‹ Histoire naturelle des insectes (volume 5)Chapitre 2 sur 123 · A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET, RUE HAUTEFEUILLE · texte numérisé non relu

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DES

COLÉOPTERES.

FAMILLE XLVIT.

TÉNÉBRIONIDES.

Menton logé dans une échancrure ou porté par un pédoncule du sous-menton plus ou moins saillant. — Languette tantôt cachée par lui, tantôt découverte, munie de paraglosses. — Deux lobes aux m4choires; l’interne plus petit, souvent terminé par un crochet corné. — Mandibules courtes , robustes, arquées en dehors, échancrées au côté interne et munies d’une grosse dent molaire à leur base. — Yeux très-généralement grands, transversaux, échancrés ou sinués en avant. — Antennes de onze, rarement de dix articles, insérées latéralement au-devant des yeux, sous un rebord de la tête. — Hanches jamais contiguës ; les antérieures globuleuses, parfois un peu transversales; leurs cavités cotyloïdes fermées en arrière; les intermédiaires souvent munies de trochantins; les postérieures transversales ; tarses hétéromères : les quatre antérieurs de cinq, les postérieurs de quatre articles; leurs crochets simples. — Abdomen composé de cinq segments tous distincts; le pénultième plus court que les autres.

Entre cette famille et les précédentes, il existe une lacune, en d’autres termes une absence de relations immédiates, accident qui s’est. déjà produit plusieurs fois dans le cours de ce travail, inévitable, et dès-lors sans importance réelle. Les Ténébrionides forment en effet la

Coléoptéres. Tome V. 1

2 © TÉNÉBRIONIDES.

tête de colonne, si l’on peut s'exprimer ainsi, d'une des grandes sections de l’ordre des Coléoptères dans le système tarsal, celle des Hétéromères. Or, quelque rang qu’on assigne à cette section (1), elle resto isolée et forme un tout compacte, qui ne se laisse entamer par aucun autre groupe. On a pu en retirer quelques genres qui ont été reportés dans la famille des Colydiens ; on n’a jamais songé à y introduire des espèces qui ne sont pas hétéromères à la façon des siennes (2).

Les auteurs les plus récents sont peu d'accord sur le nombre et les limites des familles qu'il convient d’y établir (3). Celle dont il s’agit en ce moment, est entendue ici telle qu’Erichson l’a composée (4), et correspond aux Mélasomes, aux Taxicornes et à la première tribu des Sténélytres de Latreille (5), aux Collaptérides et aux Coryssoptérides de Solier (6), enfin aux Latigènes de M. Mulsant (7). Plus tard, Erichson (8) y à compris également les Cistélides de Latreille. Il y a en effet l’analogie la plus intime entre ces insectes et les précédents ; néanmoins, des raisons qui seront exposées plus tard, me déterminent à les regarder

(1) Dans le système tarsal, qui a pour base la décroissance du nombre des articles des tarses, la place des Hétéromères est indiquée d’elle-même ; ils oc cupent le centre de l’ordre des Coléoptères. Un savant entomologiste de notre époque, M. L. Redtenbacher (Faun. Austr, ; Die Kæf., p. 589), a cru devoir les retirer de là pour les reporter vers la fin de l’ordre, où il les à mis entre les Lycoperdines et les Scydménides. Les Diareris, placées à leur tête, les rattachent aux premières; les Anthicides, qui les terminent, aux seconds. L'une de ces analogies porte sur le régime, l’autre sur une ressemblance dans la forme générale. Mais, si l’on obtient ainsi, pour les extrémités de la longue chaîne que forment ces insectes, deux transitions à demi-satisfaisantes, qu'a-t-on gagné pour les espèces intermédiaires, et quels rapports y a-t-il entre une Prmecra ou un Brabs et les deux familles en question ? M. L. Redtenbacher parait l'avoir senti; dans la seconde édition de l'ouvrage ci-dessus, qu’il publié en co moment, ii à restitué aux Hétéromères leur ancienne place.

(2) Un seul genre (Herenoransus) forme une exception à cet égard dans la section entière ; ses espèces n’ont que quatre articles aux tarses antérieurs et intermédiaires et trois aux postérieurs. Mais, comme l'article, en apparence absent,est représenté par wn petit nœud, cette exception n’en est une qu'à moitié. Dans le cas même où ce nœud n’existerait pas, le rapport entre le nombre des articles serait conservé; les tarses postérieurs en auraient toujours un de moins que les autres.

{3} On trouvera en tête de l'ouvrage de M. Mulsant, cité plus bas, un exposé très-complet de tousles changements qu'a éprouvés la classification de cesinsectes

(4) In Agassiz, Nomenclat. Zool.; voyez le tableau des familles de l’ordre des Coléoptères.

