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FAMILLE DES BOVIDÉS, 193
Cette qualité de Moutons a été mêlée à nos Moutons ordinaires, qu’elle a notablement améliorés, C’est elle qui forme la très-grande majorité des troupeaux espagnols, qui sont transhumants, c'est-à-dire que l'on fait voyager par troupeaux considérables, en ayant soin de les conduire en été dans les montagnes élevées, principalement dans celles du royaume de Léon et des Asturies, et, en hiver, dans les plaines de la Nouvelle-Castille et de l'Estramadureo. Les Moutons qu'on élève aussi en grand nombre dans le midi de la France sont soumis à un régime analogue, et, aux approches de l'hiver, on éloigne des montagnes des Alpes, dos Cévennes ou des Pyrénées, leurs nombreux troupeaux, pour les ramener dans les plaines de la Provence ou du Languedoc,
Mouronxs ne France, Scus-race de la Charmoise. Béliers de vingt-deux mois, dessinés quatre mois avant ln tonte
L'histoire industrielle du mouton ne le cède point en intérêt à son histoire zoologique, A toutes les époques, en effet, les Animaux domestiques du genre qui nous occupe ont été l’une des sources les plus productives du bien-être des nations, Autrefois, les peuples pasteurs apportaient, comme ils le font encore de nos jours, le plus grand soin dans l'élève des Moutons , que leur laine, leur chair, le lait des Brebis, et même le fumier qu'ils déposent dans les endroits où on les fait paître, rendent également précieux, Envisagés comme Animaux de boucherie, les Moutons occupent aujourd’hui une place importante dans les produits commerciaux qui constituent une grande partie de la richesse de certains pays, et leur laine donne lieu à des transactions sans nombre, On l’apporte de fort loin dans plusieurs de nos villes, où elle subit la première opération du lavage ; puis on la livre à différentes industries manufacturières qui en transforment la plus grande partie en tissus si variés et d'un usage si général, Le port Juvénal, situé sur le Lez, auprès de Montpellier, reçoit depuis plusieurs siècles une grande partie des laines produites dans la région méditerranéenne, C’est là que s'en fait le lavage, et les terrains environnants doivent à cc lavage un nombre assez
194 ORDRE DES BISULQUES,
considérable de végétaux étrangers au Languedoc qui s'y sont développés au moyen des graines restées adhérentes à ces laines (1) et qui ont des provenances si diverses,
On s’est beaucoup occupé, depuis un@ soixantaine d'années, de l'amélioration de nos Moutons indigènes, Daubenton a donné des indications précises sur les règles qu'il importait de suivre dans ces essais, et son livre (2) sur ce sujet, quoique publié pour la premicre fois en 1782, pout encore Ôtre consulté avec fruit,
Daubenton s'est principalement appliqué à améliorer nos races de Moutons à l'aide des Mérinos, et, depuis lors, on a fait concourir au même but les Moutons de race anglaise, On trouve dans un ouvrage de Carlier, publié en 1770, une énumération assez complète de races françaises telles qu'elles étaient avant ces perfectionnements, provoqués en partie par Daubenton et continués depuis lors avec intelligence par un grand nombre d'éleveurs, Carlier distingue trois races mères parmi nos anciens Moutons, savoir : la flamande, la picarde et la bocagère, auxquelles M, Lullin ajoute la r'ace provençale,
La race flamande est la plus grande et la plus forte de celles anciennement obtenues en France; elle atteint de quatre pieds et demi à cinq pieds de longueur, et fournit des Moutons gras dont le poids va de 90 à 130 livres, Elle ne convient qu'aux pâlurages gras et frais de la meilleure qualité, Aussi peut-elle prospérer en Flandre, en Normandie et dans les marais du Poitou, On a remarqué qu'elle peut être croisée plus avantageusement que toutes les autres avoc les races de Dishley et du Texel,
La race picarde n'atteint guère que 1,10 de longueur, et, dans les individus les plus gras, 30 kilos. Elle est répandue dans les plaines de la Picardie, de la Brie et de la Beauce. On peut lui rapporter toutes nos anciennes sous-races à laine grosse dont la corpulence est inférieure à celle de la race flamande, Son croisement avec les Mérinos a produit d'excellentes races métisses de forte dimension, abondantes en chair, à toison fine et pesante, s’engraissant plus aisément que les Mérinos de pur saug, et qui donnent de 30 à 40 kilos de chair et 5 kilos de graisse en suint,
