‹ Histoire naturelle des insectes, composée d'après Réamur, Geoffroy, Degéer, Roesel, Linné, Fabricius, et les meilleurs ouvrages qui ont paru sur cette partie; rédigée suivant la méthode d'Olivier, et ornée de figures dessinées d'après nature (volume 2)Chapitre 9 sur 83 · HYDROPHILE · texte numérisé non relu

HYDROPHILE

Caractères génériques. Antennes en masse, plus courtes que les antennules; premier article gros et assez long, les autres courts et globuleux, les quatre derniers très gros, en masse perfoliée, — Quatre antennules inégales, filiformes; les antérieures longues, composées de quatre articles cylindriques, dont le premier très court, les deux suivans longs, un peu amincis à leur base, le der. nier oblong et obtus; les postérienres composées de trois articles, dont le premier très court, le second allongé, le dernier oblong et obtus, — Tarses des quatre pates postérieures larges et ciliés.

M: GEorrroy a séparé les insectes qui composent ce genre des dytiques, avec lesquels Linné les avait placés ; et il leur a donné le nom d’hydrophile, qui signifie aimant l’eau. Les hydrophiles ont beaucoup de rapport avec les dytiques par la manière de vivre, mais ilsen diffèrent assez par la forme du corps pour faire un genre. On distingue facilement les dytiques des hydro.

LA

philes par leurs antennes ; qui sont longues

et filiformes , par leur corps un peu aplati,

et par l’appendice qu'ils ont à la base des . cuissès postérieures.

Les antennes des hydrophiles sont à peine de la longueur de la moitié du corselet; les quatre articles qui. forment la masse sont irréguliers, le dernier est renflé et terminé en pointe mousse; elles sont in-

sérées à la partie latérale de la tête, au-

sep des yeux.

> Ja tête est grosse, arrondie, un peu in-

clinée ; les yeux sont arrondis, saillans ; la bouche est composée d’unelèvre supérieure, large et courte; de deux mandibules cornées, arquées, courtes, aiguës, bifides à leur extrémité, dentées à leur partie interne; de deux mâchoires allongées , cornées , bifides à leur extrémité, et fortement ciliées ; d’une lèvre inférieure et de quatre antennules filiformes, dont les antérieures sont

f plus longues que les antennes.

Le corselet est convexe, sans rebords, échancré antérieurement, presque ass Le que les élytres, auxquelles îl est joint.

Lé cod al À : , : | à “ DES HYDROPHILES. 85.

L'écusson est grands, triangulaire; les élytres sont convexes, sans rebords, de la longueur de l’abdomen; elles recouvrent deux ailes membraneuses, repliées. 4. | Les pates sont de longueur moyenne; les cuisses sont aplaties; les jambes sont terminées par deux épines longues et droites ; les tarses des quatre pates postérieures sont filiformes, larges, aplatis et ciliés intérieuvement; le premier article est très court, le second est très long, les trois suivan sont égaux, le dernier est terminé par deux crochets doubles; les tarses antérieurs sont plus courts que les autres; les quatre premiers articles sont très courts, le dernier est presque aussi long que les quatre autres ensemble; il est aussi terminé par deux crochets doubles : les mâles de quelques espèces ont le quatrième article très dilaté, concave et cilié. !

Leur corps est de formeovale, conve een dessus, et aplati en dessous ; tout le long du dessous de la poitrine, ces insectes ont uné longue partie dure et écailleuse, pl cée entre les pates, entièrement unie 4 IV. 8

corps dans toute sa longueur, et qui se termine en pointe très aiguë, au-delà des pates postérieures; cette pointe est immobile, et son usage est inconnu : les petites espèces ne sont point pourvues de cette partie ; les dytiques en ont une semblable au-dessous du corps, mais elle est moins saillante, ‘fourchue au bout, et se termine en deux pointes écartées l’une de l’autre.

