‹ Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des épimaques; ouvrage orné de planches, dessinées et gravées par les meilleurs artistes;Chapitre 30 sur 63 · LE PARADISIER ROUGE · texte numérisé non relu

LE PARADISIER ROUGE

(PARADISEA RUBRA.) , (Le MALE ADULTE, PL. 7, La FEMELLE, PL. 8, : de G. N)

Lowc-remrs rare dans les collections, ce ma-

gnifique paradisier , dont les parures des flancs

semblent être tentes par le sang le plus vermeil, existe maintenant dans la plupart des grandes collections et même dans les cabinets de beau-

coup de simples amateurs. L'individu qu'a figuré

Levaillant, et qu'on voit encore au Muséum d’histoire naturelle avait été jusqu'a ces dernèires années le seul connu en France; Vieillot luimême avoue n'en avoir Jamais vu que trois;

mais de 1825 à 1832 nous eûmes occasion d'en |

étudier plusieurs rapportés par nous ou achetés en Angleterre par M. Guy, et principalement une peau d'une rare intégrité conservée dans la collection de notre ami Longuemare, et que représente notre PI. 7. Enfin la seule femelle de paradisier rouge connue que lon voit au Muséum

DES PARADISIERS. 161 de Paris a été découverte par nous, et se trouve figurée dans l'atlas zoologique du voyage /a Coquille (PI. 27). L:

Les auteurs qui ont décrit cet oiseau si re- marquable par sa coloration , bien qu'il soit le reflet complet quant aux formes des deux paradisiers émeraudes, ne sont ni anciens ni nombreux. Valentin, Forrest, Sonnerat, n'en ont pas eu connaissance. La première mention paraît être due à Daudin et date de 1 800; elle a été faite sur l'individu de la collection du stathouder, que feu de Lacépède avait nommé du nom qu'il porte en le déposant sur les tablettes du Musée. Levaillant et Vieillot, dans l’histoire de leurs paradisiers et oiseaux dorés, Shaw, dans sa zoologie générale, et Sonnini dans le supplément aux œuvres de Buflon , ont mentionné cette espèce qu'on voit figurer depuis lors dans tous les articles des dictionnaires d'histoire naturelle et dans les traités d'ornithologie.

Le paradisier rouge mâle et adulte ( PJ. 7) a douze pouces de longueur totale, du bout du bec à l'extrémité de la queue. Le bec de la longueur de la tête est plombé ou blanchâtre, légèrement convexe, fendu presque jusque sous l'œil. Les tarses sont médiocres, bleuâtres , l'iris est jaune. Les plumes du front , jusqu’au milieu de la tête, celles placées entre la commissure et l'œil sur les

162 HISTOIRE NATURELLE joues, les côtés et le devant du cou, sont d'un vert noir sablé d'or. Ces petites plumes sont veloutées, serrées, émeraudines , et s'avancent sur la région temporale, en dessinant sur la ligne médiane une échancrure. Il en résulte sur les peaux mutilées par les Papous, et dont la partie osseuse de la tête a été enlevée ou brisée, deux sortes de petites huppes produites par le racornissement de la peau du front et par le soin qu'ont les préparateurs de les faire saillir sur -les individus qu'ils fabriquent en collant les plumes sur du liége , ainsi qu'on le voit dans beaucoup de musées. Le derrière de la tète et du cou, le haut de la poitrine et la partie supérieure du dos sont d’un jaune beurre frais de nuance uniforme et douce, passant au rouge cannelle sur les épaules et sur le dos. Les ailes, le croupion et le ventre à partir du thorax sont d’un brun marron luisant foncé. Les parures des flancs se composent de plumes longues de douze à quinze pouces, eflilées, recourbées, à barbes plus serrées que chez les émeraudes, d’un rouge luisant et fulgide, du rouge de carmin le plus vif pour les antérieures, tandis que les postérieures ont leur extrémité décolorée et blanchâtre. La queue est médiocre, rectiligne, composée de dix rectrices , sans y comprendre deux brins longs de vingt-deux pouces et quelquefois convexes sur un

bord, concaves sur l’autre, recoquillés sur euxmêmes dans leur plus grande étendue, terminés en pointes, mais garnis à leur insertion de barbes rudes et très-courtes. Ces deux filets d’un brun marron noir partent du croupion par une insertion commune, seséparent bientôt pour flotter librement sur les parties latérales de la queue.

Les habitudes de ce rare et admirable oiseau sont inconnues : sa patrie est l'île de Waigiou. Les Papous des alentours d'Offack nous en donnèrent quelques peaux , et un officier tua une femelle pendant le séjour de la corvette /a Coquille dans ce hâvre.