La race bocagère où des Moutons. buisquins ne dépasse pas 0,75 en longueur ; sa chair est excellente et sa laine plus fine que celle des autres, Elle occupe tous nos pays des Landes et surtout les régions du centre de la France, Une partie de la Normandie, la Champagne, la Bourgogne, l’Anjou, la Bretagne, la Sologne, la Touraine, ete., en sont également pourvus, ainsi que le Midi et l'Est,
La race provençale s'étend depuis le littoral français de la Méditerranée jusque dans le Dauphiné, dans une partie de l'Auvergne et dans le Toulonais,
Elle est, en partie, assujettie aux habitudes transhumantes, Ses principales divisions sont les Moutons de Camargue, du Roussillon, ceux du Languedoc, auxquels appartiennent les troupeaux des Causse, dans le Rouergue, et ceux du Larzac, dont le lait sert à la fabrication du fromage de Roquefort,
En tenant compte des qualités de la laine, MM, Pommier et Bella divisaient, il y à peu d'années, les Moutons qu'on éléve actuellement en France en neuf catégories dont nous croyons utile de donner aussi l’'énumération :
1° Mérinos très-fins (analogues au type de Naz), environ 6 à 8,000 têtes, Poids en suint, 3 livres; carcasse grasse, 16 kilos. Prix : de 4 à 5 francs le kilogramme de laine, Ge prix tend à baisser sans cesse, Au lavage, cette laine rend 38 pour 100,
(1) Les recherches de de Candolle et de Delille, et celles de MM. Dunal, Saint-Hilaire, Moquin, Touchy, Godron, ete.,. ont déjà permis de recueillir près de trois cents de ces espèces étrangères à la Flore de Montpellicr. Certaines d'entre clles paraissent définitivement acelimatées ; d'autres ne se sont montrées que pendant un temps assez court, une où quelques années au plus. I en est dont la véritable patrie est encore ignorée et que l'on ne connait que par des échantillons aussi recueillis accidentellement auprès du port Juvénal, M. Godron, actuellement professeur à la Faculté des sciences de Naney, a publié, dans les Mémoires de l'Académie de Montpellier, la description de ces nombreuses espèces de plantes exotiques. Il en compte 372.
(2) Instruction pour les bergers et pour les propriétaires de troupeaux,
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2° Mérinos fins. Toison plus tassée; carcasse grasse, 18 kilogr, La toison , de 3 kilogr, en suint, rend 30 pour 100. Prix de la laine, de 2 à 3 fr. le kilogr, — 150 à 200,000 toisons.
30 Mérinos ordinaires (type de Rambouillet), De 5 à 600,000 toisons traités d’une manière ordinaire ; carcasse grasse, 20 kilogr, ; toison, 3 kilogr, et demi. Prix de la laine, 2 fr. à 2fr, 50 c. ; tendant à baisser,
4° Premiers mélis de Beauce et de Brie, Toisons à 4 kilogr., rendant 30 à 32 pour 100; carcasse grasse, 22 kilogr. Prix de la laine, 2 francs, rarement plus, et souvent moins, On comptait deux millions de toisons. Ce chiffre s’accrott d’année en année,
5° Bons métis. 2,600,000 à 3,000,000 de toisons; la toison pèse 4 kilogr, et rend 33 pour 100. Se trouve en Champagne et en Bourgogne. Prix de la laine, 1 fr, à 1 fr, 90 c, Poids de la carcasse grasse , 20 kilogr,
6° Gros métis ou bonne entrefine. 2,500,000 à 3,000,000, Laine plus longue, convenant au peigne, Toison , de 3 kilogr. et demi, rendant 35 pour 100. Prix de la laine, 1 fr, 70 c. à 1 fr, 80; carcasse grasse, 20 kilogr, Le nord et le centre de la France les fournissent principalement,
7° Indigène fine. Comprenant les Moutons narbonnais, roussillonnais, du Berry et de Champagne, évalués à 10,000 de toisons. La toison pèse à peine 3 kilogr. en suint, et rend 40 pour 100 au plus. Prix de la laine, { fr, 70 c. 1 fr, 60; carcasse , 13 kilogr, |
8° Laine longue pour le peigne, provenant de races indigènes pour améliorer le système de culture, Moutons de Flandre, d’Artois, d’une partie de la Normandie, Environ 8,000,000 de toisons, Chaque toison pèse 3 kilogr, environ et rend 40 à 45 pour 100, Prix : 1 fr, 80 c. à { fr, 85 c. le kilogr, ; carcasse grasse, 22 kilogr,
9 Laine longue, quoique moins longue que les précédentes , provenant des mêmes races, mais d'individus plus chétifs, et dont les t'oupeaux habitent des pays moins fertiles ou moins bien cultivés, Moutons nivernais, de Sologne, du Gatinais et du Poitou; environ 9,000,000 de toisons, La toison pèse 1 kilogr, et demi; elle rend 40 à 42 pour 100. Prix de la laine : Lfr. 50 c. 1 fr, 60 le kilogr, : carcasse grasse, 15 kilogr, à peine.
