COHORTE II
Tarsos revêtus en dessous, chez presque tous, de poils tantôt peu abondants et couchés, tantôt fins et villeux, tantôt formant une brosse. — Palpes labiaux toujours insérés à la face externe de la languette. — Mandibules aussi souvent entières au bout que hifides, — Orbites antennaires le plus souvent non en forme d’oreillettes.—Métasternum tantôt allongé, tantôt très-court. — Corps ailé ou aptère.
Cette cohorte dans laquelle rentrent tout le reste des Ténébrionides, comprend la totalité des Coryssoptérides et la majeure partie des Blapsites de Solier; ou , si l’on aime mieux, elle est empruntée presque entièrement aux Taxicornes, aux Ténébrionites et aux Hélopiens de Latreille et Dejean (3). Il n’y a pas de limites réelles entre elle et la
(1) Ne serait-il pas possible que le 2e article de ces organes, qui est indiqué comme à peine visible, fût simplement un petit nœud articulaire appartenant au 30 article?
(2) C. trachyscelides, White, loc. cit. pl. 2, f. 12,
(3) I s’y trouve plusieurs genres (Hesorueus, Misozawpus, Zormus, Psonopes, Enorcorus) que Dejean avait classés parmi ses Mélasomes, et d'autres à l'égard desquels il eut, sans aucun doute, pris le mêmo parti, s'il les avait connus,
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TRACHYSCÉLIDES. 289
cohorte précédente, pas plus qu’il n’y en a entre les trois familles que je viens de citer ou entre les Coryssoptérides et les Collaptérides de Solier (2). Le principal caractère qui la sépare de la cohorte en question, c’est-à-dire la vestiture des tarses, souffre en effet quelques exceptions. Il y a même un groupe presque entier, celui des Pyenocérides, où ces organes sont complètement dépourvus de poils, et plusieurs genres se trouvent dans le même cas. La présence des tro-
(1) Solier (Ann. d. 1. Soc. entom. ILE, p. 492) n’a basé sa définition de ces deux groupes que sur la présence ou l’absence d’un crochet corné au lobe interne des mâchoires et celles des ailes inférieures, en y ajoutant, pour les Collaptérides, la brièveté du métasternum. On sait, dopuls longtemps, ce que valent les deux premiers de ces caractères empruntés à Latreille, et il est inutile d’y insister. Le troisième à un peu plus de valeur, et j'ai essayé de m’en servir pour point de départ, mais il ne m’a conduit à rien de satisfaisant. La vestiture des tarses à laquelle j'ai donné la préférence, est également sujette à objection; mais elle a du moins cet avantage d’être assez bien en harmonie avec les habitudes de ces insectes et de jeter une vive lumière sur la place que doivent occuper un grand nombre de genres ambigus que Solier a compris dans ses Blapsites, tout en convenant que plusieurs d’entre eux ont d'intimes rapports avec les Hélopiens. Au surplus, il faut que les entomologistes se persuadent bien que, quoi qu’on fasse, il est absolyment impossible de définir tant soit peu rigoureusement la presque totalité des groupes, quels qu'ils soient, qu’on établit dans la famille actuelle, et cela est tellement vrai, que les auteurs de Faunes locales européennes ne parviennent pas eux-mêmes à le faire, malgré le petit nombre de ces insectes qu'ils ont à mettre en ordre. Cela vient de ce que les Ténébrionides sont construits d'après un plan particulier, dont il ne sera pas inopportun de dire ici quelques mots.
