‹ Histoire naturelle des insectes (volume 5)Chapitre 91 sur 123 · FAMILLE LIL · texte numérisé non relu

FAMILLE LIL

LAGRIIDES.

Menton non porté par un pédoncule du sous-menton. — Languette comée, saillante, — Deux lobes aux mâchoires, inermes et ciliés. — Mandibules courtes. — Tête saillante, munie d’un col plus ou moins distinct, rarement nul.—Yeux plus ou moins échancrés.—Antennes de onze articles, insérées latéralement à découvert, inamédiatement audevant des yeux.— Prothorax plus étroit que les élytres ; son pronotum confondu avec ses flancs. — Hanches antérieures saïllantes, cylindriques ou coniques, contiguës ou subcontiguës; leurs cavités cotyloïdes fermées en arrière ; les intermédiaires munies de trochantins, les postérieures transversales; tarses hétéromères, les quatre tarses antérieurs de cinq, les postérieurs de quatre articles; leurs crochets simples. — Abdomen composé de cinq segments, tous distincts.

En tête de sa quatrième et dernière famille des Hétéromères, celle des Trachélides, Latreille a placé sa tribu des Lagriaires, dans laquelle, des trois genres qu’il y a compris, deux seulement (LAGRrA, Srarma) peuvent y rester (1). Solier (+) qui, de son côté, s’est occupé, d'une manière générale, de ces insectes, les a retirés des Trachélides, pour en former une famille à part, qu'il a nommée Leptodérides, et dans laquelle il leur à associé plusieurs éléments hétérogènes (3). Si l'on s’en tenait aux caractères que ces deux auteurs assignent aux Lagrides, rien ne les distinguerait essentiellement des Ténébrionides, car il n’en est pas un seul de ceux qu’ils énumèrent, qui ne se retouvent chez un plus ou moins grand nombre de ces derniers.

Ces insectes sont en effet excessivement voisins des Ténébrionides,

(1) Règne anim. éd. 2, V, p. 51. Le troisième genre (Hemmwerzus) appartient à la famille des Gucujides; voyez Tome II, p. 404.

(2) Ann. d. 1. Soc. entom. Il, p. 495.

(3) Ces éléments sont la famille entière des Pythides, qu’on a vue plus haut, et les genres Cazopus et SPAREDRUS, qui appartiennent aux OEdémérides.

364 LAGRIIDES.

au point que plusieurs genres de ces derniers ont été placés parmi eux (1). Ils ont en commun, avec ces derniers, des cavités cotyloïdes antérieures, fermées en arrière (21), et ne s’en distinguent rigoureusement que par un seul point : des hanches antérieures saïllantes, coniques et contiguës ou très-faiblement séparées. Les crochets des tarses simples, sont également, en dehors du facies, tout ce qui les sépare de celles des Cistélides, qui ont les hanches antérieures faites de même. La fermeture des cavités cotyloïdes de ces hanches les éloigne nettement, d’un autre côté, de toutes les autres familles des Hétéromères, sans aucune exception. En un mot, tout Hétéromère qui réunit les deux caractères qui viennent d’être signalés, doit; à mon sens, être placé dans leurs rangs.

Le col, dont la tête est munie en arrière, n’est très-étroit que dansle seul genre SrarrrA; celui des LacriA et des EUTRAPELA est si épais, que ces insectes méritent à peine le nom de Trachélides, et, enfin, il a complètement disparu chez les Fracnezosrenus. Tout en étant wisible en entier, le premier article des antennes est inséré sous de pe: tites saillies desjoues. Le prothorax ne présente aucun vestige de séparation entre son pronotum et ses flancs, sauf chez les LaGnrA, où le premier étant fortement ponctué, tandis que les séconds sont lisses, ces parties sont nettement distinctes. Les élytres sont constamment pourvues d’un repli épipleural, qui est même assez large chez quelques Lacria. Les hanches antérieures ne sont accompagnées de trochantins chez aucune espèce à moi connue. Ce n’est que chez les LaGria qu'elles sont toujours complètement contiguës. Les segments abdominaux vont en décroissant peu à peu; mais, sauf chez les T- CHELOSTENUS, la saillie intercoxale du premier d’entre eux est assez large, ce qui est encore un caractère de Ténébrionide. Enfin, les épisternums métathoraciques sont étroits, presque parallèles et munis d’épimères petites, mais toujours distinctes.

