‹ Histoire naturelle des mammifères [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 96 · OMOPLATE · texte numérisé non relu

OMOPLATE

VERTÈRRES LOMRAIRES

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SQULLETTE HUMAIN de profil. 4/10 de grandeur.

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CHIMPANLE MALE Lroglodute:\, 4/8 de qrandeur,

dre Partie, page 14

pés de cette comparaison ont accordé au Chimpanzé la première place parmi les Singes anthropomorphes.

Ce rang lui appartient incontestablement, si l’on s’en rapporte aux apparences extérieures ou même à la similitude des allures; car le Chimpanzé, et, aprés lui, le Gorille, rappellent mieux l'Homme que ne le fait l’Orang-Outan; mais, quoi qu’on en ait dit, ce dernier doit avoir la primauté si l’on tient compte de l'expression de sa physionomie et même de son intelligence, probablement plus fine que celle du Chimpanzé et bien certainement supérieure à celle du Gorille, Un gage incontestable de cette supériorité existe d’ailleurs dans la conformation cérébrale de l’Orang comparé aux denx autres Singes que nous venons de citer,

Le genre du Chimpanzé, facile à différencier des Orangs, s'éloigne bien moins sous certains rapports de celui du Gorille, Nous montrerons cependant, à l’article de ce dernier, qu’il doit aussi en être séparé, Quoi qu’il en soit, l’Orang, le Gorille et le Chimpanzé diffèrent moins entre eux qu’ils ne s’éloignent de l'Homme; et si, à défaut d’une Comparaison plus complète, on met les unes à côté des autres les charpentes osseuses d’un Homme, d’un Orang, d’un Chimpanzé et d’un Gorille, ou simplement leurs têtes, on reconnaît immédiatement dans l'Homme, l'être supérieur et privilégié à l'exclusion de tous les autres, ct l’on comprend mieux

les autres caractères anatomiques par lesquels il diffère des Singes anthropomorphes.

CRANE bk Cuidravzé, 1,3

CERVaAU ve Cuimpanzé, 2/3,

Am | TER

Alors on peut dire avec Fénelon : « Ce dedans de l'Homme qui est, tout ensemble, si hideux et si admirable, est précisément comme il doit être pour montrer une boue travaillée de main divine. Et l’on reconnaît qu’en travaillant le corps des Animaux la divinité n’a pas fait preuve d’une moindre puissance, mais qu'elle a eu d’autres desseins, » “

Dans l'Homme, la capacité crànienne rappelle à la sagacité de l'observateur le cer. veau si volumineux que le crâne sert à protéger, et qui est l’agent intermédiaire entre une grande intelligence et des organes accomplis. On se demande alors si les Singes, qui ont été appelés Anthropomorphes par les naturalistes, parce qu'ils ont plus d’analogie avec l'Homme que tous les autres Animaux, ne sont pas plus semblables sous ce rapport aux derniers des Pithèques , quoiqu'il faille les placer plus près de l'Homme que ceux-ci. En effet, tout ce qui distingue l'Homme de la brute n'existe chez eux qu’à l’état d’ébauche, et à mesure qu’ils avancent en âge, les quelques traits par lesquels, au contraire, l'Homme ressemble à la brute, acquiérent chez les Singes un développement bien plus grand que chez lui, et qui change d’une manière complète la forme de leur tête osseuse; c’est dans la partie la plus importante de l'économie qu’existent les différences les plus évidentes.

Le CuiMPpANzÉ ou le Simia troglodytes des auteurs linnéens (7roglodyles niger de beaucoup de naturalistes actuels), a servi de type au genre Troglodyte. Il à le corps couvert de poils noirs, sauf auprès du coccys, où ils sont blancs. Il atteint environ un mètro et demi de haut; mais, comme il ne se tient pas absolument debout, son élévation ne paraît pas aussi grande, Sa face approche de la couleur de chair; ses oreilles sont grandes, membraneuses, mais arrondies et bordées ; son front est peu saillant, même dans le jeune âge ; ses arcades sourcillières prennent bientôt un développement considérable, et son museau s'allonge, mais sans faire autant de saillie que celui de l’Orang - Outan, dont il diffère aussi par un moindre développement des lèvres. Ce Singe, de tous le plus semblable à l'Homme par les proportions de son corps, et dont l’intelligence a même paru à quelques auteurs, mais sans doute à tort, être suptrieure à celle de l’Orang, vit dans les vastes forêts de la côte occidentale d'Afrique, principalement dans la région connue sous le nom de Gabon. On le signale aussi dans le pays d’Angole, Les récits auxquels il a donné lieu de la part des voyageurs établissent presque tous une confusion entre ses mœurs et celles du Gorille, qu'on n’a bien connu que dans ces derniers temps ; et ce que l’on sait de positif au sujet du véritable Chimpanzé a principalement été observé sur les jeunes individus de cette dernière espèce qui ont été transportés vivants en Europe et que l’on a conservés quelque temps dans les ménageries.

Les anciens ont peut-être eu connaissance de cette curieuse espèce, mais ils en ont parlé dans des termes si vagues qu'il est le plus souvent impossible de deviner si les citations qu’on leur emprunte à cet égard s'appliquent réellement à des Singes anthropomorphes ou à l'Homme lui-même, tant le sens en est obscur ou altéré, Ou s'accorde cependant à penser que les Femmes sauvages tuées par les soldats de l'amiral carthaginois Hannon, lors de son fameux périple, et qu'il nomme des Gorilles, n'étaient que des femelles de Chimpanzés, ou bien des Animaux de l'asnôce à laquelle les modernes ont donné le mûme nom de Gorille,

CNWIMPANZÉ VIVANT AU Musécm (1854), 1/3.

it ensemble, si boue travaillée divinité n’a pas

vateur le cet liaire entro une singes, qui ont l'analogie avec ce rapport aux 1e ceux-ci. En d’ébauche, et à aire, l'Homme graud que chez t dans la partie

lyles niger de Il à le corps viron un mêtro 5omme il ne se out, son élévarande, Sa face de chair; ses 1embraneuses, ; son front est le jeune âge ; rennent bientôt érable, et son ins faire autant Jrang - Outan, \ moindre déve- Singe, de tous omme par les et dont l’intelques auteurs, tre supérieure ans les vastes ale d'Afrique, aussi dans le urs établissent ien connu que Chimpanzé a ont été transgeries,

Is en ont parlé citations qu’on norphes ou à dant à penser n, lors de son himpanzés, ou 1m de Gorille,

CRTMPANZE (Trogloiyles wager\

de la côte occidentale d'Afrique,

ayant Vécu au Muséum de Paris en 1837 et 1828

et Connu sous le nom de JACQUELINE

Re US

C’est pourquoi nous commencerons par reproduire ce curieux docun..:t, mais en rappelant d’abord les paroles par lesquelles M, de Blainville exprime des doutes à cet égard, « En effet, dit ce célèbre anatomiste, tout en acceptant comme vrai que ce peuple (des Gorilles) habitait une Île montagneuse dans un lac qui lui-même était au milieu d’une île située sur la rive occidentale d'Afrique, fait géographique encore aujourd’hui absolument inconnu, il suffit de faire observer que le général carthaginois dit absolument que c’étaient des Hommes et non des Animaux, et parce que les Femmes, seules prises (les Hommes s'étant échappés dans les montagnes), se défendaient avec les dents et avec les ongles et ne voulaient pas suivre bénévolement leurs ravisseurs, qui eurent la barbarie de les tuer, ce n’est pas une raison pour être mis au rang des bêtes, » Voici le document qui à donné lieu à cette controverse :

