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leur squelette se rapproche de celui de l'Homme par certaines particularités importantes, et leurs principaux organes ont aussi avec les nôtres une analogie incontestable et qui ne le cède point à celle que montrent les grands Singes de l'Afrique, Il en est particulièrement ainsi de leurs dents, quoique leurs incisives et leurs canines soient notablement plus fortes et que la couronne de leurs molaires soit comme grossièrement guillochée,
DENTS DE L'ORANG ADULTE de grandeur natureile.
Les Orangs ne se tiennent debout qu'en s'aidant de leurs membres antérieurs, et alors leur corps reste oblique; dans la marche, leurs membres inférieurs ne sont pas droits st leurs longs doigts sont à moitié fermés, les plus extérieurs portant à terre par la face supérieure, en même temps que le talon et une partie de la paume, Leur corps est couvert de poils roussâtres, plus foncés chez les vieux que chez les jeunes , et qui sont implantés de la même manière que chez l'Homme, ceux de la tête se dirigeant en grande partie vers le front, et ceux de l’avant-bras remontant du carpe vers le coude. La face est en grande partie nue; le nez est trés-aplati, et la bouche fait une saillie considérable en avant du plan qui passe par le front et le menton, ce qui tient au grand développement des mâchoires ainsi qu'à la grosseur des lèvres, dont le musele orbiculaire est fort développé, Les mouvements des lèvres jouent dans la physionomie des Orangs un rôle important; elles ont une grande finesse tactile, et leurs contractions diverses, ainsi que leur allongement, changent avec les sentiments dont ils sont animés, Le menton est fuyant, et le front, qui était proéminent dans le jeune àge, perd ce caractère à mesure que l’Animal vieillit; alors il cesse de ressembler à celui de l'Homme pour prendre un caractère plus bestial, Les oreilles sont petites, arrondies et bordées, mais elles manquent, comme celles des autres Singes, du lobule que possèdent toutes les races humaines; le cou est court; la tête mal équilibrée sur son axe et penchée en avant; le tronc large et fort: je ventre gros et la démarche chancelante, à terre du moins, Car les Orangs grimpent aux arbres avec une extrême habileté, et c’est au milieu des forûts élevées que se passe la plus grande partie de leur existence,
L'analogie d'organisation que ces Animaux présentent avec l'espèce humaine et une incon= testable ressemblance dans leurs facultés intellectuelles avec les nôtres , en font des êtres fort curieux à observer, et sur lesquels les naturalistes modernes ont recueilli un grand nombre
de détails intéressants. Les anciens nè paraissent pas avoir eu connaissance de ces Singes, ou bien ils les ont trop vaguement connus pour qu'il soit possible de décider s'ils ont parlé des vrais Orangs plutôt que des Gibbons. Il n’en est pas fait mention d’une manière certaine antérieurement au dix-septième siécle,
A cette époque Jonston leur a consacré quelques lignes dans son ouvrage, et Bontius a eu l’occasion d’en observer un exemplaire en vie. Les documents peu nombreux, d’ailleurs, qu'on lui doit, parurent en 1658. Ce médecin avait résidé à Batavia; it publia, dans son Histoire médicale et naturelle de l'Inde, quelques observations qu’il avait faites sur l’Orang- Outan de Bornéo. Après avoir rappelé ce que Pline dit au sujet des Satyres de l’Inde , il ajoute que la ressemblance ne se borne pas à la configuration extérieure, mais les détails qu'il rapporte sont évidemment exagérés. « Ge ‘qui est encore bien plus fait pour exciter l'admiration, c'est, dit Bontius, ce que j'ai observé moi-même chez plusieurs de ces Satyres de l’un et de l’autre sexe, particulièrement chez la femelle dont je donne ici la figure. Quand des inconnus la regardaient attentivement, elle paraissait toute confuse; elle se couvrait le visage de ses mains, versait d’abondantes larmes, poussait des gémissements, et avait, en un mot, des manières si semblables aux nôtres, qu’on eût dit qu'il ne lui manquait oue la parole pour être de tout point une créature humaine, Les Javanais, à la vérité, prétendent que ces Satyres pourraient parler, mais qu'ils ne le veulent pas faire de peur qu'on ne les oblige au travail ; opinion trop ridicule pour que je prenne la peine de la combattre, Ils le désignent sous le nom d'Orang-Outan, qui signifie Homme de la forêt, et font sur son origine d'étranges histoires »,
Il faut très-probablement attribuer à un Orang-Outan ce que Leguat rapporta, en 1720, dans son Voyage et Aventures aux deux îles désertes des Indes orientales, au sujet d’un Singe extraordinaire qu'il vit à Java, et qui avait une petite maisonnette sur la pointe d’un bastion. C'était une femelle, Leguat assure, mais il ne faut ajouter aucune confiance à ce qu’il dit à cet égard, qu’elle marchait souvent fort droit sur ses pieds de derrière, et qu'alors elle cachait avec l’une de ses mains l'endroit de son corps qi distinguait son sexe, On sait très-bien maintenant que les Animaux de cette espèce, pas plus que les autres Singes, n'ont aucun sentiment de pudeur, et que, pour ce qui regarde les Orangs, la station bipède et semblable à celle de l'Homme leur est rendue impossible par leur conformation elle-même, Ils emploient, pour marcher, leurs inembres de devant aussi bien que ceux de derrière; toutefois, leur corps reste dans une position oblique, et leurs longs bras leur servent, comme aux Gibbons, pour se maintenir dans cette situation, qui les rapproche plus de l'Homme que les autres Singes, le Chimpanzé et le Gorille exceptés.