Les hydrophiles sont des insectes amphibies; ils vivent dans l’eau, qui est leur principal élément, marchent sur terre, et volent dans l’air au moyen des ailes dont ils sont pourvus. Quelques auteurs leur ont donné, ainsi qu'aux dytiques, le nom de scarabées d’eau, ou scarabées aquatiques.

Quoique ces insectes puissent vivre très long-temps sous l’eau , ils ont cependant besoin de respirer l’air de temps en temps; ils se portent à la surface. Pour y parvenir, ils n’ont qu’à tenir leurs pates en repos et se laisser flotter; plus légers que l’eau, ils surnagent d’abord ; le derrière se trouve alors appliqué à la surface de l’eau, et même un peu au-dessus; ils haussent

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ensuite un peu les élytres, ou baissent le dessous du ventre, de sorte qu'il se forme un vide entre les élytres et le derrière, qui se trouve à sec; l’air extérieur pénètre alors aisément entre les élytres et le ventre, sans que l’eau puisse s’y introduire, et est porté aux stigmates placés au-dessous des élytres, le long des deux côtés de l’abdomen :

quand l’insecte veut retourner au fond de l'eau , il rapproche promptement l'abdomen des élytres, et par ce mouvement, il bouche le vide qui se trouvait entre eux, de sorte que l’eau ne peut jamais y pénétrer.

Selon Degéer, les hydrophiles, de même que les dytiques, sont carnassiers et très voraces !; ils ne vivent que d’autres in-

: J'ai la preuve que l’hydrophile, à l’état parfait, n’est point carnassier, Jai garde pendant plus de six mois un mâle et une femelle de l’hydrophile brun, qui est la plus grande espèce connue, renfermés dans un bocal; je les ai nourris avec des feuilles de chène aussi long-temps que j'ai pu en trouver; je leur en ai même donné de sèches, et ils les mangeaient très bien. Pendant l’hiver, ayant cessé de ‘leur en fournir, ils sont morts de faim Vun après V'autre, et le besoin de manger ne les à pas même

sé

‘s 88 HISTOIRE NATURELLE ’ sectes |'aquatiques et terrestres qu'ils peuvent attraper, et auxquels ils font continuellement la chasse; ils s’en saisissént avec leurs pates antérieures , et n’épargnent aucun insecte qui se trouve dans les eaux.

On trouve les hydrophiles dans toutes les

- eaux douces, dans les rivières, dans les

lacs; mais surtout dans lés marais et les

étangs; ils nagent assez vite, mais avec

moins de célérité que les dytiques; c’est ordinairement à l'approche de la nuit qu'ils sortent de l’eau pour voler d’un marais ou d’un étang à un autre. On trouve ces in--

forcés à s’entre-dévorer, comme il est arrivé à deux grands dytiques mâle et femelle que j'ai également gardés fort long-temps, et que j'ai nourris d'insectes aquatiques. Sitôt que j'ai cessé de leur en donner, la femelle s’est jetée sur le mâle, lui a arraché la tête, a mangé toutes les parties molles qu’elle contenait, ainsi que celles du corps, sans toucher aux parties solides; ce qui a été l'affaire de deux ou trois jours, et ensuite elle est morte faute de nourriture, Il paraît que ces insectes, à peu près d'égale force, vivent en bonne intelligence tant qu'ils trouvent de quoi satisfaire leur appétit; mais dès que le besoin se fait sentir, ils se font une guerre cruelle, et le plus faible devient la proie du plus fort ou du plus heureux.

DES HYDROPHILES. : 8g sectes et plusieurs autres amphibies comme eux, dans les moindres assemblages d’eau, même dans ceux qui sont formés dans les inégalités du terrain; en volant, ils font ün° bourdonnement semblable à celui que font entendre les scarabées. Lyonnet cite un fait qui paraît confirmé par Degéer: c’est que les hydrophiles font une espèce de nid ou de coque de soie, dans laquelle ils pondent et renferment leurs œufs. Degéer dit avoir trouvé de pareils nids flottant sur l’eau et remplis d'œufs, d’où sortirent ensuite de petites larves qu’il ne put méconnaître pour des larves d’hydrophiles ou de dytiques; mais il n’a pu saisir le moment où ces insectes travaillaient à faire des coques. Lyonnet, qui les a vus travailler, dit que c’est avec le derrière qu'ils filent cette coque, et qu'ils y ajoutent une espèce de corne brune un peu recourbée et solide; l'usage de cette corne lui paraît être de retenir la coque lorsque quelques coups de vent, ou quelque autre accident, pourraient la renverser.

