‹ Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des épimaques; ouvrage orné de planches, dessinées et gravées par les meilleurs artistes;Chapitre 27 sur 63 · AR · texte numérisé non relu

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ans, parce quil était consacré au soleil, et que, se sentant vieillir, il composait son nid des rameaux de casse odorifère ( cannelle ), et d'encens dans lequel il expirait au milieu des suaves odeurs qui s'en échappaient. Puis de ses dépouilles naïissait un ver destiné à engendrer le poussin, qui devait grandir et former un nouveau phoœnix sur la terre. De ce phœnix, les Romains firent un emblème mystique de la grande révolution des astres, telle que la consacrent les Tables Alphonsines, ou de la période de 25,000 ans des modernes; ou suivant l'opinion adoptée par Pline, le type de la révolution séléno-solaire de 532 ans, l’annuus vertens de Platon.

Pomponius-Méla (Lib. 3, cap. VIII) en décrivant le pays des Penchéens surnommés Ophiophages, situés au delà du golfe Arabique (°), semble parler de Bornéo ou de Sumatra, car 1l décrit des orangs sous le nom des pygmées, des lézards volans du genre draco, puis le phœnix. Voici ce qu'en dit cet ancien auteur : « Parmi » les oiseaux le plus digne de remarque est le » phœnix, toujours unique dans son espèce, car » il n'a ni père ni mère. Après avoir vécu sans

(*) Les anciens se servaient fréquemment du mot Arabie pour désigner diverses contrées de l'est, absolument comme les

Européens le font encore aujourd’hui du nom si vague et si mal défini Znde. |

» interruption pendant 500 ans, il se compose » un nid de différentes sortes d'herbes aromati- » ques, sur lequel il se dissout et se consume. » Alors, retrouvant dans sa propre décomposi- » tion le germe d’une vie nouvelle, ilse conçoit » et renaît de lui-même. Dès qu'il a pris un cer- » tain accroissement, il renferme ses anciens res- » tes dans de la myrrhe, les porte dans une » ville d'Égypte appelée Æéliopolis, les dépose » dans le sanctuaire du temple du soleil sur un » bûcher de bois odoriférant, et se rend ainsi à » lui-même les honneurs de la sépulture. »

Or, cette similitude entre l'exposé de Pline et de Pomponius-Méla prouve que ces deux auteurs n’ont fait que rapporter une de ces croyances vulgaires, si communes de leur temps. Le phœnix de Pline est donc évidemment le faisan doré, tels que les Égyptiens navigateurs l'avaient reçu de l'Inde, mais en entremêlant à son histoire des récits fabuleux. D'ailleurs, les animaux utiles ou nuisibles, rares et beaux, faisant partie de leur adoration religieuse , 1l en résulte que les poëtes renchérirent, par des récits emphatiques, sur leurs qualités et sur les merveilles d’une existence fantastique. C’est ainsi qu'on signale en Égypte quatre apparitions du phœnix. La 1°. sous Sésostris, la 2"°, sous Amasis, la 3”*°. sous le troisième des Ptolomées, et la 4°. l'an 36 de notre ère,

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146 HISTOIRE NATURELLE ainsi qu'on le lit dans les Annales C Lib. 6, cap. 28) de Tacite.

Le phœnix ne devint plus pour les poëtes comme pour les historiens que l'expression de leur croyance résurrectionnelle, et c'est ainsi.que saint Ambroise dit (Hexamer. , lib. 5, cap. 23): « Phœnix avis in Arabiæ locis perhibetur. …. . » doceat igitur nos hæc avis exemplo sui resur- » rectionem credere. À

Bélon du Mans, qui écrivait en 1554, et le véritable père de l'ornithologie française , homme doué d’une rare sagacité, consacre ce 9e devenu fabuleux de phœnix à l'oiseau de Paradis émeraude. Écoutons son naïf langage ( Nat. des oiseaux, liv. VE): « Si ce n'était que chacun peut » voir le plumage d’un beloiseau étranger assez » commun dans les cabinets des grands seigneurs, » tant de la France que de la Turquie, qu'esti- » mons être le phœnix, nous n'aurions rien à » écrire de nouveau avec Hérodote, Pline et au- » tres. Ce plumage dont nous parlons est seule- » ment bourru, et entouré de plumes déliées » qui sont attachées à une peau dure comme » cuir, dont le milieu du. corps est dénué de chair » et d'os, etc. »

Mais Bélon lui-même rapporte que som phœænix avait été désigné par Postel, homme fort versé dans la langue hébraïque, sous le nom d'apus,

LA

DES PARADISIERS. 147 par suite de l'opinion populaire qui prétendait que cet oiseause nourrissait de vent et d'air, sans Jamais se percher sur les arbres ni descendre sur la terre. Or, avant Postel, Cardanus avait mentionné ce même oiseau sous le nom de manucodiata, ou oiseau de. Dieu, et c'est à cet auteur qu'il faut remonter pour trouver la première trace d’une indication intelligible du paradisier émeraude.

