CHAPITRE XVI
Proprietés Cconomiques des Orangers |
ARTICLE PREMIER
Du Bois et des Plants d’Orangers.
E; propriétés économiques des diverses espèces et variétés d’orangers se composent du bois, des feuilles, des fleurs et des fruits.
L’oranger dont la tige atteint dans le midi de l'Europe de huit è neuf mètres d'élévation sur six è huit de circonférence, offre un bois plus ou moins compacte
suivant les espèces, d’un tissu plus ou moins serré, è grain fin, très-dur, sus-
ceptible d’un beau soli. d'une couleur blanchàtre ou ‘aunàtre léeèrement veinée F poll, S ’
d'une odeur agréable ; on s'en sert pour faire de petits menbles, des mesures, et
principalement pour la marqueterie : mais depuis que l Amérique fournit nombre
de belles qualités de bois propre è l’ébénisterie, on néglige un peu trop d’y
employer le bois de l’oranger. Les Romains faisaient un cas particulier de celui de
Vespèce du cedratier. Pline (1) assure qu'il y avait des riches si prodigues, qu'ils
payaient des sommes énormes pour des tables de citronnier du Mont-Atlas en Afrique ; on voit dans Martial qu'une table d'or coùtait moins de son temps qu’une table de citronnier, Aurea qui delerat dùm minore dubit. On tronve le méme fait dans Pétronne, qui assure que les Assyriens étaient tot tonnés de recevoir tant d'or pour des planches de ce bois propre è faire des tables. Il serait à souhaiter quon pari int, au moyen de quelques agens chimiques, è relever la couleur naturelle de ce bois, et à lui donner une teinte plus éclatante.
Le bois du limonier, regardé comme incorruptible , est aussi dur, è fibres aussi serrées et aussi pliant que le précédent; sa coulenr est plus pàle , il jaunit en vieillissant; il est aujourd’'hui également peu employé dans les arts , attendu que
(1) Pline, liv. 13, chap. 15. Hist. Natur.
nn
358 HISTOIRE NATURELLE les gros pieds bien sains sont assez rares ; on s'en seri pour emmancher des instrumens d’agriculture.
Celui du bigaradier est préféré par les ébenistes à celui de l’oranger proprement
dit, non par rappori è leur teinte, qui est à-peu-près égale, mais parce qu'il présente un tissu plus dense et plus serré. Selon Herrera, les travaux de marqueterie faits avec le bois d'oranger durent très-long-temps.
Le bois du bergamotier, malgré qu'il répande une bonne odeur, ainsi que celui des autres espèces et variétés d’orangers, sont rarement mis en usage; on en fait cependant de très-jolies boites et d'autres petits ouvrages de goùt qui réunissent à leur élégance le parfum délicieux qu'ils ne cessent continuellement d’exhaler.
Nous avons vu que l’oranger, recherché de tous les temps par sa beauté et ses propriéiés, est devenu sur les bords de la Méditerranée une des branches les plus importantes en agriculture depuis que les arts et le luxe ont avancé la civilisation en Europe. Le commerce de ces arbres remonte aux temps les plus anciens; mais sur notre continent ce n'est que depuis le onziéme siècle qu'on en a propagé la culture de tous les còtés : si l'on en croit Hugues Falcande, Nicolas Specialis et Blondius Flavus, l’oranger était, vers ces temps, un objet de luxe et d’agrément dans les royaumes de Naples et de Sicile : on sait les rapports politiques qui unissaient ces maisons royales avec Nice (1). L’heureuse position de cette ville, située au pied d’un tertre isolé sur les bords de la mer, entourée d’un triple rang de montagnes qui la circondent de tout còté, jointe è la douceur de son climat, dut engager les habitans de cette contrée, à la première apparition de cet arbre , à diriger leur vue sur sa culture , puisqu'on trouve dans l’ Histoire du Dauphiné que le Dauphin Humbert, lors de son passage dans cette ville en 1336, acheta 20 pieds de ces arbres, preuve incontestable de leur propagation è cette époque entre la France et lItalie ; mais les Vénitiens et les Gènois furent pendant long-temps les senls peuples qui faisalent un commerce étendu sur ces arbres; ces derniers principalement trouvaient dans la culture de l’oranger le moyen d’encourager leur agriculture et de nourrir leur commerce par la consommation des produits des orangers. La ville de Nervi, célèbre par ses pépinières , pourvoit depuis bien long-temps une partie des plants pour les orangeries d'Europe ; les pépinières de
Nice foarnissent maintenant è tout le midi de la France, è une partie des serres
(1) Gioffr. Istor. delle Alp. Mar. M.t0, T.I.