(5) Règne anim., éd. 2, V, p.2.

(6) « Essai d’une division des Coléoptères hétéromères et d’une monographie de li famille des Collaptérides. » Ann. d. 1. Soc. entom., IL, p. 479.

(7) Col. de France; Latigènes; in-80. Paris, 1854.

(8) Voyez sa « Faune des Coléoptères du Pérou » dansses Archiv, 1847, L, p.121.

TÉNÉBIIONIDES. 3

comme un groupe à part. Constitués de la sorte, les Ténébrionides forment une des grandes familles de l’ordre des Coléoptères.

Le sous-menton de ces insectes présente une échanerure plus où moins profonde, dont le fond est tantôt (Zophozides, Érodiides, ete.) coupé carrément ou sinué (1), tantôt muni d’un pédonoule quadrangulaire destiné à porter le menton. Dans ce dernier cas, entre le pédoneule et les bords latéraux de l'échancrure, il existe deux sinus destinés à loger la base des mâchoires, mais qui sont souvent réduits à une étroite fissure, Les bords latéraux eux-mêmes, ou les dents latérales du sous-mentori, comme je les appellerai, varient beaucoup sous

6 rapport de la longueur et de la forme : il leur arrive parfois (par ex. ELENOPHORUS) d'envoyer une saillie qui se recourbe en dedans et cache le corps des mâchoires, dont la base reste seule visible.

Le menton, toujours cerné, remplit souvent l'échancrure du sousmenton. Quand cela n’a pas lieu, il peut être suborbiculaire (AIS), cordiforme et bilobé (Cryproccossa), etc. ; mais sa forme la plus commune, est celle d’un trapèze renversé ou d’un quadrilatère plus ou moins convexe en dehors, et dont les bords latéraux sont étroitement amincis. Lorsque cétte forme s'exagère, comme cela a lieu chez la plupart dés Pédinides, c’est-à-dire lorsque les parties latérales aminoies s'élargissent et se détachent en avant de la partie médiane, qui, ellemême, est plus ou moins convexe sur sa face externe et souvent carénée, le menton paraît trilobé en avant,

La languette cornée, coriace ou membraneuse, soit en totalité, soit en partie, est nécessairement recouverte par le menton, quand celui-ci remplit le cadre buccal. Elle ne se dégage que peu à peu de cet organe, et la saillie qu’elle fait au-devant de lui est très-variable. Sos paraglosses que je n'ai jamais trouvées absentes, consistent en deux petites lamelles, situées sur sa face interne et qui se recourbent en dedans sans se joindre en avant; les cils dont leur bord antérieur est muni, font plus où moins saillie au-devant du corps de la languette et semblent lui appartenir. Très-souvent il existe à la base de cette dernière une ou deux de ces pièces accessoires dont il a déjà été question dans plusieurs familles, notamment dans celle des Staphyliniens, Les palpes labiaux présentent dans leur mode d'insertion une différence qui m'a pas encore été remarquée. Tantôt ils sont insérés sux les côtés de la languette, tantôt sur face externe, dans des fossettes de forme variable. Leurs supports, qui ne manquent presque jamais, adhèrent à la languette et sont presque toujours articulés avec la pièce basilaire ao cessoire dont il vient d'être question. Le nombre des articles de ces palpes est, comme de coutume, de trois, dont le premier toujours très-petit et le dernier en général plus grand que le pénultième.

(1) Dans ce cas, il existe presque constamment deux courts sillons qui partent des angles de l’échancrure et se dirigent en arrière ; c’est un dernier vestige des deux sinus dont la fermeture a licu par degrés insensibles.

4 TÉNÉBRIONIDES.

Les mâchoires peuvent être, comme la languette, cachées en totalité ou en partie par le menton. Leur lose externe est toujours plus grand que l’interne, large, tronqué en avant et muni de poils longs, rigides et très-serrés. Des poils analogues, qui garnissent en dedans le lobe interne, voilent souvent sa forme réelle. Il est presque toujours assez étroit, et tantôt presque droit ou cultriforme, tantôt terminé en crochet aigu. Il affecte même quelquefois (Strongylides) la forme d’une griffe très-grèle. Ce crochet corné, qui est dans certains cas (quelques Piméliides vraies et Pycnocérides) bifide, est loin d’avoir l'importance que Latreiïlle lui avait attribuée. Des quatre articles que comptent les palpes maxillaires, le 1° est toujours très-petit, le 2° allongé et en cône arqué, le 3° très-généralement plus petit que le dernier; celui-ci est le plus souvent triangulaire ou fortement sécuriforme.

