus gros et plus renflé que le reste; mais les deux derniers anneaux sont surtout remarquables; ils forment un long cône, dont la pointe est un peu tronquée; la peau qui les couvre est écailleuse, tant en dessus qu’en dessous; ils sont garnis, vers les deux côtés, d’une suite de parties déliées en forme de poils flottans , qui forment une espèce de frange. Ces franges sont placées sur une arête ou ligne un peu élevée, et servent à la larve pour nager; quand elle veut changer de place dans l’eau, ou fuir à l'approche de quelque autre grand insecte qui pourrait la dévorer, elle donne un mouvement prompt et vermiculaire à son corps, en battant l’eau avec sa queue, dont la frange lui devient alors très utile, puisque

DES DYTIQUES. 103 » = la queue en est d'autant plus propre à re-

pousser l’eau et faire avancer le corps.

La tête est assez grande, ovale, aplatie tant en dessus qu’en dessous; de sorte qu’elle a peu d'épaisseur. En dessus elle est couverte d’une plaque écailleuse, qui est comme divisée en deux pièces longitudinales ; la peau qui la couvre en dessous n’est pas tout-àfait si dure. De chaque côté on voit cinq ou six tubercules élevés qu'on a pris pour des yeux. Cette larve apercoïit, il est vrai, le moindre petit insecte qui se remue dans l'eau; elle ne manque pas de le poursuivre dans le moment, et de le saisir avec ses dents. Ces dents, au nombre de deux, sont attachées au-devant de chaque côté de la tête; elles sont courbées en crochets, et se rencontrent l’une et l’autre quand la larve les tient en repos. Les dents sont petites; elles n’ont point de dentelures, et finissent en pointe. Swammerdam a dit que les dents de ces larves ont une ouverture en forme de fente proche de leur bout, et que c’est par cette ouverture qu’elles sucent les in-

sectes. Degéer a vu cette fente, et il a cru que ces larves ont une autre bouche placée entre les deux lèvres. Ce qui semble le prouver, c’est qu'il a vu une larve, non seulement sucer un cloporte aquatique, mais encore dévorer peu à peu presque toutes les parties solides de ce cloporte, qui assurément n’ont pu passer par les très petites ouvertures des dents. Ces dents ont deux muscles très forts, divisés en plusieurs ramifications plates et fibreuses; l’un est attaché au bord extérieur, l’autre au bord intérieur. Ce sont ces muscles qui donnent le mouvement aux dents, et qui en même temps leur procurent tant de force pour retenir les animaux dont elles se sont saisies. La tête est encore garnie de deux petites antennes divisées en trois articles, placées au-devant des yeux; à la lèvre inférieure sont attachés six barbillons filiformes, d’inégale grandeur. La tête estunieau premier anneau du corps par un col court et mobile. La situation de la tête est un peu penchée. Ces larves sont très voraces, ne vivent que d’au-

tres insectes qu’elles sucent et dévorent, surtout les larves des libellules , des éphémères, des cousins et des tipules.

Proche du derrière, il y a deux petites parties déliées en forme de filets coniques, qui ont leur attache au-dessous de la queue, et qui sont placées dans une direction oblique; elles sont mobiles à leur base. C’est au moyen de ces deux parties que la larve se suspend à la surface de l’eau, et qu’elle y tient à sec le bout de sa queue, qui est terminée par deux petits corps cylindriques, qui ont chacun une ouverture ou espèce de stigmate. C’est au moyen de ces stigmates qu'elle respire l’air, ainsi qu'on l’observe dans plusieurs autres espèces de larves aquatiques, comme celles des cousins et autres.

Chaque ouverture communique À un vaisseau qu’on voit à travers la peau, et qui parcourt dans l’intérieur les deux côtés du corps. Ces vaisseaux sont sans doute des trachées ou des vaisseaux à air; dans lesquels l'air extérieur entre par les deux ouvertures du bout de la queue. Sur chacun des six anneaux qui suivent immédiatement le troi-

sième, ou celui auquel les deux pates pos-térieures sont attachées, on voit de chaque côté de la plaque écailleuse qui le couvre, un point élevé, qui paraît être un stigmate, et chacun de ces stigmates communique à un petit vaisseau brun, qu'on aperçoit au travers de la peau.

