‹ Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des épimaques; ouvrage orné de planches, dessinées et gravées par les meilleurs artistes;Chapitre 25 sur 63 · LL · texte numérisé non relu

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C'est alléchés par ces voike, voiko, que dans nos chasses il nous devint facile de suivre à la piste les paradisiers et d'en tuer un assez grand nombre. Le premier individu que nous vimes nous émerveilla tellement que le fusil resta muet dans nos mains tant notre ébahissement fut pro-

fond. Nous cheminions avec précaution dans des sentiers tracés par les cochons sauvages dans

les profondeurs ombreuses si touffues des alentours du hâvre de Doréy, lorsqu'un paradisier petit émeraude volant, au-dessus de notre tête avec grâce et souplesse par bonds pleins de légèreté, nous sembla une bolide dont la queue de feu laisse derrière la masse qui fend l'air une longue traînée de lumière. Cet oiseau de Paradis, serrant ses parures contre les flancs, ressemblait sans hyperbole au panache échappé de la chevelure d'une houri se balançant mollement sur lacouche d'air qui enveloppe la croûte terrestre de notre planète.

Lorsqu'un bruit inaccoutumé vient frapper l'oreille du petit émeraude , son cri cesse, ses mouvemens font place : à la plus parfaite immobilité. Il reste caché dans l'épaisseur du feuillage qui le dérobe à la vue du chasseur; mais si le bruit continue il ne tarde pas à s'envoler. Il se perche sur les rameaux les plus élevés des plus hauts arbres de la Nouvelle-Guinée : il de-

DES PARADISIERS. 137 vient fort difhcile de le tirer à moins de se servir d'armes à feu à longues portées, tels que les fusils du calibre de guerre, car il ne tombe qu'autant qu'il est tué raide, et la portée convenable à laquelle il faut l’ajuster n'est guères

moindre de 150 pas. Il va sans dire qu'on doit

se servir de gros plomb. Lorsqu'il n'est que blessé il expire dans les halliers; cependant il nous arriva un jour de trouver mourant sur les bords d'un réservoir d'eau dans le lit d’un torrent à demi desséché, un de ces oiseaux qui avait été blessé la veille. C’est donc le soir, ou mieux le matin , que le chasseur doit se rendre au guet après avoir soigneusement reconnu les arbres chargés de fruits sur lesquels doivent venir se poser les paradisiers. Là, dans une complète immobilité, il attendra avec patience la venue des émeraudes que leur cri brusque et fort décèlera bientôt. A l'époque de notre séjour sur cette terre de promission pour les naturalistes (du 26 juillet au 9 août), ces volatiles recherchaient les capsules légèrement charnues des tecks, mais surtout les fruits blancs rosés et très-mucilagineux du fguier amihou. Toutefois, nous trouvâmes dans leur gésier des insectes, et lors de notre séjour à Amboine , deux oiseaux de Paradis émeraudes,

que nous vimes en vie chez un riche marchand

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chinois, étaient nourris avec de grosses blattes et du riz bouilli.

Les Papous prennent ces oiseaux en vie avec des bâtons enveloppés de la glu qu'ils retirent du suc laiteux de l'arbre à pain : mais il leur est

plus facile de les tuer, en grimpant pendant la

nuit à la manière des chats et silencieusement, sur les arbres où ils dorment. Lorsqu'ils arrivent aux divisions les plus faibles des branchages, ils s'arrêtent , attendent avec un calme imperturbable la naissance du jour , etajustent leur proie avec des-flèches faites avec des rachis de feuilles de latanier. Leur coup d'œil est si parfait, et la raideur du trait qu'ils décochent est assez puissante pour percer l'oiseau qu'ils visent avec une merveilleuse adresse. Heureux de leur capture, ils s'empressent de l'écorcher grossièrement ou d’arracher les chairs avec les pates et souvent les ailes, puis de dessécher au feu ces peaux enfilées sur un petit bâton; souvent aussi ils les renferment dans une tige creuse de bambous en les exposant à la fumée. Les Malais, depuis longtemps en possession d'acheter ces dépouilles pour les porter aux Moluques d’où elles sont expédiées en Europe, en Chine et dans l'Inde continentale, ont cependant établi des différences dans les prix suivant le degré de conservation ; aussi les

| DES PARADISIERS. 159 indigènes font-ils en sorte aujourd'hui de ne point mutiler les oiseaux qu'ils prennent et dont ils se défont d'autant plus facilement que leur plumage est moins endommagé.*Les campongs d'Emberbakène et de Mappia sur la côte nord sont ceux qui préparent le plus de ces peaux que les Malais nomment bourong maté (oiseaux morts ), et c'est de ces deux villages qu'il s'en exporte les quantités les plus considérables.

Ces dépouilles écorchées , séchées dans des tubes de bambous, sont donc expédiées en Europe pour servir au luxe des modes et orner la chevelure des femmes opulentes. Les oiseaux de Paradis sont refaits par les plumassiers, qui emploient des corps en liége sur lesquels ils adaptent la tête et quelques parties de la peau du dos et des flancs que l’on recherche pour leur molle souplesse , et la grâce du panache qu'elles font en se recourbant ; ce sont ces plumes nuageuses que l'on assemble souvent d'une manière factice, en réunissant plusieurs faisceaux enlevés à des peaux avariées ou mal préparées. Ces brins doivent être d'un jaune d'or pur, frais et intacts, ou du moins salis le moins possible à leur extrémité. Ce jaune d’or est des plus fugaces , et un oiseau de Paradis exposé au contact de la lumière du soleil ou même de celle des bougies dans les réunions dansantes, ne tarde point à se décolorer , et la

+ , r .… Li | à À + Fs so 4 HISTOIRE GR à + nuance dorée à passer à une teinte blafarde.

Les plumassiers et les préparateurs d'objets d’his-

toire naturelle savent, il est vrai, reteindre ces e, plumes de manière à tromper l'œil même exercé “ ‘ d'un naturaliste, et c'est ce qui fait que ces pa-

rures sont rarement fraîches à Paris.

Les Papous font le commerce des oiseaux de Paradis depuis un temps immémorial et bien . - avant la conquête des Moluques par les Européens. Leurs dépouilles, prisées par le luxe asiatique , servaient de parures aux chefs puissans des diverses contrées de l'Inde australe, et ornent encore le turban des sultans indiens, la coiffure et surtout le yagatan des radjahs malais. Cette parure n'obtint pas moins de succès en Europe, car les femmes la recherchèrent avec d'autant plus d’avidité qu’elle resta long-temps rare et qu'il fallut l'acquérir à un haut prix. Le panache que forme l'oiseau de Paradis émeraude ne sied bien toutefois que sur un berêt à l’orientale, car il nuit à l'effet de la physionomie même la plus gracieuse lorsqu'il est placé dans une chevelure souple et ondoyante. Aux blondes et aux brunes dans les belles années de la vie, des fleurs, rien que des fleurs. Aux femmes sur le retour des plumes! Pour celles-ci l'éclat de cet ornement attire en première ligne les regards et sharmonie mieux avec les effets officieux d’une

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