Les Carthaginois avaient décrété (suivant quelques auteurs, mil'> ans ; suivant M. Walckenaer, cinq cents ans seulement avant l’ére chrétienne) , qu'Har:aon, l’un de leurs amiraux, navigucrait hors des Colonnes d'Hercule, aujourd’hui nommées détroit de Gibraltar, et qu’il fonderait des villes Libyphéniciennes, I appareilla donc, emmenart avec lui trente mille Libyphéniciens , tant hommes que femmes, La première ville fondée par Hannon hors du détroit fut Thymiatérion (Dumathir), puis il passa devant Soloé, promontoire de Lybie, couvert d'arbres touffus , où il éleva un temple à Neptune. Il vit ensuite un lac, peu éloigné de la mer, rempli de nombreux et grands roseaux, et dans lequel il y avait un grand nombre d'Éléphants et d’autres bêtes sauvages qui y prenaient leur pature, Après avoir dépassé ce lac d'une journée de navigation, il fonda, sur les bords de la mer, les villes appelées Æaricon leichos (Kagrxov reuyos), Gytté, Ucris, Melitta ct Arambys, Étant parti de là, il arriva au fleuve Lixus, dont les bords étaient habités par des peuples pasteurs ou les Lixytes, qui devinrent les amis des Carthaginois, Au-dessus habitent, dit le périple, les Éthiopiens inhospitaliers (xéevor), dont le pays est plein de bêtes féroces, entouré de grandes montagnes desquelles sort, disent-ils, le Lixus, et que fréquentent des hommes d’une figure étrange (æ\hotouogzot), qui sont les Troglodytes (habitant les grottes et les cavernes), Les Lixytes disaient que ces hommes vont plus vite à la course que des chevaux, Ayant pris chez ces Lixytes des inter prêtes, Hannon navigua p ndant deux jours vers le soleil levant, et il trouva au fond d’un golfe une petite ‘Île où il fonda un établissement nommé Cerné, « Par là nous jugeâmes, ajoute-t-il, que notre navigation, depuis le détroit, était égale à celle que nous avions faite depuis Carthage jusqu'aux Colonnes. De Cerné, nous arrivâmes à une estuaire après avoir passé un grand fleuve nommé Chrémétès (le Sénégal) ; cet estuaire a trois îles plus grandes que Cerné, -

«Après douze autres jours de navigation le long de la même côte, qu'habitaient uniquement des Éthiopiens qui ne voulurent point entendre les Carthaginois, et dont les interprètes lixytes ignoraient eux-mêmes la langue, la flotte mouilla devant de grandes montagnes couronnées d'arbres touffus, Le bois de ces arbres était odoriférant » veiné ou jaspé, Après deux jours encore de navigation, on entra dans un golfe de mer incommensurable (le golfe de Guinée), lequel, des deux côtés, offrait une terre plate, d’où pendant la nuit les Carthaginois virent des feux qui se portaient de tous côtés et qui changeaient de place, tantôt plus grands, tantôt moins grands (sans doute les feux que les nègres ou Éthiopiens , qui dorment le jour, allument la nuit lorsqu'ils se livrent à leurs danses aux flambeaux). De là, après avoir fait de l’eau, on navigua pendant cinq nouveaux jours jusqu’à un grand golfe que les interprètes de l'expédition dirent s’appeler 11 Corne occidentale. Dans ce golfe était une grande île, et, dans cette Île, un grand estuaire marin (uv Salascwène). De cet estuaire s'élevait une autre île dans laquelle, étant’ descendus, nous ne vimes, pendant le jour, rien que des forêts, mais, pendant la nuit, beaucoup de feux allumés, et nous entendîmes la voix des flûtes, un im mense lapage et un grand bruissement de eimbales et de tambours, La peur nous prit, et les devins nous ordonnèrent d'abandonner l'ile. Ayant promptement appareillé, on passa le long d'un pays tout en feu qui exhalait un parfum d’encens, ot dos ruisseaux de fou (sans doute

Ie PARTIF, b)

des laves volcaniques) coulaient de cette côte dans la mer. La terre, à cause de la chaleur, était insupportable, Pendant quatre jours on suivit cette côte, et, pendant la nuit, la terre était remplie de flammes, Au milieu était un feu très-élevé, plus grand que les autres, et qui semblait toucher les astres. Cette montagne s'appelait le Char des Dieux (0euv oynux). Il fallut encore trois jours de navigation le long de ces ruisseaux enflammés pour arriver à la

Corne du Sud.

« Dans le fond de ce golfe était aussi une île semblable à la premicre, qui avait un lac, et, dans ce lac, était une autre île remplie d'Aomumes sauvages. En beaucoup plus grand nombre étaient les femmes, velues sur lout le corps, que nos interprètes appelaient Gorilles. Nous les poarsuivimes, mais nous ne pûmes prendre les Hommes ; tous nous échappérent par leur grande agilité, étant cremnobates (c’est-à-dire qui grimpe sur les rochers les plus escargés et les arbres les plus droits) et se défendant en nous lançant des pierres. Nous ne primes que trois femmes qui, mordant et déchirant ceux qui les emmenaient, ne voulurent pas les suivre. On fut forcé de les tuer. Nous les écorchâmes et nous portèmes les peaux à Carthage ; car nous ne naviguâmes pas plus en avant, les vivres nous ayant manqué, »

Le rapport d'Hannon fut déposé dans le temple de Saturne, à Carthage, et les peaux des

. Corilles placées dans celui de Junon (Astarté). Pline, qui en parle, n’en mentionne que deux au lieu de trois, et il dit qu’on les a vues au même lieu jusqu’à la prise de Carthage, qui arriva 146 ans avant notre êre,

Tant qu'ils n’ont bien connu que le Chimpanzé, c'est à cette espéce que les naturalistes modernes ont attribué les Gorilles d'Hannon, et il semble bien difficile, comme elles avaient tout le corps velu, d'y voir autre chose que des Singes plus ou moins semblables à ceux de cette même espèce, Cependant M. Savage, ainsi que nous le verrons, a donné au grand Pongo de Battel et de Buffon, qu’on avait jusqu’à lui confondu avec le Chimpanzé, le même nom de Gorille; et M. Dureau de la Malle, membre da l’Institut de France, a admis que cette autre espèce Anthropomorphe était bien réellement le Gorille de l'amiral carthaginois, C’est ce que je n’oserais affirmer, le récit d'Hannon pouvant s'appliquer aussi bien ou même mieux au Chimpanzé qu’au Gorille de M. Savage. D'ailleurs, les deux Singes d’Afrique se rapprochent l’un et l’autre de l'Homme par leurs formes aussi bien que par leur intelligence, et comme ils habitent tous deux la même région, on resterait incertain, si la possibilité qu’eurent les soldats carthaginois de prendre en vie trois de ces prétendues Femmes sauvages ne semblait indiquer que c’étaient plutôt des Chimpanzés que des Gorilles de Savage, Ceux-ci sont tellement robustes que plusieurs Hommes n’eu .craient point venus à bout, même d’une seule femelle, et leur énorme corpulence eût certainement été mentionnée dans le récit de l'amiral,

La limite extrême de ce voyage des Carthaginois le long de la côte occidentale d'Afrique avait été fixée par les géographes du dix-huitième siècle au sixième degré de latitude Nord, c'est-à-dire à la côte d'Or; d’autres géographes la reportèrent même en deçà du vingtième, au cap Blane, ou même au cap Bojador, qui est encore moins éloigné des Colonnes d'Hercule, M, Dureau de la Malle expose, dans son Mémoire , que le Gorille de M. Savage

étant le même que celui d'Hannon, il fournit aux savants un moyen sûr de déterminer la position de la Corne occidentale (Eoxegtov eeus), que les Carthaginoïis dépassèrent dans cette expédition, et pour sa part, il ne doute pas, qu’un estuaire du Gabon ne soit l’île des Gorilles; mais, nous le répétons, et cela ne contredit en rien ses conclusions, il n’est pas démontré que les anciens Gorilles, dont Pline change le nom en celui de Gorgones, n'étaient pas de véritables Chimpanzés, comme on le disait avant la publication du Mémoire de M, Savage,

Que sont ces Troglodytes à figure singulière que les Lixytes signalèrent dans les montagnes qui environnaient leur pays? C'est ce que nous savons encore moins, Tout ce qu’on a rapporté au sujet des Troglodytes des anciens n’est qu’un tissu de fables, et l’on ne pourra décider si ces fables ont pour origine l'existence de quelque espèce alors mal observée et

de la chaleur, nuit, la terre autres, et qui uv oynux). Il ar arriver à la

avait un lac, 1p plus grand aient Gorilles.

s échappérent hers les plus rres, Nous ne ne voulurent s les peaux à manqué, »

les peaux des nentionne que de Carthage,

5 naturalistes > elles avaient les à ceux de nné au grand inzé, le même Imis que cette aginois, C’est même mieux [ue se rapproitelligence, et sibilité qu’eusauvages ne vage, Ceux-ci , même d'une ns le récit de

tale d'Afrique latitude Nord, lecà du vingdes Colonnes de M. Savage déterminer la ‘ent dans cette : des Gorilles ; démontré que it pas de véri- . Savage,

lans les monut ce qu’on a ‘on ne pourra l observée et

aujourd’hui complétement inconnue, que lorsque les voyageurs auront pu nous donner sur l’Afrique occidentale et sur l'Afrique centrale des connaissances aussi complètes que celles que l’on à réunies au sujet de l'Inde ou de l'Amérique. C'est avec ces récits erronés qu’il faut ranger ce que Pline dit des ÆEgypans, lorsqu'il parle de l'Afrique mauritanienne, Habitant les parties de l'Atlas qui regardent la Lybie, ils s’y livraient à des danses lascives, au son des flûtes et des tambours, avec les Satyres qu’on ne connaît pas mieux qu'eux et qui peut-être n'ont pas une existence plus réelle, Tout ce que l’on peut affirmer, c’est que les traits sous lesquels les anciens nous ont représenté les OEgypans, les Satyres, les Onocentaures et d’autres Animaux que les naturalistes ont en vain cherchés en Afrique et dans l'Inde sont purement fantastiques, Toutes les découvertes faites par les modernes en anatomie et en physiologie comparées démontrent, en effet, que jamais les particularités, si contraires les unes aux autres, qu’on leur à attribuées, n’ont été réunies par la nature dans une seule et même espèce, Plusieurs des traits attribués à ces Animaux appartiennent qu’à l'Homme; d’autres sont particuliers aux Singes, et il en est que les ruminants présentent seuls, Le moyen âge n’a fait qu’obseurcir d’une manière plus complète encore les notions inexactes que les anciens avaient recueillies au sujet des Gorilles, des Troglodytes et des autres Animaux Anthropomorphes,

