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La famille des oiseaux dits de Paradis, les paradisei de l'ornithologiste Vieillot, ne forme qu'un seul groupe dans les écrits sur les oiseaux de la plupart des auteurs systématiques. Cette famille répond à l’ancien genre paradisea de Linné, de Gmelin, de Latham, de G. Cuvier, de Lacépède, de Duméril, de Daudin, d'Illiger, de Temminck, de Ch. Bonaparte, genre que Brisson nommait manucodiata. Lacépède le premier proposa de changer le nom d'oiseau de Paradis en celui plus simple de paradis tout court, auquel plus tard on a dû substituer celui de paradisiers. Cette famille était rangée par M. Duméril dans sa zoologie analytique avec les passereaux plénirostres ou pléréoramphes entre les
mainates et les rolliers, non loin des corbeaux et des pies. Illiger, dans son prodromus, admet le genre paradisea dans sa 14°. famille, ou celle des coraces, entre les coracias et les: gracula. M. Cuvier éleva ce genre au rang de famille à la suite des rolliers dans ses passereaux conirostres. M. Vieillot, en 1816, proposa dans l'ordre des sylvains de la ‘tribu des anisodactyles, une 14°. famille ou celle des manucodiates, entre les canonculés ou glaucopes et les coraces ou corbeaux. M. Temminck se borna à fixer la placé de cette famille parmi les omnivores, entre les martins et les stournes. M. Latreille, en 1825, modifia légèrement les idées de M. Cuvier; tet se borna à ranger les oiseaux qui nous occupent dans sa famille des passereaux conirostres après les imainates et avant les stournes.
Nous pourrionsencore allonger letableau:que nous ne faisons qu'indiquer, .de toutes les fluctuations que le genre paradisea a éprouvées dans les méthodes :ou les systèmes des ornithologistes ou des polygraphes; mais sans aucun résultat pour la connaissance intime des oiseaux de ce groupe. Depuis Linné,'en effet, les espèces du genre paradisea ont, quel que soit leur petit nombre, singulièrement varié dans les livres suivant les idées dominantes des méthodistes. Linné Jui:même avait entassé dans son genre
paradisea des volatiles qui appartiennent à d'autres tribus, et les auteurs modernes ont rejeté dans des familles très-diverses plusieurs oiseaux qui sont de vrais paradisiers. De ces ballottemens sans nombre sont nés ces fluctuations et cet arbitraire dans leur classification, qui rendent l'étude de cette riche et somptueuse famille aussi difhicile qu'incertaine, aussi vague que remplie de détails contradictoires. |
Pour fournir quelques exemples des hésitations dont le genre paradisea a été l'objet, il nous suflira de signaler la synonymie de certaines espèces ; ainsi le paradisea tristis, ou le martin de l'Ile-de-France, est un oiseau de Paradis pour Linné; pour Latham un gracula; un pastor pour Temminck, et ce qui revient au même, un acridotheres pour Vieillot ; c'est en effet un pastoret non un paradisea. Le chalybé ou paradisea viridis de Gmelin est pour Latham le paradisier chalybé, paradisea chalybea, et les auteurs modernes en font un cassican, barita ou cracticus, bien qu'il doive être distingué des vrais Cassicans et appartenir à notre genre phonygame, le même qu après nous M. Cuvier baptisa du nom de chalybeus. Les oiseaux que Latham nomme paradisea nigra et leucoptera paraissent être deux individus de la pie de Paradis, dont
M. Cuvier a fait un merle, et que quelques au- Fa
teurs décrivent avec les stournes ,sous le nom de lamprotornis gularis, bien que cette pie de Paradis n’ait aucun caractère des stournes. M. Vieillot en a avec plus de raison constitué le genre astrapie, astrapia, regardé par les unscomme un démembrement du genre corvus, et relégué à une certaine distance des paradisiers par les autres, Ce qui est à nos yeux une erreur. Le paradisea aurea de Latham est pour Linné et Gmelin le loriot doré, oriolus aurea, et cette opinion est partagée par M. Temminck. Cependant, lorsqu'on examine tous les caractères de cet oiseau, on lui trouve une parfaite identité avec le loriot prince-régent de Quoy, type du genre séricule, sericulus de M. Swainson ; or, la forme du bec, la longueur des tarses, les proportions des ailes et de la queue, la nature veloutée du plumage, et la membrane duveteuse des narines ne peuvent autoriser que des observateurs superficiels à réunir ces deux oiseaux avec les loriots dont toute leur économie les éloigne. Enfin, le paradisea alba de Gmelin et de Latham, dont Vieillot et Shaw ont fait leur paradisea nigricans, etque Levaillant a figuré sous le nom de nébuleux, regardé par plusieurs auteurs comme un oiseau factice, ne peut toutefois se ranger dans la famille des paradisiers , car il appartient au genre falcinelle
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DES PARADISIERS. 119 de Vieillot dans celle des épimaques. Le multifil, dont les fragmens ont servi à faire ce nébuleux, est en effet un oiseau type qui, avec les ptiloris, établit une connexion intime entre la famille des oiseaux de Paradis et celle des épimaques.