d’Allemagne et d’Angleterre , des pieds dont la valeur est celle que nous allons
indiquer.
Fr. Cent.
bed DE 0 ene would DI Dequalro, ali ORANGERS Deng... . i 50 È deu eni greffés en plusieurs Vanckes <Desnois ss 2) becng gni 5 bo Defdencians ana » 25 iu. ma o ra i » 75
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2 Bo
e q uatre.
airement le prix des arbres greffés de cinq sols par pied, et
On diminue ordin en prend au-dessus de cinquante. Les plants
quelquefois davantage , quand on 0,020-0, 030 de diamètre environ sur 0, 500 de longueur; ceux
pour espalier ont È les arbres (Gai plein air uu métre d- peu- pré Si
en contre-espalier en ont 0,300, €
La caisse contenant six è huit arbres cotte deux francs pour emballage , deux sols
par pied.
E #9 è SS see IRR a Sa IRA REESE TA AES 7 Une des méthodes que j'ai trouvée la meilleure pour expédier ces arbres avec
le
N 2 ica Se fadgre Ch ce nNiefis vicour rois A quatre ans toute surete, consiste a faire choix des pieds VIgoureux de trois a quatre ANS,
auxquels on coupe avec des ciseaux quelques racines superieures, en diminuant
toujours vers le bas, de manière è donner è leur ensemble la forme d’un còne jour:
È, ti FI a Ar nti NE.
renversé : on enveloppe alors ses racines avec du callitriche qu'on a r tiré de l'eau
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a È & Ra E LI et mis è sécher depuis vingi-quatre heures; on les place dans les calsses, qu'on a soin de garnir de mousse, de fourrage, ensuite d’une toile grossière; de cette
(è Ai ; ar les :c les blns €l ; maniere on I DI les CXxp »édier sans aucun risque pour les pays les pius éloigné S.
Plusieurs autres méthodes sont employées par les pépiniéri du midi de
vi»)
eni 3 i 4 È 1. È IO RO 3 ne lajece sfaphéee Europe pour envoyer les plants d’orangers dans le nord : les uns ui attachée aux racines une quantité de terre en les enlevant de la pépinière ; les autres les
; 1a . 2 SERIE SI envelop jpent avec de la mousse et de la pai Ile; enfin, il y en a aussi qui les trans
portent avec les racines nues . On ne peut assurer que [ous ces moyens solent
susceptibles de résister aux inconvéniens d’un long voyage. Nous avons déjà fait
remarquer dans l’article transplantation è demeure, les moyens pour étre expose le moins possible au danger d'un mauvais choix dans les plants ; nous ajouterons ici que beaucoup d’orangistes préfèrent ceux è racines découvertes, parce que ceux enveloppés dans des mottes, qui souvent méme ne sont pas naturelles ,
Ò s , . / î; IEBEA UE) pra peuvent avoir leurs racines écarttes, déchirces, et étre entourées d'une terre
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desséchée qui les comprime; en achetant de tels sujets on n’en apercoit pas les
defauts, et encore moins si on les plante avec ceite motte : il y aura donc moins
3 . ci - s 2. % 5 È CIRIARSO de risque à prendre ceux qui ont leurs racines à découvert. Dans le choix il faut
préférer les pieds qui ont deux bons écussons, par les raisons que nous en avons deduit plus haut; les tiges doivent étre bien droites , les branches fraîches , cassantes, non flexibles et fances ; il faut qwelles soient couvertes d’une écorce pleine, vive, d’an vert grisàtre.
