‹ Histoire naturelle des insectes (volume 4)Chapitre 62 sur 90 · FAMILLE XIX · texte numérisé non relu

FAMILLE XIX

RHYSODIDES.

Menton très-grand, fermant en entier ou peu s’en faut la cavité buccale. — Languette coriace, bilobée. — Mäâchoires bilobées, inermes. — Antennes de onze articles, filiformes, grenues chez presque tous. — Tête munie en arrière d’un col très-étroit. — Elytres recouvrant en entier l'abdomen, — Pattes courtes ou médiocres; hanches antérieures et intermédiaires globuleuses, enfouies, distantes ; les postérieures transversales; trochanters postérieurs saillants au côté interne des cuisses ; larses de cinq articles, simples, cylindriques, presque nus en dessous.

— Abdomen composé de six segments en dessous ; les trois premiers soudés ensemble,

Trois genres seulement composent cette pelite famille, élablie par Erichson. L'un d’eux, Sremmonerus, fondé sur un insecte tellement rare qu'il paraît n'exister jusqu'ici que dans l’ancienne collection de Dejcan, ne doit peut-être pas en faire partie (1). Les deux autres, Ruysoves et CLininium, se touchent de si près qu'on pourrait sans inconvénient les réunir. Ce dernier m'étant inconnu en nature aussi bien que les Srimmonenvs, c'est au second que s'appliquent principalement les observations suivantes.

Ces insectes sont de taille moyenne, très-allongés, assez déprimés el revétus de téguments solides, dont la couleur uniforme varie du noirbruntre au rouge ferrugineux. Leur tête, leur prothorax et leurs élytres présentent des sillons longitodinaux dont la profondeur et le nombre sont caractéristiques des espèces, et qui sont en général trèsmarqués. Cet ensemble de caractères leur donne, au premier aspect, une ressemblance assez prononcée avec certains Brenthides (2), ainsi que l'a fait observer Latreille,

(1) Erichson ne l'y comprend pas, et tout en reconnaissant son affinité avec les Ruysopes, pense qu'il doit peut-être rentrer parmildes Cucujipes. Voyez Nat. d. Insekt. Deutsch]. HI, p. 304, note 1.

(2) Notamment ayee les genres Traowezrzus et Hernenocenus de Schænherr ; Mais, qaoique cette ressemblance soit fortifiée par des habitudes pareilles, cq H'est à, comme on le pense bien, qu'une analogie lointaine,

Coléoptères, Tome JE, 2ÿ

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Quelques particularités dignes de remarque s’observent dans les segments thoraciques, l'abdomen et les pattes. Ainsi il existe de chaque côté, sur les flancs du prothorax, un sillon bien distinct et entier qui les sépare du pronotum. Un autre sillon, qui part de chaque cavité cotyloïde, et va rejoindre le précédent à sa partie postérieure, sépare de ces mêmes flancs les épimères. La saillie intercoxale du prosternum est large, et s’abaisse insensiblement sans dépasser beaucoup les hanches antérieures; elle est arrondie ou tronquée à son extrémité, et : marquée d’une fossette plus ou moins profonde. Le mésothorax forme en ayant un pédoncule court, subglobuleux et fovéolé à sa base. Sa saillie entre les hanches intermédiaires est aussi large que celle du prosternum, et plane. Le métathorax est grand, et ses parapleures linéaires et très-grêles sont à peine visibles ou même refoulées entièrement sous les bords latéraux des élytres ; elles sont simples, c’est-à-dire formées uniquement par les épisiernums,

L'abdomen est assez convexe, ct, au premier coup-d'œil, parait n'être composé en déssous que de quatre segments, les trois prerhiers étant très-courts et unis entre eux, au point que dans la plupart des espècés leurs sutures sont presque invisibles (1). Ce segment, en apparence unique, et les trois suivants, présentent de chaque côté un assez large et profond sillon transversal, qui arrive plus ou moins près de la ligne médiane. 3

Indépendamment des deux éperons qui les terminent, les jambes antérieures en possèdent au côté interne, et à quelque distance de leur extrémité, un troisième séparè des deux précédents par une échancrure assez marquée. Les hanches postérieures se dilatent postérieurement en une plaque arrondie qui recouvre la base des trochanters, lesquels sont complètement en dedans de l'axe des cuisses et libres; ils sont courts et brièvement ovalaires,

Cette structure du prothorax en dessous, le mode de segmentation de l'abdomen, l’échancrure des jambes antérieures, l'élargissement des hanches postérieures, h saillie des trochanters de la méme paire, sont autant de points remarquables en ce qu'ils établissent une analogie réelle entre ces insectes et les Carabiques dont ils sont, du reste, fort éloignés. Celte analogie, entrevue par Kirby, a été mise dans tout son jour par Erichson, qui n'a pas moins bien établi les rapports qu'ils ont avec les Cucujipes, et qui ont frappé presque tous les auteurs (2).

