‹ Histoire naturelle des insectes (volume 4)Chapitre 80 sur 90 · FAMILLE XXIX · texte numérisé non relu

FAMILLE XXIX

HÉTÉROCÉRIDES.

Menton grand, corné. — Languette coriace, gréle et très-saillante,== Deux lobes aux mâchoires, inermes. — Palpes labiaux de trois, les maxillaires de quatre articles.—Antennes courtes, de onze articles; les sept derniers formant une massue déprimée. — Elytres recouvrant en entier l’abdomen.—Hanches antérieures ovalaires, transversales ; leurs cavités cotyloïdes complètement ouvertes en arrière et munies d'un trochantin distinct; les intermédiaires subglobuleuses, distantes; les postérieures transversales, contiguës: larses de quatre articles simples. — Abdomen composé de cinq segments subégaux, le dernier «seul mobile.

Le genre Herenocerus de Fabricius constitue à lui seul cette famille. Ses espèces ont les plus grands rapports avec les Parnides, notamment avec les Parnus; leur taille, leur forme générale, la pubescence dont leur corps est revélu sont presque les mêmes. Mais elles en diffèrent en réalité par des caractères plus prononcés que ne I feraient croire ceux inscrits plus haut. Ces caractères différentiels qu’on peut voir dans la formule générique qui suit, portent principalement : d'abord sur les organes buccaux qui sont ici aussi saillants qu'ils le sont peu chez les Parnides; puis sur les pattes, qui sont celles d'insectes fouisseurs; à quoi l’on peut ajouter les habitudes qui ne sont pas les mêmes.

En effet, ces insectes sont plutôt riverains qu’à proprement parler, aquatiques. L’inspection seule de leurs pattes montre qu'ils sont destinés à fouiller dans l'intérieur du sol, et tout le reste de leur organisation externe est en rapport avec ce genre de vie. Leur robuste tête, mue par des muscles puissants, peut agir à la façon d’un bouloir, et, comme dans tous les insectes fouisseurs en général, leur prothorax est mobile au point qu’en marchant ils le relèvent de facon à ce qu'il forme un angle assez prononcé avec les élytres, Les poils dont leur corps est revêtu, surtout en dessus el sur les pattes, poils dont les uns sont redressés ét les autres plus fins appliqués sur les téguments, secrètent, probablement comme ceux des Parnides, une substance huileuse destinée à préserver le corps du contact de l'eau. Ces insectes creusent dans le sable humide, la vase ou l'argile des bords des eaux douces ou salées, selon les espèces, des galeries dans lesquelles on les trouve

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assez souvent réunis en société. Ils prennent facilement leur vol, qui est agile mais de courte durée, comme celui des GrempeLa, soit pendant le milieu du jour, soit dans les soirées chaudes de la belle saison. Leur genre de nourriture n’est pas encore bien connu; on a seulement quelque lieu de croire qu'elle est de nature végétale.

Quand on saisit ces insectes, ils font entendre un bruit assez fort, qui indique qu'ils possèdent des organes de stridulation. En effet, si l'on examine leur premier segment abdominal, on voit que de chacun de ses angles antérieurs part une ligne saillante qui se dirige vers le bord postérieur du même.segment, et, après l'avoir atteint, se recourbe pour marcher à la rencontre de sa correspondante, qu’elle rejoint chez quelques espèces. Ces lignes correspondent à une de même nature qui longe, dans le sens de sa longueur, la face interne de chacune des cuisses postérieures. Quand ces dernières se meuvent, le frottement de ces lignes les unes contre les autres produit nécessairement le son mentionné plus haut.

Les premiers états de ces insectes sont bien connus à partir de leurs œufs, qui ont été observés par M, Kiesenwetter (1). Cet entomologiste distingué les a rencontrés dans les galeries creusées dans le sable humide par les insectes parfaits, où ils sont réunis au nombre de quinze à vingt,.en petits amas. Leur consistance est assez molle, leur couleur d'un jaune clair, leur forme cylindrique, un peu allongée et aéuminée aux deux bouts.