Quelques Lagria sont les seules dont on connaisse les premiers

(1) Ce sont les Puymarones, les Paoperius et même les Ononropus; voyez

- Blanchard, Hist, nat, d. Ins. IL, p. 39, J'ai dit plus haut (p. 392, note 2), qu'en

ce qui concerne les Paymaropes, Erichson était du même avis; mais j'ai, par mégarde, omis d'ajouter qu’il avait connu la larve de l'espèce typique (P. tuberculata) de ce genre et l’avait même comprise dans la description générale qu’il a donnée (Archiv, 1842, I, p. 370) des larves des Lagma, dont elle parait réellement posséder les principaux caractères. Je me bornerai à faire observer que si lon distrait les deux premiers des genres nommés plus haut, des Ténébrionides, pour les reporter dans la famille actuelle, je ne vois absolument plus ce qui différencie celle-ci de ceux-là. Il y à ici une difficulté du même genre que celle qui existe au sujet des Pyrno ot des Pyrocunoa, c’est-à-dire que les caractères des larves sont en désaccord avec ceux des insectes parfaits.

(2) M. J. L. Le Conte (Proceed. of the Acad. of Philad, VII, p. 270) est le premier qui ait signalé ce caractère.

is

LAGRIIDES. 565 états (1). Leurs larves s’éloignent notablement de celles des autres

Hétéromères, et se rapprochent de celles des Srea et surtout des Der- ‘

astres. On peut prendre pour type celle de l'espèce commune d’Eu- 10pe, la L. hirla, dont on doit une excellente description à M. Ed. Perris.

Son corps est allongé, subparallèle, presque plan, et blanchâtre en dessous, convexe et d’un fauve livide en dessus, maculé partout de taches noïirâtres, et hérissé de longs poils fauves qui, à l'exception de ceux de la tête, du prothorax et du segment anal, n’occupent que le milieu des segments; le long des côtés ils sont disposés en touffes. La tète est un peu transversale et légèrement déprimée en dessus. Les organes buccaux se composent : d’une lèvre inférieure échancrée et portant deux courts palpes labiaux bi-articulés; deux mâchoires médiocres, à un seul lobe, garni intérieurement de spinules ; deux palpes maxillaires courts el composés de trois articles, dont le premier trèspetit; deux mandibules faiblement bidentées au bout et munies au côté interne de deux grosses dents ; enfin, d’un labre corné, fortement transversal. De chaque côté de la tête se voient quatre ocelles disposés en arc de cercle. Les antennes sont plus longues que la tête, et composées de quatre articles : 1 gros et subeylindrique, 2 de même forme et aussi long, mais plus grêle, 3 du double plus long que les deux précédents réunis, un peu arqué, 4 très-court, globuleux. Le segment prothoracique est presque du double plus grand que les suivants. Les pattes qu’il porte, ainsi que les deux placées à sa suite, sont courtes, tès-velues et composées de cinq pièces, y compris l’ongle qui les termine. Les segments abdominaux sont égaux entre eux, sauf le dernier, qui est conique et terminé par deux petites saillies droites, parallèles et acérées. En dessous il est muni d’un mamelon anal peu protractile, et caché au repos dans un sillon transversal. Les neuf paires de stigmates sont situées : la première au bord antérieur du mésothorax, les autres au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux. Tous sont placés sur un bourrelet qui règne le long des flancs.