On ne commença à les mieux connaître qu’après la renaissance, Durant la seconde moitié du dix-septième siècle seulement, un jeune Chimpanzé fut apporté vivant en Hollande et offert au stathouder Frédéric-Henri, prince d'Orange, Tulpius a publié quelques détails à son égard dans ses Observaliones medicæ, et il en a donné une figure, assez peu exacte d’ailleurs, qui à été autrefois reproduite dans plusieurs ouvrages. Ce qu’il dit au sujet de cet animal est cependant fort juste, et l’on peut s’en assurer, à défaut ce l'ouvrage lui-même, par la reproduction qu'en a donnée Buffon dans son Histoire naturelle (T. XIV, p. 54; édition in-4°)

iependant il confond à tort ce Singe avec l’Orang-Outan de l’Inde, lorsqu'il ajoute :

Erat hic Satyrus quadrupes, sed ab humana spocie quam pre se fert vocatur Indis Orang- Outan, Homo sylvestris, uti africanis Quojas morrou,

Ce qui lève toute incertitude au sujet du Singe observé par Tulpius, c’est qu'il le dit originaire de la côte d'Angole (ex Angola relatum). Toutefois, les détails recueillis par ce médecin étaient encore insuffisants, et une espèce aussi intéressante par ses rapports avec la nôtre méritait d’être étudiée d’une manière plus complète qu'on ne le fit alors. Ce n’est qu’à la fin du dix-septième siècle que des connaissances réellement satisfaisantes ont été recueillies au sujet du Chimpanzé, Un habile anatomiste anglais, nommé Tyson, ayant eu l’occasion d'en disséquer un exemplaire jeune qui était mort en Angleterre, en fit le sujet d’une excellente monographie anatomique qui parut en 1699, sous le titre d'Aratomy of a Pigmy. Un résumé dù à l’auteur lui-même donne une idée du soin qu’il apporta dans son travail, dans lequel une comparaison aussi exacte qu’on pouvait alors la faire est poursuivie entre le Pygmée, c’est-à-dire le Chimpanzé, et notre propre espèce, Tyson le rapproche de l'Homme Par quarante-huit particularités dont nous reproduirons l'indication dans la double intention d’être agréable aux personnes qui ont étudié l'anatomie humaine, et de rendre en même temps hommage au talent d'observation dont l'auteur y fait preuve, Nous avons conservé l'ordre et les termes employés par Tyson et Buffon, en nous hornant à mettre entre parenthèses quelques réflexions indispensables,

Les analogies signalées par Tyson entre le Chimpanzé et l'Homme consistent :

1° En ce que le Chimpanzé a les poils des épaules dirigés en bas et ceux de l’'avant-bras dirigés en haut; 20 dans la face de ce Singe, qui est plus semblable à celle de l'Homme, étant plus large ct plus aplatie que celle des espèces ordinaires; 3° dans la figure de l’oreille, qui ressemble plus à celle de l'Homme, à l'exception que la partie cartilagineuse est mince comme dans les Singes; 4° dans les doigts, qui sont proportionnellement plus gros que ceux

a 1 : : st à s bonne fa!

des Singes; 5° en ce qu'il est à tous égards fait pour marcher debout (cette erreur, ou plutôt

cette exagération a été fort souvent reproduite depuis Tyson)

. au lien que les Singes ne

sont pas conformés à cette fin; 6° en ce qu'il a des fesses plus grosses que tous les autres Singes (mais cependant bien moins fortes que celles de l'Homme) ; 7° on ce qu'il a des mollets aux jambes (ces mollets étant cependant moins gros, et par conséquent formés par des muscles moins puissants et moins bien disposés pour la station verticale que ceux des Hommes , même les moins bien doués sous ce rapport, les nouveaux Hollandais, par exemple); 80 on co que sa poitrine et ses épaules sont plus larges que celles des Singes; 9° son talon, plus long: 10° en ce qu'il a la membrane adipeuse placée, comme l'Homme, sous la peau; {1° le péritoine entier, et non percé ou allongé comme il l’est dans les Singes ; 12° les intestins plus longs que dans les Singes; 13° le canal des intestins de différents diamètres, et non pas égal ou à peu près égal comme dans les Singes (ce caractère et quelques autres sont susceptibles de critique) ; 14° en ce que le cœcum a l’appendice vermiculaire, comme dans l'Homme, et aussi en ce que le commencement du côlon n’est pas si prolongé qu’il l'est dans les Singes ; 15° en ce que l'insertion du conduit biliaire et du conduit pancréatique n’ont qu’un seul orifice commun, au lieu que ces insertions sont à deux pouces de distance dans les Guenons; 16° en ce que le côlon est plus long que dans les Singes; 17° en ce que le foie n’est pas divisé en lobes, comme chez eux, mais entier et d’une seule pièce; 18° en ce que les vaisseaux biliaires sont les mêmes que dans l'Homme; 19° la rate, la même; 20° le pancréas, le même; 24° le nombre des lobes du poumon, le même; 22° le péricarde attaché au diaphragme, comme dans l'Homme, et non pas comme il l’est dans les Guenons et autres Singes analogues ; 23° le cône du cœur plus émoussé que dans les autres Singes ; 240 en ce qu’il n’a pas d'abajoues ou poches au bas des joues, comme les Guenons, etc. ; 25° en ce qu'il a le cerveau beaucoup plus grand que ne l'ont ces Singes, et, dans toutes ses parties, exactement conformé comme le cerveau de l'Homme (nous verrons qu’il y a encore ici exagération, quoique le cerveau du Chimpanzé et surtout celui de l’Orang soit bien supérieur, dans sa conformation, à celui des Singes ordinaires et que sa masse soit également bien plus grande) ; 26° le crâne, plus arrondi et du double plus grand que dans les Guenons; 27° toutes les sutures du crâne semblables à celles de l'Homme ; les os appelés ossa triquetra wormiana (os wormiens) se trouvant dans la suture lambdoïde, ce qui n’est pas dans les Guenons; 28° il a los cribriforme (la lame criblée de l'ethmoïde) et le crista Galli, ce que les Guenons ne présentent pas ; 29° la selle, se/la equina , comme dans l'Homme, au lieu que dans les Singes cette partie est plus élevée et plus proéminente; 30° le processus ptérygoiïdien, comme dans l'Homme ; 340 les os des tempes et les os appelés ossa bregmalis (les o$ pariétaux), comme dans l'Homme : ces os sont d’une forme différente dans les Guenons, ete. ; 320 l'os zygomatique petit, tandis que chez ces derniers il est grand; 33° les dents plus semblables à celles de l'Homme qu'à celles des autres Singes, surtout les canines (son exemplaire tait jeune) et les molaires ; 34° les apophyses transverses des vertèbres du cou, les sixième et septième vertcbres, ressemblant plus à l'Homme; 350 les vertèbres du cou ne sont pas percées, comme dans les Singes, pour laisser passer les nerfs; elles sont pleines et sans trou dans le Chimpanzé comme daus l'Homme ; 36° les vertèbres du dos et leurs apophyses sont comme dans l'Homme, ct, dans les vertèbres du bas, il n’y a que deux apophyses inférieures, tandis qu’il y on a quatre dans les Singes; 37° il n’y a que quatre lombaires, et dans l'Homme cinq ; 38 les Singes ont six ou sept vertèbres lombaires; 390 l'os sacrum est composé de cinq vertèbres, comme dans l'Homme (MM. Owen, de Blainville et Duvernoy n’en comptent, avec raison, que quatre) : les Singes n’en ont habituellement que trois; 40° le coceys n’a que quatre os, comme dans l'Homme, et ces os ne sont pas troués, au lieu que dans les Singes ordinaires, et, en particulier, les Guenons, il est composé d’un plus grand nombre d'os, et ces os sont troués (en partie pour le passage de la moelle) ; 41° il n’y a que sept vraies côtes, et les extrémités des fausses côtes sont cartilagineuses, et les côtes sont articulées au corps des vertèbres ; dans les Guenons, il y à huit paires de vraies côtes, et les extrémités des fausses côtes sont osseuses, et lour articulation se trouve placée dans les interstices entre les vertèbres: 429 l'os du stor-