Il est extrêmement rare (CALOGNATEUS, PHRENAPATES) que les mandibules s’allongent et s’écartent de la forme indiquée dans la formule caractéristique de la famille. Leur face inférieure est plus ou moins concave et irrégulière , leur échancrure interne occupée par des poils plus ou moins abondants ou une membrane, et la dent molaire de leur base en forme de disque plan et sans stries. Leur extrémité est bifide ou entière (1), et ce caractère a généralement une valeur plus que générique.

Souvent le labre est caché sous l’épistome, ou le dépasse faiblement. Mais il est tout aussi commun qu'il en soit autrement, et dans une foule de genres, cet organe est complètement libre et laisse voir la membrane qui l’attache à la tête (2).

Cette dernière varie considérablement sous tous les rapports. Elle est très-souvent engagée dans le prothorax jusqu'aux yeux; mais assez souvent aussi, elle se prolonge en arrière de ces organes. La forme

(1) Lorsqu’elles sont bifides, la fissure qui les rend ielles partage ordinaire+ ment leur extrémité en deux parties égales et se prolonge plus ou moins, en formant un sillon sur leur bord externe ou dorsal. Ce sillon n’existe pas quand elles sont entières, mais alors la fissure terminale est ordinairement remplacée par une petite échanerure de leur bord inférieur, placée à peu de distance de leur sommet, C’est dans ce sens que doivent ètre entendus ces mots : mandibules entières où simples.

(2) Solier (Ann. d. 1. Soc. entom. V, p. 304 note, pl. 6, f. 21 et 22) a signalé et figuré chez les Nyctéliides une pièce lamelleuse située, dit-il, à la partie supérieure de la bouche, entre les mandibules, et munie en dessous de deux ran-

mgées de longs cils. Je l'ai retrouvée, en effet, non-seulement chez la plupart des espèces de ce groupe, mais chez plusieurs Asidides américains des genres Perecxeuonus et Paozrraus; elle s’étend ordinairement jusqu’à la partie antérieure du labre, qu’elle tapisse ainsi en dessous. C’est évidemment l’analogue de la lame que j'ai signalée chez les Cesmo (tome IV, p. 239) et qui, à son tour, correspond aux Parachilia, découvertes par Erichson chez les Lamellicornes. Jignore si cette pièce, qui se détruit aisément lors de la dissection des organes buccaux, existe chez toutes les espèces de la famille.

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des dilatations que ses bords latéraux ou joues envoient au-dessus des antennes, mérite une attention particulière. Ces orbites antennaïres affectent deux formes différentes. Dans la grande majorité des espèces, elles sont plus ou moins larges et arrondies, faiblement ou non redressées, tandis que dans plusieurs groupes (Méracanthides , Mégacanthides, etc.), elles sont courtes, trigones , redressées, en un mot pareilles à des oreillettes. Cette dernière forme coexiste toujours avec un brusque rétrécissement de l’épistome, un labro très-saillant et des mandibules un peu allongées, de sorte que la tête est alors terminée par un museau quadrangulairé. Pour plus de brièveté, j'appellerai Otidogénes, les espèces chez lesquelles les orbites antennaires sont ainsi faites, et Platygénes, celles où elles affectent la forme indiquée en premier lieu.

En avant de ces orbites , les bords latéraux de la tête se rétrécissent peu à peu ou brusquement. Dans l’un comme dans l’autre cas, ils embrassent l’épistome proprement dit, qui fait en avant d'eux une saillie plus ou moins forte, parfois (la plupart des Diapérides) nulle (1). Souvent il est séparé des parties environnantes par un sillon en arc de cercle ou quadrangulaire. Dans les premiers groupes de la famille, ce sillon est très-sujet à disparaître et en général peu apparent.

A d'assez rares exceptions près, les yeux sont grands, transversaux, plus ou moins entamés par les joues en avant, et souvent en outre rétrécis par des orbites postérieures.

Les antennes varient à un degré extraordinaire, sans ètre jamais pectinées ni flabellées (2), et ce sont les modifications graduelles et sans fin qu’elles subissent, qui sont en grande partie la cause des difficultés que présente la classification de la famille. Leur caractère le plus con. stant, est l'allongement de leur 3° article. La disparition du 12° ou sa fusion plus ou moins complète avec le 10°, ne s’observe que chez les Mélasomes de Latreille. 11 y a dans le mode d’insertion des antennes, deux types distincts, qui confirment la division des espèces en Platygènes et Otidogènes. Chez les premières, elles sont constamment insérées au-dessous du niveau du bord supérieur des mandibules; chez les secondes, elles le sont plus haut, de sorte qu’une ligne tirée à

(1) La partie de la tête antérieure au front et aux orbites antennaires n’est par conséquent pas formée par l’épistome seul, J'ai cru néaumoins pouvoir lui conserver ce nom, attendu qu’en règle générale, comme chez les antres Coléoptères, c’est lui qui en constitue la plus grande portion. Le nom de chaperon, que Jui ont donné quelques auteurs, me parait devoir être réservé pour les groupes chez lesquels la partie antérieure de la tête surplombe les organes buccaux, comme chez les Lamellicornes, par exemple.