ai
Ces jeunes arbres, encaissés depuis i... sont ordinairement desséchés;
pour les ranimer, il faudra les mettre jusqu'à moitié dans l'eau ou dans la solution dont nous avons parle, dans i il faut les laisser pendant deux ou trois jours; ensuite nettoyer les racines de la moisissure, retrancher celles rompues ou meurtries , les laisser essuyer avant de les mettre en terre , couper les branches à deux décimètres environ de la tige avant de les mettre dans les pots ou caisses avec une bonne terre grasse, légère, spongicuse, comme nous l’avons indiqué plus haut. Sous le climat de Paris on plongera ces vases dans une couche de l'année
|? RIA ESSI PETE PET APFPAGAaRrS ci L na 3 d’une coaaieur imoderee s On arrosera légè ‘rement pour affermir la terre autour des
racines, et l'on répétera les arrosemens aussi souvent que la saison l’exigera, en les garantissant de la trop grande ardeur du soleil. Si dans le mois de juin ces jeunes plants ont poussé des rejetons vigoureux, il faudra dés-lors les arréter pour les aider è se former une belle téte, et surtout leur donner beaucoup d'’air, les mettre à une exposition chaude , mais à l’abri du soleil, et encore plus des vents froids : il sera è propos de les rentrer de bonne heure dans l’orangerie, de les placer dans l’endroit le plus chaud du còté des fenétres, les arroser bien légèrement, et ne discontinuer que dans le temps humide et pendant celui des gelées.
En considérant les arbres d’oranger sous le rapport d’ornement et d’agrément, on peut destiner les bigaradiers et l’oranger proprement dits, pour garnir les jardins et embellir les grandes allées; les chinois et toutes les variétés à feuilles panachées peuvent servir à faire des rondeaux, ou placés dans des vases pour orner les avenues des grands appartemens ; les limetiers et les mellaroses seront disposés en symétrie, et intercalés avec les bigaradiers; les bergamotiers et les pompelmouses pourront servir à construire des espèces de berceaux ; les cédratiers et les limoniers seront toujours placés en espalier. Enfin, par le mélange des différentes variétés et par leur distribution bien ménagée , on pourra obtenir des points de vue
très-agréables.
ARTICLE AL Des Feuilles et de leur utilité.
Les feuilles des différentes espèces d'orangers sont non-seulement utiles sous le rapport de la médecine, mais encore sous celui de divers arts économiques.
Ces feuilles, infusées dans l'eau, donnent une teinture verdàtre légèrement amère et odorante ; digérées dans un alcohol de 32 degrés, on en retire une espèce de résine végétale verte; en les distillant, elles rendent une eau aromatique et une huile essentielle connue dans le commerce sous le nom de Petit grain. Enfin, par incinération, elles produisent différens sels neutres.
Selon Pline et Athénée, les feuilles du cédratier ou citronnier servaient chez les Mèdes et è Rome pour parfumer les habits et les garantir des ravages des teignes; tout porte è croire que les anciens se servaient de ces feuilles pour répandre une bonne odeur et parfumer leurs habits. Nerio dit qu'on appelait un de ces
vétemens parfumés cizrosus. AÀpicius affirme que les feuilles du eédratier
"ne
aient è faire du vin rosat (1). De nos temps ces feuilles sont employées à-peu-
serv près aux mèmes usages; on Sen sert pour parfumer le linge et empéècher les insectes de s°y introduire.
Dans les pays où le cédratier et le limonier forment la principale branche de culture, on distille les feuilles de ces arbres pour en retirer l’huile essentielle : quelques distillateurs mélent cette essence avec une certaine quantité de fleurs d’orange ou de bigarade , la distillent de nouveau sur ces fleurs ; l’essence qui résulte d'un pareil mélange ressemble d’abord è celle qu'on retire des fleurs du bigaradier, mais elle en prend bientòt l’arome. Cette essence, ainsi falsifife, est toujours louche, trouble , farineuse au commencement, et ne devient limpide quen vieillissant. La chirurgie tire également parti des feuilles du limonier ; on les applique sonvent sur les cautères volans.