ous les autres il a des mollets ar des muscles ommes, même iple); 80 on co lon, plus long; peau; {1° le 8 intestins plus et non pas égal nt susceptibles ans l'Homme, ans les Singes ; ’un seul orifice aenons ; 16° en pas divisé en ssoaux biliaires mème; 24° le agIne, comme es analogues ; n’a pas d'abail à le cerveau ment conformé quoique le cernformation , à °le crâne, plus du crâne semniens) se trou- ’os cribriforme résentent pas ; cette partie est omme ; 319 les ans l'Homme ; ie petit, tandis l'Homme qu’à les molaires ; vertèbres, resmme dans les npanzé comme l'Homme, ct, y on a quatre les Singes ont , comme dans , que quatre) ; , Comme daus 2, et, en paront troués (en extrémités des bres ; dans les sont osseuses, 9 l'os du ster-

autres Singes,

Quoiqu'il soit facile de faire aujourd'hui quelques modifications à ce travail de Tyson, il n'est pas moins remarquable , surtout si l'on tient compte de l’époque, déjà ancienne, à laquello

son auteur l'a publiée et du peu de progrès que l'anatomie comparée avait encore faits, F prog 1

Les particularités par lesquelles le Chimpanzé paraît à l'anatomiste anglais s'éloigner de l'Homme pour ressembler aux Singes, principalement aux Guenons et aux Macaques, qui étaient alors les mieux connus, méritent aussi d'être rappelées, la plupart étant d'une exactitude scrupuleuse, nous ne changerons rien à la traduction donnée par Buffon de

cette partie de l'ouvrage de Tyson, Nous nous bornerons à rappeler que ce dernier auteur ne connaissait anatomiquement aucune autre espèce de Singes Anthropomorphes, Voici l'énoncé de ces différences que l'organisation du Chimpanzé montre par rapport à l'Homme, et qui tendent, suivant Tyson, à le rapprocher des Singes ordinaires, Elles consistent : {o En ce que le pouco de cette espèce de Mammifère est plus petit à proportion que celui de l'Homme, quoique cependant il soit plus gros que celui des autres Singes; 2° en ce que la paume de la main est plus longue et pius droite que dans l'Homme; 3ildiffère de l'Homme et approche des Singes par la longueur des doigts des pieds ; 4° il diffère de l'Homme en ce qu’il a le gros doigt des pieds éloigné, à peu près comme un pouce, étant plutôt quadrumane, comme les autres Singes, que quadrupède (ou bimane); 5° en ce qu’il a les cuisses plus courtes que l'Homme ; 6° les bras plus longs ; 7° en ce qu'il n’a pas les bourses pendantes ; 8 l'épiploon plus ample que l'Homme; 9 Ja

CHIMPANZÉ, man antérieure, vésicule du fiel longue et plus CUIMPANZÉ, main postérieure, 1/2 de grand, nat, , ‘ : 1/2 de gran étroite ; 10 les reins plus ronds PNEU

que l'Homme, ct les uretères différents; 119 la vessie plus longue ; 12 en ce qu'il n’a point de frein au prépuce; 13 les os de l'orbite de l'œil trop enfoncés; 14° en ce qu'il n'a pas les deux cavités au-dessous de la selle turcique , comme dans l'Homme; 15° en ce que les processus mastoïde et styloïde sont très-petits et presque nuls; 16° en ce qu'il a les os du nez plats ; 170 il diffère de Homme, en ce que les vertèbres du cou sont courtes, comme dans les Singes, plates devant et non pas rondes, et que leurs üpophyses épineuses ne sont pas fourchues, comme dans l'Homme; 18° en ce qu'i n'y a point d'apophyse épineuse dans la

num est large, comme dans l'Homme (dans le Gorille, dans l'Orang-Outan et dans les Gibbons), et non pas étroit comme dans les Guenons (et les autres Singes qui ressemblent da vantage aux Carnassiers sous ce rapport) ; 43° l'os de la cuisse, soit dans son articulation, soit à tous autres égards, est (plus) semblable à celui de l'Homme ; 44° la rotule est ronde et non pas longue ; 45° le talon, le tarse et le métatarse sont comme ceux de l'Homme ; 460 le doigt du milieu, dans le pied, n'est pas si long qu'il l'est dans les Singes; 47° les muscles obliquus inferior capilis, pyriformis, el biceps femoris (biceps fémoral), sont sem blables dans le Chimpanzé et dans l'Homme, tandis qu'ils sont différents dans les Guenons et

premiére vertébre du cou ; 19 il diffère de l'Homme en ce qu'il à treize côtes de chaque côté et que l'Homme n'en a que douze; 20° en ce que les os des îles sont parfaitement semblables à ceux des Singes, étant plus longs, plus étroits et moins concaves que dans l'Homme; 249 il diffère de l'Homme en ce que les muscies suivants se trouvent dans le corps humain et manquent dans le Chimpanzé, savoir : occipitales, frontales, dilalatores alarum nasi seu elevatores labri superioris, interspinales colli, glutæi minimi, extensor digilorum pedis , brevis et transversalis pedis ; 22 les muscles, qui ne paraissent pas se trouver dans le Chimpanzé, et qui se trouvent quelquefois dans l'Homme, sont ceux qu'on appelle pyramidalis ; caro musculosa quadrata ; le long tendon et le corps charnu du muscle palmaire ; les muscles attollens et retrahens aurltcularum ; 23° les muscles élévateurs des clavicules sont com.ne dans les Singes et non comme dans l'Homme; 24° les muscles, par lesquels le Chimpanzé ressemble aussi aux Singes et diffère de l'Homme, sont les suivants : longus colli, pectoralis, lalissimus dorsi, glutœus maxinus et medius, psoas magnus et parvus, iliacus internus, el gasteronemius internus ; 25° il diffère encore de l'Homme par la forme des muscles delloïde , pronalor radit teres et extensor pollicis brevis,

En 1740, on fit voir dans Paris un jeune Chimpanzé, le même qui fut observé par Buffon, et qui, étant mort l'année suivante, à Londres, ne put être complétement anatomisé par Daubenton, Ce Singe avait été pris en Afrique, Etant debout, il avait deux pieds quatre ou cinq pouces de hauteur, depuis le talon jusqu'au sommet de la tête, Il était plus grand que celui qui a été décrit par Tyson sous le nom de Pigmy, et qui n'avait guère plus de deux pieds, « Après avoir comparé la description du Pygmée de Tyson avec notre Jocko, j'ai trouvé , dit Daubenton, ces deux Animaux si ressemblants, qu’il y a tout lieu de croire qu’ils étaient de même espèce comme ils étaient du même pays, » Je rappelle à dessein que le Chimpanzé vu vivant par Buffon avait été emmené de Paris en 1741 au plus tard, et je fais en même temps remarquer que Buffon n’en a publié l’histoire qu'en 1766, afin d'expliquer comment ce qu'il dit au sujet de la station habituelle de ce Singe ne s’accorde pas avec ce qu'on à vu sur les Chimpanzés amenésen Europe de notre temps. Buffon dit en effet :

«L'Orang-Outang que j'ai vu marchait {oujours debut, méme en portant des choses lourdes, » La figure qu'il en donne, mais qu'il a d’ailleurs signalée plus tard comme inexacte, représente le singe Jocko parfaitement droit; et ce-

K SA : à < B : 1 :

27. D >: ER fR RQ 408 V0 ds pendant on sait très-bien aujourd’hui que les Ani- CHIMPANZÉ MARCIHANT. maux de cette espèce ont

une station peu différente de celle des Orangs, Ils se tiennent inclinés plutôt que droits, et leurs membres antérieurs , plus longs que ceux de derrière, quoique moins disproportionnés que chez les véritables Orangs ou les Gibbons, les aident presque autant dans la marche, Cependant ils peuvent n'employer à la marche qu'une seule main antérieure, surtout lorsqu'ils portent quelque fardeau: mais ils ont toujours l'air de hoiter,

de chaque côté nent semblables ‘Homme; 21° il iumain et munnasi seu elevapedis , br'evis et Chimpanzé, et lis; caro muscles attollens et dans les Singes ressemble aussi nlis, lalissimus , el gasteroneloïde , pr'onalor

rvé par Buffon, anatomisé par pieds quatre ou plus grand que e plus de deux tre Jocko, j'ai de croire qu’ils dessein que le tard, et je fais fin d'expliquer ce qu’il dit au à station habi- > Singe ne s’acavec ce qu'on à es Chimpanzés Europe de notre ffon dit en effet :