Le nom de paradisier, proposé par M. Duméril dans sa zoologie analytique, étant la traduction littérale du mot paradisea adopté par Linné et ses continuateurs, a dû être préféré à celui de Paradis, que M. de Lacépède le premier chercha à faire prévaloir en place de celui d'oiseau de Paradis introduit dans le langage vulgaire.
M. Vieillot, dans le nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, guidé par des analogies de formes extérieures , démembra l'ancien genre paradisea, et proposa des coupes nouvelles sous le nom de samalie (paradisea), de manucode (cicinnurus), de lophorine (lophorina), et de sifilet (parotia). Mais, comme nous espérons le prouver, ces distinctions ne sont point suffisantes ni assez Caractéristiques.
De tout ceci il résulte une divergence dans les opinions des ornithologistes telle, qu'il serait fastidieux d'en rechercher les motifs. On doit supposer que, presque constamment étudiés sur des dépouilles altérées et mutilées, ces oiseaux n’ont pu recevoir des diagnoses nettes et
précises, et que, par suite, leurs descriptions incomplètes se sont prêtées à toutes les idées de classemens qu'il a plu aux divers auteurs de proposer. Bien que l'incertitude, qui date des écrits de Linné, subsiste encore relativement à quelques espèces, toujours est-il que les détails recueillis sur leurs mœurs et sur l’organisation de la plupart d’entre elles doivent permettre de préciser leurs caractères zoologiques en les distinguant nettement des autres volatiles.
Considérés d'une manière générale, les oiseaux de Paradis ou paradisiers présentent les particularités suivantes : leur taille varie depuis celle d’un geai jusqu'aux proportions de l'alouette ; leur plumage est remarquable, non seulement par l'éclat des vives couleurs qui le teignent, mais encore par l'élégance sans pareille de sa texture et de ses formes. En général les plumes du front et de la gorge, de même que celles qui recouvrent les membranes des narines, sont plus ou moins courtes, serrées et d’une nature tomenteuse, imitant par sa souplesse et sa douceur un tissu de velours. Les plumes des flancs s'allongent en panaches délicats et fragiles ou s'arrondissent en gemmes scintillans à leur sommet; parfois le manteau est ample, parfois la gorge chatoie comme un émeraude ou se recouvre de lames d’or. Des brins diversiformes
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partent de la queue : quelquefois enfin ce plumage est uniformément et simplement velouté ; mais toujours on le distingue par une certaine laxité des plumes, laxité que l’on retrouve chez tous les oiseaux de cette famille. La tête est médiocre, sans huppe, sans nudité autour des yeux; le bec, qui est solide, est ou plus court ou à peu près de la longueur de la tête. En général cet organe est comprimé sur les côtés, à arête légèrement recourbée et moins large que haut. Ses bords sont droits, entiers, excepté à la pointe, où les mandibules sont plus ou moins échancrées; l'inférieure est très-aiguë et notablement comprimée sur les côtés. Les narines sont basales, latérales et plus rapprochées du bord que de la voûte du demi-bec supérieur. Les fosses nasales sont amples, ovalaires ou elliptiques, et fermées par une membrane recouverte de plumes très-courtes et très-denses qui se continuent avec les plumes du front. L'ouverture des narines très-étroite se trouve percée sur le rebord des plumes veloutées. La langue est aiguë, légèrement laciniée à ses bords et surtout à sa pointe. Les ailes sont alongées, amples, robustes, bien que leurs remiges soient obtuses; elles dépassent tant soit peu le croupion. Leur queue est droite, médiocre et formée de douze rectrices toutes légèrement arrondies à leur sommet, ex-
cepté deux d'entre elles qui, dans quelques cas, s'allongent considérablement en brins membranacés tortillés et rigides. Leurs Jambes sont emplumées jusqu'aux tarses, et ceux-ci sont forts et robustes. L'acrotarse est garni de longues scutelles assez larges qui se prolongent sur les doigts. Le pouce est puissant et un peu plus grand que le doigt du milieu, et ce dernier dépasse un peu les doigts interne et externe : tous sont armés d'ongles comprimés, très-robustes, crochus et creusés en dessous. En général. la longueur du tarse est un peu plus grande que celle du doigt du milieu l’ongle compris; et toutes les plumes se composent de barbes garnies:sur les bords de barbules extrêmement fines.