Cette larve se trouve ‘pendant l'hiver sous les feuilles mortes et les débris ligneux, au pied des vieux chênes. Son régime n’est pas

(1) L. hirta, Lyonnet, OEuvr. posthum. p. 112, pl. 11, £. 17-31; Westwood, An Introd. etc. I, p. 290, f. 32, ne 25; Ed. Perris, Mém. d. 1. Soc. d. Se, d. Liège, X, p. 255, pl. 5, f. 64-72; Heeger, Sitzungsber. d. Wien. Akad. X, D. 161, pl. 1. — Jata, Ed. Perris, loc. cit. p. 258, pl. 5, £. 73-78; Graells, Mem, d.1. Commis, d.1. Mapa geol. d. Esp. An. 1855; Eutom. p. 104, pl. 4, f.2.— grandis, Brichs. Archiv, 1842, I, p. 370 ; courte description; celle plus étendue, que donne Erichson, des larves des Lagriides en général, a été reproduite par MM. Chapuis et Candèze, dans les Mém. d. 1. Soc. d. Sc. d. Liège, VI, . nn ils ont en même temps publié (pl. 7, f, 2) une figure de la larve de la

.hirta.

866 LAGRIIDES.

encore bien connu, mais est probablement de nature animale, Elle se métamorphose sans aucun préparatif. La nymphe est blanche, hé. rissée de longs poils fins, roussâtres, et munie sur les six premiers segments abdominaux , de papilles latérales, charnues, tronquées et terminées par des poils.

La larve de la L. lata, trouvée abondamment par MM. Ed. Perriset Graells, sur les murs mêmes du jardin de l’Escurial, ne diffère essentiellement de la précédente, que par sa forme atténuée en arrière, la présence, près de la base de chaque segment, d’une fine crête transversale que recouvre, au repos,le bord antérieur du segment suivant, enfin, par sa couleur, qui est en dessus d’un noirâtre terne, tantôt sans taches, tantôt varié de fauve livide (1). Son régime donne lieu aux mêmes doutes que celui de la précédente. ;

D’après ce qu’en dit Erichson, la larve de la L. grandis, espèce de grande taille, propre à l'Australie, diffère des précédentes par ses antennes plus courtes que la tête, la présence de cinq ocelles disposés sur deux rangs, de chaque côté de la tête, et en ce que les stigmates sont placés si en avant, que ceux de chaque segment sont recouverts par le segment qui précède celui auquel ils appartiennent. Erichson se tait sur la vestiture de cette larve.

Les LaGriA se trouvent sur les feuilles, dans les haïes etles bois, sur les plantes basses, plus rarement et accidentellement sur les fleurs, Les SraTIRA, que j'ai eu occasion d'observer en Amérique, ont des habitudes analogues, et il est probable qu’il en est de même de toutes les autres espèces de la famille.

Le premier des deux genres en question est propre à l’ancien continent, où il a une distribution géographique très-étendue ; le second est répandu dans la plus grande partie de l'Amérique; les TracHeLosTENus sont particuliers au Chili; les EurrapaLa à l'Afrique et à l'Australie, et les Isorowa à l'Afrique australe et au Brésil.

L'histoire scientifique de la famille se réduit presque aux nombreux changements que les auteurs, et en particulier Latreille, ont fait subir à la place assignée par eux au genre LacriA, le seul qui se trouve en Europe (2). Aux quelques détails sur cette histoire, exposés en tête de ces généralités, j’ajouterai seulement, que ce n’est qu'en 1825 (3) que Latreille a retiré ces insectes des groupes divers auxquels il les avait associés jusque-là, et les a placés en tête de ses Trachélides. Les auteurs les plus récents, n'ayant pas fait usage du cà-

(1) M. Ed. Perris lui attribue quatre stemmates, comme à la L. hirla; M. Graells dit n'avoir pu en découvrir plus de trois.

(2) Pour un exposé complet de ces changements, voyez Mulsant, Col, d. France ; Latipennes, p. 8.

(3) Fam. natur. p. 381.

TRAGHÉLOSTÉNIDES. bi

raotère fourni par la clôture des cavités cotyloïdes antérieures, ne sont pas d’accord sur la composition de la famille (1).

Le genre TRACHELUSTENUS est assez différent des autres, pour rendre nécessaire la répartition de ces insectes dans deux tribus. 5

I. Pénultième article des tarses entier. TRACHÉLOSTÉNIDES. II. — subbilobé. LaGRIIDES VRAIES.

TRIBU I

TRACHÉLOSTÉNIDES.

