‹ Histoire naturelle des oiseaux exotiquesChapitre 30 sur 116 · GENRE PERROQUET · texte numérisé non relu

GENRE PERROQUET

Nous venons (le passer en revue cinq genres différens d'oiseaux «exotiques , et parmi les cinquante oiseaux que renferment ces genres , il n'en est peut-être pas un seul dont l’élégance et la richesse du plumage n’aient mérité notre admiration. Mais , il faut le dire , jusqu’ici nos yeux seuls ont été éblouis ; et si nous sommes souvent restés plongés dans une sorte d’état extatique en présence de toutes ees merveilles du coloris , malheureusement la pensée n’y était pour rien. C’est une brillante et riche collection de métaux et de pierres précieuses qui s’est offerte un instant à nos yeux étonnés , sans fournir une nourriture un peu substantielle à l’esprit. S’il nous était permis de parler le langage plirénologique , nous dirions que la plus grande somme d’activité a été dépensée par l’organe du coloris ; et en effet, dans toutes les descriptions que nous avons données, nous avons plutôt parlé aux yeux du coloriste pur , qu’à l’âme du naturaliste profond.

Nous voilà maintenant arrivés à une classe d’oiseaux dont, nous osons l’espérer , l’histoire offrira à nos lecteurs un intérêt plus puissant que celle des Cotingas , des Tangaras, des Colibris même, des Oiseaux-mouche ou des oiseaux de Paradis : nous voulons parler des Perroquets. Ici, il ne nous faudra plus seulement juger en peintre coloriste , mais il nous faudra voir encore avec les yeux de l’intelligence ; et en effet , les Perroquets dont nous allons faire l’histoire , ne sont pas seulement des oiseaux remarquables par la magnificence des couleurs répandues sur leur élégant plumage. Ce qui les distingue surtout des autres oiseaux, c’est la faculté qu’ils possèdent d’articuler des mots , de prononcer des phrases entières , et souvent avec tant de netteté et de clarté, qu’il est facile de s’y laisser prendre. C’est au point que si l’oiseau n’était pas captif dans sa cage, ou enchaîné sur son

juchoir, on croirait entendre une voix humaine. Si toute l’habitude extérieure du singe , si son espèce d’intelligence l’ont fait regarder comme un homme imparfait et sauvage , nous devrions , à plus forte raison , rapprocher de l’espèce humaine les Perroquets; car les gestes i du singe ne sont qu’un langage naturel qui, le plus souvent, naît des besoins de l’animal, tandis que la parole est une traduction de la pensée, et restera toujours comme le cachet de cette puissance intellectuelle qui réside dans le cerveau de l’homme. Aussi , combien grande a dû être la surprise des habitans du nouveau et de l’ancien continent , quand, pour la première fois , leurs propres paroles furent articulées avec la plus grande vérité , et souvent même accompagnées d’un rire moqueur que répétait au loin l’écho des forêts.

Toutefois , nous ne prétendons pas dire que la voix articulée du Perroquet, indique chez lui une intelligence supérieure: non sans doute , et nous convenons même que cet oiseau n’attache aucune signification aux mots qu’il prononce. Nous trouvons un exemple remarquable du langage des Perroquets au sein même de nos familles, chez nos tout jeunes enfans ; celui qui est doué d’une mémoire plus heureuse que ses frères ou ses sœurs , retient et articule quantité de mots dont il ne peut nous expliquer le sens, et si le hasard veut qu’il ! en fasse une heureuse application , c’est alors qu’un sourire plein de bonheur et d’espoir vient effleurer les lèvres de sa mère qui , pour ré- ! compense , le couvre de baisers. Déjà cette tendre mère a deviné dans i son fils un éloquent orateur , un grand général , ou bien un artiste à | l’imagination brillante , à lame toute de feu et de poésie , tandis qu’en réalité ce n’est qu’un jeune et joli petit perroquet.