La livrée de tous les oiseaux de cette famille varie suivant les sexes -et les âges. Les mâles dans leur parure de noces possèdent seuls cette admirable vestiture qui depuis long-temps les a rendus célèbres; les femelles, au contraire, déshéritées de brillans atours, ont un plumage terne et sans éclat; de plus elles ne présentent ni les brins de la queue , ni les faisceaux des flancs, ni l'ampleur du manteau. Il en est de même des jeunes mâles qui, dans les trois premières années de leur existence, ressemblent aux femelles à s'y tromper, etne commencent à prendre les brins de la queue qu'une année
DES PARADISIERS. 119 avant les parures dévolues à leur sexe par la période adulte.
Il serait fastidieux d'enregistrer toutes les opinions émises sur les paradisiers. Nous ne devons pas taire cependant que le charlatanisme et le désir d'accroître -la réputation d'oiseaux déjà assez beaux par eux-mêmes, ont long-temps maintenu l'idée erronée que les oiseaux de Paradis vivaient privés de jambes, erreur populaire que Linné a sanctionnée en donnant à l'émeraude le nom trivial d'apoda. Cependant dès 1521 Pigafetta avait formellement dit (Journal du premier voyage autour du monde, traduction française, pag. 197): « On nous donna pour le roi d'Es- » pagne deux oiseaux morts très-beaux de la » grosseur d'une grive, à la tête petite et à bec » long: les jambes de lu grosseur d'une plume » à écrire. Cet oiseau ne vole que lorsqu'il y a » du vent; on dit qu'il vient du Paradis terres- » tre, et on l'appelle bolondinata, c'est-à-dire » oiseau de Dieu. » Enfin le museum wormianum (petit in-folio, Lyon, 1655, pag. 294) avait donné très-anciennement une figure exacte gravéesur bois d'un paradisier émeraude dessiné avec ses pieds. On doit même remarquer que le nom de manucodiata est appliqué à cette espèce, tandis que plus tard on le réserva exclusivement au petit paradisier dit le roi des oiseaux
de Paradis. Le caméléon des airs, chamäleon aereus du museum Calceolarium, est encore le paradisier émeraude , que décrivent avec de nombreux détails Aldrovande, Séba, Valentyn, Forest, Sonnerat et Forster.
Les contes puérils débités sur les oiseaux de Paradis ont été basés sur l’état habituel de mutilation qu'éprouvent ces êtres de la part des peuplades sauvages qui en font l’objet de leurs chasses actives , et qui les vendent aux corocores malais et aux Jonques chinoises qui visitent les rivages de la Papuasie. C’est en effet en les écorchant grossièrement, en leur enlevant les jambes et les os du crâne, et en remplaçant les parties charnues du corps par un morceau de bois arrondi qu'ils font sortir par le bec, en les desséchant enfin au feu qu'ils les préparent pour les conserver et les vendre. Nous n'avons jamais vu appliquer le procédé que décrit Othon Helbigius (Coll. acad., t. 3, pag. 443, partie étrangère), qui consiste à enlever les entrailles, et traverser le corps par un fer rouge pour opérer une sorte de cuisson. C'est aussi complétement à tort que Levaillant attribue l'apparence de velours naturel ou le hérissement des plumes de la tête et du cou au racornissement de la peau produit par la dessiccation et les procédés barbares dont se servent les naturels’ pour leur préparation. Il est bien
vrai que les Papous enlèvent les os du crâne et fontsécher les peaux écorchées sur des roseaux, bien que nous doutions que ce soit à l'aide du soufre, ainsi que le dit Levaillant, et qu'il en résulte une diminution considérable de la tête et du cou; mais on ne peut plus aujourd’hui se tromper sur le volume réel de ces parties, puisque, dans nos voyages, nous avons tué un bon nombre de ces oiseaux, et que leurs dépouilles, préparées d'après les procédés de la taxidermie européenne , se trouvent dans plusieurs des musées de Paris. Nous reviendronssur cesujet en décrivant le paradisier émeraude.