Dans sa Vie de Peirese, Gassendi raconte le fait suivant, également relatif à l'Orang- Outan proprement dit et au Ghimpanzé : « Vers la fin de l'année 1633, Peirese avait reçu la visite du célèbre poëte Saint-Amant , qui revenait alors de Rome avec le duc de Créqui. Il le garda plusieu:s jours dans sa maison, prenant grand plaisir à s’entretenir avec lui, à lui faire lire ses vers, mais surtout à le faire parler de choses singulières que lui et son frère avaient eu occasion d'observer durant leurs voyages dans les Indes et autres pays lointains, Saint- Amant, un jour, raconta, entre autres choses, qu'il avait vu à Java de grands Animaux qui tenaient le milieu entre l'Homme et le Singe (qguæ forent naturæ Homines inter et Simias
intermediæ), Comme plusieurs des personnes présentes semblaient douter de son assertion, Peirese cila les renseignements qu'il avait obtenus de différents pays, et principalement de l'Afrique, »
A la même époque, il fut aussi question de l'Orang-Outan dans un ouvrage anglais, En publiant son excellent traité sur le Chimpanzé, Tyson cite, dans le chapitre consacré à la taille que peuvent atteindre les Æommes des bois, des renseignements recueillis par le P, Lecomte au sujet de cet Animal, Après avoir parlé de plusieurs espèces propres aux Indes,
Loco ajoute : « Ce que l'on voit dans l’île de Bornéo est encore plus remarauable et passe
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FAMILLE DES SINGES. 32 tout ce que l'histoire des Animaux nous a Jusqu'ici rapporté de plus surprenant, Les gens du pays assurent comme une chose constante qu'on trouve dans les bois une espèce de bôte nommée l’'Homme-Sauvage, dont la taille, le visage, les bras et les autres membres du corps sont si semblables aux nôtres, qu'à la parole prés on aurait bien de la peine à ne pas les confondre avec certains Barbares d'Afrique, qui sont eux-mêmes bien peu différents des bêtes, Cet Homme sauvage, dont je parle, a une force extraordinaire, et quoiqu'il marche sur ses deux pieds seulement; il est si leste à la course qu’on a bien de la peine à le forcer. Les gens de qualité le courent comme nous courons ici le ierf, et cette chasse fait le divertissement le plus ordinaire du roi, [l à la peau fort velue, les yeux enfoncés, l'air féroce, le visage brûlé; mais tous ses traits sont réguliers , quoique rudes et grossis par le soleil, Je tiens toutes ces particularités d’un de nos principaux marchands français, qui a demeuré longtemps à cette île, Cependant je ne crois pas qu'on doive aisément ajouter foi à ces sortes de relations ; il ne faut pas aussi les rejeter entièrement, mais attendre que le témoignage uniforme de plusieurs voyageurs nous éclaireisse plus particulièrement sur cette rareté, »
Allamand, naturaliste hollandais, qui a publié à La Haye une édition de l'Histoire naturelle de Buffon, eut, l’un des premiers en Europe, la bonne fortune de recevoir des renseignements nouveaux sur l'Orang-Outan, Un médecin, nommé Relian , qui résidait à Batavia, l’un des points occupés par les Hollandais dans les îles de la Sonde, lui adressa, en 1770, la lettre suivante qui à été reproduite dans les Suppléments de Buffon :
« Jai été extrêmement surpris que l’'Homme-Sauvage, qu'on nomme en malais 0) Outang, ne se trouve point dans votre académie ; c’est une pièce qui doit faire l’ornement de tous les cabinets d'histoire naturelle, M. Pallavicini, qui a été ici sabandhaar, en a amené deux en vie, mâle et femelle, lorsqu'il partit pour l'Europe en 1759: ils étaient de grandeur humaine , et faisaient précisément tous les mouvements que font les Hommes, surtout avec les mains, dont ils se servaient comme nous. La femelle avait des mamelles précisément comme celles d’une femme, quoique plus pendantes ; la poitrine et le ventre étaient sans poils, mais d’une peau fort dure et ridée, Ils étaient tous les deux fort honteux quand on les fixait trop, Alors la femelle se jetait dans les bras du mâle et se cachait la figure dans son sein, Ce qui faisait un spectacle véritablement