Les voyageurs n'avaient donné quelqu'attention qu'aux mâles des oiseaux de Paradis. Leurs dépouilles, destinées à servir de parure ou à enrichir les cabinets des curieux, étaient les seules dont on recherchât avec empressement la possession. L'autre sexe dédaigné n'était point parvenu en Europe, et Levaillant seul fit connaître une femelle du petit émeraude.

Comme toutes les femelles des oiseaux de

Paradis, celle du paradisier rouge, que nous figurons ( PI. 8 ), est sans parures et sans vives COUleurs, bien cependant que les teintes qui composent sa livrée soient assez douces pour flatter l'œil et ne pas la faire dédaigner par ceux qu'at. ure seule la beauté du plumage.

Cette femelle de paradisier rouge a douze pouces quatre lignes de longueur totale : dans ces dimensions laqueueentre pour quatre pouceset demi. Les tarses ont dix-huit lignes, et sont garnis de larges scutelles en avant. Les doigts antérieurs sont gradués, moins robustes que le pouce, qui est terminé par un ongle fort et puissant, tandis que les antérieurs sont de moitié plus faibles. Les tarses sont bleus dans l’état de vie, tandis que le bec est plombé avec une teinte rougeître. Dans cette espèce les narines ne sont point recouvertes par les plumes du front : elles sont placées dans une fossette large et basale.

Un masque d’un marron très-foncé et Lu aspect soyeux recouvre le front jusqu'au milieu de la tête, descend sur les joues, en enveloppant les yeux, et se termine en s'arrondissant au milieu et en devant du cou. L’occiput , le derrière du cou et le devant, au-dessous du masque marron , sont d'un jaune doré plus franc sur la tête, et qui se mêle sur le manteau et sur la poitrine avec le marron qui teint ces parties. Sur le dos toutefois apparaît une teinte Jaune, orangée, brillante, mais peu dessinée. Tout le dessus du corps, le dos, le croupion, les rémiges, les rectrices, sont d’un marron franc à aspect séricéeux. Sur les épaules le marron est teint de jaune rougeâtre. Tout le dessous du corps, le haut de

la poitrine, les flancs, le bas-ventre, et même les couvertures inférieures , sont d’un marron ou chocolat plus clair que sur le dos et à aspect velouté. Les ailes sont marron en dedans, ainsi que l’est la queue en dessous. Elles nes’étendent quejusqu'au tiers supérieur de celle-ci, qui est assez longue, égale, et composée de rectrices peu fermes.

C'est dans l'île de Waigiou , qui fait partie du système des terres des Papous, que nous nous procurâmes cette femelle de paradisier rouge. Nous en sommes redevables à M. Bérard, lieutenant de vaisseau de la marine, qui la tua sur les bords du hâvre d'Offack , et qui voulut bien en enrichir les collections que nous avons déposées au Muséum d'histoire naturelle parsuite du voyage d’exploration de la corvette /a Coquille.

Il ne nous reste plus, après avoir examiné sous ses divers rapports l'histoire du paradisier rouge, qua signaler les particularités anatomiques qui méritent de fixer l'attention. Dans les organes des sens, celui de l'odorat est des plus actifs. Les narines, qui reçoivent les eflluves odorans, sont arrondies , percées à la base de la mandibule supérieure , et découvertes, bien que les plumes capistrales s'avancent sur elles. L'audition s'exécute à l'aide d'une conque externe évasée et comme circulaire , percée de deux conduits, dont l'un, intérieur et petit, se dirige vers l'extrémité

postérieure de la mandibule inférieure, et dont l'autre se porte directement à l'oreille interne. La langue, principal organe du goût , ressemble assez, par sa disposition générale , à celle des autres passereaux : elle a dix lignes de longueur, et est munie à sa base de deux prolongemens mucronés et bifides, qui sont disposés en croissant. Sa forme est alongée, étroite, triangulaire ; son sommet est bifurqué, et chaque laciniure de sa bifurcation se trouve divisée en un grand nombre de filamens, de manière à imiter un pinceau. Les deux mandibules présentent de chaque côté une légère échancrure vers la pointe et peut-être ces échancrures sont-elle dues à l'usure qui doit résulter du genre de nourriture par suite du rapprochement fréquent des dernibecs. Le larynx est divisé en deux parties, ayant quatre muscles moteurs, deux supérieurs et deux inférieurs, sur chaque côté prenant leurs attaches près du larynx inférieur. La longueur de cette trachée, dont les anneaux sont entiers, de la partie supérieure du larynx à celle inférieure, est de trois pouces ; celle-cicorrespond à l'extrémité supérieure du sternum, et se trouve un peu €nfoncé dans la poitrine. Les cornes de l'os hyoïdeont un pouce deux lignes de longueur. L'œsophage, est long de quatre pouces, et l'estomac est ample, dessiné en forme de fève, ayant des parois épaisses de