Des oiseaux supposés venir du ciel, où habiter le Paradis terrestre, ne devaient vivre que de rosée , que d'essence ; ils étaient sensés puiser leur seule nourriture dans l'eau condensée sur les feuilles, dans les vapeurs légères que dissipent les rayons du soleil !! Moins crédule, Bonlus, d'un autre côté, exagère en les disant car” nassiers au point de dévorer des petits oiseaux, et Sonnerat représente le paradisier, dit /e superbe, tenant sous ses ongles un faible oiseau qu'il va déchirer. Mais Helbigius, voyageur de la compagnie des Indes hollandaises, s'est le premier rapproché de la vérité, en disant qu'ils se nourrissent de divers fruits et notamment des
baies de aringa ou ficus benjamina (Rumph.
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pl. 55), et Linné ajoute qu'ils recherchent les insectes et surtout les grands papillons, bien que leur pâture favorite consiste en épices, au point qu'au temps de la maturation des muscades on voit, dit-on, les paradisiers émeraudes voler en troupes nombreuses comme le font les grives d'Europe à l'époque des vendanges. D'un autre côté, l'ampleur de la commissure du bec annonce évidemment que tous les oiseaux de Paradis sont gloutons, voraces, et part suite Omnivores.
En dépouillant le genre des oiseaux de Paradis de tout le merveilleux dont on s'est plu à l'embellir, ce que nous savons des mœurs des émeraudes et manucodes nous prouve que l'organisation porte avec elle des analogies d'appétits, et que ces espèces étant des races trapués et voisines des corbeaux, comme ceux-ci elles doivent être omnivores et partager leurs goûts comme leurs habitudes. C'est en effet ce quia eu lieu , et les oiseaux de Paradis recherchent aussi bien les fruits que les insectes, les larves et id vers les bourgeons des arbres. fa”
La patrie de tous ces oiseaux est assez restrente ; ils ne franchissent guères les limites des terres brülantes dont l'ensemble forme ce que nous appelons Papuasie, terres situées sous l'équateur , entre la Malaisie et l'Australie, et com-
prenant ce que l'on connaît sous le nom de Nouvelle-Guinée, d'îles de Waigiou, d’Arou et îlots environnans. Toutefois le séricule princerégent est de la Nouvelle-Galles du sud. Suivant les auteurs d'ornithologie , quelques espèces fréquentent les buissons : mais c’est une erreur d'admettre avec eux qu’elles habitent de préférence les bois, en se perchant sur les arbres élevés, sans toutefois se poser sur leur cime, d'où le vent pourrait les renverser, en jetant le désordre dans leurs faisceaux de plumes. Il est douteux, suivant les mêmes sources, que les naturels attachent des huttes légères, d'où ils les tirent avec des flèches émoussées.
Nous donnerons à cet égard quelques renseignemens que nous nous sommes procurés à la Nouvelle-Guinée, lorsque nous parlerons du petit émeraude et du manucode. MM. Quoy et Gaimard ( Voyage de L Astrolabe ; zool. t. I, pag. 155, 1830 ), qui visitèrent après nous le hâvre de Doréy , fournissent quelques aperçus que nous nous empressons de recueillir, bien que de la nature de ceux que nous avons insérés en 1828 dans notre manuel d’ornithologie (t. L, pag. 387). « Les grands bois, » disent ces voyageurs, qui couronnent les hau- » teurs de Doréy, sont d’une beauté vraiment » admirable, et présentent l'un des plus magni-
fiques spectacles que nous ayons vus dans les régions équatoriales. Quoique les arbres se touchent par leurs cimes, ils sont assez écartés par la base pour qu'on puisse s'y promener et suivre les sentiers que les habitans y ont tracés. C’est dans ces lieux que se tiennent les calaos , les pigeons couronnés, la nombreuse famille des perroquets, les tourterelles en grand nombre, et surtout l'oiseau de Paradis émeraude. Au mois d'août, époque à laquelle nous nous trouvions à Doréy , on voyait une grande quantité de jeunes mâles parmi les femelles, avec lesquelles il est assez facile de les confondre, parce qu'ils n’ont point encore ni leurs beaux paremens, ni la tête et le cou émeraudes ; cependant ils sont un peu plus grands et plus élancés. Nous n'arrivämes à la connaissance de ce fait qu'en vérifiant le sexe. On tua aussi plusieurs jeunes mâles qui n'avaient que les deux longs brins. Nous remarquâmes que quelques-uns de ces brins ont d’un seul ou de deux côtés des barbules dans une certaine étendue, le plus souvent près de leur origine. C’est le contraire de ce qui a lieu dans les drongos et les engoulevens. Ces beaux paradisiers, vifs, remuans, ne demeurent pas long-temps à la même place. Les femelles font entendre à peu près le même eri
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