ÉLÉPHANT
d'Afrique , de l'Inde, de Sumatra,
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Les Éléphants n'ont pas de clavicules, Leur omoplate a une forme assez particulière, Leur humérus manque, comme tous leurs os longs, de canal médullaire ; le tissu de son intérieur est aréolaire spongieux, La partie inférieure de leur humérus n'a pos de trou sus-condylien, Le radius reste toujours distinct du cubitus qu'il croise en avant, Le fémur n’a pas de troisième trochanter; il est proportionnellement plus long que celui des autres ongulés, Le péroné ne se soude pas au tibia, L'astragale à une forme particulière, et il ÿ a cinq doigts aux pieds de derrière, comme à ceux de devant, Tous ces doigts appuient sur le sol par leur extrémité terminale, Dans aucun des squelettes qu'on à préparés, je n'ai encore vu les phalanges onguales, qui doivent tre fort petites, si elles s'ossifient réellement,
Le cerveau des Éléphauts est plus volumineux que celui d'aucun Mammifère terrestre, sans en excepter l'Homme, mais il est autrement conformé que celui de ce dernier, Il relève du même type général que celui des Ongulés, et il a, comme le leur ct comme celui des Célacés, des circonvolutions nombreuses et étroites à la surface de ses hémisphères.
Le canal intestinal des mêmes Animaux est fort long; il a aussi dans presque toute sa longueur un diamètre plus grand que celui de la plupart des autres Mammifères, L'estomac n’est pas compliqué comme chez les Ruminants; il est étroit et allongé, Le cœcum est considérable dans V'Éléphant d'Afrique, où il atteint quatre ou cinq décimètres, et dans celui d'Asie, où ilen a huit ou neuf, Le canal intestinal mesure en tout dix-neuf mètres et demi dans le premier de ces Animaux, et vingt-huit dans le second, la longueur du corps étant à peu près la même, c'est-à-dire un peu plus de deux mètres et demi dans l’une et dans l’autre espèce,
Hérodote est le plus ancien des auteurs grecs qui aient parlé de l'Éléphant, il le cile, ainsi que le Lion et quelques autres Animaux, parmi les productions de la Lybie orientale: et dans un autre passage, il dit que les Éthiopiens , voisins de l'Égypte, portaient tous les trois ans à Darius vingt grandes dents d'Éléphants. Cinq cents ans avant Darius, l'ivoire était d’ailleurs connu des habitants de l'Asie Mineure; il est aussi mentionné dans les poésies homériques ; et nous avons déjà rappelé (T. E, p. 76) que les flottes réunies du roi Hiram et de Salomon en rapportaient aussi tous les trois ans. L'ivoire est désigné dans le texte hébreu sous le nom de sissabim. Toutefois, ce ne fut guère qu’à l'époque d'Alexandre que l’on eut des renseignements circonstanciés sur les Animaux dont il provenait, Aristote en parle avec assez de détails, et ce qu'il en dit est fort exact, Ils étaient dés lors employés dans les combats, dans l’Asio Mineure aussi bien que dans l'Inde, I paraît qu'Alexandre est le premier des princes curopéens qui en ait eu à sa disposition, F1 les avait conquis sur le roi indien Porus, lorsqu'il le vainquit et le fit prisonnier, Ge fut Séleueus Nicator qui commanda le corps d'armée dont ces Éléphants firent partie, ct plus tard il en reçut lui-même cinquante de Sandrocotus, lorsqu'il reconnut à ce dernier le Penjaub et quelques autres provinces indiennes que Sandrocotus avait soulevées après la mort d'Alexandre,
Les Ptolémées, qui héritèrent de l'Égypte, possédèrent comme los Séleucides, en Syrie, do nombreux Éléphants : mais ce furent, à co qu'il paraît, des Élphants de l’aspèce africaine,
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FAMILLE DES ÉLÉPHANTIDÉS. 127
et à la bataille Raphia, qui out liou 217 ans avant l'ére actuelle, Piolémée-Philopator fit combattre soixante-treize de ces gigantesques Animaux contre deux cents, d'autres disent cent deux, tous do l'espèce asiatique, qui étaient dans l'armée d'Antiochus le Grand, de la dynastie des Séleucides, L'histoire militaire fait mention des Éléphants dans beaucoup d'autres circonstances; ils jouérent un grand rôle dans les armées des Carthaginois. Annibal en conduisit en Europe pendant la seconde guerre punique, et pour les amener jusqu'en Italie, il leur fit traverser l'Espagne et la Gaule méridionale, Trois des quarante Éléphants qu'il possédait en quittant l'Espagne avaient péri, lorsqu'il traversa le Rhône; et, suivant Polybe, les trente-sept qui lui restèrent moururent tous, à l'exception d'un seul, à la bataille de la Trébie, où, cependant, Annibal fut vainqueur, Ces Éléphants étaient sans doute de l'espèce africaine, ainsi que ceux pris aux Carthaginois, que les Romains opposérent, comme nous l'avons déjà rappelé, aux Éléphants asiatiques d’Antiochus le Grand, lorsque les conseils d'Annibal excitérent celui-ci à leur déclarer la guerre,
