‹ Histoire naturelle des mammifères [microforme]Chapitre 46 sur 96 · ARRET IE · texte numérisé non relu

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-on peut les laisser avec ceux qui sont déjà domestiques, car ils deviennent obéissants et ne cherchent plus à s'enfuir, Au contraire, les vieux Chevaux sauvages sont presque tous indomptables, et on ne les recherche ni pour les dresser ni pour tirer parti de leur chair,

Il y à peu de différence entre ces Chevaux pris à l’état sauvage et ceux que l’on élève dans une demi liberté, en quelques parties de l'Europe et de l'Amérique, dans les haras appelés haras sauvages. Ceux de l’Europe se voient surtout en Russie, en Pologne et dans le midi de la France, soit en Camargue, soit dans les landes de Bordeaux, Nous dirons seulement quelques mots de ceux de la Camargue, dont on a peut-ôtre exagéré la valeur,

Eu effet, il existe dans les plaines arides et en partie marécageuses de la Camargue, et dans quelques lieux analogues, formant une grande partie de la lisière maritime des départements du Gard, de l'Hérault et de l'Aude, des Chevaux qui vivent dans un état presque complet de liberté; ils forment une race assez distincte qu'on appelle la r'ace Camargue. Les jeunes sont noirâtres et à poils assez longs; le poil des adultes est court et uniformément blanc dans le plus grand nombre de sujets, La taille de ces Chevaux est de 4 pieds 3 pouces à 4 pieds 6 pouces. Leur front est carré, leur chanfrein droit et leur tête assez forte; leurs membres,

bien conformés, ont les paturons courts, Ges chevaux, que l’on emploie assez souvent dans le Midi pour les travaux de la campagne où même pour la selle, ont de la vigueur et de la sobriété, Dans les lieux déserts où l'on en conserve la race, ils vivent par petites troupes, et ce n'est qu'à l’époque de la moisson que l’on se sert de ceux dont on n’a pas fait l'éducation, On les amène sur les aires et on les fait marcher sur les gerbes qu'on y à placées, de manière à détacher le blé des épis. Ge travail de dépicage terminé , on les lâche de nouveau dans les espaces incultes qui entourent les marais salants, où les carex et quelques autres plantes grossières constituent essentiellement leur nourriture, Il n'est pas douteux que ces espèces de baras naturels ne soient susceptibles d’être rendus plus productifs, Les Chevaux camargues ont le poil plus long en hiver qu’en été, ce qui leur permet de résister plus aisément au froid ; on suppose qu'ils ont été abandonnés dans ces localités par les Sarrasins lorsque ceux-ci

furent chassés du midi de la France,

Suivant les qualités de leur race, les Ghevaux sont trés-diversement employés : il y a des Chevaux pour la selle, et dans la cavalerie ceux des différentes armes sont également différents. Le service de l'artillerie exige aussi une race particulitre de Ghevaux, Ceux des attelages élégants, ceux des Postes, ceux des Messageries, doivent aussi avoir leurs qualités propres ; et la charrue, chaque genre de charrois, le service de la ferme, etc., comportent aussi des différences semblables, Les plus petits Chevaux, tels que ceux des Shetland, d'Ouessan, de la Corse, etc., ont chacun leur emploi comme les plus gros Chevaux dits boulonnais, alsaciens où flamands, que l’on connaît aussi sous la dénomination de Chevaux de brasseurs ; enfin les Chevaux étrangers montrent encore des aptitudes spéciales comme nous le voyons par ceux du nord de l’Europe, de l'Afrique, en particulier du Maroc, de l'Arabie et de l'Asie, soit eu Tartane, ou en Chine, ainsi que des deux Amériques,

En Afrique et en Asie on se sert aussi de Chevaux dans les aravanes, M. Maurice Wagner, qui a eu l’occasion de les étudier entre Erzeroum et Tauris, a publié, à leur égard, quelques faits fort curieux qui nous montrent la grande analogie qui subsiste entre ces Chevaux domestiques et ceux qui vivent en liberté, Quoique très-enclins à la sociabilité, ils ne peuvent souffrir les Chevaux qui sont étrangers à leurs propres troupes, et, en général, ils n'observent pas la moindre tolérance à l'égard de leurs confrères des autres caravanes; ils les poursuivent de leur haine, Lorsque deux caravanes campent par hasard dans le voisinage l'une de l'autre, les Chevaux qui paissent alors dans les prairies voisines se regardent d’un œil inquiet, dressent les oreilles, hennissent et trahissent bientôt l'envie qu'ils ont d'en venir à une bataille, Ge sont surtout les jeunes Chevaux et les Poulains vifs et ardents qui manifestent ces sentiments belliqueux, et souvent ils finissent par entraîner les autres. Dans cette occasion, ils oublient totalement les règles du devoir, et la discipline sévère à laquelle on les