Mourox DE FRANGE, sous-racé d'Aubrac.
FAMILLE DES BOVIDÉS. 195
ORDRE DES BISULQUES.
Ces indications exigent comme complément une énumération des différentes qualités que l’on reconnaît à la laine d’une même toison , suivaxt les noïints du corps qu’elle recouvre :
fo Aux parties latérales des épaules et aux hanches se trouvent les laines de première qualité, dites mère laine;
20 Vient ensuite celle du dos et celle du garrot aux reins;
3° Celle de la croupe, plus fine, mais de moindre longueur, ce qui la fait passer après;
4° De la croupe à la queue existe une laine plus longue, mais moins fine ;
5° Sur le garrot, la laine est grossière, dure ct tortillée, ce qui la fait mettre à part;
6° Sur le haut du cou, elle est moins belle que sur les côtés ;
7° Au toupet, elle est grossière ;
8° Elle est, au contraire, fine et longue sur les côtés du cou, et ne le cède guère qu'aux meilleures parties ;
9o Au delà de la hanche, et jusqu’à la fesse, elle est grossière et jarreuse ;
10° Elle est assez belle, fine et frisée depuis le genou jusqu’à la partie antérieure de l'épaule;
11° La laine la plus grossière recouvre la région qui s'étend du jarret à la cuisse ;
12° Au ventre et à l’entre-cuisse, la laine est fine, mais embrouillée ct salie ;
13° On met à part la laine jaunie par l'urine;
140 Il en est de même des parties gâtées par le fumier.
Nous terminerons cet article en donnant quelques détails sur les races ovines de l'Espagne et de l'Angleterre dont l'influence sur les nôtres est chaque jour plus évidente,
Ilyaen Espagne deux natures différentes de bêtes à laine, les Transhumantes où voyageuses, et les Æstantes ou sédentaires. Aux premières se rapportent :
to La race Léonèse ou Ségovienne, avec ses divisions dites de Wegrette, de Montarco, de Péralès, de Turbiela, de Fernando-Nunez et de l’Infantado ;
20 La race Soriane ou de Soria.
Les secondes ou estantes comprennent la race Churras, qui est bien inférieure aux précédentes , ainsi qu’un certain nombre d’Animaux réformés fournis par celle-ci,
Les races anglaises (1) sont de deux sortes :
1° Celles qui manquent de cornes, divisées, d’après leurs caractères et leur pays, en Dishley, Kent, Lincoln, dont la réunion aux Dishley fournit les Lincoln-Dishley, Devon ou Moutons du Devonshire, Devonshire-Nats, Dartmoor-Nats, Shetland, Hereford ou Ryeland, Cheviot, Herdwick et Dunehaed, auxquels il faut ajouter la race d'Irlande;
20 Celles qui sont pourvues de cornes; elles se partagent en : Exmoor, Dorselshire, Norfolk et Heath. On en trouvera les caractères détaillés, ainsi que ceux des races espagnoles et françaises, dans l’article relatif aux bêtes ovines du nouveau Dictionnaire: d'agriculture théorique et pratique, qui a paru à Paris sous le titre de Cours complet d'agriculture.
