FORMICA
fois et culbuta les noir-cendrées, qui, après un combat très-court, mais trés-vif, se retirèrent au fond de leur habitation; les Fourmis roussâtres gravirent les flancs du monticule, s’attroupérent sur le sommet, el s’introduisirent en grand nombre dans les premières avenues; d’autres groupes de ces insectes travaillaient avec leurs dents à se pratiquer une ouverture dans la partie latérale de la fourmilière; cette entreprise leur réussit, et le reste de l’armée pénétra par la brèche, dans la cité assiégée; elle n’y fit pas un long séjour :
trois ou quatre minutes après, les Fourmis roussâtres ressortirent à la hâte par les méê- Ines issues, tenant chacune à leur bouche une larve ou une nymphe de la fourmiliére envahie, Elles reprirent exactement la route par laquelle elles étaient venues, et se mirent sans ordre à la suite les unes des autres. Leur troupe se distinguait aisément dans le gazon, par l’aspect qu’offrait cette multitude de coques et de nymphes blanches, portées par autant de Fourmis roussàtres. Celles-ci traversaient une seconde fois la haie et le chemin dans le même endroit où elles avaient passé d’abord, et se dirigèrent ensuite dans les blés en pleine maturité, où j'eus le regret de ne pouvoir les suivre. »
Une semblable observation avait lieu de surprendre Huber, aussi retourna-t-il dans l'endroit où il avait été témoin d’un fait si étrange, et plusieurs fois il vit ses Fourmis roussâtres, qu’il nomme aussi amazones et légionnaires, à cause de leurs habitudes toutes guerrières, aller à plusieurs reprises attaquer les Fourmis noir-cendrées, etleur enlever leurs larves et leurs nymphes, ne pouvant le faire souvent qu’après un combat très-acharné. Ayant découvert le nid de ses Fourmis amazones, il vit autour des noircendrées qui erraient cà et là ; il devait penser être témoin d’un nouveau combat, mais il en fut bien autrement : les noir-cendrées accueillaient parfaitement les amazones, et emportaient au fond du nid les larves et les nymphes qu’elles leur apportaient; et dans cette habitation les Fourmis amazones et noir-cendrés, également en grand nombre, vivaient en parfaite intelligence; rien ne pouvait paraître plus extraordinaire que cette fourmilière composée de deux espèces trés-diflérentes ; aussi Huber les observa-t-il avec le plus grand soin, et bientôt il découvrit l’explication de ce phénomène ; les Fourmis noir-cendrées savent se construire des nids, savent prendre soin de leur
Insecres. IV.
progéniture, leur apporter la nourriture qui leur est nécessaire, et pourvoir à tous les besoins des larves; au contraire, les amazones sont incapables de soigner les leurs, d’aller chercher leur nourriture, et de construire des nids, et elles les laisse rajient infailliblement périr si elles étaient abandonnées à leur propre instinct ; mais la nature leur a donné du courage, des habitudes guerrières, et elles ne vont attaquer les Fourmis noir-cendrées qui se trouvent dans leur voisinage, que pour se procurer des esclaves, des sortes d’ilotes qui prendront soin de leurs petits. On ne doit pas s’étonner qu’elles s’en prennent toujours aux larves, et surtout aux nymphes, plutôt qu'aux Fourmis mères; car si elles eussent entraîné ces dernières dans leur nid, elles l’auroient bientôt abandonné pour retourner à leur ancienne habitation, tandis qu’en apportant des nymphes, les insectes parfaits qui en sortent croient se trouver dans leur véritable demeure, et alors ils vivent dans cette fourmilière, prenant soin également de leurs larves et de celles des amazones.
Ges 6bservalions si intéressantes ont été faites par Huber, et depuis elles ont été vérifiées et confirmées par plusieurs autres observateurs.
FORMICA, Linn., Fag., LAT., OLrv.
Corps généralement assez étroit. — Antennes insérées près du front. — Mandibules triangulaires, fortement dentelées. — Ailes ayant une cellule radiale et deux cellules cubitales dont la seconde incompléte, n’atteignant pas à beaucoup prés l’extrémité de l'aile. — Pattes de moyenne longueur.
— Abdomen pédonculé. — Son pédoncule formé par un seul nœud.
On connoît un assez grand nombre d’espèces de ce genre; la plupart sont indigènes.