Ces larves ont six pates longues, écailleuses, déliées, presque d’égale longueur ; la cuisse est plus grosse que la jambe ; le tarse est divisé en deux parties, et terminé par deux crochets très peu courbés ; le côté inférieur de la jambe et du tarse est bordé d’une frange de longs poils qui servent à la larve pour nager.

Il n’est pas rare de trouver de ces larves dans toutes les eaux dormantes des maraïs et des lacs. Roesel nous apprend que quand le temps de la transformation est venu, la larve quitte l’eau , et va s’enfoncer dans la terre qui borde les marais et les ruisseaux , et elle se ménage une cavité en forme de coque ovale, dans laquelle elle prend la forme de nymphe, et ensuite celle d’insecte parfait. Swammerdam dit aussi que ceslarves

DES DYTIQUES. 107 se transforment dans la terre ; mais il avoue qu'il n’en parle que par conjecture. Ainsi ; les dytiques, de même que les hydrophiles, sont aquatiques sous l’état de larve ; ils deviennent terrestres sous la forme de nymphes, et amphibies dans leur état parfait , puisqu'ils vivent également dans l’eau et sur la terre.

Ces insectes forment un genre composé de près de cent espèces, dont la plus grande partie se trouvent en Europe.

Le Dytique marginal, Dytiscus marginalis.

11 a environ quinze lignes de long 3 les antennes sont fauves ; la tête est d’un noir verdâtre, avec la lèvre’ supérieure jaune ; le corselet est d’un noir verdâtre bordé d’une bande jaune tout autour; les élytres du mâle sont lisses, celles de la femelle ont des stries assez profondes jusque vers les deux tiers : dans les deux sexes, elles ont le bord extérieur jaune; sur celles du mäle, on aperçoit des lignes longitudinales peu mar-

" jté : hs

Le ; s 108 HISTOIRE NATURELLE

; ; À ; quées formées, par des points enfoncés ; le dessous du corps est fauve, avec un peu de

” noirâtre; les pates sont fauves, les tarses

antérieurs du mâle sont dilatés en forme de palette.

Il habite l’Europe : on le trouve dans toutes les eaux douces aux environs de Paris.

Le Dytique pointillé, Dytiscus punctulatus.

Il est de la grandeur dm précédent, auquel il ressemble par la forme; les antennes sont d’un jaune fauve; la tête est d’un noir verdâtre, avec la lèvre supérieure jaune, et une bande de même couleur sur le front , et quelquefois une tache ferrugineuse en forme de V sur le front ; le corselet est d’un

noir verdâtre, avec les côtés bordés de jaune; les élytres sont d’un noir verdätre, avec le bord extérieur jaune, et trois stries légèrement marquées, formées par des points enfoncés; les élytres de la femelle sont sillonnées jusque vers les deux tiers; le des-

4 r: *. - « DES DYTIQUES. 109 sous du corps est fauve, avec un peu de noirâtre ; les pates sont d’un fauve noirûtre ; - les tarses antérieurs du mâle sont dilatés en forme de palette. > , On le trouve en Allemagne et aux environs de Paris.

Le Dytique de Roesel, Dytiscus Roeseli.

ILest de la grandeur du précédent, mais plus large et plus aplati; les antennes sont fauves ; là tête est d’un moir verdâtre, avec une ligne transversale fauve à sa partie antérieure au-dessus de la lèvre, qui.est de même couleur; le corselet est d’un noir verdâtre, avec une ligne fauve de chaque côté; les élytres sont d’unnoir verdâtre, ayec le bord extérieur fauve; elles’ sont entièrement couvertes de petites lignes courtes inégales; le dessous du corps est: fauve, mélangé de brun.

On le trouveen Europe: ilest moins com-

mun que les précédens aux environs de Paris.

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