‹ Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des épimaques; ouvrage orné de planches, dessinées et gravées par les meilleurs artistes;Chapitre 24 sur 63 · LE PARADISIER PETIT ÉMERAUDE · texte numérisé non relu

LE PARADISIER PETIT ÉMERAUDE

(PARADISEA MINOR.) |

LE MALE ADULTE, PL, 2; LA FEMELLE, PL. 8; LE JEUNE MALE, ‘PL. 4; » » L LE TRÈS-JEUNE MALE, PL. 5.)

(LE MALE ADULTE, PI. 2, au: de G. NN.)

L'éprraère de petit, ajoutée au nom de paradisier éneraude, fait pressentir que les naturalistes reconnaissent une espèce de taille plus grande, bien que la plupart aient prétendu que ces deux manières d'être n'étaient que des variétés l'une de l'autre. Linné, Latham et Daudin n'ont indiqué en effet le petit paradisier émeraude que comme une variété de celui que nous figurons, PL. 6, sous le nom de grand paradisier émeraude. M. Cuvier a partagé la même opinion en avouant que les deux sortes d'oiseaux appartenaient à la même espèce, et que l'on pouvait au plus reconnaître deux races, l’une de taille plus petite relativement à celle plus grande dont on faisait le type spécifique; mais c'est avec Justesse que Forster le premier sépara en deux espèces, bien tranchées par leurs caractères, ces

deux sortes d'oiseaux, et nous voyons Shaw et Wagler partager cette manière de voir.

Le petit paradisier émeraude, bien que semblable par la coloration de son plumage au grand émeraude, n’habite pas les mêmes points de la Nouvelle-Guinée que ce dernier. Il est beaucoup plus commun que lui; sa taille moindre n'est pas la seule particularité de son organisation qui l'en fasse distinguer. Son plumage possède des nuances plus fraîches et plus vives, ses membres ont d'autres proportions. Ne voyonsnous pas d’ailleurs les mêmes circonstances se reproduire dans les caractères des colombes magnifique et vierge ? La première , de forte taille, habite le nord de la Nouvelle-Hollande: la seconde, très-mince dans ses proportions, fluette et débile, vit au contraire dans les épaisses forêts de la Nouvelle-Irlande; et cependant chez ces deux espèces, identité complète dans la coloration de la livrée, identité absolue dans les formes et les caractères.

Le petit paradisier émeraude est de la taille du geai de France, et sa longueur ne dépasse guères 13 à 15 pouces sans y comprendre les filets de la queue. Desséchées et racornies, les peaux qui parviennent en Europe pour faire des panaches ne donnent qu’une idée fort imparfaite des proportions robustes et trapues que possède

de

l'oiseau en vie. Les plumes du front constituent un bandeau d’un vert émeraude passant au vert de velours à reflets noirs et changeans; et cette coloration teint encore les plumes du devant du cou en affectant une nuance plus fraîche. Le dessus de la tête, les côtés et le dessus du cou jusqu'au manteau sont d’un jaune pâle , tandis que le reste du dos , de même que les ailes et la queue, sont d’un marron clair, passant au brun cannelle sur les parties inférieures du corps. Le bec est recouvert d’une lame cornée blanche sous laquelle domine un teinte bleue. Les tarses sont bleuâtres; l'œil plein de feu et de vivacité a l'iris jaune d’or. Les brins marrons sont minces, couverts d'un seul côté de légères et trèscourtes barbules. Les deux faisceaux des flancs sont colorés par un jaune luisant que relèvent quelques traits longitudinaux marron lustré, et sont lavés de blanc à leur extrémité, souple, molle et comme nuageuse.

Le paradisier petit émeraude a les mouvemens vifs et agiles, et les mœurs de la plupart des coraces. Dans les forêts qu'il habite, il recherche la cime des plus grands arbres, et lorsqu'il descend sur les branches intermédiaires, c'est pour chercher sa nourriture , ou pour se protéger des atteintes du soleil quand cet astre est au plus haut point de sa course diurne : il fuit ainsi l'influence

de la chaleur et aime l'ombre que produit l’épais et touffu feuillage des tecks. Il abandonne rarement ces arbres dans le milieu du Jour, et ce n'est que le matin et le soir qu'on le voit en quête de sa nourriture. Ordinairement lorsqu'il se croit seul il fait entendre un criperçant, fréquemment répété, que rendent avec exactitude les syllabes vorke, voike, voiko, fortement articulées. Ces cris, à l'époque de notre séjour à la Nouvelle-Guinée en juillet, nous parurent être un appel pour les femelles, groupées, caquetant par vingtaines d'individus sur les arbres environnans, obéissant ainsi à la voix de l'amour. Jamais dans ces troupes appartenant au sexe conservateur du produit de la génération, nous ne vimes qu'un mâle, s'ébattant orgueilleux au milieu de celles-ci simples et sans parures, tandis que lui, dandy emplumé , ressemblait au coq qui chante victoire après avoir battu un rival et conquis la souveraineté d’une bassecour. Le paradisier petit émeraude serait-il polygame? ou bien ce nombre disproportionné de femelles tiendrait-il à ce que les mdigènes, par la chasse continuelle qu'ils font aux mâles, en amènent la dépopulation, et négligent celles-ci qui se trouvent amsi vivre en paix sans Inquiétude des hommes, et n'ayant à se protéger que de leurs ennemis naturels, les bêtes des bois ?

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