(1) A en juger par la figure que M. Westwood a donné du Clinidium Guildingii (Zool. Journ. V, pl. 2), tous les arceaux ventraux de l'abdomen seraient très-distincts dans cette espèce.

(2) Fäbricius avait placé parmi les Cucurus la seule espèce de Raysopes qu'il ait connue. Pour les analogies de ces insectes et celles des Ccumiun, voyez Las treille, Règne anim. ed, 2, IV, p.43; Kirby, Zool. Journ, V, p. 7 ; mais surtout Westwood, Zoul. Journ, V, p. 213, et Erichson, Naturg. d. Ins, Deutschl, I, p: 299, <

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Mais comme, d’un autre côté, ils s'éloignent de ces derniers par plusieurs caractères de grande valeur, ce savant entomologiste me parait avoir pris le parti le plus convenable en les regardant comme constituant une famille distincte.

Les Ruysonss européens se trouvent sous les troncs d'arbres décomposés ou dans leur intérieur, et c'est dans des situations semblables qu'ont été découverts les Cuixioruw. Leurs premiers états ne sont pas encore connus.

I. Antennes moniliformes, Yeux composés : Rhysodes, — simples ou nuls : Clinidium.

IL. Antennes composées d'articles eylindriques : Stenmoderus.

RHYSODES.

(Lu6.) Datman, Anaë. ent, p. 93 (1).

Menton soudé au sous-menton, cachant en entier la bouche en dessous, trisinué en avant; le lobe médian plus grand que les latéraux, en triangle curviligne assez aigu. — Languette soudée à la face interne du menton, coriace, divisée en deux lobes divergents. — Lobes des mächoires allongés , très-grêles et très-aigus à leur extrémité ; l'mterne muni de quelques cils en dedans et au bout. — Dernier article des palpes labiaux oblong, celui des maxillaires conique et acuminé. — Mandibules courtes, simples et arquées à leur extrémité, un peu concaves en dessous, — Labre assez saillant, acuminé dans son milieu. — Téte en cœur renversé, rétrécie en un col court et étroit en arrière, profondément bisillonnée en dessus. — Antennes robustes, perfoliées, à articles 1 plus gros que les autres, en cône renversé, 2-10 globuleux, 11 ovalire. — Yeux petits, longitudinaux, déprimés, composés et finement granulés, — Prothorax oblong , rétréci en avant et à sa base, peu convexe et profondément trisillonné en dessus. — Ecusson ponctiforme. — Elytres allongées, échancrées conjointement à leur base, avec les épaules &aillantes et une profonde dépression à leur base sur la suture, fortement sillonnées en dessus. — Pattes médiocres, robustes ; cuisses ren- Îées, surtout les antérieures ; jambes de la même paire échancrées en dedans à leur extrémité et terminées par deux éperons crochus dont l'interne plus grand; les autres un pew.flexueuses et terminées par deux Pelits éperons simples, — Les quatre 1655 articles des tarses décroissant successivement, — Corps ailé, allongé, un peu déprimé,

Les espèces sont peu nombreuses et disséminées en Europe, dans les

(1) Syn, Gueuius, Fab, Syst, EL I, p, 93,

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deux Amériques, au cap de Bonne-Espérance et à Java, mais fort rares partout. On en a décrit une dizaine en tout (1).

CLINIDIUM.

Kinsv, Zoo. Journ. V, p. 6.

Je ne connais pas ce genre, mais d'après les caractères que lui assigne Kirby et la figure qu'il a donnée de l'espèce qui en constitue Je iype, il ne diffère absolument des Ruysonxs que par l'absence d'yeux et d'ailes inférieures. Les premiers de ces organes sont remplacés par deux espaces lisses, subquadrangulaires, placés de chaque côté de la tête en arrière des antennes (2). Les parties de la bouche ne sont pas complètement connues, mais, sauf le labre qui serait ponctiforme, les mandibules, le dernier article des palpes et le menton sont essentiellement faits comme dans le genre précédent ; le dernier recouvre toute la bouche et est seulement renflé de chaque côté. La tête, il est vrai, est en carré allongé, mais ce caractère n’est évidemment que spêcifique (5).