L'Inde fournit encore quelques Moutons assez différents de ceux dont nous venons de parler, et il y en a aussi en Afrique. Leur classification est trop incertaine pour que nous insistions davantage à leur égard. D'ailleurs, leur importance comme bêtes à laine ou comme Animaux de boucherie est peu considérable, si on les compare à ceux dont nous avons parlé, Ces Moutons, de race étrangère, donnent également des Métis quand on les associe à ceux de nos pays,
(4) Les Moutons que les Anglais ont transporté en Australie ÿ ont prospéré d'une manière remarquable, et
on tire déjà de cette partie du monde des laines qui font, sur certains marchés, une redoutable concurrence aux laines européennes et africaines. -
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FAMILLE DES BOVIDÉS.
TRIBU pes ANTILOPINS
La tribu des Antilopes, ou, pour employer un nom plus conforme à la nomenglature actuelle, quoique moins connu, la tribu des Antilopins réunit un grand nombre d'espèces, près de cent, dont aucune n’a été rendue domestique, et qui vivent pour la plupart en Afrique; cependant l’Asie, l’Europe même et l'Amérique septentrionale en fournissent quelques-unes, Ces Animaux sont variés dans leurs couleurs, dans leurs formes et dans leurs dimensions; ils ne montrent pas moins de différences dans les caractères que présentent l’apparence de leurs cornes, Plusieurs autres de leurs organes principaux sont également diversiformes, et il est trèsdifficile de définir avec précision le groupe qu'ils constituent ; dans certains cas, on éprouve même quelque embarras pour les séparer des autres Gératophores attendu qu'il en est parmi eux qui ont de l’analogie avec les Bœufs, d’autres avec les Ghèvres ou les Moutons, et qu’il y en a même qui ressemblent, jusqu’à un certain point, aux Chevrotains, ou bien encore aux Gerfs, C’est ainsi que l’Antilope à fourches, type du genre Dicranocère, a été associée pendant quelque temps aux Gervidés, et que le Pudu de Molina, qui appartient pourtant à la famille de ces derniers, a été pris pour une Antilope, Un examen plus approfondi a levé toutes ces incertitudes,
Linné n’avait pas fait des Antilopes un groupe à part, C’est Pallas qui a séparé ces Animaux des Chèvres, des Moutons et des Bœufs, mais il n’est pas le premier qui aît eu cette idée, car il y a un genre Gazella dans le Règne animal de Brisson, ouvrage publié en 1752, ct, par conséquent, bien avant le travail de Pallas, qui date de 1767.
Mais comme les caractères des Antilopes sont loin d’être uniformes, il est très-difficile d'en formuler une définition qui s'applique au groupe entier de ces Animaux, On pourrait même dire que, depuis Pallas, les naturalistes ont appelé Antilopes les Ruminants pourvus de cornes à étuis (soit dans le sexe mâle, soit dans l’un et l’autre sexe), qui ne se laissent classer exactement ni avec les Bœufs, ni avec les Moutons, ni avec les Chèvres, quelques rapports qu'ils puissent avoir à certains égards avec les Animaux de ces différents genres, mais sans qu’il ait été possible de démontrer que l'ensemble de ces espèces d’Antilopes constitue réellement un groupe naturel. Quelques mammalogistes en ont même modifié la circonscription, et M, Gray réunit à la tribu des Bovins plusieurs ruminants qui sont des Antilopes pour d’autres classificateurs.