Pénultième article des tarses entier. — Tête sans aucune trace de col en arrière. — Dernier article des antennes de longueur normale.

Ce n’est pas seulement par ces trois caractères que le genre unique qui compose ce groupe diffère des autres Lagriides, mais encore par deux autres moins importants : des yeux à peine échancrés, ot des antennes d’une gracilité remarquable. La forme de la tête, qui ressemble à celle des Ténébrionides, est ce qui m'engage à le placer en tête de la famille ; autrement la forme générale du corps, si on la mettait au premier rang, exigerait qu'il fût mis dans le voisinage des STATIRA.

TRACHELOSTENUS.

Socier in Gay, Hist. d. Chile; Zoo!. V, p. 255.

Menton légèrement trapéziforme, transversal. — Languette trèssaillante, épaisse, arrondie en avant. — Dernier article des palpes labiaux globoso-ovale, celui des maxillaires assez fortement sécuriforme, obliquement tronqué au bout. — Mandibules entières à leur extrémité. — Labre transversal, tronqué avec ses angles arrondis. — Tête légèrement rétrécie en arrière et sans col proprement dit; épistome placé sur un plan inférieur à celui du front, quadrangulaire.—Yeux médiocres, transversaux, assez saillants, étroitement et à peine échancrés. — Antennes très-grèles, presque aussi longues que la moitié du corps, à articles cylindriques : 1 gros, pyriforme, 2 très-court, 3-11 décroissant à peine, — Prothorax plus long que large, parfaitement cylindrique,

(1) M. L. Redtenbacher, par exemple (Faun, austr. ed. 2, p. 634), admet une famille des Lagriides composée du seul genre Lana, tandis que M. Mulsant réunit ce dernier aux Pyrno et aux PyrocuRoa pour en former sa famille des Latipennes, Ce nom, convenable quand il ne s’agit que des espèces européennes, EU très-défectueux lorsqu'on prend en considération celles qui sont exoiques.

568 LAGRIIDES.

tronqué à ses deux extrémités. — Ecusson en triangle curviligne. — Elytros allongées, légèrement atténuées en arrière, un peu échancrées en arc à leur base. — Pattes assez longues; hanches antérieures m6diocrement saillantes, séparées par une très-étroite saillie prostérnale; cuisses atténuées à leur base, renflées et ovoides à leur extrémité; jambes linéaires, leurs éperons petits; tarses plus longs que les jambes; le 4° et le dernier article de tous allongé, le pénultième tronqué au bout. — Mésosternum assez large, déclive, un peu concave. — Corps aïlongé, linéaire, glabre, faiblement pubescent.

Au premier coup-d’œil, l'espèce unique (1) qui constitue le genre, ressemble tellement au Sfenotrachelus œneus du nord de l’Europe, qu'on pourrait, à la rigueur, la confondre avec lui. Mais ce dernier appartient par toute son organisation aux OEdémérides, tandis qu'ici. on retrouve dans la structure des cavités cotyloïdes antérieures, celles des Lagriides. Il y a À un exemple frappant de l'utilité de ce caractère pour ne pas se laisser égarer par un facies trompeur.

Get insecte, originaire du Chili, est un peu plus petit que le Stenotrachelus æneus et exactement de la même couleur, c’est-à-dire d’un bronzé brillant. Sa tôle et son prothorax sont rugueux et comme corrodés; ses élytres, outre des rangées régulières d'assez gros points enfoncés, présentent des dépressions transversales, irrégulières, qui les font paraître comme un peu chiffonnées. Des poils blancs, assez longs, rares et couchés, revêtent le corps en entier.

TRIBU IL

LAGRIJIDES VRAIES.

Pénultième article des tarses subbilobé. — Tête munie d’un col plus ou moins distinct, — Dernier artiele des antennes allongé.

Ces insectes ne nécessitent, en dehors de cette formule, aucune remarque particulière. J'ai pris pour point de départ dans l’arrangement relatif de leurs genres, la forme du col dont leur tête est pourvue.

Page 1