D'après cela, ce genre mérite à peine d'être conservé et pourrait étre réuni au précédent dont il ne formerait qu'une section. L'espèce sur

(1) M. Newman a publié, en 1838 (in London, Mag. of nat. Hist. New Ser. I, pv. 663), une Monographie de ces insectes comprenant huit espèces, el que Germar (Zeitsch. Il, p. 342) a reproduite en allemand, en y ajoutant des observations et deux espèces nouvelles. Mais sur ces huit espèces de M. Newman, il faut retrancher le Guildingit, qui appartient au genre Gummiux, probablement le seulplilis, qui paraît, d’après l'absence des yeux, devoir rentrer dans le même genre, et l’Zps monilis d'Olivier (Entom. Il, n° 18, p. 4, Tab. 1, f. 6 ab), lequel, selon toutes les apparences, est un Cozypium. Le genre se compose, par conséquent, des espèces suivantes :

Esp. eurépéennes : R. sulcatus, Fab. loc. cit. (R. ewaratus, Dalm., Gyllh,, Newm., Germ.; europœus, Ahrens, Faun. Ins. Europ. VE p. 1). — evaratus, Uig., Westw. Zool. Journ. V, pl. 46, f. 1 (aratus; Newm. loc. cit.). — érisul catus, Germar, Faun. Ins. Europ. XXUL, 7. — Esp. de l'Amérique du Nord : R. conjungens, Germar, loc. cit. p.351. Le R.exaralus se trouve aussi dans ce pays. — Esp, de l'Amérique du Sud : R. costatus, Guérin-Ménev. Icon. d. Règn. anim. {ns. pl. 26, £. 12. — tyratus, New. loc. cit. — Esp. des Antilles : R. planus, Chevr. in Guérin, Icon. Ins. texte, p. 58. — Esp. du Cap : À. Jigu ratus, Germ. loc. cit, — Esp. de Java : R. strobus, Newm. loc. cit.

(2) H paraît qu’il existe des espèces qui ont de chaque côté un œil simple où stemmate. C’est du moins ee qui ressort de ce passage d’Erichson : « Les deux genres Ruysopes et Czininiun diffèrent en ce que le premier possède des yeux composés et le second des yeux simples. Mais je me suis assuré depuis qu’il existe des Cziinium complètement aveugles, comme l'a dit Kirby. » (Arch. 1847, U, p. 234.)

(3) Le Rhysodes soulplilis de M. Newman, qui est très-probablement un Cum, comme je l'ai dit plus haut, à Ja (étç subcordiformo des RuxSODES,

2 nuy60bIDES. ‘ 389

laquelle il a été établi, €, Guildéngüi (1), avait été trouvée par le Rév, Lansdown Guilding, sous un arbre en décomposition, dans l'ile Saint+ Vincent, aux Antilles. \

STEMMODERUS:

(Der.) Srinora, Mag. d. Zool. Ins. 1842, pl. 91,

Les canaelères qui suivent sont extraits de ceux exposés par M. Spinola.

Menton ne fermant pas entièrement la cavité buccale. — Palpes maxillaires plus longs et plus épais que les labiaux, de quatre articles: le 2 et le gt courts, épais, obconiques, le 4° aussi long que les deux précédent$ réunis, en ovoïde allongé et tronqué au bont. — Mandibules laminiformes, à pointe simple et sans dents au côté interne.—Labre transversal, entier. — Tête repliée en dessous, trigone, sans col en arrière : épistome séparé du front par un sillon en arc de cercle. — Yeux très grands, fortement granulés, convergents en arrière, largement ct profondément échancrés au côté interne. — Antennes robustes ; insérées dans les échancrures des yeux, à articles 4 beaucoup plus grand que les suivants, obconique, 2 très-court, subglobuleux, 3-10 subeylindriques, égaux, très-serrés, 41 du double plus grand que le précédent, un peu aminci au bout.— Prothorax plus large que long, un peu rétréci en avant, ayant son bord antérieur coupé obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, concave en dessus, avec ses bords latéraux renflés Chacun en deux gros bourrelets contigus.—Ecusson petit, demi-circulaire. — Elytres planes, déclives à leur extrémité, coupées carrément

en avant, avec leurs angles huméraux un peu saillants. — Pattes médiocres et grêles ; les postérieures plus longues que les autres ; cuisses et jambes simples; ces dernières terminées par deux très-petits éperons ; les quatre 4ers articles des tarses égaux entre eux. — Corps assez large, parallèle et glabre.

Ce genre singulier, établi par Dejean ans le catalogue de sa colleclion (2), ne se compose que d’une seule espèce du Sénégal, qu'il a nommée séngularis, et dont il ne possédait qu'un exemplaire qui, de son cabinet, est passé dans celui de M, Spinola; c’est le seul qui paraisse exister en Europe en ce moment. Cet insecte est long d'un peu plus de quatre lignes et d’un brun marron luisant; on ne sait rien sur ses habitudes.

1) Kirby, loc. cit. p. 7, pl. I, f. 1.

(2) Éd. 2, p.114.

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