Ce que Bélon rapporte de son phœnix ou paradisier émeraude est l'expression des contes recueillis en Orient par les marchands vénitiens : ces récits simples et naïfs ont depuis été brodés de mille manières, mais le texte de Bélon est net et précis. « Ce corps de plumes, duquel nous

.» parlons, n'a point de pieds ; mais la nature, vou-

» Jant suppléer à ce défaut, a fait qu'il a comme » deux plumesen chaque côté de la queue, qui » sont longues d'un pied et raccrochées par le » bout et fort dures, desquelles il se pend aux » arbres. La nature a ainsi fait ce phoœnix pour » éviter les inimitiés des bêtes qui vivent dans le » pays où il habite. L'on meten doute comment » la femelle peut couver ses œufs ; plusieurs pen- » sent qu'elle les met sur le dos du mâle et » qu'elle les couve dessus lui. »

Cependant Pigafetta, compagnon de Magellan dans le premier voyage autour du monde qu'aient

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entrepris les navigateurs européens, en 1519, en parlant d'oiseaux de Paradis que le sultan de Bachian leur donna pour le roi d'Espagne a] tionna les pieds, et telle était la ténacité dE préjugés d'alors, que des naturalistes ont contredit plus tard le dire de cet observateur véridique.

Pigafetta s'exprime ainsi ( vOÿ. P. 197): «On nous

» donna pour le roi d'Espagne deux oiseaux » morts très-beaux. Cet oiseau de la grosseur » d'une grive , a la tête petite, et Je bec long, » les jambes de la grosseur d une plume à écrire,

» et d'une palme de longueur. ” ‘pes resn'a point

» semble à celle de la grive, et » d'ailes , les naturels les arrachent à la plupart » des peaux; mais à leur lace il a de longues

» plumes de différentes couleurs, semblables à » des aigrettes. Toutes les autres plumes, excepté

» celles quilui tiennent lieu d'ailes, sont d’une » couleur sombre. Cet oiseau ne vole que lors- » qu'ily a du vent. On dit qu'il vient du Paradis » terrestre; on l'appelle Bélondinata, c'est-à- » direoiseau de Dieu. » $

Pigafetta est donc le premier Européen qui ait décrit sans merveilleux l'oiseau de Paradis, et qui en ait tracé un signalement convenable, à part la longueur qu’il donne aux jambes, ce qui paraît être évidemment une erreur de copiste. Les fables sur lesquelles furent établis les récits relatifs

LL ; à ces volatiles, se trouvèrent par suite, et successivement , sanctionnées par l'autorité de J. Otton Helbigius de Bontius, de Clusius, de Gessner, d'Aldrovande , d'Ewards, de Séba” et de plusieurs autres vieux auteurs qui se sont copiés. Mais Marcgrave mérite d'être signalé pour en avoir parlé fort intelligiblement dans deux endroits de son ouvrage sur le Brésil ( Amst., Elzev., 1648 , p. 201 et 219), publié conjointement avec celui de Pison. e

Ainsi, c'est armi les fables, et ls fables les

plus grossières, que doivent être reléguées les

opinions diverses qui représentent les oiseaux de Paradis comme des êtres sans pieds, volant perpétuellement, même pendant leur sommeil , ou ne se reposant que par ‘de courts intervalles, en s'accrochant branches des arbres avec les filets de leur queue ; s'accouplant en l'air comme le feraient deux D né ne se nourrissant que de vapeurs et de rosée; ayant leur ventre rempli de graisse et dépourvu de viscères, et autres belles choses que l'ignorance et le charlatanisme se plurent à propager avec une singulière ardeur. Barrère chercha mème à réparer une erreur par uneerreur plus visible encore, en accordant aux oiseaux de Paradis des pieds si courts et si emplumés, qu'il semble que l'oiseau en soit privé. On voit que c'est un mezz0 termine entre

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l'opinion qui prétend que les paradisiers naissent sans pieds, et celle des habitans des îles d'Arou , qui admet, suivant Helbigius, que les pieds tombent par suite de maladie ou de vieillesse. Mais les insulaires d Aroû savaient fort bien que cela n'était pas, et se plaisaient à leurrer les Européens par des particularités qui contribuaient suivant eux à donner plus de prix à leur marchandise. Il est plus probable, ainsi que l'a écrit Forrest, que les faisceaux des plumes sousee nuisent au vol des paradisiérs lorsque le vent souffle avec force, et ce voyageur dit textuellement : « Les vaisseaux hollandais qui na- » viguent entre la Nouvelle-Guinée et les iles » d’Arou rencontrent souventdes troupes de ces » oiseaux volant d’une terre à l'autre. Si le v » est trop fort, ces animaux gélèvent presque » perpendiculairement en l'air jusquà ce qu'ils » atteignent Ja région où l'atmosphère.est moins » agitée; alors 1ls continuent leur route. Ils ne » volent jamais avec le vent qui briserait leurslon- » gues plumes, mais au contraire ils se dirigent di- » rectement contre sa direction, en évitant les » grains qui les jetteraient à terre.» Ces détails avaient été donnés également par Helbigius.