(2) 1 y a cependant une exception chez une espèce inédite du genre PENTRe (Axonrors Dej.) : les quatre derniers articles de ses antennes sont fortement

pectinés, C’est, à ma connaissance, la seule de toute la famille qui soit dans ce cas.

6 TÉNÉBRIONIDES.

partir de leur nœud articulaire passe au-dessus du niveau en ques: tion. Leur premier article est tantôt en grande partie invisible, tantôt entièrement à découvert, quand on regarde la tête d’en haut. Cela dé: pond à la fois de la longueur de cet article et du plus où moins de saillie des orbites antennaires.

La forme du prothorax est trop variable pour qu'on en puisse rien dire en général, sauf pour ce qui concerne la distinction de son pronotum d’avec ses flancs ou parapleures. La fusion complète de ces parties n’alieu que chez les Lepropes, quelques Tentyriides (Evanro- Somus, Merapnonus), Adéliides (Apocrypra, CoNoxoTus) ot beaucoup de Strongylides (CxPmonorus, SPHENIScUS, ete.).

L'écusson est souvent très-petit ou nul chez les espèces épigées, à l'exception des Molurides, chez lesquels il est très-grand, mais situé sur le pédoncule du mésothorax qu'il recouvre en grande partie, en ne pénétrant que très-peu ou pas du tout entre les élytres. Celui des au tres espèces est, au contraire, presque toujours distinot, mais presque constamment de grandeur médiocre,

Les élytres embrassent tantôt fortement, tantôt faiblement l’arrièrecorps. Il est nécessaire ici de distinguer de leurs parties descendantes ou les épipleures proprement dites, une bande lisse qui longe ou plutôt forme leur bord inférieur, attendu qu’elle fournit souvent de bons caractères, pour distinguer non-seulement les genres, mais les groupes supérieurs aux genres. Cette bande sera désignée sous le nom de repli épipleural (1). La famille est remarquable par le grand nonibre d'espèces aptères qu’elle renferme. Néanmoins, quoique ce caractère aoquière par là plus d'importance qu’il n’en a ordinairement, ce n’est pas un caractère de premier ordre, et c’est à tort que Latreille et surtout Solier lui ont donné cette importance. Il y a des genres (par ex. Hezors) qui renferment des espèces, les unes privées, les autres pourvues d'ailes inférieures. L'absence de ces organes à souvent pour conséquence la soudure des élytres entre elles.

(1) Lorsque les élytres embrassent faiblement le corps, chez les Coléoptères en général, le repli épipleural se confond avec les épipleures et devient plus ou moins horizontal. La distinction indiquée dans le texte n’est alors ni nécessaire ni même possible. Elle ne devient telle que lorsque les élytres, embrassant fortement le corps, les épipleures acquièrent une largeur plus ou moins grande. Si, jusqu'ici, ce repli a échappé à l'attention des entomologistes, c'est qu'il est presque exelusivement propre à la famille actuelle. Il mañque dans les autres ou n’y existe qu’en vestige, et ne peut, dès-lors, servir à rien. Il est absent, par exemple, chez tous les Curculionides à épipleures larges (Bracnvc£nus, Hipro- RHNUS, etc.); parmi les Carabiques, il y en a un très-étroit chez les CYcrnvs, les TerLus, ete. Les deux auteurs les plus récents qui ont écrit sur les Ténébriomides, Solier et M. Mulsant, n’ont pas fait la distinction dont il s’agit. Partout Solier nomme les épipleures, quand ellés sont bien développées, flancs des élytres; M. Mulsant, quelle que soit leur largeur, les appelle simplement repli. J'ajouterai, cependant, qu’il est le premier qui en a tiré un bon parti, et que c’est lui qui m’a mis sur la voie,

TÉNÉBRIONIDES. i

L'écartement des pattes de chaque paire, à leur naissance, est un des caractères importants des Ténébrionides. I les distingue des autres familles des Hétéromères, à l'exception des Cistélides, où ilén est dé même chez quelques genres. Ce caractère ne souffra aucune exception.

Les hanches antérieures de ces insectes sont généralement ‘très: grosses; celles des Cossyphides seuls Sont remarquables par leur extrème petitesse. De globuleuses qu’elles sont ordinairement , ellés deviennent un peu transversalement cylindriques chez un assez grand ñombre d'espèces (par ex. la plupart des Diapérides); celles des Srte- Niseus sont ovoïdes, et en partie dégagées de leurs cavités cotyloïdesg enfin, il y a-même un genre (Cyrnonorus) chez lequel elles sont coniques et très-saillantes ; mais cette exception est unique.