Les Antilopes sont des Ruminants cératophores , dont le système dentaire ne diffère point, pour la formule, de celui des autres genres de la même famille, et affecte même dans ses dispositions secondaires des particularités analogues à celles qui distinguent ces autres genres, Ainsi, il y a des Antilopes manquant de colonnette accessoire à leurs dents molaires; la plupart sont même dans ce cas, et si l’on veut les distinguer les unes des autres , ar l'examen des mêmes organes , il faut tenir compte des différences de proportions qu'ils présentent, ou recourir à celles des incisives, Au contraire, d’autres espèces ont leurs vraies molaires pourvues de la colonnette que l’on donne ecnstamment dans les ouvrages de zoologie, comme étant un caractère exclusivement propre aux Bœufs, On a donc affirmé à tort que les Antilopes ne possédaient jamais cette particularité de l'émail, qui se voit toujours sur les vraies molaires des Bœufs, et qui manque sur celles des Chèvres ou des Moutons. J’en ai constaté la présence chez les Antilopes chevaline, Sing-Sing, Canna, Kob, ete., c’est-à-dire chez des espèces de
plusieurs des genres de Ja tribu des Antilopins. Une disposition plus constante, mais qui |
rapproche jusqu’à un certain point les Antilopes des Chèvres et des Moutons domestiques, a été reconnue dans l’axe osseux qui supporte la corne de ces Animaux. Au lieu d’être entièrement celluleux comme chez les Bœufs, les Mouflons et les Bouquetins, il est compact et
plein, et présente seulement une excavation celiuieuse à sa base, ce qui rapproche ies Ânti- |
lopes des Moutons et des Chèvres.
ORDRE DES BISULQUES.
Le crâne ne montre rien de bien particulier; il permet, cependant, par la position relative de la fosse temporale et des cornes, de séparer les Antilopes des Bœufs, même celles qui ressemblent le plus à ces derniers, comme le Gnou, l’Anva dépressicorne et quelques autres, Il y a d’ailleurs plusieurs formes du crâne chez les Antilopes; celui du Bubale, qui est si allongé, diffère beaucoup de celui des autres; toutefois, il présente en avant et au-dessus de la fosse orbitaire une dépression, qu’on retrouve non-seulement chez le Caama, mais encore chez l’Antilope de Sumatra, chez le Nanguer, chez le Saïga et chez un petit nombre d’autres, Le Pasang, l'Addax, l’Antilope Chevaline, le Ganna, le Gnou, etc., manquent de ce caractère, et il en est de même du Mbili, de l'Oryx et du Guib, avec cette différence, qu’il existe alors un espace vide interosseux, compareble à celui des Cerfs ou des Chèvres, au point de jonction des quatre os frontal, lacrymal, nasal et maxillaire supérieur, La tête osseuse du Chamois, celle du Dicranocère, celle de l'Antilope de Sumatra et celle de l’Anoa sont très-différentes les unes des autres, et, si on leur compare celles des autres espèces, on reconnaît qu’elle en est également fort différente, et que l’on peut en tirer de très-bonnes indications pour la distribution naturelle des nombreux Ruminants de celte tribu,
Ces caractères ostéologiques des Antilopes sont en rapport avec les principales particularités extérieures de ces Animaux, et lorsqu'on leur aura donné toute l'attention qu'ils méritent, ils rendront plus naturelle la classification de ces Animaux.
Nous avons dit que la taille des Antilopes variait beaucoup suivant les espèces, Il y a, en effet, des Animaux de ce groupe qui approchent des Bœufs et dépassent les Zèbus dans leurs dimensions, et d’autres qui n’ont, au contraire, que la grandeur des Chevrotains ou celle des Lièvres; leur stature peut même être encore moindre, Cependant, la plupart des espèces sont comparables à des Ghèvres ou à des Moutons, En général, leurs proportions sont fines en même temps que leur pelage est élégant,
Ces gracieux Animaux sont essentiellement nerbivores comme tous les autres Ruminants. Ils vivent presque tous dans les grandes plaines, mais il y en a aussi dans les lieux boisés, et quelques-uns se tiennent dans les montagnes. La plupart se réunissent par troupes, ct bien qu’ils soient la proie habituelle des grands Carnivores, ils savent lutter contre eux, en se réunissant en cercle et en présentant à l'ennemi leurs cornes, avec lesquelles ils font des blessures fort souvent dangereuses, C’est aussi à Coups de cornes que les mâles se battent entre eux pour la possession des femelles, La jolie robe des Antilopes, la délicatesse habituelle de leurs formes et la beauté de leurs yeux ont rendu célèbres plusieurs de leurs espèces, La chair de quelques-uns de ces Animaux est excellente.