Nos classifications sont basées non sur des caractères isolés, mais sur des combinaisons de caractères. Pour qu'elles soient d’une exécution relativement facile, il faut que le nombre des caractères à combiner ne pèche ni par défaut ni par excès. [1 y a des familles, telles que celle des Elatérides, où le premier cas à lieu; elles sont trop homogènes. D’autres, plus nombreuses, sont à cet égard dans un juste milieu; leurs espèces possèdent un fond commun d’organisation qui est stable ou ne varie que très-peu. Tel est le cas, chez les Carabiques, par exemple, pour les yeux, les antennes, les”segments abdominaux, les pièces des segments thoraciques, etc. On n’a par conséquent affaire ici qu’à un nombre restreint d'organes qui ne donnent lieu qu'à une quantité modérée de combinaisons. 11 en résulte que les groupes supérieurs aux genres peuvent se Caractériser en peu de mots, et que leurs limites sont en général assez tranchées. Chez les Térébrionides, au contraire, une instabilité sans limites est la règle ; Pas un seul organe, même le plus insignifiant, n’y échappe. Si, comme cela doit être, on tient compte de tous, le nombre des combinaisons auxquelles ils donnent lieu est tellement considérable, qu'il n’est plus possible de les mener de front, et que pour chaque groupe on est obligé de passer en revue l’organi- Salion presque tout entière. Qu'on ajoute à cela des transitions insensibles entre les formes que peuvent affécter les organes et une forme générale aussi peu stable que ces deruiers, et l’on comprendra que des insectes ainsi faits s0
refusent invinciblement, dans la plupart des cas, à toute définition précise de leurs groupes,
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290 TÉNÉBRIONIDES.
chantins intérmédiaires, caractère d’une valeur encore plus grande que le précédent, n’est.pas elle-même constante. Ces pièces manquent chez les Cossyphides, les Ulomides, et leur existence est douteuse chez les Apocrypxa et les Goxonorus, deux genres de la tribu des Hélopides. Pour ce qui concerne les mandibules, les orbites antennaires, le métasternum et les ailes inférieures, la formule qui précède indique suffisamment combien toutes ces parties sont peu stables.
Malgré l'absence de limites précises, ce groupe me paraît cependant assez naturel. Les tribus dans lesquelles j'ai réparti ses genres ne s'élèvent pas à moins de dix-neuf. Les quinze premières comprennent des espèces platygènes comme toutes les précédentes; les quatre autres, celles qui présentent cette forme particulière des oxbites antennaires que j'ai signalées dans les généralités de la famille, en un mot les espèces otidogènes. On remarquera que ces tribus se succèdent dans le même ordre que les Taxicornes, les Ténébrionides et les Hélopiens de Dejean. Ce n’est pas cet ordre, en effet, qui a besoin d’une réforme, mais la composition de ces groupes dans lesquels Dejean à souvent rapproché les unes des autres les espèces les plus disparates. ‘ a ;
Pris dans leur ensemble, les Ténébrionides de cette cohorte ont des habitudes différentes de celles des espèces précédentes. Un petit nombre d’entre eux sont exclusivement épigés; les autres vivent aux dépens des végétaux cryptogames ou sous les écorces, dans l'intérieur des arbres en décomposition, quelques-uns sur les feuilles. Leur livréé est en harmonie avec ces divers genres de vie, qui, du reste, n’ont influé en rien sur les caractères généraux de leurs larves.
Il est presque inutile de dire que les caractères inscrits dans le tableau suivant, qui m'a coûté beaucoup de peine, ne s'appliquent qu’à la généralité des espèces de chaque tribu.
A. PLarycëxes,
I. Hanches antérieures et intermédiaires de grosseur normale; les premières cylindriques et transversales.
a Un sillon le long du bord postérieur du cadre buccal. Box1ToPHAGIDES.
aa Point de sillon — — b Yeux plus saillants que les orbites antennaires.
Maudibules courtes, bifides au bout, DraPéRInEs. — longues, trifides — PHRÉNAPATIDES:
bb Yeux débordés par les orbites antennaires. Trochantins intermédiaires indistincts. ULomipes, — — très-distincts, Hécéines.
IL. Hanches antérieures et intermédiaires très-petites, globuleuses; celles-ci dépourvues de trochantins. Cossypnipgs.
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TRACHYSCÉLIDES.