Outang que j'ai it loujours dee en portant des des, » La figure nne, mais qu'il s signalée plus 1e inexacte, ree singe Jocko nt droit; et ce- 1 sait très-bien i que les Ani- Jette espèce ont a peu différente res antérieurs , ; les véritables ant ils peuvent jortent quelque

Les souvenirs de Buffon le servent mieux lorsqu'il ajoute, au sujet de son Chimpanzé , qu’il appelle son Jocko : « Son air était assez triste, sa démarche grave, ses mouvements mesurés, son naturel doux et très-différent de celui des autres Singes ; il n'avait ni l'impatience du Magot, ni la méchanceté du Babouin , ni l'extravagance des Guenons. Il avait été, dirat-on, instruit et bien appris; mais les autres que je viens de citer et que je lui compare , avaient eu de même leur éducation; le signe et la parole suffisaient pour faire agir notre Orang-Outan ; il fallait le bâton pour le Babouin et le fouet pour les autres, qui n’obéissent guère qu’à la force des coups, J'ai vu cet Animal présenter sa main pour reconduire les gens qui venaient le visiter, se promener gravement avec eux et comine de compagnie ; je l'ai vu s'asseoir à table, déployer sa serviette, s’en essuyer les lèvres, se servir de la cuiller et de la fourchette pour porter à sa bouche, verser lui-même sa boisson dans son verre, le choquer lorsqu'il y était invité, aller prendre une tasse et une soucoupe, l'apporter sur la table, y mettre du sucre, y verser du thé, le laisser refroidir pour le boire, et tout cela sans autre instigation que les signes ou la parole de son maître, et souvent de lui-même, Il ne faisait de mal à personne, s'approchait même avec circonspection, et se présentait comme pour demander des caresses ; il aimait prodigieusement les bonbons; tout le monde lui en donnait; et comme il avait une toux fréquente et la poitrine attaquée, cette grande quantité de choses sucrées contribua sans doute à abréger sa vie:

; il ne vécut à Paris qu'un été. et mourut l’hiver suivant à Londres, 11 mangeait presque de tout, seulement il préférait les

fruits mûrs et secs à tous les autres aliments; il buvait du vin, mais en petite quantité, et le laissait volontiers pour du lait, du thé ou d’autres liqueurs douces, »

Malheureusement l'intelligence de l'écrivain y des détails qu’il rapporte, des faits et gestes de c

a souvent au delà de la valeur psychologique r'est ce qui est fréquemment arrivé dans les récits qu'on a donnés es Animaux, Les Anthropomorphes sont pour ainsi dire un acheminement vers la nature humaine, mais on les assimilerait à tort aux Hommes eux-mêmes. L'appréciation exaete des manifestations intellectuelles des Animaux qui avoisinent l'Homme par leur Structure ou qui sont organisés pour le seconder par la domestication, offre les plus grandes difficultés, et, avec un peu d'imagination, on ne tarde pas à exagérer singulièrement leur valeur réelle,

Les lignes suivantes, que Jj'emprunte à de la Brosse (Voyage à la côte d'Angote, 1738), ne me paraissent pas exemptes de tout reproche à cet égard, L'un des deux jeunes Chimpanzés que ce voyageur avait achetés d'un nègro, le mâle, fut malade, « Il se faisait soigner comme une personne; il fut même saigné deux fois au bras droit, Toutes les fois qu'il se trouva depuis incommodé, il montrait son bras pour qu'on le saignât, comme s’il eût su que cela lui avait fait du bien, »

On ne saurait trop se défier de la facilité avec laquelle certains observateurs superficiels Ont accordé à beaucoup d'Animaux des sentiments et des raisonnements qui n'existent le plus souvent que dans l'esprit de ceux qui en ont parlé, Dans d’autres cas, les anciens voyageurs ont abusé de la confiance que leurs contemporains avaient en eux, et, disons-le, autrefois, comme de nos jours, le goût du public pour tout ce qui est exagéré où même dû à la seule imagination des écrivains à trop souvent engagé quelques-uns de ceux-ci à publier comme des vérités une foule de prétendues observations qui ne sont, en réalité, que des contes imaginés à plaisir, Aussi, faut-il apporter un soin extrême dans le choix qu'on fait parmi les détails publiés au sujet de ces Animaux. F, Cuvier disait avec beaucoup de justesse, en terminant son Mémoire sur le jeune Orang qu'il avait observé à la Malmaison : « Je ne rapporte point ce que d’autres auteurs nous ont appris de ces Animaux, dans la crainte de mêler des observations précises à des faits inexacts, quoique une grande partie des choses extraordinaires qu'on a dites des Orangs ne le soient guère plus que ce que nous avons rapporté, Mais lorsqu'il est question des phénomènes qui doivent établir la dernière limite entre l'intelligence de la brute et l'intelligence de l'Homme, on ne doit donner pour

certain que ce qu'on a vu, que ce qu'on à observé soi-même, Les erreurs ne peuvent plus être indifférentes , lorsque leurs conséquences ne le sont pas, » La même réserve doit présider à l'appréciation des rapports d'organisation qui existent entre l'Homme et les premiers Animaux,

Elle est surtout indispensable lorsqu'il s'agit d'établir la comparaison exacte du cerveau de l'Homme et des Animaux, puisqu'il est bien reconnu que le développement de l'intelligence et les caractères qui la distinguent dans chaque espèce sont toujours en concordance avec la masse de cet organe et avec sa conformation particulière, C'est ce qui explique l'intérôt quo tous les zoologistes apportent à connaître également bien les mœurs des Animaux et la forme de leur cerveau, C'est là un côté important de la connaissance des Mammifères, et les recherches de M, Tiedemann , ainsi que celles de plusieurs autres anatomistes, l'ont beaucoup perfectionné en ce qui regarde les Primates,

Quelques autres Chimpanzés destinés pour la France ont surmonté les fatigues du long voyage qu'on à dû leur faire entreprendre, et sont arrivés vivants jusqu'à Paris, où on a pu les faire voir, Après celui qui a été vu par Buffon et Daubenton, nous citerons : la femelle que l'on possédait à la ménagerie du Muséum pendant l'hiver de 1837 à 1838, ot qu'on appelait Jacqueline ; nous en donnons au 7 la figure en regard de cette page ; le jeune mâle reçu dans le même établissement à la fin de 1848 et dont nous reproduisons au 7° la figure assise; et enfin celui qui s'y trouve actuellement, et pour lequel le publie paraît avoir décidément accepté la dénomination d'Æomune des bois. Nous avons placé la figure de ce dernier au comemenement de cet article, Un individu plus jeune dont la peau est montée au Musée de Lyon, mourut dans cette ville en 1853, On pourrait en citer d’autres encore, et il est probable que le nombre en sera bientôt rendu plus considérable par la fréquence des communications qui existent maintenant entre plusieurs de nos ports de mer et le Gabon.

Celles que l'Angleterre entretient avec ce pays sont plus nombreuses encore, et le riche jardin zoologique de Londres, en particulier, a reçu plusieurs individus vivants de l'espèce qui nous occupe ici, Il en ést également venu en Hollande, et M, Vrolich, savant anatomiste de ce pays, à publié, au sujet du Ghimpanzé, un travail fort estimé,

M. Broderip a fait connaître, en 1835, ses observations sur un jeune Chimpanzé qui vivait alors à Londres, Voici comment il s'exprime à cet égard : « L'intéressant Animal dont je vais essayer de décrire les mœurs à l'état de captivité, a été apporté à Bristol, dans l’automne de cette année, par le capitaine Wood, qui se l'est procuré sur la côte de Gambie. Les naturels qui le lui ont vendu ont prétendu qu'il venait de l'intérieur du pays, d'une distance de cent vingt mille, et qu'il n’était pas âgé de plus d’un an.