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accoutume dans ces sortes de voyages est entièrement méconnue, Un hennissement sonore appelle les plus ardents au combat, et dans l'autre Camp un pareil hennissement donne avssitôt lo signal de la défense, Les Chevaux des deux caravanes se précipitent les uns contre les: autres, écumant de rage et les naseaux frémissants; chacun cherche à saisir son adversaire dans les flancs. Pendant ce temps, ceux qui n’ont pas pris part à la lutte se rangent en cercle et observent, Il faut que les guides accourent et fassent siffler les lanières de leurs fouets pour rétablir l'ordre, Quand deux caravanes se rencontrent en marche, cette rivalité n’a pas lieu, Les Chevaux n’osent pas troubler l’ordre des convois: cependant quelques hennissements, et la manière dont ils dressent leurs oreilles trahissent presque toujours leurs sentiments belliqueux.

La population chevaline augmente proportionnellement à la population humaine; mais, suivant les pays, elle est avec cette dernière dans un rapport variable, Le Danemark comptait, en 1818, 45 chevaux pour 100 habitants ; en 1825, le Hanovre en comptait 13 pour 100; la Suède, en 1832, 12 !; la Suisse, en 1827, 12 pour 100; la Hollande, en 1806, 13; la Prusse, en 1843, 10 <; le royaume de Naples, en 1835, 10; l'Écosse, en 1831, 10 également; la France no vient qu’à la suite, relativement parlant : le rapport entre les habitants et les Chevaux est de 8 pour 100; mais, ainsi qu’il résulte d’un rapport fait, en 1848, par le général de Lamoricière, au nom du Conseil supérieur des Haras, elle a au-dessous d'elle la Toscane, l'Angleterre, le Wurtemberg, la Pologne, la Belgique, l'Irlande, la Saxe, Bade, la Sardaigne, les Provinces rhénanes, l'empire d'Autriche, la Bohême, la Hongrie, le Piémont, le royaume lombardo-vénitien, la Sicile et l'Espagne.

Notre population chevaline dépasse de ? celle de l'Angleterre, et à peu près du double celle de l'Autriche ; on l'évalue au nombre total de 3,000,000, ce qui donne un chiffre brut supérieur à celui des autres États européens, sans en excepter la Prusse qui ne comptait, en 1843, que 1,564,000 Chevaux, En 1816, l'Autriche n’en avait que 1,200,000, et l'Angleterre 900,000 en 1823. La richesse chevaline de la Russie n’est pas connue,

Quoi qu'il en soit, la France est encore obligée d’acheter annuellement à l'étranger une grande quantité de Chevaux, principalement de Chevaux à deux fins, c’est-à-dire pouvant servir pour le carrosse et dans la cavalerie, Cette situation est loin d’être nouvelle, et quoique les tentatives faites par l'administration publique pour y remédier remontent à Louis XIII, et que ces tentatives aient été suivies par tous les Gouvernements qui se sont succédé depuis lors il n'a pas encore été possible de s'y soustraire, Les haras nationaux, les dépôts d’étalons, ont cependant rendu de grands services, et leur action sur l'amélioration du Cheval , dans certaines parties du territoire, est déjà incontestable, grâce aux soins apportés dans le choix des individus producteurs.

Indépendamment des excellentes qualités que nous lui reconnaissons de son vivant, le Gheval peut, après sa mort, fournir encore diverses substances utiles, La peau, la corne de ses pieds, les crins de sa queue ou de son cou, ses tendons qui servent à faire de la colle, ses os dont on retire du noir animal, et plusieurs autres de ses parties sont recueillies et employées avec fruit, On peut également citer son espèce parmi celles qui sont alimentaires, En effet, la chair du Cheval jeune et sain est un excetlent manger, et celle du Cheval sauvage est encore préférable; il y a des pays où l’on mange cette dernière; d'autres, où l’on vend à la boucherie celle du Cheval domestique. En temps de guerre, on peut, à l’occasion, tirer bon parti d’un Cheval blessé que l’on abat ou de celui qui a été tué sur le coup ; en temps de famine, on a mangé du Cheval même à Paris, Huzard, cité par Parent-Duchâtelet, dit qu'en 1793 les habitants de la Capitale furent en partie nourris pendant près de trois mois avec de la viande de Cheval, et cela sans que l’on s’en aperçût. Quelques naturalistes se sont demandé comment cet aliment n’était pas devenu usuel, et ils en ont conclu qu'il nous restait, sous ce rapport, bien des progrès à faire,