JT. Hanches antérieures de grosseur normale, globu-
leuses; les intermédiaires pourvues de trochantins.
a Episternums métathoraciques étroits, parallèles, rarement atténués en arrière.
b. Elytres embrassant fortement le corps, sou-
dées, très-inégales ou tuberculeuses. Evrériwes. bh Elytres embrassant faiblement le corps.
c Labre dépassant à peine l’épistome; métaster-" num très-court. CosroMÉTOPIDES.
cc Lebre plus ou moins saillant, souvent presque en entier visible.
d Métasternum allongé.
e Mésos DT déclive, ün peu concave, parfois plans
f Antennes de forme variable, mais jamais en grande partie moniliformes; leur 3e art, plus long que le 4e,
Pénultième article des tarses entier.
TÉNÉBRIONIDES VRAIS.
— — subbilohé. HÉTÉROTARSIDES.
[f Antennes robustes, en grande partie moniliformes; leur 3e art. en général pas plus long que le 4e. PyenocéRIDES.
ee Mésosternum horizontal, fourchu ou fortement concave, recevant au moins en partie Ja saillie prosternale.
Mandibules bifides à leur extrémité. CYPHALÉIDES. — entières — CNODALONIDES.
Û dd NMétasternum très-court chez la plupart, médiocrement allongé chez les autres. HéLopwes. aa Episternums métathoraciques larges et arrondis au côté interne; élytres embrassant plus ou moins fortement le corps, soudées. HéLormpes. B. Orinacènes.
1. Mélasternum très-court; corps aptèro. MÉRAGANTHIDES. Il. allongé; — ailé.
a Tète verticale au repos; prosternum très-Court en avant.
Cuisses antérieures dentées. MÉGACANTHIDES.
— inermes. AMARYGMIDES.
aa Tête penchée au repos; prosternum de longueur normale en avant. STRONGYLIIDES,
A. PLATYGÈNES.
Toutes les espèces européennes de la cohorte appartiennent à cette Section et rentrent dans six des quinze tribus qui la composent; les neuf autres sont exclusivement composées d'espèces exotiques.
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292 TÉNÉBRIONIDES.
TRIBU XXVIII
BOLITOPHAGIDES.
Languette cornée, saillante; ses palpes fortement séparés à leur base. — Lobe interne des mächoires inerme. — Dernier article des palpes maxillaires non sécuriforme. — Mandibules bifides à leur extrémité.—Labre peu saillant.—Tête courte, engagée dans le prothorax au moins jusqu'au bord postérieur des yeux; épistome très-court,
demi-cireulaire en avant. — Yeux fortement débordés et plus ou moins entamés par les joues. — Antennes arquées, x en partie, au repos, dans un sillon transversal allant d’un œil ütre, en lon-
geant le bord postérieur du cadre buccal; ces organes grossissant peu à peu, avec leurs derniers articles plus ou moins perfoliés, rarement pectinés. — Prothorax échancré en avant, très-souvent foliacé et crénelé sur ses bords latéraux. — Ecusson distinct. — Elytres embrassant médiocrement le corps. — Hanches antérieures cylindriques et transversales; jambes simples, leurs éperons terminaux nuls ou sub- : obsolètes; tarses courts, faiblement villeux en dessous; leur dernier article aussi long que les précédents réunis. — Saillie intercoxale plus ou moins étroite, triangulaire. — Métasternum allongé, ses épisternums étroits, parallèles; leurs épimères nulles, — Celles du mésosternum assez larges. — Corps ailé, àpre ou tuberculeux.
Groupe distrait des Taxicornes de Latreille , et dont les espèces ne méritent pas plus ce nom qu’une foule d’autres de la famille. Un do leurs principaux caractères réside dans le sillon qui reçoit en partie ces organes au repos, et qui a échappé à presque tous les entomologistes (1). Il commence au bord interne des yeux et longe sans interruption le cadre buccal, dont le bord postérieur se renverse en dehors pour lui former une sorte de lèvre. Ce sillon s’affaiblit naturellement chez les petites espèces; mais il en reste toujours quelques vestiges.