Les hanthes intermédiaires sont globuleuses ou brièvement 6valaires. Les trochantins dont elles sont accompagnées dans les deux tièrs au moins des espèces, n'avaient pas été signalés jusqu'ici.

Quant aux hanches postérieures, leur forme’est déterminée par celle d’une saillie que le premier segment abdominal envoie entre elles, et que je désignerai simplement sous le nom de saillie intercoxale. Sour vent elle est étroite, acuminée en avant, et alors sa pointe est presque toujours reçue dans une échancrure du bord postérieur du métaster< num; mais presque aussi souvent, elle est plus ou moins large, parallèle sur les côtés ou ogivale. Dans le premier cas, les hanches en question sont fortement transversales; dans le second, plus où moins brièvementovalairés etmême parfois (Ezenopnorus)globuleusess maïs toujoursles cuisses postérieures se meuventsur elles pendantlamarche.

Après les hanches, les caractères les plus importants que fournissent les pattes, résident dans les jambes et les tarses.

Les premières sont d'autant plus épineuses et munies d’éperons bien. développés, que les espèces sont plus épigées, plus agiles à la course, ou fouisseuses; quand ces habitudes disparaissent ou s’affaiblissent, les jambes sont beaucoup plus lisses, et leurs éperons, au plus médiocres, sont très-souvent réduits presque à rien ou nuls. Les mêmes raisons: expliquent aussi pourquoi, dans le premier cas, les tarses sont généras lement épineux ou garnis de cils, tandis que dans le second, leur sutface inférieure est revêtue de poils souvent villeax ow formant une brosse: Le pénultième article de ces organes est, dans l'immense mas jorité des espèces, parfaitement entier; mais il existe çà et là quelques genres et même un groupe entier (Hétérotarsides) chez lesquels il est sübbilobé, c’est-à-dire cordiforme et excavé en dessus pour recevoir le dernier article. La simplicité des crochets des tarses est constante.

L'étude dela partie inférieure du corps présente un intérêt particulier,

La brièveté relative du pénultième segment abdominal est très-pro= noncée dans la grande majorité des espèces, mais vers la fin de la famille, ce caractère s'affaiblit, et le segment en question est peu différent du troisième.

8 TÉNÉBRIONIDES.

Solier est le premier qui ait signalé l'extrême brièveté du métasternum chez beaucoup de ces insectes (1). Elle est souvent telle, que les hanches postérieures sont très-faiblement séparées des intermédiaires. Ce caractère est toujours accompagné d’une forte irrégularité des bords antérieur et postérieur de ce segment thoracique, entamés qu'ils sont par les cavités cotyloïdes des deux dernières paires de pattes. Ce raccourcissement du métasternum a d'autant plus d'importance qu’il est indépendant de la forme générale du corps (1). Je ne connais que très-peu de genres (par ex. HeLors, HenyPHANES) où il est court ou allongé, selon les espèces.

Le métasternum envoie constamment, entre les hanches intermédiaires, une saillie en général assez large. Il concourt, comme de coutume;, avec le mésosternum, à fermer leurs cavités cotyloïdes au côté

“externe. Toutes les fois que les trochantins, dont il a été question plus haut, manquent, les deux segments thoraciques se rejoignent sur une plus ou moins grande étendue et serrent de près les hanches. Si les trochantins existent, ils se rejoignent encore assez souvent, mais sur une plus faible étendue, et les cavités cotyloïdes sont plus ou moins büillantes en dehors (2). Le plus ordinairement ils restent séparés, et ces cavités sont alors complétées par les épimères mésothoraciques. Les épisternums du métathorax sont souvent très-larges, quand ce dernier est court, carrées ou fortement arrondies au côté interne, et leurs épimères sont très-réduites et même nulles. Elles ne manquent jamais lorsque le métasternum estallongé, mais toujours elles sont fort petites.

La forme et les rapports du mésosternum avec la saillie prosternale varient beaucoup. Les épimères mésothoraciques sont extrêmement réduites dans les premiers groupes de la famille, ordinairement linéaires et placées soit en dehors, soit en arrière des épisternums, ou les embrassent dans ces deux directions (3). Mais bientôt elles s’agran-

(1) Ann. d. 1. Soc. entom., IL, p. 497. M. Mulsant (Col. d. France ; Latigènes) n’a pas tenu compte de cette particularité dans les caractères de la famille ni dans ses formules génériques. IL s’est ainsi privé d’un grand secours dans sa classification.