De toutes les feuilles du genre oranger, celles qui doivent étre préférées, sont celles du bigaradier ou orange è suc acide amer. Les feuilles froissées entre les doigts répandent une odeur fort agréable; infusées dans l'eau, elles lui communiquent une légère teinte verdàtre d'un goùt légèrement amer : cette infusion est employée par quelques praticiens comme antispasmodique.; ils la recommandent également aux personnes flegmatiques qui sont attaquées du scorbut. Ces mémes feuilles, séchées è l’ombre et pulvérisées, passent pour un spécifique contre l’épilepsie; on en fait méme des envois considérables dans le Nord pour servir à des boissons théiformes. Cent kilogrammes de ces feuilles, coupées et hachées, mises dans une cucurbite avec son poids égal d'eau, donnent par la distillation cinquante kilogrammes d'une eau amère aromatique, connue en Languedoc sous le nom d’eau de Naphore, aqua Napha ; on en retire par la mème opération une huile essentielle, dite Peziz graiz, de meilleure qualité que celle provenant de toutes les autres espèces et variétés. Les feuilles du bigaradier sont toujours recherchées dans le commerce; elles coùtent de 18 à 20 fr. les cent kilogrammes.
Les feuilles de l’oranger proprement dit servent aux mémes usages que les précédentes, quoiqu'elles ne possèdent pas à un degré égal les mémes qualités; on en fait des infusions théiformes que les personnes à système nerveux trèsdélicat trouvent utiles et agréables.
L'époque où les feuilles de l’oranger renferment une plus grande quantité «d’huile essentielle dans leur vésicule, est le mois d’avril dans le midi de l'Europe,
(1) Apic. liv. 1, ch. 4.
c'est-à-dire un mois environ avant leur floraison; c'est alors qu'on les distille, mème dans les pays où cet arbre est cultivé en serre, et l'on donne è l'eau saturée de cette faible essence le nom d’eau de feuille, qu'on fait boire aux enfans contre les vers.
Les feuilles du bergamotier, du limetier, ainsi que toutes celles des autres espèces et variétés d’orangers, è quelques différences près, contiennent toutes les mémes principes, qu'on peut retirer par les procédés dont nous venons de faire mention.
Dans les îles on forme avec les branches et les feuilles entrelacces de plusieurs
variétés d’orangers des haies impénétrables.
ARTICLE III
Des Fleurs et de leurs emplois.
Il fior d’Arancio d'ogni fiore è il Re (1). Ces fleurs sont non-seulement inappréciables, par la suavité de leur arome, mais encore par l’efficacité de leurs propriétés cordiales , céphaliques, vermifuges ; les pharmaciens les convertissent en conserves, en tablettes, en teintures; les liquoristes en aromatisent des sirops, des ratafias et des liqueurs; les parfumeurs en composent des pommades , des poudres, des huiles, des extraits; les confiseurs en font des gàteaux, des pralines et différens bombons; plusieurs négocians les mettent dans des tonneaux par stratification avec du muriate de soude, et les expédient dans cet état vers le nord; par la distillation, on en retire une eau aromatique, une huile essen tielle, moins acre que celle des feuilles, pénétrante, d'un parfum trés-agréable, connue sous le nom de Neroli, laquelle entre dans un si grand nombre de préparations. Si on les laisse putréfier après quelles ont été distillées, clles forment un fumier des plus chauds, d’une odeur des plus fétides.
Les fleurs du cédratier, du limonier , du bergamotier, du limetier, ete., ne sont point employées dans le midi de l'Europe; d’ailleurs, elles ne donneraient qu’une eau fade, très-peu aromatique, sans aucune Vertu.