Mais n'est-il pas convenable de leur objecter que la grande utilité du Cheval vivant justifie parfaitement l'habitude où l'on est de ne pas l'abattre pour s’en nourrir, Et n'est-il pas préfé-

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rable de mettre les Bœufs à l’engrais, au lieu d’y envoyer les Chevaux dont nous n'avons pas même un nombre sufffisant pour nos armées ou nos voitures , t qui d’ailleurs se prôteraiont assez mal à ce genre d'exploitation, La spéculation , à laquelle on a songé ici, serait certainement peu heureuse, et sans rappeler qu'aucun de ceux qui l'ont proposée aux autres ne l'a encore essayée, on peut faire remarquer qu'en Danemark et dans d'autres pays où l'on mange du Cheval, cet usage tend chaque jour à disparaître, à mesure que le placement des Chevaux vivants devient plus facile, À quelles fraudes, d’ailleurs, ne donnerait pas naissance la vente du Cheval comme aliment, et qui voudrait s'exposer, surtout dans les grandes villes, à se nourrir de la chair de tant de vieux serviteurs qui meurent à la peine, et que chacun regarde avec raison comme étant plus dignes de compassion que capables d’exciter même les plus robustes appétits,

L'histoire du Cheval comporterait bien d'autres détails, mais il faudrait plus de place, pour la traiter d’une manière complète, qu’il ne nous en est accordé pour toute la classe des Mammifères, et nous devons, tout en reconnaissant combien ce qui précède est incomplet, terminer ici ce que nous avons à en dire, Nous ajouterons cependant quelques mots pour rappeler le classement des races et sous-races de Chevaux, tel que l'ont établi les vétérinaires,

Les Chevaux peuvent être ramenés à deux types principaux : celui des Chevaux de selle et celui des Chevaux de traits. Le Cheval d'Asie Mineure, plus connu sous le nom de Cheval arabe, est le meilleur exemple que l’on puisse citer du premier type; et le Cheval boulonnais le meilleur exemple du second,

Les caractères du type arabe sont les suivants : taille moyenne, peau fine, pieds courts et soyeux, vaisseaux superficiels et apparents, formes fines, svelles, sèches, anguleuses, quoique élégantes, tête carrée, encolure renversée, croupe saillante, ventre peu développé, extrémités longues, tendons bien détachés, sabots petits, lisses, très-durs. Les chevaux de ce type ont de la force, de l’ardeur, de l'intelligence et de la docilité ; ils sont aptes à supporter de longues abstinences, et courent avec une grande rapidité, On en rapproche les Chevaux persans, turcs, barbes, andaloux, hongrois, moldaves, anglais, limousins, navarins, auvergnats et normands, qui en possèdent le sang à des degrés divers, Les Chevaux tartares et quelques autres leur ressemblent à certains égards, mais sans en posséder toutes les qualités. Les caractères du {ype boulonnais sont les suivants : taille élevée, corps massif, peau épaisse, tête grosse, encolure rouée ou droite, crinière touffue, poitrail large, ventre volumineux, croupe large, avalée, double, extrémités fortes, sabots grands, Ces chevaux croissent rapidement, ont besoin d’une alimentation abondante, ont peu d’ardeur, mais beaucoup de force, sont peu intelligents, peuvent traîner d'énormes fardeaux, mais sont lourds à la course, On doit y rattacher les Chevaux danois, les mecklembourgeois, les anciens Chevaux d'Angleterre , les anciens napolitains, les frisons, et, en France, les normands-cotentins, ainsi que les bretons,

Equus HÉMIONE (£quus Hemionus). Les anciens, et en particulier Pline, ont fait mention de deux espèces d’Anes sauvages : l’une que Xénophon avait déjà signalée en Mésopotamie, c’est-à-dire dans la partie de la Turquie d'Asie qui est comprise entre l'Euphrate et le Tigre, recevait le nom d'Onagre ou Asinus sylvestris; l’autre était appelée Hemionos, c'est-à-dire demi-âne, Lorsque les naturalistes modernes se sont occupés, avec Pallas, des Animaux sauvages dans l'Inde et dans le Thibet, qui ont de l’analogie avec l’Ane domestique, mais qui n’ont qu’une bande longitudinale brune le long du dos, sans barre transversale sur les épaules, ils leur ont imposé également le nom d'Equus Hemionus, qu'ils vinssent du pays de Gutch, qui est situé auprès des bouches de l’Indus, ou bien du Thibet; cependant on a été conduit plus récemment à penser que les Animaux de ces deux localités étaient de deux espèces différentes, (P7. XXIV.)

L'espèce thibétaine répondrait seule au véritable Hemionos de Pallas, et même à celui de Pline; ce serait aussi l'£guus polyodon de M. Hodgson: elle est quelquefois désignée par

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