(1) Le métasternum, par exemple, est très-court chez les Tentyriides, qui sont, pour la plupart, des insectes allongés ; il est long chez les Diarems, qui sont globoso-ovalaires, et chez les HewieyeLus, qui sont orbiculaires. Je pourrais citer une foule d'exemples de ce genre,

(2) Ce bäillement n’est pas du tout produit, comme on pourrait le croire, par la présence des trochantins, car il est rare (par ex. Serrpium) que ces derniers remplissent complètement le vide ainsi formé en dehors des hanches. U y a même des cas où les trochantins sont très-petits et le vide en question plus grand que de coutume.

(3) Quand les épimères sont situées en arrière des épisternums, ceux-ci entrent nécessairement en contact avec les élytres; mais l'inverse n’a pas toujours lieu quand elles sont externes, attendu qu’elles peuvent être abrégées

TÉNÉBRIONIDES. . 9

dissent ot se mettent, comme je l'ai dit plus haut, en rapport avec les cavités cotyloïdes intermédiaires. 11 y a même des groupes (par ex. Cnodalonides) où elles sont presque aussi grandes que les "mm à

Enfin, quant au prosternum, parmi les modifications qu'il éprouve, deux surtout méritent d’être signalées. Parfois (Cryptochilides, plusieurs Molurides) son bord antérieur s’'évase en formant une sorte de large mentonnière qui reçoit la partie inférieure de la tête au repos. Ailleurs (Méracanthides, Mégacanthides, ete.), ce même bord est échanoré au point que les cavités cotyloïdes antérieures ne sont plus fermées en avant que par un mince filet. La tôte alors, quand elle se contracte, s'appuie presque sur les hanches antérieures et sur la base de la saillie prosternale, qui est perpendiculaire à l'axe du corps.

Les différences sexuelles sont en général nulles chez les Ténébrionides. Quand elles existent, les plus apparentes consistent dans la présence de cornes sur la tête des mâles (quelques Diapérides), la dilatation de leurs tarses antérieurs et intermédiaires (Pédinides, Hélopides, plusieurs Adéliides), l'existence d’une touffe de poils sur leur abdomen (Bras), ou, ce qui est excessivement rare et ne se voit que chez quelques STRONGYLIUM, en ce que leur abdomen à six seBrROR IE ventraux au lieu de cinq.

Quant aux habitudes de ces insectes, le nom de Ténébrionides est loin de convenir à tous. Si la plupart d’entre eux recherchent, en effet, l'obscurité, il en est d’autres, même parmi les premiers groupes de la famille, qui se plaisent à la lumière et dont l’activité ne se déploie que sous l’action des rayons du soleil. Parmi ces espèces diurnes, les unes (par ex. Zornosis, Pimezta, NycreLra), étant aptères, sont condamnées à vivre sur le sol. Les autres, presque toutes exotiques (par ex. Strongylides), se trouvent sur les feuilles ou sur les troncs des arbres; à peine en connait-on quelques-unes (par ex. Nepnopes) qui fréquentent les fleurs. Les espèces lucifuges présentent des modifications analogues dans leurs mœurs. Celles que Latreille avait réunies sous le nom de Mélasomes, vivent presque exclusivement dans les endroits sablouneux, les terrains secs et arides, les ruines et autres lieux semblables ; tandis que les Taxicornes et les Ténébrionites du même auteur s’abritent plus volontiers sous les écorces ou (Diapérides) dans l’intérieur des bolets. La règle générale sous ce rapport, comme sous celui du régime, est que les insectes parfaits continuent le genre de vie de leurs larves. Sauf pour ceux qui se nourrissent de végétaux cryptogammes, ce régime est presque exclusivement saprophage.

La livrée des Ténébrionides est en harmonie avec leurs mœurs. Un noir profond, que relèvent rarement des reflets bronzés ou des taches blanches, constitue ordinairement celle des espèces épigées ; parmi les autres, beaucoup rivalisent, sous ce rapport, avec les insectes ornés de

en avant. J'avais cru d’abord pouvoir tirer parti de ce caractère, mais souvent il est simplement spécifique.

Le.

couleurs variées où métalliques. La plupart des espèces lucifuges sont recouvertes, pendant la vie, d’une efflorescence pruineuse qui se renouvelle après avoir été enlevée. Chez quelques-unes, cette sécrétion consiste en une substance qui ressemble, à s’y méprendre, à des fils de toiles d’araignée (Euryenona), ou (Srervopgs) en un liquide dont Ja production n’a lieu que dans des points déterminés du corps et qui, en se desséchant, forme des taches d’un blanc pur ou jaunâtre. Une foule de ces mêmes espèces lucifuges, surtout celles qui vivent sous les écorces ou qui sont bolétophages, exhalent une odeur particulière, d’une nature ammoniacale; chez celles qui sont épigées et souterraines, elle est ordinairement remplacée par une odeur fétide et qui persiste longtemps après qu’on les a touchées. Enfin, parmi les Mélasomes, beaucoup sont remarquables par la ténacité de leur vie ; on en a vu prolonger leur existence pendant plusieurs mois, en ayant le corps traversé par une épingle (1). Ce sont presque les seuls Coléoptères chez lésquels des faits de ce genre aïent été observés.