Dès le temps d’Avicenne, on combinait déjà les principes aromatiques des fleurs du bigaradier avec l'eau par le moyen de la distillation. Cette eau porie aujourd’'hui les noms d'eau de bigarade amère, d’eau de fleurs d’orange double,
triple, quadruple, et forme une branche de commerce pour les distillateurs du
ee sese
(1) Allaman. N. 4 et 5, pag. 197.
264 HISTOIRE NATURELLE midi de l'Europe. On connaît plusieurs procédés pour la préparation de cette cau; celui que l’expérience nous a prouvé ètre préférable, consiste, par un temps sec, à faire cueillir les fleurs dans leur entier épanouissement avant ou après le lever du soleil, lorsque la rosée a totalement disparu, à les mettre dans une cucurbite avec leur poids égal d’eau ; en les distillant avec soin, on obtient une eau d'une odeur suave et d'une amertume fort agréable ; ses vertus cordiales, céphaliques et vermi fuges, ainsi que ses qualités antispasmodiques et aromatiques, sont trop connues pour que nous les rappellions ici. Ordinairement cent kilogrammes de fleurs récemment cueillies et distillées de suite, donnent quarante kilogrammes d’eau double, dix de simple, et six è sept décagrammes d’huile essentielle d'un goùt très-amer, piquant, d'un parfum suave , d’une couleur dorée qui passe en vieillissant è un ronge clair. Cette essence est la plus estimée de toutes celles du genre citrus; elle entre dans un nombre infini de préparations de parfumerie ; les caractères qui servent à distinguer cette essence de celle qui se trouve frelatée dans le commerce, sont une odeur suave et aromatique qui rappelle l’odeur naturelle de la fleur.,
On se sert du méme procédé pour l’eau qu'on extrait des fleurs de l’oranger proprement dit; et lorsqu’on vent en avoir d’une qualité supérieure, on la redistille sur un quart d'autres fleurs nouvellement cucillies, Cent kilogrammes de fleurs d’orangers ne donnent que trois à quatre décagrammes d’huile essentielle ou neroli, qui est un peu plus clair, moins dense que celui de la bigarade , d'une odeur plus faible, et qui se rapproche tant soit peu de l’odeur de canelle. L’eau distillée est beaucoup plus agréable , moins amère que celle de bigarade , laquelle est toujours préférée pour les parfums et les assalsonnemens.
Aussitòt que les fleurs sont cueillies, on doit le moins possible en retarder la distillation pour obtenir une eau qui réunisse toutes les qualités requises. Lorsqu'on est forcé de les faire voyager et de ne les distiller que vingt heures après, comme les distillateurs de Grasse, qui sont obligés de les acheter à Nice, il en résulte qu'on peut à la vérité obtenir une plus grande quantité d’huile essentielle, mais l’eau est toujours d’une qualité médiocre , et court risque de contracter un goùt de fermentation que l’on modère en la mélant avec de l’eau de feuilles. Il est d’autant plus facile que l’eau acquière cette qualité , que les fleurs d’oranger commencent à se décomposer quinze heures environ après qu'elles ont été cueillies.
Les fleurs des collines donnent beaucoup plus d’huile essentielle que celles des
plaines ; leur parfum est également beaucoup plus délicat. Celles du bigaradier
chinois, distillées, donnent une eau légère d’une amertune agréable, qui a de l’affinité avec celle de l’orange et de la bigarade; leur huile essentielle est limpide, se dissout dans un alcohol de trente-quatre degrés; son odeur est moins piquante et aussi suave que celle de la bigarade. On en donne, ainsi que des précédentes, une goutte avec du sucre aux enfants attaqués par les vers.
Nous n’entrerons point ici dans l’énumération des moyens qu'on emploie pour confectionner toutes les préparations où la fleur de l’oranger sert de base; il nous suffit de les avoir indiquées et d’avoir fait connaître son utilité et les différens avantages que l’industrie sait en retirer : de plus amples détails appartenant exclusivement aux arts qui mettent en ceuvre cette matière première, seraient
deéplacés dans cet ouvrage.
ARTICLE IV
Des Fruits, de leurs usages et des méthodes pour les confire.