Les Romains avaient déjà possédé des Éléphants asiatiques en l'an 479 de Rome (273 avant Jésus-Christ); Curius Dentatus, vainqueur de Pyrrhus, leur avait pris quatre de ces Animaux, que Pyrrhus lui-même avait enlevés à Démétrius Poliorcète, roi de Macédoine, C'étaient les premiers que l'on avait vus en Italie, iomme ils avaient été débarqués à Tarente, les Romains leur donnérent le nom de Bœufs de Lucanie, Hs parurent au triomphe de Curius Dentatus, Le nombre de ceux qu'on amena depuis lors à Rome, soil pendant la république, soit pendant l'empire, paraît avoir été considérable, et, en 122 avant Jésus-Christ, lors de la guerre contre les Allobroges, il en fut conduit en Gaule, Il en est question dans deux des affaires qui eurent lieu à cette époque, l'une sur la Sorgue, entre Avignon et Carpentras : l'autre, au confluent de l'Isère et du Rhône.
I n'était pas inutile de rappeler ici ces détails historiques, car on a souvent attribué aux Éléphants des Carthaginois ou à ceux des Romains les nombreux ossements de Proboscidiens que l’on trouve si fréquemment dans le sol d'une grande partie de l'Europe; mais il est bien démontré aujourd'hui que les Éléphants fossiles ont été ensevelis par le sol à une époque bien antérieure, qu'ils sont d'une autre espèce, et qu'il y en a dans une multitude de lieux , où ni les anciens, ni les modernes n'ont jamais conduit les Éléphants qu'ils ont possédés, soit comme Animaux de guerre, soit comme objets de curiosité, Le nombre de ces derniers, si considérable qu'on le suppose, n’est presque rien en comparaison de celui des individus réellement fossiles, et nulle part encore on n’a retrouvé en Europe un seul ossement que l'on puisse raisonnablement attribuer aux Éléphants que les anciens ont conduit avec eux.
Pendant le moyen âge il ne parut en Europe qu'un petit nombre d'Éléphants, Le calife Haroun-al-Raschid, qui sollicitait l'alliance de Charlemagne, lui en envoya un qui fut débarqué à Pise en 801 et conduit de là à Aix-la-Chapelle, Cet Éléphant mourut en 810, Eu 1229, Frédéric IE, à son retour de la Terre sainte et après avoir conclu la paix avec le soudan d'Égypte, ramena un Éléphant, sans doute d'espèce africaine, et en 1254, à son retour de Syrie, saint Louis en cut un qu'il donna bientôt au roi d'Angleterre Henri HE.
Plus tard, lorsque les peuples de l'Europe occidentale, et en particulier les Portugais, eurent établi des relations avec le Sénégal et la Côte de Guinée, on obtint de nouveau quelques Éléphants, En 1514, Emmanuel, roi de Portugal, en envoya un au pape Léon X. Pendant le même temps, il y en avait aussi à Constantinople et au Caire, ainsi que cela est assuré par le témoignage de Busbeck et de Prosper Alpin. Depuis le xvue siècle, ils ont été plus fréquents, et l’on en a promené, comme objets de curiosité, dans une grande partie de l'Europe, La Ménagcrie entretenue par Louis XIV à Versailles en a possédé un qui était de l'espèce africaine; c'était un présent du roi de Portugal. Il avait été rapporté du Congo cn 1668, et il vécut à Versailles jusqu'en 1681. Sa dissection fut faite avec détail par les anatomistes de l’Académie des Sciences et publiée par les soins de l'architecte Claude Perrault, ie célébre auteur de la colonnade du Louvre, Le squelette de cet Étéphant est encoro au
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Cabinet d'Anatomie comparée. L'Éléphant d’Asie, qui est encore employé dans l'Inde comme Animal domestique, est celui que nous voyons le plus souvent en Europe, soit dans les ménageries nationales, soit dans les ménageries ambulantes, et je doute même qu’il y ait en ce moment d'Éléphant africain, autre que celui de la Ménagerie du Muséum qui fut offert en 1826 au roi Charles X par le pacha d'Égypte.