La distribution des Ténébrionides épigés est une des plus tranchées qui existe parmi les insectes. Dans l’ancien continent, l’Afrique tout entière, le pourtour de la Méditerranée et les régions qui avoiïsinent la mer Caspienne, constituent trois grands centres dans lesquels ils abondent. Les Indes orientales et l'Australie n’en possèdent qu'un petit nombre. Dans l'Amérique du Sud, la Patagonie entière, la République argertme, le Chili, Bolivia et le Pérou, sont les seules régions de ce vaste continent où ils soient très-multipliés. Dans celle du Nord ils commencent à apparaître dans les plaines à l'Est des Montagnes rocheuses, et leur nombre va toujours en s’accroissant, à mesure qu’on avance à l'Ouest. La Californie et los régions encore imparfaitement explorées du Nouveau-Mexique, semblent être dans ce continent la patrie spéciale de ces insectes. Mais le fait le plus important à constater, c’est que, sauf quelques Oparrum, pas une de ces formes américaines ne rentre dans les genres propres à l’ancien continent, et wice versä. Il y a même mieux, l'Amérique du Nord et celle du Sud ne semblent pas jusqu'ici posséder un seul genre en commun. Les Ténébrionides non épigés sont distribués sur le globe d’après d’autres lois. [1 y en a partout, mais plus qu'ailleurs dans ls régions intertropicales de l'Amérique du Sud.

Ce qui vient d’être dit des habitudes varices de ces insectes à l'état parfait, convient à leurs larves (2). Mais il est extrêmement remar-

(1) J'ai rapporté dans le temps (Ann. d. Se. nat. XX, p. 275) le fait d'une espèce (c'était un Enromopenes) prise par moi dans le Tucuman, au mois de mai, et qui n'avait cessé de vivre qu’au mois de novembre suivant,

(2) Pour des détails généraux sur ces larves, voyez Erichson, Archiv, 1842, L, p. 365; Westwood, An Introd. to the mod. class. of Ins.[, p.316; Chapuis ei Candèze, Mém. d. 1, Soc. d. Sc. d. Liège, VO, p.513; Mulsant, Col. d. France; Latigènes, p. 27; et Ed, Perris, Ann. d. 1. Soc. entom, 1857, p. 348.

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quable qu’elles soient aussi homogènes, sous le rapport de l’organisation, dans une famille ou l'instabilité de la forme générale et de tous les organes est portée à ses dernières limites. Elles se ressemblent, en effet, tellement qu’on ne peut les distinguer génériquement qu’à la taille , la couleur, la ponctuation, l’absence ou la présence des stemmates et surtout à la structure du dernier segment abdominal et de ses appendices.

Quelle que soit la forme des insectes parfaits, et cette forme est souvent courte, large et ventrue, ces larves sont toutes très-allongées, grêles, suboylindriques ou un peu déprimées, et ont. en même temps un aspect rigide, dù à des évussons cornés ou parcNëminés qui revétent leurs segments, tant en dessous qu’en dessus. Leur tête, également cornée, est convexe en dessus, et son épistome est distinct. Leur bouche, un peu inférieure, est composée du labre, de deux mandibules robustes et bifides à leur extrémité; deux mâchoires coudées, libres, terminées par un seul lobe spinosule où muni d’un crochet corné, et portant des palpes de trois articles; enfin d’un court menton précédé d’une languette charnue assez saillante, et portant des palpes trèspetits et bi-articulés. Les antennes, insérées latéralement, près de la base des mandibules, sont composées de quatre articles, dont les deux intermédiaires sont les plus longs. Les organes de la vision manquent souvent, et, quand ils existent, leur nombre varie de deux à cinq. Le prothorax est généralement un peu plus allongé que les deux autres segments thoraciques, qui sont peu différents des huit premiers segments de l'abdomen. Le dernier segment abdominal se distingue des précédents par sa forme et les saillies, consistant souvent en deux crochets, dont il est muni. En dessous, il est pourvu ordinairement d’un mamelon bifide, rétractile et servant de point d'appui à la larve pendant la locomotion. Lies pattes, plus ou moins épineuses, se composent de cinq pièces dont la dernière, représentant le tarse, est courte et crochue; les antérieures sont un peu plus grandes et plus robustes que les autres. Les neuf paires de stigmates sont situées : la première près du bord antérieur du mésothorax, les autres à quelque distance des angles antérieurs des huit premiers segments abdominaux.