touchant, C'est ce que j'ai vu de mes propres yeux, Îls ne parlent point, mais ils ont un cri semblable à celui des Singes, avec lesquels ils ont le plus d’analogie par rapport à la manière de vivre, ne mangeant que des fruits, des racines, des herbages, et habitant sur des arbres, dans les bois les moins fréquentés, Si ces Animaux ne faisaient pas une race à part qui se perpétue on pourrait les nommer des monstres de la nature humaine. Le nom d'Hommes-Sauvages, qu'on leur donne, leur vient des rapports qu'ils ont extérieur ent avec l'Homme, surtout dans leurs mouvements, et dans une façon de penser qui leur est sûrement particulière, et qu’on ne remarque point dans les autres Animaux ; car celle-ci est toute différente de cet instinct plus ou moins développé qu'on voit dans les Animaux en général, Ce serait un spectacle bien curieux si l’on pouvait observer ces Hommes-Sauvages dans les bois, sans en ôtre aperçu, et si l’on était témoin de leurs occupations domestiques, Je dis ÆZommes Sauvages pour me conformer à l'usage ; car celte dénomination n’est point de mon goût, parce qu'elle présente d'abord une idée analogue aux sauvages des terres inconnues auxquels ces Animaux ne doivent point être comparés... C’est dans l’île de Bornéo qu'il y en a le plus, et d’où l’on nous envoie la plupart de ceux que l’on voit ici de temps en temps, »
Dans le tome VIT des Suppléments à l'Histoire naturelle 1789, par Lacépède, il est donné une ficur
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le Buffon, qui ont été publiés, en lai jeune Orang, Le mot Orang-Outan reste Pour ce naturaliste une dénomination comniine aux Singes anthropomorphes de l'Afrique et de l’Archipel indien (t). Quelques citations empruntées au texte lui-même feront voir que
(1) Quoiqu'on ait souvent éerit le mot Outan avec un 4 (Orana-Outana), il ne doit pas en recevoir, Oran Signilie sauvage ou vivant dans les Vois; Outang veut dire débiteur. PE PARTIE,
Buffon n'était pas eucore parvenu à débrouiller complétement la synonymie de cette espèce d'avec celle du Chimpanzé et même du grand Singe de Battel,
« Nous avons reconnu, dit-il, qu’il existe réellement, et au moins, deux espèces bien distinctes de ces Animaux : la première, à laquelle, d'après Battel, nous avons donné le nom de Pongo (c'est aujourd'hui le Gorille), et qui est bien plus grande que la seconde, que.nous avons nommée Jocko, d’après le même voyageur (v'est le vrai Ghimpanzé)...... Le Singe. que j'avais vu vivant, et auquel j'avais cru devoir donner le nom de Jocko , était un jeune Pongo (non, c'était bien le jeune du Jocko, c’est-à-dire du Chimpanzé; il est encore conservé dans les galeries du Muséum),......, Mais ayant reçu depuis des grandes Indes un Orang- Outan bien différent du Pongo (c'est un véritable Orang-Outan), et auquel nous avons reconnu tous les caractères que les voyageurs donnent au Jocko, nous pouvons assurer que ces deux dénominations de Pongo et Jocko appartiennent à des espèces réellement différentes, et qui, indépendamment de la grandeur, ont encore des caractères qui les distinguent, »
C’est au célèbre anatomiste hollandais Camper que la science doit les premiers renseignements exacts sur l'anatomie de l’Orang-Outan, Ayant disséqué plusieurs individus de cette espèce qui lui avaient été expédiés par ses correspondants, il publia de nombreux détails à leur égard, et plusieurs des planches de son Atlas leur sont également consacrées, Voici quelques-unes de ses observations sur les viscères :