Les espèces européennes ne peuvent donner qu'une idée très-incomplète des formes souvent singulières de ces insectes. Elles sont petites, oblongues ou subcylindriques, glabres, et la sculpture de leurs élytres consiste en côtes fines, entières ou interrompues, dont les intervalles sont ponetués. Mais parmi les exotiques il y en a plusieurs, en partie inédites, dont le corps est hérissé en dessus d’aspérités, de tubercules et de callosités qui le rendent très-inégal. Quand il est, en outre, revêtu de poils tomenteux abondants (par ex. B. cornutus), ces insectes ressemblent complètement à certains Colydiens de la tribu
(1) Je ne trouve que M. L. Redtenbacher qui en ait parlé (Faun. austr.; Die Kæfer, éd.2, p. 600); M. Mulsant (Col. d. France ; Latig. p. 219) n’en a rien dit: J1 attribue également à tort des banches antérieures globuleuses à ces insectes.
BOLITOPHAGIDES. 293
des Synchitides (1). Ils représentent, par conséquent, ces insectes parmi les Ténébrionides et en même temps les Pezris avec lesquels ils ont plusieurs points de rapport.
Les différences sexuelles ne sont pas rares dans cette tribu, et consistent en cornes dont les mâles sont pourvus sur la tête ou le prothorax, et qui manquent ou sont réduites à de simples vestiges chez les femelles.
Au point de vue des habitudes, les Bolitophagides furment, avec les Diapérides qui suivent, un petit groupe particulier dans la famille. Sous tous leurs états ils vivent exclusivement aux dépens des bolets qui végètent sur les arbres. Lours larves, qu’on trouve souvent en abondance dans ces productions cryptogamiques, n’ont pasencore été décrites assez rigoureusement. Tout en présentant les caractères essentiels de celles de la famille, elles en diffèrent par quelques particularités assez importantes, autant qu'on peut en juger par celle de l'Eledona agricola, la mieux connue des deux qui sont décrites (2). En combinant ce qu’en disent MM. L. Dufour et Erichson, ces particularités consisteraient principalement en ce que le corps, graduellement atténué en arrière, n’est pas tout d’une venue, chacun de ses segments étant arrondi sur les côtés; dans la petitesse du dernier, qui est beaucoup plus étroit que le pénultième, sans saillie d'aucune espèce et dépourvu de pseudopode en dessous; enfin, en ce que le prothorax seul est muni en dessus d’un Ceusson corné.
M. L. Dufour a signalé ce fait intéressant, que cette larve détache du bolet dans l'intérieur duquel elle à creusé ses galeries, une masse ovoïde dans laquelle elle se renferme pour subir ses métamorphoses, après l'avoir préalablement percée de part en part d'un canal, dont elle bouche ensuite exactement les deux extrémités. Une industrie pareille existe chez les larves des Diapérides, maïs celles-ci s’enveloppent en outre d’une coque soyeuse, ce qui ne paraît pas avoir lieu ici.
(1) Notamment au genre Uronorus d'Erichson (Voyez Tome II, p. 359). Dans la plupart des collections on trouve de ces Colydiens mêlés aux BoziropuaGus. L'erreur à cet égard est néanmoins facile à éviter. Il suffit de se rappeler que les Uconorus sont tétramères, que leurs antennes sont terminées par une petite massue de trois articles; enfin que leurs hanches antérieures sont très-petites, globuleuses et logées dans des cavités cotyloïdes ouvertes en arrière. Ces trois caractères rendent la méprise impossible.
(2) Bouché l'a publiée le premier dans sa Naturg. d. Inseckt. p. 191, pl. 9, f.7; figure copiée dans Westwocd, An Introd. ete, 1, p. 315, f. 38, n° 4. — La description la plus détaillée qu’on en ait, est celle de M. L. Dufour, Ann. à. Sc. nat. Sér. 2, XX, p. 284, pl. 12, f. 1-9; mais elle ne concorde pas exactement avec celle plus courte donnée par Erichson dans sos Archiv, 1842, I, p. 365,
La seconde espèce connue est celle du Bolitophagus reticulatus , décrite, Er sommairement, par M. Mulsant dans ses Col. d. France; Latig. p.222.