‹ Histoire naturelle des insectes, leurs moeurs, leurs métamorphoses et leur classification, ou Traité élémentaire d'entomologieChapitre 64 sur 152 · CINQUIÈME TRIBU, LES EPHÉMÉRIENS · texte numérisé non relu

CINQUIÈME TRIBU, LES EPHÉMÉRIENS

Les Ephémériens ont des caractères particuliers qui les rendent très-distincts de tous les autres Névroptères. Leurs antennes sont d’une brièveté extrème ; les parties de leur bouche sont membraneuses et tout à fait impropres à la mastication; les ailes antérieures sont grandes; tandis que les postérieures sont très-petites ou avortent même complétement. Le corps est long, grêle, avec l'abdomen terminé par deux ou trois longs filets. Le nom d’Éphémères donné à ces insectes indique assez la courte durée de leur existence : en effet, à certaines époques de l’année, on voit paraître de ces éphémères en très-grande quantité. Leur éclosion a lieu au coucher du soleil, et ils ont eu le temps de s’accoupler et de pondre leurs œufs quand le soleil reparaît le lendemain matin. Ils ont alors cessé de vivre, et les bords des rivières, des étangs, des acs où on les avait vus naître, se trouvent jonchés de ieurs corps. Leur nombre est quelquefois si considérable que la terre semble, en certains endroits, couverte de neige, et qu'on les recueille, assure-t-on, pour fumer la terre. Les Ephémériens n'arrivent à l'état parfait que pour se reproduire ; la conformation de leur bouche ne leur per- «met de prendre aucune nourriture. A peine éclos, ils s’envolent dans les airs, s’y rassemblent, et les sexes se réunissent. Les mâles ont l'abdomen pourvu, à l'extrémité, de deux crochets, qui leur servent à saisir les femelles et ‘à les entraîner sur les arbres ou sur les plantes, ou

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s'effectue l’accouplement. Les Énériens volent par” myriades dans les lieux aquatiques; lors de ces appari-* tions , leur vol élégant les a fait remarquer souvent dans” les campagnes : ils s'élèvent et s’abaissent continuellement ; eu agitant leurs ailes ils s'élèvent, mais lorsqu'ils les laissent planer, ainsi que les filets de leur abdomen, | ils retombent.

Les femelles pondent leurs œufs en une seule masse: voltigeant au-dessus de l’eau, elles laissent tomber leur paquet d'œufs d'un seul coup,

Nous avons dit que ces Névroptères ne vivaient pas au | delà de quelques heures ; ceci est vrai pour la généralité des individus, mais ceux qui n’ont pas trouvé à s’accoupler peuvent vivre plusieurs jours : c’est ainsi que diverses personnes ont pu en conserver de vivants pendant dix ou quinze jours, ou même davantage. Au reste, si la durée de la vie de ces insectes est très-courte à leur état parfait, elle est fort longue à l’état de larve : car, comme Swammerdam l'a observé dans son intéressant mémoire intitulé : Vita Ephemeri, ele n’est pas moins de trois ans. Ces larves demeurent constamment dans l’eau, souvent cachées sous les pierres ou dans des trous qu’elles se sonts pratiqués. Leur agilité est très-grande, et elles nagent avec ! beaucoup de facilité. Toutes leurs formes retracent celles de l’insecte parfait; et l'on remarque néanmoins des différences assez importantes dans plusieurs de leurs parties. On ne retrouve point chez les larves les ocelles qui existent chez les insectes parfaits. Les antennes, quoique encoreassez Courtes, sont plus longues, Ilexistechezles larves, en avant de la bouche, deux saillies cornées qui paraissent être les mandibules. Les côtés de l'abdomen sont garnis de tubes respiratoires très-frangés, qui leur servent non-

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seulement pour respirer l'air dissous dans l'eau, mais encore pour nager. Ces organes sont placés en série longitudinale de chaque côté de l'abdomen, qui, à l’extrémité, supporte deux ou trois longs filets, comme dans les insectes parfaits. Les tarses sont terminés par un seul cro- | chet.

| On ne sait pas exactement ce qui sert à la nourriture des larves d'Ephémériens ; plusieurs auteurs ont avance qu’elle consistait dans la vase qui les entoure. Swammerdam a en effet trouvé de la vase dans le canal intesti- nalde ces larves; mais il est probable qu’elle avait été ab- … sorbée par l’animal avec des détritus propres à le nourrir. Les larves d'Éphémériens sont souvent dévorées par d’autres insectes aquatiques et par des Salamandres; et comme M. Westwood le fait très-bien observer, on s'étonne qu'il en échappe une si grande quantité, car les eaux sont - peuplées de larves carnassières.