On arrive assez facilement à classer ces Ruminants, si l’on tient compte de la longueur relative de leur queue, de la distribution de leurs couleurs, de la disposition spéciale des poils en certains endroits de leur corps, ce qui constitue des crinières, des brosses, des bouquets, etc., ou bien encore si l’on a égard au nombre de leurs mamelles, qui est de deux ou de quatre; à la présence ou à l'absence des poches sécrétrices qu'ils ont aux aines ou entre les doigts, à la présence ou à l'absence d’un fanon, etc,
Toutes ces dispositions sont fixes dans chaque espèce, mais elles Changent d’une espèce à une autre; cependant les caractères que l’on tire des cornes, des dents ou de la forme du crâne, permettent d'arriver à une classification rigoureuse des nombreux Animaux de ce groupe, et les indications qu’on en a obtenues jusqu'ici ont déjà fourni d’assez bons résultats, Malheureusement les zoologistes modernes ont un peu trop multiplié les coupes génériques qu’ils ont proposées ; et dans son dernier travail sur les Antilopes, M, Gray ne comple pas moins de trente-trois genres d’antilopins.
Quoiqu’une étude sérieuse des caractères de ces Animaux ne tarde pas à démontrer qu’il est possible de distinguer parmi eux un nombre assez considérable de genres bien circonscrits, nous n’accepterons pas ici toutes les dénominations nouvelles qu’on à imposées à ces groupes, et nous nous bornerons à l'admission des suivants :
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FAMILLE DES BOVIDÉS. 199
Alcélaphe, Connochète, Strepsicère, Anoa, Dicranocère, Chamoïis, Saïga et Céphalophe,
IL eût été facile d’en augmenter le nombre, tant les espèces de cette tribu présentent de différences lorsqu'on les examine avec Soin ;
mais nous avons craint d’effrayer le lecteur en acceptant ici toutes les dénominations qui ont été proposées dans ces derniers temps, C’est pour la même raison que nous avons souvent laissé aux espèces de cesdifférents groupes le nom
générique d’Antilope , qui est seul employé par Pallas, de Blainville, Desmarest, F, Cuvier et autres auteurs non moins recommandables,
On trouvera de plus amples détails sur la classification et la s dans les excellents ouvrages ou mémoires de Blainville, et de MM. Lichtenstein, Hamilton Smith, O’Gilby, Sundevall, Gray, ete. M. Gray a donné de trés-bonnes figures d’Antilopes dans son bel atlas des Mammiféres, qui ont vécu à la ménagerie de Knowsley, et il a proposé sa nouvelle classification de cette tribu dans un volume de son Catalogue des Mammifères du Musée britannique publié en 1853.
Le Chamoïis des Alpes et des Pyrénées est avec le Saïga de la Russie le seul représentant ! européen de la tribu des Antilopes, mais on a reconnu qu’il a existé antérieurement sur le même continent plusieurs eutres espèces de cette tribu; on en trouve les débris dans les terrains pliocènes et miocènes. Les unes avaient des dimensions moyennes; d’autres approchaïient de la taille des plus grandes espèces actuelles. C'est à cette dernicre catégorie qu’appartiennent les Antilope boodon et A. recticorne ou Cordieri, dont j'ai fait connaître ailleurs les principaux caractères,
GENRE ALCÉLAPHE (Alcelaphus). Cornes épaisses, à double courbure, lyrées, en partie annelées mais sans arêtes, existant dans les deux sexes, placées sur le sommet de la tête qui est très-allongée et comme verticales des larmiers ; point de brosse ; des pores ingui- Nnaux; queue assez longue terminée par un flocon de longs poils; deux mamelles seulement ; un demi-mufle, Cette division générique répond, mais en partie seulement, aux 4/célaphes de Blainville, aux PBubalides de M, Lichtenstein et aux Bubalus de M. H. Smith; les deux grandes espèces qui y rentrentontune physionomie toute particulière ; toutes deux sont africaines.