Dans plusieurs iles et divers cantons de la Méditerranée, les fruits de l’oranger tiennent aujourd'hui un des premiers rangs dans la balance de la prospérité publique de ces contrées. De tous les fruits de ce genre, celui dont le commerce remonte aux temps les plus anciens, c'est le cédrat ou citron : son écorce, l’huile essentielle qu'elle contient, sa pulpe et ses graines, ont tour-à-tour été employées avec succès. Si l’on en croit l’historien Josephe, l’arbre kKadus dont les Hébreux portaient les fruits è la féte des tabernacles, n’était autre chose que le cédrat. Cet usage ancien de se présenter è la synagogue le jour des tabernacles avec un cédrat suspendu à des palmes (1), subsiste encore aujourd'hui parmi ces peuples qui paient le triple de leur valeur les fruits qui conservent leur pistil, qu'on appelle par cette raison pitima.
Théophraste, et après lui Pline, font mention des fruits du cédratier. Ce dernier nous apprend que ces fruits étaient apportés de Perse à Rome, où l’on den servait en médecine comme d'un contre-poison; du temps de Plutarque on commencait è les employer pour les desserts (2) : usage qui s'est conserve jusquà nous; et l'on prépare encore avec son écorce les confitures les plus délicates.
ilo nre cseo oe o iL...
(1) Voyez la lettre è Roland, insérée dans les dissertations sur les Médailles samaritaines , de Jean
Battà Otto, chanoine de Zurich, pag. 39-
(2) Plutarq. Quest. corv. liv. 16, chap. 567.
dratiers sont très-abondans, on retire de ces fruits un peu moins légère que
Dans les pays où les cé une huile essentielle limpide, d'un jaune verdàtre, dissoudre, méme dans un alcohol des plus rectifiés; a suavité de la rose. On peut obtenir cette ar zeste et par distillation.
celle des limons, difficile è elle joint è un arome swÈ genevis , l buile essentielle de trois manières, par expression, p fait choix d'un bon nombre de cédrats bien sains, on les rape
Par la première, on hermétiquement fermée pendant
jusqu’au blanc, on les met dans une bouteille vingi-quatre heures, on exprime ensuite sous une presse ces zestes rapés, et l’on obtient l'huile essentielle qu'on appelle quirzzesserce, dans laquelle on ajoute un peu d’alun; on laisse reposer jusqu'à ce que la liqueur soit parfaitement claire; alors on la soutire pour l’usage. Le second procédé consiste è couper la superficie de l’écorce des cédrats jusqu’au blanc, è placer cette écorce sur un entonnoir de verre auquel est adapté une bouteille; au bout de quelque temps l’huile essentielle tombe goutte à goutte qu'on renferme dans des flacons. On obtient l’huile essentielle par le troisiàme procédé, en rapant les fruits jusqu'à la moélle et les distillant avec de Peau. Cette huile, quoique bonne, est toujours inféricure en qualité à celle que l’on obtient par les procédés que nous avons indiqués ci-dessus.
Cette huile essentielle forme la base de l'eau aromatique de cédrat pour la toilette; elle entre dans la composition de l'eau des Alpes, de celle de Cologne, etc.; on l’emploie également en pharmacie pour faire des pastilles et différentes autres préparations.
Sur les bords de la Méditerranée, où se cultivent les cédratiers, les gens aisés font avec l’écorce de ces fruits une ‘excellente confiture en compotte. A cet effet, on coupe les cédrats sans les éplucher en quatre ou huit parties; on les fait blanchir, égoutter, et on les jette dans un sirop faiblement cuit; chaque vingiquatre heures on repasse au feu le sirop, et on le jette bouillant sur les fruits égouttés; on réitère cette opération pendant dix à douze jours; enfin, on fait cuire le sirop è la zappe, on place les cédrats dans des pots couverts de ce sirop, et on les conserve pour l’usage. Les mèmes écorces ainsi préparées, on peut les tirer au glacé, au candi, et servent de cette manière è un nombre infini de bombons et autres confitures. Si on veut préparer avec les fruits de cédrats de la marmelade, on fait blanchir les écorces après les avoir bien pilées et passées au tamis; on les met sur le feu avec son poids égal de beau sucre qu'on fait évaporer
jusqu'à consistance de miel; on en remplit des pots de fayence qu’on garde bien
DES ORANGERS. 267 couverts dans un endroit frais. Cette marmelade sert à faire des tourtes douces et autres gourmandises très-agréables. Les confiseurs, les maîtres-d’hòtel font avec ces fruits un nombre infini de bombons, les confisent è l’eau-de-vie, è la liqueur, et s'en servent pour plusieurs préparations délicates.
