TRICHOPTÈRES
Ailes membraneuses ; les antérieures poilues , offrant des nervures branchues, sans réticulations transversales. Bouche impropre à la mastication. Mandibules très -rudimentaires. PHRYGAIVIENS.
PREMIÈRE TRIBU
LES TERMIENS.
Ces insectes forment par leur genre de vie une anomalie parmi l'ordre des Névroptères, dans lequel ils sont placés.
Les Terraiens, par leurs mœurs, par leurs habitudes, rappellent beaucoup l'histoire des Fourmis. Comme chez ces dernières, ils vivent en réunions très-nombreuses, et construisent des demeures fort étendues. On a observé cinq modifications de l'espèce chez les Termiens : d'abord les mâles et les femelles, qui sont pourvus d'ailes; ensuite des individus nommés neutres par Latreille et quelques autres, soldats et nymphes par certains entomologistes. Ceux-ci sont privés d'ailes, ont un corps plus épais et plus robuste que les mâles et les femelles , une tête plus longue, munie de grandes mandibules croisant l'une sur l'autre. Ces neutres ou soldats paraissent avoir pour emploi spécial de garder la demeure; ils veillent en sentinelles, ils repoussent les agressions des animaux étrangers , ils excitent les ouvrières au travail. On a nommé ainsi une quatrième sorte d'individus que Latreille, Kirby et d'autres encore, regardent comme des larves. Par leur conformation générale, ceux-ci ressemblent plus aux mâles et femelles que les soldats, malgré l'absence d'ailes; ils sont aussi beaucoup plus petits ; leur corps est plus mou ; leur tête est assez large et arrondie, les yeux et les ocelles paraissent manquer. Ces ouvrières constituent la partie la plus nombreuse de l'habitation, et sont les architectes du nid. Elles vont à la recherche de la nourriture, prennent soin des œufs et des jeunes, en un mot elles remplissent toutes les fonctions des neutres ou ouvrières chez les Fourmis.
Latreille a signalé les nymphes que nous avons observées nous-même , comme ressemblant extréipement aux larves, dont elles diffèrent surtout par la présence de quatre rudiments d'ailes tuberculiformes. Nous ne savons pas si ces nymphes partagent les travaux avec les ouvrières. Peu de temps après qu'on les a observées dans
les nids , on voit paraître les mâles en grande abondance. Ils s'envolent le soir ou pendant la nuit; c'est alors que s'effectue l'accouplement. Les mâles et les femelles tombent ensuite à terre, et, au rapport de plusieurs voyageurs, les couples sont recueillis par les larves, qui les enferment dans une loge séparée. Du reste, Latreille pense avec assez de raison que les femelles sont seules l'objet de ce soin. Après l'accouplement, ces dernières perdent leurs ailes, soit qu'elles tombent naturellement, soit plutôt que les ouvrières les leur arrachent.
Leur abdomen prend alors un développement énorme, et l'on évalue que leur masse au moment de la ponte des œufs est vingt mille fois celle d'une ouvrière. Ces œufs, dont le nombre s'élèverait, assure-t-on, à quatre vingt mille, sont pondus dans l'espace de vingt-quatre heures.
Dans ces dernières années , il s'est élevé des doutes sur la nature de ces diverses sortes d'individus qui composent les sociétés de Termiens : on a regardé comme fort peu probable que des larves soient appelées à travailler et à prendre soin d'individus plus anciens, car c'est en opposition avec tout ce qui existe chez les Hyménoptères ; on a supposé qu'il pourrait exister deux modifications parmi les individus neutres. Ceux que l'on désigne sous ce nom dans la plupart des ouvrages, ou sous celui de soldats, seraient, dans cette hypothèse, des mâles impropres à la reproduction, et ce que l'on regarde* comme des larves seraient des individus femelles également impropres à la reproduction, comme les neutres ou ouvrières chez les Fourmis, les Abeilles, etc.
Mais ceci n'est qu'une simple conjecture, qui n'est fondée ni sur l'observation directe , ni sur l'anatomie , et qui est évidemment contraire à la vérité; car à l'automne, ou
aperçoit des individus très-semblables à ces larves et qui présentent des rudiments d'ailes.
Les Termiens, habitant seulement les régions chaudes du globe, et particulièrement entre les tropiques, ont été • très-peu observés, et la difficulté que l'on a pour se procurer dans l'alcool les diverses sortes d'individus en assez grande quantité , n'a pas permis encore de faire des investigations anatomiques concluantes.
Le corps des Termiens est oblong et assez déprimé -leurs yeux sont situés sur les parties latérales de la tête et assez globuleux ; leurs antennes sont courtes et un peu moniliformes.
Ces Névroptères sont connus dans une grande partie du monde sous le nom de Fourmis blanches. Leur couleur en général, et leurs réunions considérables, qui rappellent celles des Fourmis, leur ont valu cette double dénomination.