En résumé , nous pensons que les instrumens propres à la production de la voix articulée , ont chez le Perroquet un degré de perfection qui manque chez beaucoup d’autres oiseaux; mais que cette perl fection dans les instrumens , n’est pas la seule condition nécessaire pour que l’oiseau puisse articuler des mots , qu’il faut encore quelque

chose de plus , et que ce quelque chose qui donne à l’oiseau la facilité si grande de retenir les sons qui viennent frapper son ouïe délicate , a son siège dans une partie déterminée du cerveau.

C’est en dire assez , pour laisser entrevoir notre tendance à la localisation des facultés cérébrales, et ce qui vient étayer jusqu’à un certain point notre opinion , c’est que le cerveau des Perroquets est plus perfectionné , que les lobes antérieurs de ses hémisphères sont plus prolongés que dans les rapaces. Leur encéphale est plus large et plus aplati que long. Mais terminons ici une discussion déjà trop longue peut-être pour certaines personnes , discussion que du reste ne comporte guère le cadre étroit que nous avons été obligé de nous tracer en écrivant cet ouvrage. La question relative à la voix articulée des Perroquets a été traitée par Buffon, avec ce talent de haute philosophie qui distingue ce peintre sublime de la nature. Nous y renvoyons nos lecteurs , pour passer de suite à l’étude des caractères distinctifs du genre perroquet, dont nous terminerons l’histoire en disant quelques mots de leurs mœurs et de leurs habitudes.

Les Perroquets rangés parmi les Grimpeurs, et de la tribu des Zygodactiles , ont un bec gros , fort et dur , comprimé par les côtés , à bord tranchant , convexe dessus et dessous ; la mendibule supérieure , crochue et aiguë vers le bout , emboîte l’inférieure qui est arrondie et retroussée. Cette dernière est fixe , tandis que la mendibule supérieure est très mobile. Les pâtes sont composées de deux doigts antérieurs à moitié réunis ; le doigt interne est toujours tourné en arrière avec le pouce. Les trois premières pennes de l’aile sont à peu près égales et les plus longues de toutes. La langue est épaisse, charnue et arrondie. Le larynx assez compliqué, est garni de chaque côté de trois muscles propres. C’est sans doute à cette structure de la langue et à cette perfection dans l’appareil vocal , que nous devons attribuer la grande facilité qu’ont les perroquets d’imiter la voix humaine.

Les Perroquets étaient peu connus des anciens, et les premiers que l’on vit en Europe furent envoyés par Alexandre , pendant son expédition dans les Indes. La Perruche désignée aujourd'hui sous le nom de grande Perruche à collier, fut d’abord la seule espèce connue des Grecs et des Romains. « La beauté de ces oiseaux , dit Buf- « fon , et leur talent d’imiter la parole , en firent bientôt un objet de « luxe chez les Romains. Le sévère Caton leur en a fait un reproche.

« Ils logeaient cet oiseau dans des cages d’argent , d’écaille et d’i- « voire ; et le prix d’un Perroquet fut quelquefois plus grand chez « eux que celui d’un esclave ». Les Perroquets se trouvent répandus dans l’ancien et le nouveau continent. 11 y a des îles où ces oiseaux sont en si grande quantité, qu’elles ont reçu le nom d’Iles des Perroquets.

La durée moyenne de la vie chez les Perroquets, est de quarante ans. Vieillot dit en avoir vu un âgé de quatre-vingts ans. On a donné le nom de Perroquets tapirés à ceux dont le plumage est comme panaché. Cette bigarrure de plumage doit plutôt tenir à la complexion de chaque individu qui , dans cette circonstance , est faible et délicate , qu’à l’infusion avec du sang d’une grenouille d’arbre qu’on prétend que font les habitans de ces contrées dans les pores de la peau de l’animal, après lui avoir arraché quelques plumes. Ce dernier fait nous paraît entièrement faux , et n’a pour lui que le mérite du fabuleux. Les Perroquets font leur nid dans des trous d’arbre, et quelquefois dans des trous de rocher. Quelques espèces , diton , les composent avec des rameaux et des petites branches entrelacées, et les suspendent au bout des branches d’arbres. Les auteurs ne sont pas tous du même avis sur ce dernier point. La ponte est communément de deux œufs ; elle se répète deux fois par an. La femelle couve seule , du moins dans un grand nombre d’espèces. Le mâle est chargé d’aller chercher les provisions , ce dont il s’acquitte du reste avec la plus grande assiduité. Les Perroquets sont des oiseaux éminemment destructeurs. On les voit s’abattre par bandes au milieu des vergers et des champs de maïs où fs font le désespoir des Ois. Ex. 8° Liv.