Autrefois on n’avait pas cherché à prendre une connaissance exacte du squelette de ces Animaux, et il avait été par suite impossible de reconnaître la véritable nature des grands ossements appartenant à des Mammifères du même genre ou de genres peu différents que l’on trouve si souvent enfouis dans le sol. On sait maintenant qu’il y a des ossements fossiles de Proboscidiens non-seulement en Europe et en Asie, mais aussi en Afrique, dans les deux Amériques et jusque dans la Nouvelle-Hollande; mais ils sont toujours différents par leur espèce de ceux des Éléphants de l'Afrique ou de l'Inde, et nous ne connaissons encore que dans les dépôts tufacés de l'Algérie des débris d'Éléphants appartenant à l’une des espèces actuelles. Ils se rapportent incontestablement à l'Éléphant africain.
C’est seulement vers la fin du dernier siècle que l’on a commencé à se rendre compte, d'une manière réellement scientifique, de la nature des ossements fossiles, Anciennement, on prenait ceux des Proboscidiens pour des os de géants, et l’on a cru, dans plus d'une occasion, y trouver les restes des héros les plus célèbres de l'antiquité, ceux des géants dont il est ici question dans la cosmogonie biblique, ou même ceux de quelques saints.
Malgré la grosseur de leur masse, les Éléphants ne manquent pas d’agilité, et leur marche est moins pesante qu’on ne le croirait au premier abord. Ils ont le trot assez rapide, et un Cheval les suit difficilement lorsqu'ils veulent hâter le pas. En courant ils remuent leurs oreilles à peu près comme les Autruches étendent leurs ailes, et l'on a prétendu qu’ils les employaient quelquefois pour se diriger. Ils se tournent difficilement, aussi peut-on leur échapper plàs facilement en les obligeant à changer plusieurs fois de suite; il leur est également péniblede descendre les côtes ou les pentes un peu rapides, parce qu'ils sont obligés de tenir fléchies leurs jambes de derrière pour que la masse de leur tête et de leurs défenses ne les fasse pas culbuter en avant. Leur corps n’est pas si bas sur jambes que celui des Hippopotames ou des Rhinocéros, et si l’on compare le squelette de leurs membres à celui de ces Animaux, on y reconnaît même une sorte de gracilité, qui est plus évidente encore pour le fémur que pour les autres 05,
Les Éléphants vivent dans les lieux humides et d'une végétation active; comme ils consomment une grande quantité de nourriture, et que leurs troupes sont quelquefois assez noinbreuses , ils ont bientôt dévasté les pays où ils se tenaient, et i! leur faut en changer. Leurs bandes sont conduites par quelque vieux mâle qui a sur elles un grand ascendant, Ils entrent souvent dans les marécages et peuvent traverser des fleuves à la nage. Geux que l’on tient dans les ménageries aiment aussi beaucoup l’eau, c’est pourquoi «n les place auprès de grands bassins dans lesquels ils entrent souvent pour plonger tout à fait, se contentant de prendre au moyen de leur trompe l’air qui est nécessaire pour leur respiration. L'excès de la chaleur ne les fait pas moins souffrir que celui du froid.
Nous dirons quelques mots sur les caractères distinctifs des Éléphants actuels, et sur ceux des Animaux éteints qui appartiennent à la même famille, en passant successivement en revue les genres Éléphant, Mastodonte et Dinothérium.
GENRE ÉLÉPHANT (EÆlephas, Linné). Animaux proboscidiens, n'ayant de dents incisives qu’à la mâchoire supérieure; ces dents, toujours plus ou moins longues, sortent de la bouche sous la forme de défense; molaires au nombre de six paires, ou peut-être de cinq seulement à chaque mâchoire, n’existant pas toutes en même temps, formées à la couronne par des lamelles ovalaires ou lozangiques, dont les intervalles sont comblés par de la substance cémenteuse, Ce genre comprend des espèces vivantes et d’autres qui sont éteintes. Les Éléphants de l'Afrique et ceux de l'Inde sont généralomont rapportés au même genre