LE SIFILET A GORGE DORÉE
(PAROTIA SEXSETACEA),
(Le maLe ADULTE, PL. X et XI; LE SEUNE MALE, PI. XI bis, ET LA FEMELLE, Pl. XII, à : G. NN.)
Le nom de sifilet a été donné à l'oiseau de Paradis qui nous occupe, pour rappeler le trait le plus caractéristique de son organisation , c’est-àdire les six filets minces et grèles qui partent de la région auriculaire et qui s'élargissent en palettes à leur sommet, relevant ainsi par cet accessoire un plumage noir de velours, et une gorge étincelante par le cuivre, le bronze et le vert glacé d'or.
Le sifilet mâle adulte a de longueur totale douze pouces; son bec et ses pieds sont noirs, l'iris jaune ; la queue est légèrement arrondie, formée de rectrices étagées, raides, au nombre de douze. Les ailes sont un peu concaves et s'étendent jusqu'après la naissance de la queue. Elles se composent de rémiges arrondies, presque égales, excepté les deux prcinières, qui sont aci-
culées à leur sommet. Les plumes frontales sont étroites, raides, à peine barbues, et s'étendent sur les narines en formant une sorte de petite huppe comprimée et disposée en brosse. Elles sont noires à leur base, puis blanc satiné à leur sommet , ce qui dessine une écharpe d’une nuance gris de perle sur le devant de la tête; les plumes qui recouvrent le crâne s'arrondissent et s’allongent sur l'occiput de manière à former sur cette partie un diadème métallisé. Quelques filets tronqués, avortés, naissent derrière l'œil, mais troisfilets grêles, arrondis, inermes, longs de cinq à six pouces, partant de chaque joue, se dirigent en arrière, comme des crins, et se terminent par des barbes qui s'épanouissent pour former une palette ovalaire. Ces brins et la palette sont noirs. Les plumes de la gorge sont étroites, puis élargies et taillées en un demi-cercle à leur sommet. Ce dernier segment est de couleur d’or à reflets violets irisés en vert sur les bords, et chatoyant avec an éclat des plus vifs, tandis que le reste de la plume est noir velouté; tous ces segmens, en simbriquant, forment un magnifique plastron écailleux. Les flancs sont garnis de plumes noires épaisses et très-touflues, qui se redressent sur les ailes qu'elles enveloppent et qu'elles cachent. Cés plumes sont arrondies, à barbes lâches et uniformément noires.
Le sitilet est, excepté la gorge et les deux couronnes de la tête, uniformément d'un noir profond ayant partout la douceur et la nuance du velours.
Ces oiseaux, dont les mœurs sont complétement inconnues, vivent à la Nouvelle-Guinée et à Waigiou.
Mauduyt cite, dans l’article qu'il a donné du sifilet dans l'Encyclopédie, une note qui était jointe à un individu qu'il avait reçu des Moluques, et dans laquelle on disait que le sifilet Jouissait chez les Malais d’une haute réputation, parce qu'on lui accordait la propriété de garantir de la foudre ceux qui s'en paraient. Aucun voyageur ne rapporte toutefois ce conte populaire.
Le jeune mâle (PL. XI bis ), tient à la fois du mâle adulte et de la femelle. I1 ressemble au premier par les longues plumes des flancs ; mais toutes ces plumes soit du ventre soit des hypochondres , sont dans leur partie moyenne d'un fauve clair, rayées en travers de noir comme cela se voit chez la femelle, et se trouvent terminées de noir uni; cependant les plus alongées des plumes des flancs sont dans leur entier noires comme chez les mâles, tandis que le dos est tapissé ou tacheté de roux vif.
La femelle (PL. XH) du sifilet n'était point connue avant la description publiée dans nos
illustrations de zoologie. Elle est aussi venue nous prouver que les femelles des oiseaux de Paradis ne participaient en rien à l'éclat de leurs époux, et que, revêtues d'une livrée généralement sombre, elles avaient sous ce rapport l’organisation des oiseaux mouches et des souimangas.
Le bec de la femelle que nous décrivons est noir mat, sa longueur médiocre , ses mandibules sont légèrement comprimées sur les côtés et terminées en pointe. La supérieure a une arête très-vive, légèrement recourbée , finissant en un petit crochet denté sur les côtés, l'inférieure se termine par une pointe redressée. La commissure , légèrement déjetée en bas, est notablement fendue , sans aller cependant jusqu'à l'œil. Les fosses nasales, tout-à-fait situées à la base du bec, sont larges , mais complétement recouvertes par les plumes soyeuses qui s'unissent en devant du front pour former une petite houpette comprimée. Les tarses manquaient à l'individu rare et précieux soumis à notre étude. Les ailes s'étendent jusqu'au tiers supérieur de la queue; celle-ci est formée de douze rectrices assez rigides, inégales entre elles, c'est-à-dire que les plus externes sont les plus courtes; toutes sont arrondies à leur extrémité et entièrement d'un brun ferrugineux.
Les plumes qui recouvrent le corps sont douces, mollettes et soyeuses : celles qui revêtent la tête sont étroites, très-fournies et serrées, et se projettent sur les côtés de l'occiput en deux petits faisceaux auriculés, qui rappellent les deux houppettes des individus mâles. La tête en dessus , les joues, le dessus et les côtés du cou sont d'un noir soyeux, peu franc, se dégradant sur le haut du corps et sur le dos pour faire place à un brun ferrugineux, puis à un rouge brun marron , qui domine sur le croupion.
A l'angle du bec naît un trait fauve émaillé, bordé en-dessous par un large trait noir profond; le menton est roux brun, rayé de noir, puis tout le devant du cou et du thorax est d’un fauve blond, rayé par lignes égales, distantes, noir brun. La teinte rousse du ventre , des flancs et des couvertures inférieures est plus vive, et les raies brunes sont aussi plus espacées et moins marquées.
Les plumes de ces parties sont aussi plus mollettes, plus lâches et assez abondantes.
Cette femelle avait treize pouces de longueur totale.