‹ Histoire naturelle des oiseaux exotiquesChapitre 18 sur 116 · GENRE OISEAU DE PARADIS · texte numérisé non relu

GENRE OISEAU DE PARADIS

Il n’y avait qu’une imagination vagabonde et aussi amie du fabuleux que celle des Indiens , qui pût se bercer des mille contes absurdes dont fourmille l’histoire des Oiseaux de Paradis. Suivant les uns, ces oiseaux furent ainsi nommés parce qu’ils avaient choisi pour le lieu de leurs amours le paradis terrestre, et qu’ils y construisaient leur nid. Suivant d’autres , le nom d’oiseau de paradis rappelle à l’idée un oiseau qui n’a point de pieds , dont le vol est perpétuel le jour comme la nuit ; qui ne se nourrit que de vapeurs et de rosée , dont l’air enfin est le seul élément, comme s’il craignait de souiller son riche plumage en s’approchant des objets terrestres. Les marchands indiens qui font le commerce des plumes de cet oiseau , ont l’habitude , soit pour le conserver , ou peut-être pour accréditer l’erreur où l’on est dans ces pays que l’oiseau de paradis n’a point de pieds , de faire sécher l’oiseau après lui avoir arraché les cuisses et les entrailles. Quoiqu’il en soit , nous ne saurions trop donner d’admiration à cet oiseau magnifique ; et si toutes les richesses du lapidaire ont été étalées avec profusion sur le corps des oiseaux mouches et des colibris ; si la nature a paré le plumage de ces petits bijous , comme les appelle Buffon, des reflets les plus brillans , elle s’est peut-être montrée plus prodigue encore envers les oiseaux de paradis. Ces couleurs si douces et si pures, distribuées sur leur corps et leurs ailes, ce beau velours qui enveloppe leur gorge et leur tête , ces touffes de longues plumes qui s’échappent du dessous de chaque aile pour se répandre ensuite en flots soyeux et légers et se balancer mollement au milieu des airs , ce vol aussi gracieux que rapide , tout cela était bien fait , il faut en convenir , pour saisir d’étonnement l’esprit grossier des habitans de la Nouvelle-Guinée ; et l’on conçoit jusqu’à un certain point, qu’en voyant pour la première fois l’oiseau de paradis traverser leurs vastes forêts, ils l’aient cru descendu des régions célestes et décoré du nom d'oiseau de Dieu.

Les oiseaux de paradis ont des caractères assez tranchés pour que certains méthodistes aient pensé pouvoir en former un genre.

Leur bec est en cône allongé, droit et très-pointu , et un peu comprimé sur les côtés ; ils ont quatre doigts , trois devant et un derrière, tous dénués de membrane et séparés environ jusqu’à leur origine ; les jambes , couvertes de plumes jusqu’au talon , sont fort grandes et fort robustes, ainsi que les pieds ; les plumes de la base du bec , celles de la gorge et de la tête, sont fermes et serrées comme du velours dont elles ont tout-à-fait l’aspect. De chaque côté des flancs naissent de dessous les ailes véritables des ailes secondaires appelées subalaires. Ce qu’il y a de remarquable dans ces oiseaux , ce sont deux longs filets qui s’implantent près du croupion et s’étendent bien au-delà de la queue. Ces filets sont garnis de petites barbes très-courtes dans leur partie moyenne , et de barbes d’une longueur ordinaire vers leur origine et leur extrémité. Chez la femelle , les barbes de l’extrémité sont plus courtes que chez le mâle , et c’est , suivant Brisson , la seule différence à laquelle on puisse la reconnaître. Plusieurs espèces d’oiseaux de paradis se trouvent privées de ce long filet que certains naturalistes ont regardé comme caractère distinctif du genre , mais d’après lequel on serait forcé de ne reconnaître que cinq vrais oiseaux de paradis. Du reste on ne sera pas étonné de trouver des oiseaux rangés dans le genre oiseau de paradis, qui manquent de plusieurs des caractères de ces derniers. Les oiseaux de Paradis sont sujets à une mue considérable : ils restent cachés pendant près de neuf mois, c’est-à-dire tout le temps que durent les pluies et les tempêtes. Au commencement du mois d’août, après la ponte, les plumes reviennent, et on les voit pendant le mois de septembre et d’octobre suivre en troupe leur roi , comme le font les étournaux en Europe.

Les Indiens chassent ces oiseaux en se mettant à l’affût dans de petites cabanes en bois , percées de trous et bâties sur les arbres ; de là ils les guettent et les percent de leurs flèches de roseau , leur arrachent les ailes et les pâtes, et s’en servent, quand ils ne les vendent pas , pour faire des aigrettes dont ils se parent les jours de fête.

Suivant Helbigius , les oiseaux de paradis se nourrissent de baies rouges fournies par un arbre très-çlevé ; suivant d’autres , ils font la chasse aux grands papillons qui leur servent aussi de pâture. N’habitant que des îles où viennent les épiceries , il est probable qu’ils se nourrissent aussi des fruits du muscadier , du giroflier et autres semblables.

Ces oiseaux ne se trouvent qu’à la Nouvelle Guinée : ils en sont transportés aux Moluques d’où on les croyait originaires , parce que c’est de ces îles qu’on nous les envoie ordinairement.

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