« En ouvrant le ventre, je trouvai, au premier coup d'œil, beaucoup de rapports entre les intestins et les viscères de cet Animal et ceux de l'Homme; mais, après un examen plus attentif, je découvris qu’il y avait, à plusieurs égards, une fort grande différence, Le foie, qui est très-grand relativement à la taille de l’Animal, se trouvait, en grande partie, du côté droit , mais il occupait cependant aussi une place assez considérable à gauche, ainsi que cela a lieu dans presque tous les Singes. Il ressemblait au foie du Gibbon dont Daubenton nous a donné la description, et à celui du Chimpanzé de Tyson; seulement, les lobes-portes étaient plus apparents, ainsi que l'était aussi ie lobule de Spigélius, L’estomac était appuyé, comme dans les Chiens, fortement musclé vers le pylore, I différait par conséquent beaucoup de celui de l'Homme, Au-dessous tait le pancréas, qui avait, ainsi que le canal, une grande ressemblance avec celui de l'Homme, I n’y avait ni replis dans le duodenum et dans le jéjunum , ni rides dans le reste des intestins grêles ; mais les villosités étaient fort apparentes, L’appendice vermiforme ressemble beaucoup à celui de l'Homme; cet intestin ne se trouve point chez les Singes à queue, ni chez celui d'Égypte (Wagol), mais bien chez le Pygmée de Tyson (Chimpanzé), ainsi que chez le Gibbon Wouvou, »
Camper a découvert chez le jeune Orang-Outan, et Wurmb, ainsi que d’autres, ont retrouvé, plus développée encore chez les Pongos ou vieux Orangs, une poche placée au-dessus du sternum , et qui communique avec le larynx, Pair 2 qu'elle reçoit de celui-ci étant suscep- :
tible de la dilater fortement, Une autre | particularité non moins curieuse à été observée pour la premiére fois par Cam- | per: c’est que l'articulation coxo-fémorale À de l'Orang diffère de celle de presque tous les autres Animaux, et, en particulier, de celle de l'Homme, par l'absence du ligament rond, lequel à pour usage d'attacher la têle du fémur au bassin,
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C'est par erreur qu'on a signalé l'existence des Orangs-Outans sur le continent indien et même à Java, Il paraît qu’il n'en existe ni dans cette île, ni en ‘ uchinchine, où Guvier en indique, On ne trouve ces Singes qu'à Sumatra et à Bornéo, Ils reçoivent des Malais des côtes, le nom d'Orang-Oulan, où Houtan, qui signifie Homme des Lois. À Bornéo, les Daiaks Béjadjou les nomment Xahico, et ceux de la rivière Dousson, Æeou; ils appellent aussi le vieux mâle Salamping et la femelle Boulou, Sur la côte occidentale de Sumatra, les Malais donnent à l'Orang-Outan le nom de Mawé, et ceux d'Indrapoura et de Bencoulen le nomment Orang- Panda où Pandekh, qui veut dire Homme noir.
Nulle part ces singuliers Animaux ne sont communs, et on ne les trouve que dans les lieux où s'étendent d'immenses terres basses, humides, et couvertes de sombres ct vastes forêts , souvent submergées et peu accessibles à l'Homme. Leur apparition dans les lieux montagneux n'est qu'accidentelle, À Sumatra, où ces vastes forûts marécageuses n'existent que sur les côtes orientale et septentrionale, l'Orang se trouve relégué dans les royaumes de Siak et dAtgen. Des individus isolés semblent pénétrer, accidentellement, par les grandes vallées de l'intéricur, vers la côte occidentale; mais ces cas sont extraordinairement rares. Les Orangs sont bien plus répandus à Bornéo, où on les observe dans toutes les parties basses et boisées qui sont peu habitées par les indigènes, Toutefois, on les chercherait en vain dans les lieux montagneux ou dans le voisinage des factoreries et des rivières navigables.
Les forêts sauvages et touffues, où les rayons du soleil nè pénètrent qu'avec peine, leur servent de retraite, Pendant le jour, on les voit parcourir la cime des arbres, Il est rare qu'ils en descendent pour attaquer les hommes qui les poursuivent; on cite cependant plusieurs exemples de naturels terrassés et même tués par ces Animaux, dont la force est prodigieuse, Vers le déclin du jour, ils passent dans l'épaisseur du feuillage pour se mettre à l'abri du froid et du vent, ct leur gite pendant la nuit est la partie fourrée ou la cime peu élevée de quelque arbre, tel que le palmier nibong ou pendant; souvent aussi ils se cachent dans quelque grosse louffe des orchidées qui croissent sur ces arbres gigantesques. En quelque lieu qu'ils passent la nuit, ils disposent leur gîte en forme d’aire, le garnissent de feuilles et le recouvrent de branches et de feuilles d'orchidées : ils emploient aussi du Pandanus fasciculus où du Nipa frutivans,