deux lignes, marquéesen dedans dereplissaillans se dirigeant de gauche à droite. Les ouvertures cardiaque et pylorique sont percées presque vis-à-vis l'une de l'autre, tandis que la grosse extrémité de ce viscère occupe le côté dextre. Le pancréas est double. Le premier a sept lignes de long, le deuxième, encore plus alongé, est plus grêle et tous les deux correspondent à la première courbure des intestins grêles. Le tube intestinal a de longueur totale seize pouces, et deux cœcums, longs de trois lignes, se projettent à un pouce de la terminaison du rectum. Les ovaires apparaissaient sous forme de granulations , occupant, en devant dela colonne vertébrale, l'intervalle des lobes antérieurs des reins. Ces ovaires étaient flétris, disposition qui pourrait coïncider avec l'époque à laquelle fut tuée cette femelle, c’est-àdire assez long-temps après la ponte (15 septembre 1823). Le foie est peu volumineux, et occupe la région hypochondriaque droite, en s'étendant vers l’épigastre. La vésicule biliaire se prolonge, tout en affectant une forme de poire, dans une largeur de huit lignes seulement. La rate est trèspetite. Les reins, rétrécis à leur milieu, sont alongés et logés dans la gouttière lombaire. Le cœur est volumineux, et n’a pas moins de huit lignes. La glande adipeuse du croupion est amplement développée.

Les organes locomoteurs présentent aux ailes

dix pennes primaires, dont la première est la plus courte, et n'atteint que la moitié de la seconde. La cinquième est la plus longue de toutes, car, à partir de celle-ci, les autres vont successivement en diminuant jusqu'à la dixième. Les pennes secondaires sont également au nombre de dix:

à la queue on compte douze rectrices, dont les deux moyennes sont légèrement amincies, et par conséquent plus étroites que les autres. Aux jambes on remarque six larges écailles recouvrant l'articulation du tarse avec le carpe et l'extrémité tarsienne des phalanges. Les écailles du tarse sont, elles, larges et parfaitement lisses. |

Une autre femelle présenta sa troisième rémige à peine sortie de son tuyau, tandis que la quatrième était plus avancée, et que les rectrices étaient non encore bien formées, manière d’être quipourraithien légitimer l'opinion deM. de Blainville, à savoir que les plumes doivent sortir de leurs tubes et se grouper à la manière alternative desnoyaux osseux qui remplissent les alvéoles des arcades dentaires des mammifères.

Les côtes sont au nombre de sept de chaque côté. La première est libre, et les cinq suivantes se rendent à la partie osseuse qui tient la place du cartilage sterno-costal. La dernière ou septième se soude au derniér cartilage à demi osseux.

Le sternum ( PJ. I, fig. 1o et 11) est beaucoup plus étroit à la partiemoyenne qu'à ses extrémités.

DES PARADISIERS. 169 La partie de la base, comprise entre les deux échancrures, est coupée carrément. On observe cependant une dépression peu marquée dont la saillie est antérieure. Sa longueur est de seize lignes sur huit de largeur à la partie moyenne, correspondant à la dernière surface articulaire qui unit le cartilage avec la côte correspondante. Son pédicule a seize lignes sur cinq lignes à la base, tandis que l'extrémité abdominale du sternum a quatorze lignes. L'extrémité claviculaire présente trois apophyses, dont celle du milieu est la plus épaisse, figurée en Y ou à trois faces, et deux échancrures qui forment l'extrémité sternale de la clavicule. Sur les bords du sternum , très-près de l'extrémité claviculaire , se dessinent cinq facettes articulaires. À la portion basale ou abdominale, sont deux larges échancrures ovalaires, bordées en dehors par des apophyses imitant un marteau à deux pointes.

L'omoplate, longue de seize lignes, est extrêmement étroite, falciforme, amincie et tronquée à l'extrémité. La clavicule, qui a quatorze lignes, est très-élargie à son extrémité sternale , et l'intervalle qui sépare les branches de l'os furculaire est de onze lignes, et celles-ci ont à peu près la même longueur , bien que leur disposition générale soit analogue à celle des autres passereaux. L'appendice qui unit ces os au sternum est saillant.

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