pauvres cultivateurs nègres. On parvient quelquefois aies faire tomber seulement étourdis , en leur lançant des flèches dont l’extrémité est couverte d’un bourrelet de coton. Quelques Indiens les prennent encore aux lacets : pour cela , ils se cachent dans des cabanes construites avec des branchages et placées au pied des arbres. Ils ont de longues perches , à l’extrémité desquelles sont attachés des nœuds coulans. Les Perroquets arrivent souvent en bandes , aux cris d’un Perroquet privé qu’on a soin de tenir caché dans la petite cabane , et c’est alors qu’on les saisit par le cou. Cette chasse ressemble beaucoup, comme on peut le voir, à celle que nous appelons en France , chasse à la pipée ; avec cette seule différence , qu’au lieu de lacets , nous nous servons de gluaux , c’est-à-dire , de petites tiges de bois enduites de glue , que l’on dispose çà et là sur les branches des principaux arbres qui entourent la cabane. On peut quelquefois s’emparer des Perroquets en faisant brûler certaines plantes aux pieds des arbres sur lesquels ils sont juchés. La fumée les enivre et les force à tomber. Lorsqu’on veut corriger les Perroquets de leurs cris trop rauques et trop importuns , on leur donne ce que les Indiens appellent des camouflets. Ce sont des bouffées de tabac qu’ils leur envoient dans le visage.

Les Perroquets font leur nourriture habituelle de baies et de fruits qu’ils di lacèrent avant de les avaler. Ils ont soin de dépouiller de leur péricarpe les amandes, les graines et les pépins. Les fruits du bananier, la baie du café , les fruits du palmier , la muscade et les graines du carthame, sont pour eux des mets délicieux. Une fois en domesticité, ils vivent indifféremment de tout ce que nous mangeons.

La viande, le poisson et le sucre en particulier, peuvent leur être présentés comme nourriture : ils s’en accommodent volontiers. Il faut bien se garder de leur donner des amandes amères dont ils paraissent être très friands ; car leur mort serait presque certaine. Ils ne mangent pas de suite ce qu’on leur offre , et montrent surtout beaucoup de circonspection quand c’est un mets dont ils n’ont pas encore goûté. Les Perroquets sont sujets au mal caduc , maladie fort grave et fort

dangereuse pour eux , et qui est caractérisée par des espèces d’accès épileptiformes. Le remède à opposer à cette affection, consiste à saigner l’oiseau à la pâte. La femelle des Perroquets apprend tout aussi bien à chanter que le mâle ; mais de même que dans l’espèce humaine , où l’activité des facultés intellectuelles va en décroissant à mesure que le principe vital vient à s’user, on trouve les vieux Perroquets indociles aux leçons qu’on veut leur donner, et il est très rare qu’on puisse parvenir à leur apprendre à parler. Non seulement ces oiseaux , en vivant parmi nous , se font à nos goûts et à nos habitudes , mais on les voit souvent manifester plusieurs sentimens propres à l’espèce humaine, tels que l’amitié, la jalousie et la haine.

La famille des psittacidés comprend un grand nombre de genres. Nous nous bornerons à partager le genre Perroquet en quatre groupes : les Aras , les Kakatoès , les Perruches et les Perroquets proprement dits.

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