ALCÉLAPHE BUBALE (Alcelaphus bubalis), C'est le Boubalos (Bou6ælos) d’Oppien, la Vache de Barbarie de Perrault, et le Bubale de Buffon (Antilope Rubalis, Pallas) ; ses cornes sont noires ainsi que les longs poils qui terminent sa queue; son pelage est d’un fauve roussâtre à peu près uniforme; sa taille approche de celle du Cerf,
Le Bubale vit dans le nord de l'Afrique, principalement dans les plaines du nord-ouest, Il est Connu au Maroc, dans quelques parties des provinces françaises de l'Algérie, et principalement dans le pays des Hennenschas, où on l'appelle Beug-el-Ouach; il s'étend de là jusqu'aux confins de l'Égypte, L’allongement de sa tête lui donne une physionomie tout à fait singulière, et ses Cornes, qui simulent les deux branches d’une fourche, le rendent souvent redoutable, Il combat comme les Taureaux, en baissant la tête; cependant on en voit des individus très-dociles ; et, d’après Shaw, les jeunes se mêlent quelquefois aux troupeaux domestiques et ils ne les quittent pas en devenant adultes. On pourrait tirer quelque parti do cette espèce,
L’ALGÉLAPHE CAAMA (4lcelaphus caama) , qu’on a longtemps confondu avec le Bubale, est l’Antilope Caama de G. Cuvier et de Blainville, La courbure de ses cornes est moins anguleuse; son pelage est plus foncé et varié de noir en plusieurs points; ses fesses sant blanchâtres, 11 habite l'Afrique australe, où on le rencontre réuni par troupes plus nombreuses que celles des Bubales; il court avec la même vitesse qu’un Cheval,
GENRE CONNOCHÈTE (Connochæles, Lichtenstein), Apparence bovine; mufle élargi, dénudé; un fanon; queue longue, floconneuse; cornes existant dans les deux sexes, épatées à leur base, descendant ensuite obliquement en avant pour se redresser brusquement,
Le Gonxocunère Gnou (Connochætes Gnu) paraît être le Caloblépas de Pline, Buffon
Portax, Tragélaphe, Oryx, Gazelle, Capricorne,
ynonymie des Antilopins
200 ORDRE DES BISULQUES.
l'appelle Grou et les linnéens le nomment Antilope Gnu. C'est une grande espèce que l’on prendrait plutôt pour un Buffle voisin de celui du Cap, mais qui est moins forte et moins trapue. Cette ressemblance est encore augmentée par l’épaississement basilaire que montrent ses cornes; quant aux proportions de son corps elles ont une certaine analogie avec celles d’un poney. Son pelage est brun marqué obscurément de zébrures sur les flancs; les poils de son cou forment une crinière longitudinale redressée et elle a une barbe assez forte; la queue à des poils blanchâtres. Cette espèce vit dans l'Afrique méridionale; elle se réunit par troupes, est très-légère à la course et conserve des habitudes sauvages, Pline dit du Catoblépas qu'il tient toujours la tête penchée vers la terre, afin de ne point détruire Ja race humaine, car tous ceux qui voient ses yeux expirent aussitôt; mais, comme on le pense bien, cela n'est pas plus vrai du Gnou que des autres Animaux.
Le CONNOGHÈTE GoRGoN (Connochætes Gorgon) , que M. H. Smith a distingué, vit aussi dans l'Afrique méridionale; il a le pelage un peu zébré; de longs poils non redressés se voient au-dessous du nez, et sa taille est un peu plus forte, On lui réunit le Kokoon (Anlilope Taurina de Burchell), qui vit en Abyssinie,
GENRE STREPSICÈRE (Strepsiceros, H. Smith). La peau de la partie inférieure du cou forme un fanon pendant comme celui des Bœufs; le mufe est nu et les cornes sont grandes, fortes, redressées , à triple courbure, annelées inférieurement et marquées dans toute leur longueur d’une forte arûte. .
Le Srnepsicère Counou, dont le nom s'écrit Coudu et Koodoo en hollandais ou en anglais, est une grande espèce propre à l'Afrique méridionale, qui vit surtout dans les bois où elle se fraye aisément un chemin à l’aide de ses cornes robustes, dont la forme spirale peut être comparée à celle d’un tire-bouchon. C’est le Condoma de Buffon et de Daubenton.
Oné£as caxxa, iji2e de ta grandeur,
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