Au dire des habitans des îles Arou,'la mue rend ces oiseaux fort malades et dure plus.de la moitié de l'année, et c'est après la ponte que leurs

paruresreviennent, Buffon dit en août, mais nous pouvons, nous, aflirmer que les paradisiers tués en Juillet nous ont offert leurs anciennes parures, ce qui forcerait à changer d'opinion sur cette prétendue mue ayant lieu, chaque année, pendant plusieurs mois.

Ce qu'on trouve dans les livres d'histoire naturelle sur leur genre de vie, se rapporte assez avec nos propres observations. Helbigius affirme que les paradisiers se nourrissent des fruits rouges du waringa ou ficus benjanuna, et Valentin parle des fruits d’un arbre nommé fsampedoch. Or, nous les avons constamment observés dans le mois de juillet mangeant les figues d'amihou et les semences de teck, de plus Linné indique qu'ils avalent aussi de grands papillons ; et nous avons vu nous-mêmes qu'ils recherchaient les blattes et en général tous les insectes. L'opinion de Bontius, qui leur fait donner la chasse aux petits oiseaux pour les manger, n'est pas aussi bien étayée, quoique les paradisiers aient toutes les habitudes des corbeaux ; ce qui expliquerait au reste cet appétit Carnassier.

En dernière analyse, le paradisier petit émeraudeest donc omnivore, ou insectivore et frugivore à la fois. Il vit à la Nouvelle-Guinée, où1lest nommé mambéfore, a les mœurs et le cri rau-

que des coraces, et comme eux se tient dans les bois. Il est vif, remuant, et ne demeure pas long-temps à la même place.

La femelle (P/. 3) possède une livrée des plus simples, elle n'a ni parures des flancs, ni brins à la queue, ni émeraude sur le front et à la gorge. Elle fait entendre à peu près le même cri que les mâles, c'est-à-dire les syllabes ouake , ouake, deux ou trois fois répétées. L'oiseau que Levaillant figure dans la PI. 5 de ses paradisiers comme étant la femelle, est un jeune mâle n'ayant point encore ses parures des flancs ni les brins de sa queue.

La femelle est d’un tiers moins grande que le mâle, Son bec est bleuâtre, ses tarses sont robustes. Sesailessont demême forme, sa queue mé-

diocre, composée de douze rectrices rectilignes. Un marron brun encadre le becen remontant sur le front et couvrant la gorge; un brunâtre cannelle revêt le sinciput et le haut du cou où se dessine une sorte de collier jaune paille très-clair. Le manteau, le dos, le croupion, les ailes et la

queue, sont d’un marron cannelle uniforme, .

ürant plus ou moins sur le brunâtre. Le dessous du corps, à partir de la moitié antérieure du cou jusqu'à la région anale; est blanchâtre légèrement lavé de roux très-clair sur les côtés

ns, de 0 ann —

DES PARADISIERS. 153 Le paradisier petit émeraude très-jeune (PL. 5) ressemble complétement à la femelle; il est même impossible de l'en distinguer autrement que par l'autopsie, bien que cependant ses formes soient un peu plus élancées. Du reste, même coloration terne, même privation des parures des flancs, des brins de la queue et du vert émeraude qui encadre le bec, car la face et le cou sont marron, et la poitrine blanc roussâtre.

Lorsque les jeunes acquièrent de l’âge vers la seconde année, sans doute, on voit ( PI. 4) pousser les deux brins grèles de la queue, et celle-ci n’est plus composée que de dix rectrices normales, ces deux brins s'alongeant aux dépens des deux rectrices moyennes. Il est remarquable que ces brins sont couverts tantôt d’un seul côté, tantôt aux deux, et surtout près de la base, de petites barbules raides rudimentaires. Enfin le vert émeraude se manifeste au-dessus du bec et au menton. Une plaque marron recouvre la gorge, mais la tête et le cou sont d'un jaune velouté et frais, tandis que le marron ne se manifeste que sur le bas du cou, sur le dos, les ailes, le croupion et la queue. Toutefois une sorte de bordure blanc jaunâtre frange les plumes secondaires en formant sur le haut de l'aile une sorte de petite écharpe. Tout le dessus du corps est d’un blanchâtre soyeux et lustré. MM. Quoy et Gaimard

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. 154 ; HISTOIRE NATURELLE L ont remarqué que, pendant leur séjour à Ja Nou- = velle-Guinée dans le mois d'août, on voyait | une grande "ES. de j les mâles les , femelles.

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