Les larves (2), médiocrement allongées, sont revêlues d’une peau assez solide, plus mince en dessous qu’en dessus, et de consistance coriace. Leur corps entier est garni de petits poils entremélés d'autres plus longs et redressés. La tête est saillante, arrondie, et une suture sépare du front un petit épistôme. Le labre et les mandibules sontaussi avancés que chez l'insecte parfait, et les dernières ne diffèrent de ce qu'élles seront plus tard, qu’en ce qu'elles sont dépourvues en dedans de saillie basilaire et de lame membraneuse en avant de celle-ci. La tige des mâchoires et lé menton, confondus ensemble, forment une grande plaque qui ferme la cavité buccale en dessous ; la tige porte à son extrémilé deux petits lobes garnis de quelques cils dirigés en dedans. La languette est représentée par deux soies. Les palpes maxillaires sé composent de trois articles, les labiaux de deux ; le dernier de toustporte à son sommet uñe couronne de cils. Les antennes sont insé-

(1) Germars Zeitschr. V, p. 480.

(2) Suivant Latreïlle, Miger les aurait observées lepremier ; mais il n'a jamais rien publié à ce sujet, que je sache. Le premier qui les ait fait connaître én réalité, est M. Westwood, qui à donné une figure au trait dé celle de l'A. marginatus (An Introd! to the mod. classif, of Ins. 1, p. 114, f. 7, n° 5). Elles ont été dé» crites ensuite par M. De Kiesenwetter (Germurs Zeitschr. IV, p. 198) et Erichson (Naturg. d, Ans. Deutschl. IL, p, 540); la description de ce dernier & été Hp par MM, Ghapuis ct Candèze, Mém, d, 1. Soc. d, Se, de Liège, VAL, p. 41.

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rées immédiatement au-dessous de l'articulation des mandibules avec la tête. Celle-ci porte de chaque côté cing stemmates : quatre sur son bord latéral, le dernier plus en dessous et plus en avant. Le premier segment thoracique est plus large que la tête, les deux suivants de moitié plus étroits, mais toutefois encore plus larges. que l'abdomen ; tous trois sont arrondis sur les côtés et déprimés en dessus. Les neuf segments abdominaux sont cylindriques, subégaux, et le dernier porte

* un prolongement anal charnu. Les pattes sont courtes ; les hanches di-

rigées en arrière et en dedans; les cuisses médiocrement longues et larges; les jambes courtes, garnies de quelques cils ; les tarses terminés par des crochets assez robustes et assez longs, mais peu arqués. Les neuf paires de stigmates sont latérales et situées, la première surle mésothorax, les autres sur les huit premiers segments abdominaux. Les nymphes sont pubescentes comme les larves, mais ne présentent, du reste, rien de particulier.

Ces larves sont par conséquent très-différentes de celles des Parnides, et fournissent un argument de plus en faveur de la séparation des deux familles.

L'établissement de celle-ci est dû à M. Mac-Leay (1). Ce n’est que dans son dernier ouvrage (2) que Latreille, après avoir d’abord réuni ces insectes aux Byrrhiens (5), puis à ses Macrodactyles ou Parnides (4), a fini par en former, sous le nom d'Acanthopodes, une tribu à part, l'avant-dernière de sa famille des Clavicornes.

HETEROCERUS.

Fas. Ent. Syst. I, p. 262 (5). .

Menton grand, largement et fortement échancré en avant. Languette échancrée et ciliée au bout. — Tige des mâchoires très-allongée; leurs lobes subégaux , fortement ciliés en dedans; l’externe dépassant beaucoup l’interne. — Palpes courts, filiformes ; le dernier article de tous plus long que les autres. — Mandibules robustes, droites, puis un peu arquées et dentées au bout, carénées latéralement en dessus. — Labre très-grand, carré, cilié en avant, — Tête transversale, enfoncée

41) Annul, Javan. p. 34,

(2) Règne anim, 6. 2, IV, p. 515.

(2) Gen. Crust. et Ins. LL, p. 51.

(4) Fam. nat. d. Règne anim. p. 364.