Par suite de la rigidité de leur enveloppe cutanée, qui ne leur per met pas de contracter et de distendre leur corps, comme le font les larves charnues, celles-ci ont des allures particulières. Ainsi que l’a fait remarquer M. Ed. Perris, quand elles sont en mouvement, leurs pattes âgissent soules, et la partie postérieure du corps semble inerte et être traïnée à la remorque par l’antérieure. Le mamelon du dernier segment abdominal ne pousse pas le corps en avant, mais agit d’une manière passive pour l'empêcher de rétrograder. Quelques-unes de ces larves, quand le moment de leur métamorphose est venu, déploient une certaine industrie pour protéger leur existence pendant l’état de torpeur qui va suivre. Les nymphes, outre quelques tubereules pili-

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gères sur le prothorax, présentent sur les côtés de l'abdomen des saillies variables selon les espèces, parfois assez bizarres, et qui leur sont presque exclusivement propres dans l’ordre entier des Coléoptères.

Si l’on excepte Latreille et M. de Castelnau (1), la famille, telle qu’elle est conçue ici, n’a encore été traitée dans son ensemble que par des auteurs de Faunes locales européennes (2). La Monographie des Collaptérides de Solier (3), citée plus haut, en comprend à peine la moitié. C’est le travail le plus important dont ces insectes aient été encore l’objet et le seul qu'il y ait lieu de mentionner ici.

Je ne m’étendrai pas sur les difficultés exceptionnelles que présente la classification d&cette famille ; elles sont connues de tous les entomologistes qui ont abordé son étude. Celle qui suit est basée sur des caractères négligés jusqu'ici, ou auxquels on n’a pas accordé la valeur qu'ils me paraissent avoir, c’est-à-dire l'absence ou la présence des trochantins intermédiaires, les dimensions en longueur du métasternum, l'insertion des palpes labiaux sur la languette, la forme des orbites antennaires et la vestiture des tarses. Le lobe interne des mâchoires et l’atrophie des ailes inférieures, ne viennent qu'en seconde ligne. Du reste, aucune des innombrables modifications qu'éprouvent tous les organes n’a été négligée. Quelque excessif que puisse paraître le nombre des groupes que j'ai admis en combinant tous ces caractères, je crois qu’il y aura plutôt lieu de l’augmenter que de le restreindre par la suite; quelques-uns d’entre eux, en effet, contiennent encore des éléments douteux.

Aucun d’entre eux n’est supérieur aux autres, ni ne contient des

(1) Hist. nat. d. Col. I, p.179. La classification exposée dans cet ouvrage est la même, pour ce qui concerne ses bases, que celle de Latreille,

(2) Après M. Mulsant, dont le travail a été mentionné plus haut, on ne peut guère citer, parmi les auteurs contemporains, que M. L. Redtenbacher. Ce savant entomologiste (Faun. austr.; Die Kæfer, ed. 2, p. 577) divise les Hétéromères en treize familles d’égale valeur, dont les quatre premières (Piméliides, Diapérides, Ténébrionides, Hélopides) rentrent parmi les Ténébrionides. C’est, comme on le voit, l’ancienne division de Latreille et Dejean.

(3) Solier a divisé ses Collaptérides en quinze tribus dont il à traité quatorze, qui ont paru dans trois recueils différents : 19 Annales de la Société entomologique de France HI, p. 506, Érodites; IV, p. 249, Tentyrites; p. 509, Macropodites; V, p. 5, Pimélites ; p. 303, Nyctélites; p. 403, Asidites; p. 635, Akisites; VI, p.151, Adélostomites; VIL, p.6, Tagénites; p.159, Scaurites; IX, p.207, Praocites ; X, p.29, Zophérites, 2° Mémoires de l'Académie de Turin, sér.2, VI, p.213, Molurites, 3° Baudi e Truqui, Studi entomologici, p.155, Blapsites.— Son travail a été récemment complété par MM. Mulsant et Rey, qui ont donné une Monographie de la quinzième tribu, celle des Pédinides. — Dans la partie entomologique de l'ouvrage de M. Gay sur le Chili, Solier, en rédigeant les Hétéromères (Il, p. 125), a modifié son travail primitif en établissant trois nouvelles tribus, sous les noms de Nyctérinoïdes, Oligocaroïdes et Blapstinoïdes. Toutes trois sont composées des éléments les plus disparates.

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formes qu’on puisse regarder comme plus spécialement typiques de la famille. Par suite également de l’extrème variabilité de tous les organes, aucun d’eux ne peut être caractérisé en peu de mots. Seulement, afin d'éviter d’inutiles répétitions, il m’a paru convenable de les diviser en deux sections, basées principalement sur l'absence ou la présence des trochantins intermédiaires (1).

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