Ils constituent des sociétés immenses; ils forment des nids d'une dimension colossale, comparativement à leur taille, mais la forme, l'architecture, varient beaucoup selon les espèces. L'intérieur de ces nids est divisé en une foule de loges , séparées entre elles par des cloisons et comraumuniquant par des galeries. Toutes ces loges ne sont pas de la même grandeur, car il y en a de particulières pour chaque sorte d'individus.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que jamais les Termiens ne travaillent à découvert; les uns étabhssent leurs demeures dans la terre, dans les arbres, souvent sous les boiseries des habitations ; les autres ont des nids extérieurs, mais toujours sans issue apparente. Ces habitations sont parfois très-élevées au-dessus de la terre, et ont laforme, soit de pyramides, soitde tourelles recouvertes par
une toiture solide. Ces monticules, ordinairement réunis en grand nombre, ont l'aspect de huttes de sauvage. Quelques espèces aussi construisent leurs nids sur les branches d'arbres , et ils ont alors une forme globuleuse.
Toutes les fois que les ouvrières ont besoin d'atteindre un endroit plus ou moins éloigné de leur nid, elles construisent aussitôt une galerie communiquant d'un point à l'autre; par ce moyen, elles ne se montrent jamais au dehors. Nous avons eu récemment l'occasion de vérifier ce fait à la Rochelle. Des tubes formés par l'aggrégation de divers matériaux agglutinés étaient suspendus aux voûtes des caves de la Préfecture, et destinés à établir des communications avec le sol.
Les neutres ou soldats sont oi'dinairement postés contre les parois internes de la surface extérieure, de manière à paraître les premiers dès qu'on fait une brèche à leur domicile et à pincer les agresseurs avec leurs fortes mandibules. Il paraît que leur fonction spéciale est de veiller à la défense de l'habitation. On a estimé que dans chaque nid lis étaient dans le rapport avec les ouvrières de un sur cent.
On assure que les nègres sont très-friands de ces insectes.
La tribu des Termiensse compose actuellement du seul genre Termite [Termes).
On connaît environ de vingt-cinq à trente espèces de ce genre ; mais il n'est pas douteux que le nombre des espèces existantes ne soit infiniment plus considérable. Nous devons à quelques voyageurs la description , plus ou moins complète, de r aspect extérieur de quelques-uns de leurs nids. Le nid d'une espèce désignée sous le nom de Bellicosus par Smeathman , et regardée comme le vérita-
DES IISSECÏES. 281
hleFatuie, Lin,, par divers auteurs, n'a pas moiusquelquefois de dix a douze pieds de hauteur ; il est de forme conique, ayant sur les côtés de nombreuses tourelles, également coniques. Cette habitation est construite avec une sorte d'argile, et se trouve bientôt recouverte d'herbes. La dureté de ces nids est telle, que des taureaux sauvages peuvent monter dessus sans les ébranler, et Smeathman nous rapporte qu'il put monter une fois à l'extrémité de l'un d'eux avec quatre de ses compagnons pour voir si quelque navire ne pourrait être aperçu (I).
D'après les observations du même voyageur, les nids des Termes atrox et mordax consistent en piliers cylindriques.
Le Termite lucifuge [Termes lucifugum, Rossij, petit insecte d'un noir brillant, au moins le mâle, avec les deux derniers articles des antennes d'un roux pâle, les aile5 brunâtres, un peu transparentes, avec leur côte marginale noirâtre, les cuisses noires, les jambes roussâtres et les tarses d'un roux clair.
Cette espèce se trouve dans une grande partie de l'Europe méridionale, et depuis elle est assez communément répandue dans les landes de Gascogne. 11 y a déjà plusieurs années, comme nous l'apprend Latreille, qu'elle s'est tellement multipliée à Rochefort dans les ateliers et les magasins de la marine, qu'on ne peut réussir à la détruire, et qu'elle y fait de grands ravages. Elle n'est pas moins abondante aujourd'hui à la Rochelle, et M. Audouin , qui a observé le Termite lucifuge sur ces deux points , fit dans une des leçons de son cours au Muséum le tableau le plus sombre de l'état dans lequel se trouvaient actuelle-
(1) Smeathman, Philosopliical Transactions, t. xxi, I7sl : Some Account of the Termites.
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ment Rochefort et la Rochelle, et des craintes que l'on devait avoir pour l'avenir.