(5) La création de ce genre est généralement attribuée à Bose, qui l'aurait Gtabli dans le « Journal d'Hist. nat. et de Phys. de Paris, » s’il en faut croire deux citations de Fabricius (loc. cit.) et de Latreille (Gener. Crust. et Ins. M, P. 53). Mais il n’en est pas question dans cet ouvrage, comme Latreille l’a reconnu plus tard (ibid. IV, p. 378), en supprimant la citation qu'il en avait faite antérieurement. Bosc avait probablement établi Je genre dans sa collection, où Fabricius on aura pris connaissance.

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dans le prothorax jusqu'aux yeux. Ceux-ci latéraux, assez grands, arrondis. — Antennes insérées au bord interne des yeux; leurs arlicles 4 gros, obconique, 2 d'égale grosseur, plus ou moins trigone, 3-4 très-gréles et très-courts ; les autres transversaux, sauf le dernier, formant ensemble une massue déprimée, oblongue , denticulée au côté interne. — Prothorax transversal, de la largeur des élytres, arrondi sur les côtés, avec ses angles oblus. — Ecusson petit, triangulaire. — Elytres oblongues, parallèles, arrondies au bout. — Prosternum largement lobé en avant, caréné et étroit en arrière, reçu dans une dépression du mésosternum; celui-ci assez large. — Pattes courtes, robustes; cuisses antérieures larges, comprimées, les autres graduellement plus étroites; jambes décroissant aussi en largeur d'avant en arrière; celles des deux premières paires épineuses au côté externe et au bont, les postérieures seulement dans ce dernier point; tarses médiocres, grêles; leurs articles 4 et # plus longs que les deux intermédiaires ; crochets longs et grêles. — Corps oblong, plus ou moins villeux ou pubescent.

Ces insectes sont tous d’un brun-noirâtre plus ou moins sale, avec un dessin sur les élytres, consistant en bandes ou en taches tantôt fauves, tantôt testacées et très-sujettes à varier, ce qui rend la détermination des espèces très-difficile ; il est probable qu'on les a trop multipliées (1). Quelquefois les deux sexes ne présentent pas de différences bien sensibles; dans d’autres cas, les mâles se distinguent des femelles par une tête plus forte, des mandibules plus saillantes et un prothorax plus développé.

Le genre est répandu dans l’ancien et le nouveau continent; on en a déjà décrit plus d’une quarantaine d'espèces (2).

(1) Voyez, sur ce sujet, des observations de M. L. Dufour, dans les Ann, d, 1. Soc. ent. Série 2, X, p. 453. :* k

(2) Voyez la Monographie du genre, publiée par M. Kiesenwetter, dans Germar, Zeïtschr. IV, p. 194, pl. 3, avec quelques additions, ibid. V, p. 480 ; puis dans Ja Linnæa ent. V; p.281. Ce dernier travail contient 36 espèces décrites ex visu par l'auteur, plus neuf qui lui sont restées inconnues. Les premières sont : Esp. d'Europe : H. parallelus Gebler, fossor K., arenarius K., femoralis K., marginatus F., intermedius K., gravidus K., pruinosus K., hispidulus K., arragonicus K., obsoletus Curtis, lœvigatus Panz., fusculus K., pulchellus K., minutus K., sericans K., marmota K., flavidus Rossi, crinitus K., murinus K. — Esp. asiatiques: A. euphraticus K., obliteratus K., minimus K. — Esp. des Antilles : H. guttatus K., lituratus K., pumilio K. — Esp. des Etats-Unis : H. labiatus K., cuniculus K., awromicans K., mollinus K., miser K., substriatus K., fatuus K., collaris K., undatus Melsheim. — Les espèces que n’a pas connues M. Kiesenwetter sont : H. hamifer, nanus Géné, bifasciatus Küster, d'Europe ; marilimus Motsch., du Kamtschatka; pallidus, pusillus Say, ventralis, brunneus Melsheim., des Etats-Unis ; dubius F., des Indes orientales.

En dehors de ce travail, on n’en a décrit, à ma connaissance, qu’une seule espèce : A. tristis, (Motsch.) Manh. Bull. Mosc, 1853, no 3 ; de l'ile Sitkha,

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