Les nymphes ne diffèrent des larves que par la présence des rudiments d'ailes. Au moment de leur transformation û en insecte parfait, elles sortent de l’eau, et s’attachent après - les plantes et les pierres. La peau se fend après s'être desséchée, et les insectes parfaits en sortent, El leur reste cependant encore à subir une dernière mue, €ar tout leur corps, et leur ailes sont enveloppées d’une peau mince « dont ils ne se dépouillent que quelque temps après, pour être aptes à la reproduction. Avant cette mue les ailes des Ephémériens paraissent opaques; on les désigne dans cet état sous la dénomination de Pseudimago. Leurs ailes deviennent transparentes seulement lorsqu'elles sont débarrassées de cette peau.

Les Éphémériens se conservent fort mal dans les collections ; la mollesse de leur corps est telle, que par la dessic-

cation ils perdent leurs formes, et la fragilité de leurs mem- | bres est si grande qu'ils se brisent au moindre choc. 4

Jusqu’a présent les espèces indigènes sont presque les“ seules qui aient été recueillies ; on observe entre elles des" différences quelquefois assez grandes, mais très-peu constantes, sur lesquelles néanmoins se sont appuyés plu-" sieurs entomologistes pour en former des genres. La posi-. tion des ocelles, qui paraît très-variable, a surtout été prise en considération.

La tribu des Éphémériens se compose en réalité du seul genre Ephemera (1); la plus grande espèce connue est l'Éphémère à longue queue {Eph. longicauda, Swan. ; E.swammerdamiana, Latr.;Gre.: Palingenia, Burm.), longue d’un pouce, d’un blanc jaunâtre, avec la partie dorsale et les ailes un peu enfumées; les filets abdominaux seulement au nombre de deux.

Cette espèce se trouve tres-abondamment en Belgique, en Hollande et en Allemagne, principalement dans les grandes rivières, comme la Meuse, le Rliin, le Leck, l'Y-. sel; sa larve a la tête prolongée en forme de corne, le premier anneau de l’abdomen dépourvu d'appendices propres à la respiration, et les jambes courtes et épaisses, avec lesquelles elle creuse dans la vase.

Les mâles à l’état de nymphe se distinguent facilement | des femelles, par leur tête plus grande et leurs yeux plus, développés. |

(1) Dans les genres Crycypha, Burm. (Brachycercus, Curt.), et Cloe, | Leach, les ailes offrent peu de nervures transversales. En outre, les premiers ont les yeux semblables dans les deux sexes, tandis que dans les seconds ils sont bilobés dans les mâles. Chez les Bælis, Leach, Palinge- | nia, Burm.,et Ephemera proprement dits, les ailes sont plus distinctement réticulées. Les premiers ont les acelles rapprochés sur un tubercule frontal ; dans les seconds ils sont écartés et rapprochés des yeux, et le troisième est situé au milieu du front. Enfin chez les derniers cet ocelle mé- | dian est oblitéré. |

On regarde l'Éphémère vulgaire (£. vulyata, Lin.) (pl. 15, fig. 1) comme le type du genre; elle est brunâtre, tachetée de jaune, avec les quatre ailes transparentes , vréticulées par des nervures brunes et ornées en outre de quelques taches de cette même couleur ; l'abdomen est ter- | miné par trois filets d’un brun foncé. Cet insecte est com mun dans une grande partie de l’Europe; sa larve est d’un jaune brunâtre, avec le thorax et l'extrémité de l'abdomen tachetés de noir.

SIXIÈME TRIBU

LES LIBELLULIENS.

Les Libelluliens se rapprochent des Ephémériens par la petitesse de leurs antennes, qui sont inséréessur le front derrière une élévation vésiculeuse, avec leur dernier article styliforme; mais c’est la ressemblance la plus grande qui existe entre ces insectes, qu’on a toutefois réunis pendant longtemps dans la même famille. Les Libeiluliens ont-un corps très-long et de consistance assez solide ; des

. yeux énormes, occupant la plus grande partie de la tête, et offrant un réseau distinct à l’œil nu, ou avec un trèsfaible grossissement ; une bouche composée de pièces trèssolides , une lèvre supérieure très-large, des mandibules fortes et dentelées, des mâchoires offrant un seul lobe denté, épineux et cilié au côté interne, avec un palpe très-court, d’un seul article, et une lèvre inférieure trèsgrande, servant à clore complétement la bouche. Les ailes de ces Névroptères sont grandes, les postérieures presque égales aux antérieures, et les unes et les autres réticulées par de petites nervures transversales extrêmement nombreuses. |