Des maisons, des bâtiments entiers, nous disait-il, sont minés jusquedans leurs fondations ; il n'est pas rare que des planchers s'écroulent, que des rez-de-chaussée s'enfoncent dans les caves, lorsque les Termites ont ruiné toute la charpente. Et ce qu'il y a de terrible dans les ravages de ces insectes, c'est que jamais on ne s'en aperçoit à l'extérieur : ils ménagent toujours la superficie, et c'est seulement quand tout l'intérieur est rongé et sillonné de galeries en tous sens , que le bois se rompt. M. Audouin a rapporté au Muséum de grandes colonnes qui étaient dans une salle à manger à Tonay-Gharente ; elles sont taraudées de toutes parts ; mais la superficie était épargnée, ainsi que la couche de peinture qui les recouvrait; seulement l'extrême fragilité de cette mince enveloppe n'a pas permis qu'elle ne fût brisée en plusieurs endroits. Du linge entassé dans des armoires a souvent été mâchuré par les Termites, A la Rochelle l'hôtel de la préfecture est envahi par ces redoutables insectes; une partie des archives a été totalement détruite; et aujourd'hui l'on est forcé de les conserver dans des boîtes de zinc. On trouve encore dans le midi de la France, et dans presque toute l'Europe méridionale et l'Algérie, le Termite à cou iaime {Termes Jlavicollis, Fab.), qui vit dans l'intérieur des arbres. Cette espèce, longuede douze àquinze millimètres, estd'un brun foncé, avec la bouche et les antennes jaunôîtres, ainsi que le corselet et les pattes.
Nous ne savons rien de précis sur les habitudes de cet insecte; on assure qu'il nuit beaucoup aux oliviers, surtout en Espagne.
DEUXIÈME TRIBU
LES EMBIBNS.
Cette tribu est la plus limitée de tout l'ordre des Névroptères ; et cependant elle se compose d'insectes très-singuliers , dont nous ne connaissons ni les habitudes ni les métamorphoses. Les Embiens , quoique offrant des rapports manifestes avec les Termiens, en diffèrent par des caractères importants : leur corps est plus grêle, leur tête plus grande proportionnellement; ils s'en éloignent encore par leur lèvre bilobée , par leurs pattes , plus ou moins dilatées, et leurs ailes nullement caduques.
Les larves ressemblent beaucoup aux insectes parfaits , malgré l'absence des ailes.
Les Embiens ne forment pas d'associations, ils vivent isolés ; il n'y a par conséquent parmi eux que des mâles et des femelles. C'est seulement dans ces derniers temps qu'on en a fait connaître quelques espèces , car jusqu'alors aucun auteur ne les avait mentionnées. Une seule espèce, représentée dans le grand ouvrage d'Egypte, et qui est devenu typique, demeura longtemps sans description.
Cette petite tribu se compose actuellement du seul genre Embia, dont le type est l'Embia de Saviguy [Embia Savignyi, Westw. ; œgyptiaca, Blanch.), qui a été recueillie en Egypte. On a découvert récemment , aux environs de Marseille, une espèce de ce genre; elle vient d'être décrite par M. Rambur sous le nom d'Embia de Solier [Embia Solieri). On en a encore rencontré en Barbarie, aux Indes orientales, aux îles Mascareignes , à Madagascar et au Brésil.
Deux genres que nous croyons devoir être regardés tout au plus comme des divisions du genre Embia, sont les
Olyntha, Gray, qui auraient trente articles aux antennes, et les Oligotoma, Westw., seulement onze ; tandis que les véritables Embies en auraient dix-sept. Quoique ces insectes soient très-rares dans les collections, nous avons déjà quelques faits tendant à montrer que le nombre des articles aux antennes est très-variable chez les Embieus.
TROISIÈME TRIBU
LES PSOCIENS.
Cette tribu comprend les plus petits Névroptères que nous connaissions. Ils se font remarquer principalement par leur tête, fort grande comparativement à la petite dimension de leur corps. Leurs pattes sont d'une ténuité extrême ; leurs antennes fort longues et sétacées, composées d'environ dix à treize articles ; leurs ailes sont en toit pendant le repos, très-peu réticulées ou seulement veinées, souvent courtes ou même tout à fait rudimentaires. Leurs pattes sont longues et grêles , avec les tarses très-petits, de deux à trois articles.
Les Psociens vivent sur les troncs d'arbres , les vieux murs et les pierres couvertes de mousse et de lichens ; ils sont extrêmement agiles , et courent avec la plus grande vivacité. Ces insectes paraissent en général fuir le jour et rechercher les endroits sombres. Pour la plupart d'entre eux, nous ne savons pas exactement ce qui sert à leur nourriture; ils vivent probablement de petits fragments de végétaux plus ou moins en décomposition ; mais il serait possible aussi qu'ils recherchassent de petites animalcules.
Les larves et les nymphes ne diffèrent des insectes parfaits , les premières que par l'absence d'ailes , les secondes que par la présence de simples rudiments. On les
trouve, du reste, dans les mêmes conditions d'existence, et il n'est pas rare de rencontrer en même temps une espèce aux trois états de larve, de nymphe et d'insecte parfait, surtout vers la fin de l'été et le commencement de 'l'automne.
Cette tribu est d une très-petite étendue, et les espèces connues de chaque genre ne sont pas nombreuses. Le tableau suivant offre la division des Psociens en deux familles.
TABLEAU DES DIVISIONS