La mère, qui était avec lui, suivant leur rapport, avait quatre pieds et demi de hauteur, et ce n’est qu'après l'avoir tuée qu'ils ont pu

JeuNE Cuimpanzé de M, Broderip. s'emparer du jeune Animal. Ceux qui ont vu notre Chimpanzé pourront se rappeler la description, si pénible à lire, qu’a faite le D. Abei du meurtre d’un Orang-Outan do Sumatra, surtout quand il point les gestes

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du cerveau de de l'intelligence ncordance avec xplique l'intérêt les Animaux et Mammifères, et tes, l'ont beau-

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de cet Animal blessé à mort, l'expression toute humaine de ses attitudes et de ses mouvements, au milieu des plus cruelles douleurs; enfin l'émotion qu’éprouvèrent ceux qui achevérent de le tuer, et leur incertitude sur la nature de l'acte qu’ils avaient accompli, Pendant tout le temps de la traversée, notre Chimpanzé était d’une pétulance extrême, Il était libre, montait fréquemment dans les haubans et montrait une vive affection pour les marins qui le traitaient bien, Je l’ai vu, pour la premicre fois, le 15 de ce mois, dans la cuisine du gardien de la ménagerie, Il porte une jaquette, et repose, comme un enfant, sur les genoux d’une bonne vieille , toutes les fois que celle-ci lui permet d’ÿ monter, Son air est doux et pensif, et il ressemble à un petit vieillard flétri par les ans; ses yeux, sa face sans poils et ridée, ses oreilles semblables à celles de l'Homme (quoïque plus grandes) et surmontées d’un poil noir qui couvre sa tête, rendent la ressemblance assez frappante, quand on ne remarque pas son nez déprimé et sa bouche avancée, Il avait déjà contracté une affection toute particulière pour sa vieille nourrice, qu'il paraissait considérer comme remplaçant pour lui sa mére. Dès qu'il fut devenu un peu familier avec moi, je lui montrai un jour, en jouant, un miroir, et le mis tout à coup devant ses yeux : aussitôt il fixa son attention sur ce nouvel objet, et passa subitement de la plus grande activité à une immobilité complète, Il examinait le miroir avec curiosité, et paraissait frappé d'étonnement : ensuite, il me regarda, puis porta de nouveau ses yeux sur le miroir, passa par derrière, revint par devant, et, pendant qu'il regardait toujours son image, il cherchait, à l’aide de ses mains, à s'assurer s’il n’y avait rien derrière le miroir ; enfin, il appliqua ses lèvres sur la surface de celui-ci, Un sauvage, d'après le récit des voyageurs, ne fait pas autrement dans la même circonstance, »

L'auteur anglais raconte ensuite la terreur invincible dont cet Animal fut saisi à la vue d'une cage contenant un Serpent Python qu’on apporta près de lui, et les scènes diverses auxquelles sa terreur donna lieu, Il dit aussi que la vue des Tortues lui faisait éprouver une grande répugnance, mais qui n'avait rien de comparable à l’effroi que lui inspiraient les Serpents.

« Le Chimpanzé, ajoute ensuite M. Broderip, est généralement assis perdant son sommeil, le corps légèrement penché en avant, les bras croisés et quelquefois la tête dans ses mains ; parfois aussi il dort droit ou assis sur son séant, les jambes rapprochées du tronc et la tête dans ses bras, Son intelligence est tout à fait différente de celle d’un Chien bien dressé; ce n’est pas une imitation mimique, mais bien le résultat d'actes spontanés qui la rendent semblable à celle de l'Homme, quoiqu’elle soit infiniment au-dessous. Cet Animal n’aime pas la captivité, Quand on le met dans une cage, il en frappe la porte avec une violence qui dénote une grande force musculaire; mais jamais il ne s'attaque à une autre partie de sa prison, Il n'y à, au reste, aucun inconvénient à le laisser libre ; nul n’est plus doux et plus affectueux que ce Singe pour ceux avec qui il est familier, et il n'y à pas d’Animal dont les gestes ou les regards puissent inspirer plus d'intérêt, »

En tenant compte de quelques détails rapportés par les auteurs, mais que l’on sait aujout'« d'hui être relatifs au Gorille, E, Geoffroy avait été conduit à penser qu'il ÿ a peut-être plusieurs espèces de Chimpanzés, et il avait cru trouver un arzument en faveur de cette opinion dans un crâne acquis par M. de Blainville, le même qui à té figuré depuis dans l'ouvrage publié par ce dernier, sous le titre d'Ostéographie, C'est pourquoi il ajoutait la des- Cription qu'il en donnait dans son cours de 1829 : « N'y a-t-il qu'une seule espèce de Troglodytes ? Le contraire est très-probable : mais cependant une seule est connue dans l'état présent de la science, »

Deux ans après, M, Lesson décrivait dans ses {ust*ations de zoologie, et sous le nom spécifique de Chimpanzé à Coceys blanc (Troglodytes leucoprymnus) , un jeune Animal de ce genre, qu'il regardait comme différent de l'espèce or tous les caractères que celle-ci pré

dinaire, On a reconnu depuis qu'il avait

sente ; aussi n'est-il plus question de ce Troglodytes

lucoprymnus que Comme faisant doubiie emploi avec le Troglodytes niger. D'après M. Ov en, IT PARTIE, 1

il en serait de même du Troglodyte Tschégo, dont M. Duvernoy a donné l'indication dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences pour l’année 1853, et qui repose sur l'examen du squelette d'un sujet adulte rapporté du Gabon par M. le D. Franquet. Remarquons d’abord que ce nom de Tschégo, où plutôt N'Tschégo, que les nègres du Gabon donnent aux Singes de l'espèce à laquelle ce squelette appartient, a beaucoup d'analogie avec celui de Jocko, qui n'est lui-même qu'une altération, adoptée par Buffon, du nom indigène des Chimpanzés en Jocko; peut-être n'en est-il qu'une simple variante, M. Duvernoy dit cependant, d’après M. Franquet, que son Tschégo aurait la face noire et les oreilles petites, tandis qu’au contraire le vrai Chimpanzé a la face de coaleur de chair et les oreilles très-grandes, Il ajoute, comme caractérisant aussi sa nouvelle espèce, que les fosses temporales du crâne sont plus étendues, les crêtes sagittale et lambdoïde plus fortes, le museau plus élargi en avant, aussi bien que la voûte palatine, Le calcanéum ou l'os du talon serait aussi plus saillant, et l'astragale n’aurait pas tout à fait la même forme; enfin, le Tschégo aurait une vertèbre lombaire de moins que le squelette du sujet étudié par Daubenton; mais, sur ce point, on peut objecter à M. Duvernoy que Daubenton lui-même dit expressément, dans sa description des vertèbres lombaires du Jocko : « J'ai reconnu qu’en faisant ce squelette, on avait supprimé la seconde, (Histoire naturelle de Buffon, T. XIX, p. 79).» MM. Owen et de Blainville donnent d’ailleurs au Chimpanzé ordinaire quatre vertèbres lombaires, et, sous ce rapport, le Tschégo n’en serait pas différent, Ces Animaux ont bien certainement l’un et l’autre treize vertèbres dorsales et treize paires de côtes, tandis que l'Orang-Outan n’en à que douze, comme l'Homme, Les nombres treize et quatre se retrouvent chez le Gorille, Chez l'Homme, qui a douze dorsales, il y a, au contraire, cinq lombaires, de sorle qu'en réalité le nombre total des vertèbres intermédiaires au cou et au sacrum reste le même que dans les deux grands Singes africains. GENRE GORILLE (Gorilla, Is. Geoffroy). Proportions du corps et des membres rappelant le Chimpanzé ; formes plus robustes ; face plus allongée; oreilles moins grandes ;

Dénis bu GoniiLe de grandeur naturel,

1re Partie, page 96.

ication dans les sur l’examen du wquons d’abord E it aux Singes de i de Jocko, qui Chimpanzés en ndant, d’après qu’au contraire ajoute, comme t plus étendues, ussi bien que la stragale n'aurait abaire de moins peut objecter à on des vertèbres rimé la seconde, mnnent d’ailleurs le Tschégo n’en ertébres dorsales e l'Homme, Les douze dorsales , des vertèbres innges africains.

t des membres moins grandes ;

GORILLE FEMELLE LGovle quil, 1/9 de quuudeut, du Gabon.

tre Partie, page 26.

GORILLE (Gorilla qi), 4/7 de qrundenr, du Gabon.

(De la collection du Muséum de Paris. )

canines supérieures plus saillantes ; tubercules des dents mâchelicres relevés de manière à simuler une double colline transverse sur la couronne de ces dents ; la dernière molaire de la mâchoire inférieure pourvue d’un tubercule supplémentaire en forme de talon.