Les larves des hydrophiles et des dytiques sont à peu près de même forme ; elles

sont hexapodes, vivent dans l’eau, et sont très voraces ; elles attaquent tous les insectes qu’elles rencontrent, pour les dévorer.

Elles ont le corps allongé et conique; leur tête est grande, écailleuse, garnie de deux fortes dents ou serres avec lesquelles elles saisissent leur proie ; elles ont six pates longues, écailleuses et déliées, garnies de franges de poils, et c’est par le mouvement : des pates qu’elles nagent. Elles respirent l’air par le derrière, en se suspendant par le bout du corps à la surface de l’eau, au moyen de deux petites parties en filets, hérissées de poils, qui restent alors à sec au-dessus de l’eau, et qui soutiennent tout le corps dans cette attitude : c’est au derrière que se trouve l’ouverture qui donne passage à l’air. Lyonnet, qui a observé la larve de la plus grande espèce d’hydrophile qui se trouve en Europe, démontre d’abord qu’elle n’a point les pates placées du côté du dos, comme Frisch l’a cru. Cette larve n’a pas la tête inclinée vers le ventre, comme presque tous les insectes ; maïs elle l’a un peu penchée en arrière, pour pouvoir, selon

Fe DES HYDROPHILES, gr

Lyonnet, d'autant mieux se saisir des escar- gots ou petits limacons qui se trouvent parmi la lentille qui nage à la surface de l’eau, et pour pouvoir en casser la coquille. C’est à leur dos, dit cet auteur, qu’elles ont alors recours; il leur sert de point d’appui pour casser la coquille, et de table pour manger l’escargot qui y est renfermé. Quand elles l'ont saisi avec leurs dents, elles se plient en arrière, élèvent un peu le dos, et y appuient leur limacon.

Dans cette attitude, leur tête, naturellement un peu penchée à la renverse, porte plus aplomb sur le limaçon, et leur procure par là un moyen plus aisé d’en casser la coquille , et d’avaler l’animal, que si elles avaient la tête inclinée vers le ventre.

Ces larves ne subissent point leur métamorphose dans l’eau ; elles en sortent pour s'enfoncer dans la terre, où elles se font une loge ovale ou sphérique, dans laquelle elles se changent en nymphe, ce que Frisch, Lyonnet et Roesel ont observé : ainsi ces insectes sont purement aquatiques sous l'état de larve ; ils deviennent terrestres sous

la forme de nymphes, et dans leur état parfait, ils sont amphibies, ou vivent également dans l’eau etsur la terre. On trouve des hydrophiles de toutes sortes de grandeurs ; il y en a’ qui ont plus d’un pouce et demi de longueur, et d’autres qui n’ont pas plus d’une ligne.

‘Ces insectes forment un genre composé de plus de vingt espèces : on les trouve presque toutes en Europe; nous allons passer à

- leur description.

L'Hydrophile brun, Æydrophilus

piceus.

Il a environ un pouce et demi de long ; il est d’un noir olivâtre luisant en dessus, brun en dessous; les antennes sont ferrugineuses, un peu plus longues que la tête; le corselet est presque de la largeur des élytrés ; il a une petite impression de chaque côté; les élytres ont chacune trois stries à peine marquées , formées par de petits points enfoncés ; le sternum est élevé, prolongé et terminé en pointe aiguë ; le mâle a le qua-

/nsectes ,

[Maraband. del. : FE Tardieu Jeu.

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