Les Libelluliens sont les plus beaux insectes de tout

l’ordre des Névroptères ; ils sont toujours d'assez grande taille, et plusieurs d’entre eux offrent des couleurs vives* et métalliquesquinele cèdent pas en beauté à celle des Lé= pidoptères. Leursailes, d’une délicatesse extrême, toujourss lisseset luisantes, présentent souvent des couleurs variées à | quelquefois elles sont totalement transparentes et agréa-" blement irisées. Souvent les mâles et les femelles offrent. un mode de coloration fort différent. Pendant la plus | grande ardeur du soleil les Libelluliens volent avec une agilité et une rapidité extrême au bord des eaux, et par, intervalles rasent le liquide, échappant toujours facilement quand on veut les saisir. Rien de plus joli à la vue, que ces Névroptères volant en quantité considérable le 4 long des étangs et des rivières par un beau jour d'été, alors que le soleil vient donner divers nuances à leurs ailes.

Le nom de Demoiselles, appliqué vulgairement à ces insectes, paraît devoir indiquer l'élégance de leurs formes. C’est dans l’univers entier que sont répandus ces insectes, dont les espèces sont extrêmement nombreuses.

On a remarqué que la durée de leur existence était assez longue à l’état parfait; ce qui est très-probable, car depuis le commencement de l'été jusqu’à l'automne on ne cesse de voir les mêmes espèces. IL est toutefois à noter que tous les individus n'éclosent pas en même temps, mais à des intervalles plus ou moins éloignés. Chez les Libelluliens mâles, lorifice des organes de la génération est situé au second anneau de l’abdomen, ce qui occasionne pour eux un mode d’accouplement un peu différent de ce que l'on observe ailleurs. Le mâle, voltigeant autour de la femelle, la saisit avec les pinces qui terminent son abdomen entre la tête et le corselet. Il fa traîne ainsi captive jusqu’à ce qu’eile se prête à ses désirs en recourbant

* x son abdomen pour venir en appliquer l’extrémité contre a base du sien. Quelques zoologistes ont regardé cela comme un prélude, et pensent que l’accouplement s’effectue ensuite comme chez les autres insectes.

La femelle pond ses œufs dans l’eau, soit en les | faisant tomber au fond, soit en les déposant sur des plantes immergées. Les larves vivent pendant près d’une année sans quitter l’eau. Elles rappellent un peu la forme de l'insecte; mais leur corps est beaucoup plus ramassé, leur tête est plus aplatie, leurs yeux moins grands et-plus écartés. Ce qu'il y a surtout de remarquable chez les larves des Libelluliens, c’est le développement énorme de la lèvre inférieure, qui peut permettre à l'animal de saisir une proie à une assez grande distance. Cette lèvre, articulée sur le menton, qui lui-même, est très-long, forme un coude, et se rabat sous le prothorax, de manière que cette lèvre concave, et terminée par une paire de palpes triangulaires, dentés en scie et articulés aux angles, vient clore complétement la bouche.

A la volonté de l'insecte, sa lèvre peut s’étendre, et sa longueur est presque égale alors à celle du corps. Entre ses palpes, la proie se trouve retenue ; en repliant sa lèvre il la porte naturellement à sa bouche. Les nymphes sont - plus allongées que les larves , etelles présentent des traces “d'ailes. Chez les unes et les autres, les antennes sont fort - petites, et l'extrémité de l'abdomen offre ordinairement

des épines. La respiration s'effectue d’une singulière manière chez ces Névroptères pendant leurs premiers états : l'abdomen est terminé par cinq appendices, dont trois plus grands que les autres ; l'animal ayant la faculté de rapprocher et d'écarter ces appendices, il les ouvre par inter- D et laisse pénétrer une certaine quantité d’eau;

peu de temps après l’eau est rejetée au dehors, mais l'air qu’elle contenait s'est trouvé absorbé au moyen d'organes communiquant avec les trachées. | | |

Les larves et les nymphes des Libelluliens marchent“ lentement et comme avec peine; elles sont d’une couleur grise plus ou moins brunâtre ou verdâtre; la vase dans | laquelle elles se tiennent les faisant paraître souvent fort" sales, leur aspect est peu agréable.

La nymphe quitte l’eau pour subir sa métamorphose ; elle se fixe sur quelque plante. Le soleil dessèche bientôt sa peau, qui se fend longitudinalement sur le dos. L'in-« secte parfait ne tarde pas à en sortir, mais il est encore mou, et quelques heures lui sont nécessaires par solidifier ses téguments.

Tant à l’état parfait qu’à l’état de larve ou de nymphe, les Libelluliens sont extrêmement carnassiers. Leur vol rapide leur permet de saisir avec facilité les insec-? tes plus faibles qu'eux. Dans les premiers temps de leur vie, ilsdévorent dans les eaux où ils se trouvent une foule d’autres insectes, et même de petits poissons.

TABLEAU DES DIVISIONS

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