À ces caractères on peut en ajouter plusieurs autres indiquant aussi que le Gorille, quoique voisin du Chimpanzé, doit en être séparé génériquement. Tels sont, en particulier, le grand déve! bpement des apophyses épineuses de la région cervicale, la largeur et la forme des omoplates, ainsi que celles des os des îles, le moindre allongement des doigts, dont la peau n'est fendue aux membres inférieurs que jusqu’à la seconde phalange, la présence de poches gutturales aussi développées que celles des Orangs, ete,

GORILLE GINA (Gorilla Gina). Le D. Savage, missionnaire du comité américain pour l'Afrique occidentale, ayant été retenu inopinément, au mois d'avril 1847, sur la rivière du Gabon, vit, chez son collègue de cette localité , le révérend Wilson, un crâne apporté par les naturels, et qu’ils disaient être celui d'un Animal semblable aux Singes, mais remarquable par sa grande taille et ses habitudes féroces. M. Wilson procura bientôt au D. Savage plusieurs crânes des deux sexes et d’âges différents appartenant à la même espèce que celui qu’il avait vu d’abord, et, avec eux, diverses parties importantes du squelette, (était plus qu'il n’en fallait pour constater que l'espèce dont provenaient ces ossements était à la fois différente des Orangs, que l’on ne connaît que dans l’'Archipel indien, et du Chimpanzé, qui habite, au contraire, les mêmes pays que le grand Singe de MM. Wilson et Savage. De retour en Amérique, M. Savage rédigea, avec le concours d’un anatomiste habile, M. Wymann, une description des caractères et des habitudes de l'espèce remarquable sur laquelle il avait recueilli de si précieux renseignements, Dans une publication faite à Boston, en 1847, il lui donna le nom de Troglodytes Gorilla, en l’attribuant au même genre que le Chimpanzé, M, Samuel Stutschbury, de Bristol, que M. Savage avait averti de sa découverte, mit en réquisition quelques-uns des capitaines qui font le commerce de Bristol avec le fleuve Gabon, les priant de faire des recherches sur cette espèce et d'en obtenir quelques individus. Peu de temps après, il en reçut trois crânes par les soins du capitaine George Wagstaff. Plus récemment, on a aussi apporté en Angleterre le squelette d’un Gorille tué sur les bords du fleuve Danger, qui est situé plus au sud que le Gabon.

Le savant professeur du musée huntérien de Londres, M. Richard Owen , qui avait reçu de M. Savage une lettre datée du Gabon, par laquelle ce dernier le consultait au sujet des crânes qu'il s'était procurés et dont il lui envoyait en même temps des dessins, put dès lors étudier non-seulement ces dessins, mais encore les crânes en nature qui venaient d'arriver à Bristol, et il en a décrit l'espèce sous le nom de Troglodyles Savagesii, en la dédiant à M. Savage,

Depuis lors M. Richard Owen est revenu au nom spécifique de Gorille que M, Savage avait antérieurement proposé, mais il n’a pas accepté la manière de voir soutenue en France par MM. Geoffroy-Saint-Hilaire et Duvernoy sur la convenance de séparer génériquement le Gorille du Ghimpanzé,

Le nom de Gon1L11E (Gorilla Gina, Is. Geoffroy), sous lequel nous en parlons ici, est celui que porte, dans les galeries du Muséum de Paris, l’exemplaire adulte du Gorille qui a été rapporté du Gabon par M, le D, Franquet, chirurgien de la marine militaire, et auquel l’habile préparateur, M, Poortmann, à su donner l'apparence de la vie en lui conservant son effrayante physionomie, C’est un mâle, arrivé à son plus grand développement, et sa vue inspire aux curieux, qui s’arrêtent toujours en grand nombre autour de lui, un sentiment involontaire de frayeur, Le naturaliste luizmême ne peut s’y soustraire lorsqu'il voit pour la première fois cet Animal si hideusement semblable à l'Homme, et dans lequel la force physique accompagne un naturel si violent, Ce Gorille, qui fut apporté à M. Franquet aussitôt après qu'on l'eut tué, avait 1 mètre 67 centimètres de hauteur: 9,75 de circonférenca au Col; 1,35 à la poitrine, et 2,18 d'envergure,

1i est presque entièrement de couleur noire, si ce n’est sur le front, qui est brun roussâtre, et à la région des aisselles, dont les poils sont gris, ainsi que ceux des aines et d'une partie des cuisses à leur faco interne. Les poils de l'avant-bras sont dirigés de bas en haut, comme chez l'Homme, l'Orang et le Chimpanzé; ceux du dos sont plus rares que ceux des membres et de la face antérieure du corps, et, de plus, ils ont été en partie usés pendant la vie de l’Animal, qui frottait sans doute son dos contre les arbres ou leurs branches lorsqu'il traversait des endroits boisés,

Une des planches de notre ouvrage représente ce Gorille au 14°, À côté de lui, et sur la même planche, est un jeune sujet de la même espèce qui a été donné par M, le capitaine Penaud, Celui-ci, comme tous les autres Singes pris jeunes, devait être beaucoup plus traitable que l’adulte, Ses narines sont moins fortes, ses lèvres moins épaisses et sa tête moins allongée. Il ressemble, sous certains rapports, à un jeune Cynocéphale, Ge Gorille a la tête plus rousse que le sujet adulte, et les poils de son corps ont une teinte un peu grisâtre,

Il a été possible de préparer non-seulement la peau du Gorille mâle, mais aussi son squelette, Cette belle pièce, jointe à un squelette de femelle dû aux soins de M. Gautier-Laboulaye, et déjà figuré par M. de Blainville dans son Ostéographie , ainsi qu’à des crânes également déposés au Muséum, représente suffisamment, dans la première collection z00logique de la France, l’espèce remarquable, à tant d’égards, sur laquelle M. Savage appela, en 1847, l'attention des naturalistes, Ce savant rapporte dans son Mémoire que les naturels de la côte occidentale d'Afrique lui ont appris que, plusieurs années avant son séjour au Gabon, un capitaine français, qui n’est jamais retourné dans sa patrie, s’était procuré un jeune Gorille,

Tout ce que nous venons de rapporter sur l’analogie de structure qui existe entre le Gorille et l’espèce humaine ferx très-aisément comprendre le soin que les anatomistes ont apporté à l'étude de ce Singe, auquel plusieurs publications importantes ont déjà été consacrées. MM. Owen et Duvernoy s’en sont surtout occupés sous ce rapport, Nous avons cherché, de notre côté, à satisfaire la légitime curiosité des personnes qui veulent étudier l’organisation des Animaux dans ce qu’elle a de commun avec celle de l'Homme, et nous avons consacré plusieurs figures de la partie anatomique de notre livre à représenter le squelette du Gorille mâle, et son système dentaire vu dans ses principaux détails, Ces figures ont été faites comparativement avec celles de l'Homme et des principaux Singes qui méritent le mieux, avec le Gorille, la dénomination d’Anthropomorphes.

Un autre intérêt se rattachait à l’examen du Singe Gorille, Gomme on n’en possédait aucun débris dans les collections, les naturalistes avaient perdu la notion de l’Animal lui-même, et ce que les voyageurs du dix-septième et du dix-huitième siècle en avaient dit avait été attribué au Chimpanzé adulte, Cependant on va voir, par les citations suivantes, que le Gorille avait été très-clairement indiqué avant que ses dépouilles fussent parvenues en Europe.

André Battel, déjà cité par Buffon, qui avait visité la côte occidentale d'Afrique, en 1625, distinguait de l'Orang-Outan, sous ie nom de Pougo, un Singe plus grand que l'£njeco qui est

CnRaxEe DU GoniLe vieux, 1/4 grand. nat.

est brun rouses aines et d’une de bas en haut, es que ceux des ie usés pendant branches lors-

le lui, et sur la * M. le capitaine > beaucoup plus et sa tête moins Gorille a la tête 1 peu grisâtre,

. nat,

jour au Gabon, ocuré un jeune

entre le Gorille tes ont apporté été consacrées.

ns cherché, de r l’organisation avons consacré lette du Gorille ; ont été faites itent le mieux,

Jossédait aucun mal lui-même, nt dit avait été vantes, que le ues en Europe, que, en 1625, l'Énjeco qui est

en anngen nn

Re

GORLLLE Gore qu du Gabon.

GOULLLE LGondle qui:

du Gabon

(de fa collection du Muséam de Paris

lui-même le Jocko de Buffon et le Chimpanzé des auteurs actuels, 11 assurait que co Pongo est communément de la hauteur de l'Homme, mais que son corps est plus gros et fait à peu près le double du volume d'un Homme ordinaire, ce qui convient très-bien au Gorille, «Al a, dit-il, la face comme l'Homme, les yeux enfoncés, de longs cheveux aux côtés de la tête; le visago nu et sans poils, aussi bien que les orcilles et les mains; le corps légèrement velu et ne diffère guère de l'homme à l'extérieur que par les jambes, parce qu'il n’a que peu ou point de mollets, » Battel ajoute que ces Animaux marchent pourtant debout, qu’ils vivent de fruits etne mangent pas de chair; qu'ils vont de compagnie et tuent quelquefois des nègres dans les lieux écartés ; qu'ils attaquent même l'Éléphant, qu'ils le frappent à coups dé bâton et le chassent de leur bois; qu'on no peut les prendre vivants parce qu'ils sont si forts que dix Hommes ne suffiraient pas pour en dompter un seul, ete,

Un autre voyageur anglais, Richard Jobson, cité par le savant géographe et naturaliste Walckenaer (Histoire des Voyages, T. IV, p. 371), visita après Battel les côtes occidentales de l'Afrique; il y signale de même l'existence d'un Singe haut de cinq pieds, que, suivant lui,

les Portugais appelaient e Salvago, ou le Sauvage et les Nègres Quoja vorau, « I a ; Au dire

de Jobson , le corps, la tête et les bras d'une grosseur extraordinaire, Sans éducation , il est si méchant et si fort qu'il attaque

un Homme, le renverse, lui arrache les yeux ou lo blesse dangereusement, » Le même auteur ajoute, mais sans doute aussi en exagérant un peu la vérité, qu'on peut lui äpprendre à porter de l’eau dans un bassin qu’il place sur sa tête, et à rendre d'autres services, Buffon a pensé que le Pongo n'était qu'un âge plus avancé d'une même espèce ayant pour jeune son Jocko ou Chimpanzé, et après avoir établi, comme également possible « que le Jocko soit une variété constante, c'est-à-dire une race beaucoup plus petite que celle du Pongo », il a persisté à croire qu'ils sont de la même espèce, se fondant en cela sur ce que la grandeur était le seul caractère bien marqué qu'il connût alors pour les séparer l’un de l’autre, Tout ce que nous avons dit précédemment montre bien clairement que Buffon a été mal inspiré et que des caractères incontestables, très faciles à saisir et dont la valeur peut même être regardée comme générique, séparent le Pongo de Battel du Jocko ou Chimpanzé, D’après M, Wilson, que nous avons déjà cité, ce nom de Pongo, que Wurmb, E, Geoffroy-Saint-Hilaire, G, Cuvier et Lacépède ont plus tard appliqué à l'Orang adulte, vient de Mpongive qui est le nom de la tribu nègre et par suite de la région qui s'étend aux bords du Gabon, près de son embouchure, L'aspect de cette contrée est ondulé et montagneux ; elle est bien arrosée par des rivicres et des ruisseaux et elle abonde en fruits indigènes, Des vaisseaux expédiés de différentes parties de l'Europe et de l'Amérique remontent le fleuve pour faire le commerce de l'ivoire, de l’ébène et des bois de teinture, C’est dans l’intérieur de ce Pays qu’habite le Gorille, que les naturels appellent Engé-ena, d'où l'on a fait Gina. Les nègres le redoutent extrêmement, Ses allures ne sont pas franches ; quoi qu’on en ait dit, il ne tient jamais son Corps droit comme l’homme, et d’ailleurs il n'a pas absolument les mêmes proportions que lui, Il est courbé en avant et se meut quelquefois en se roulant ou bien de droite à gauche, Ses bras étant plus longs que ceux du Chimpanzé, il ne s’abaisse pas autant, mais il se sert, comme lui, de ses mains de devant et de celles de derrière, Il se tient souvent appuyé de cette façon, balançant son énorme corps en s’élevant sur ses bras.

Les Gorilles vivent en troupes, mais qui ne sont pas si nombreuses que celles des Chimpanzés, 11 y a plus de femelles que de mâles. Les personnes qui ont fourni ces renseignements à M. Savage s’accordaient à dire qu'il n’y a qu’un seul mâle adulte pour Chaque bande ; que quand les jeunes mâles grandissent, ils se disputent le commandement et que le plus fort, en tuant ou chassant les autres, s'établit lui-même chef de la communauté, M. Savage dément formellement les ridicules histoires de femmes enlevées par les Gorilles ou les Chimpanzés, et d'Éléphants mis en déroute par les premiers de ces Animaux : histoires qui ont été rapportées par les voyaxeurs e{ que tant de livres ont répétées, Elles s'appliquaient

surtout au Ghimpanzé (1), ce qui, d'après les renseignements pris par M. Savage, est encore plus absurde, et, suivant lui, elles ont probablement pour origine de merveilleux récits faits par les naturels à de crédules marchands.

Les habitations des Gorilles, si l’on peut se servir de ce mot, rappellent celles des Ghimpanzés, et consistent seulement en quelques bâtons et rameaux garnis de feuilles, soutenus par les fourches et les branches des arbres, Elles ne les abritent pas et leur servent seulement pour la nuit, Les naturels se moquent de cette habitude de l’£ngé-éna; ils disent qu'il est fou de faire une maison sans toit dans un pays où il pleut si souvent, et qu’il n’a pas autant de sens qu'un certain Oiseau, lequel fait un large nid avec un toit bien clos, puis enduit le dedans avec de la boue, qu’il étend tout autour avec ses ailes jusqu'à ce que les crevasses soient bouchées et que les parois soient lisses comme celles d’une maison, Les Gorilles ont des habitudes féroces et constamment offensives; ils ne fuient jamais devant l'Horame, comme le fait le Chimpanzé. Le petit nombre des individus dont on possède les dépouilles a été pris par les chasseurs d'Éléphants ou les marchands du pays lorsqu'ils venaient soudainement sur eux pendant leur passage à travers les forêts, Le meurtre d’un Ængé-éna est regardé comme un acte de grande habileté et de courage, ct il rapporte à son auteur un honneur signalé, L’esclave d'un Mpongive, d’une tribu de l'intérieur des terres, à tué un mâle et une femelle dont les os ont été remis à M. Savage: un jour il réussit à tuer un Éléphant ; en revenant, il rencontra un Ængé-éna mâle, et, comme il était bon tireur, il l'étendit bientôt à terre; il ne marcha pas longtemps sans voir une femelle qu’il tua également, Ce haut fait, dont on n'avait pas eu d'exemple jusque-là, fut considéré comme surhumain, La liberté lui fut immédiatement accordée, et on le proclama le prince des chasseurs,

On à aussi rapporté à M. Savage que, lorsque le mâle est rencontré le premier, il pousse un hurlement terrible, dont la forêt retentit au loin, et qui peut se rendre par Aka-ah! Kha-ah! prolongé el aigu, Ses énormes mâchoires s'ouvrent largement à chaque expiration; sa lèvre inférieure pend sur le menton; la crète velue de ses sourcils et son cuir chevelu se contractent au-dessus de ses yeux, ee qui lui donne une physionomie d’une incroyable férocité, Les femelles et les jeunes disparaissent à ce premier bruit; alors il s'approche de son ennemi dans un état de fureur extrême, et en répétant avec rapidité ses eris terribles, Le chasseur attend son approche en tenant son fusil en joue; s'il n’est pas sûr de son coup, il laisse l'Animal empoigner le canon, et, au moment où il le porte à sa bouche (comme c’est son habitude) il fait feu; si le coup ne part pas, le eanon du fusil est, dit-on, brisé entre les dents du Gorille, et cette rencontre devient fatale pour le malheureux chasseur,

GENRE ORANG (Sünia, de quelques auteurs; Pongo, de Lacépède), Ge genre remarquable comprend des Singes voisins de l'Homme par leur organisation, et que plusieurs auteurs considèrent mème comme devant être placés dans la série avant le Ghimpanzé et le Gorille, Toutefois les Orangs ont des proportions moins semblables aux nôtres que ces deux Animaux, leurs membres postérieurs étant plus courts et les antérieurs, au contraire, fort longs, de manière à toucher à terre, même lorsqu'ils se tiennent debout, Sous ce rapport, les Orangs ont plus d'analogie avec les Gibbons; mais ils sont bien plus robustes ; leur cerveau, et, par suite, leur intelligence sont plus parfaits que chez ces Animaux, et ils manquent des eallasités fes-

sières, qui sont un des caractères principaux des Gibbons, À part la différence des proportions,

(1) On it dans Buffon, tome XIV, page 50: « Damp'er, Froger et d'autres voyageurs assurent qu'ils enlèvent de petites filles de neuf ou dix ans, qu'ils les emportent au dessus des arbres et qu'on à mille peines à les leur ôter. Nous pouvons ajouter à tous ces témoignages celui de M. de la Brosse, qui à écrit son voyage à la côte d'Angole en 17278, el dont on nous à communiqué l'extrait. Ce voyageur assure que les Orangs- Outans, qu'il appelle Quispesés, tâchent de surprendre des négresses; qu'ils les gardent avec eux pour en

jouir; qils les nourrisent tréshion. « J'ai connu, d'tal, à Lowanga, une néuresse qui élait restée (rois ans

aveée ces ANIMaux, »

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