Dans les contrées où ces arbres ne sont pas abondans, on se contente de couper finement l’écorce des fruits, de saturer de son essence d’alcohol qu'on fait dans les compositions des liqueurs fines et des élixirs cordiaux. Les mémes écorces sont employées en pharmacie à la préparation d’un sirop et d’une eau distillée très-utiles, selon quelques praticiens, contre les fièvres malignes et pernicieuses.
Constantin César croit pouvoir conserver ces fruits en les mettant au milieu de l’orge. Charles Etienne observe qu'ils se conservent frais toute l'année, si on a le soin de les faire cueillir pendant la nuit entre deux lunes : d’autres croient que le meilleur moyen pour leur conservation, c'est de lui donner une couche de gypse. Dans le midi de l'Europe, on cueille ces fruits par un temps sec; on les laisse exposés à l’ombre pendant deux jours; ensuite on les enveloppe dans du papier gris, de l’étoupe, du coton; on les place dans des caisses pour ètre envoyés dans les pays les plus éloignés sans qu'ils s'altèrent.
Les fruits du cédratier et de toutes les variétés sont cordiaux, stomachiques, fortifians; pour prouver leurs qualités bienfaisantes, Z'azzara raconte qu’un roi d’Égypte ayant condamné deux misérables à mourir par la morsure des aspics et des vipères, il leur fut donné par une femme un de ces fruits qu’ils mangèrent : conduits au lieu du supplice, les morsures des reptiles ne furent point vénéneuses; ce fait ayant été rapporté au monarque, il ordonna qu'on fit manger è l’un d’eux seulement de ces fruits; conduits de nouveau au milieu de ces animaux, celui qui nen avait pas mangé mourut de suite, tandis que l’autre n’éprouva aucune incommodité. Depuis ce temps ces fruits furent mis en usage.
Virgile, dans ses Géorgiques, faisant mention des heureux effets que produit l’usage de la pomme de Médie, s'exprime ainsi :
Media fert tristes sucos tardumque suporem
SERA Animas et olentia Medi,
Ora fovent illo et senibus medicantur anhelis.
C'est ainsi que le célèbre Delisle a traduit les vers de Virgile :
Et son suc, du vieillard qui respire avec peine,
Raffermit les poumons et parfume l’haleine,
D'après Pline, les graines du cédratier servaient aux Parthes pour se parfamer la bouche : on les emploie à présent dans différentes compositions pharmaceutiques.
La culture des limoniers forme une branche d’industrie qui alimente le commerce d'un grand nombre de pays situés sur les bords de la Meéditerranée. Comme les arbres fleurissent depuis le commencement du printemps jusqu'à la fin de l’automne, on en cueille les fruits è diverses époques. Quelques fleurs prolifiques de la fin de l’hiver donnent les fruits qu'on nomme zeszassa, c'est-à-dire, placés à la téte du sommet des tiges. Ces limons ou citrons sont ordinairement irès-gros; leur écorce est fort épaisse : l’arbre qui en donne davantage est la variété du limonier-cerises, principalement quand il est situé sous les oliviers. Les limoniers qui fleurissent en mars et avril donnent leur fruit en octobre et novembre. Cette première récolte s'appelle prizzo fiore, première fleur : ces limons sont les plus estimés, les plus beaux, les plus succulens et se conservent plus leng-temps. La floraison qui a lieu en mai et juin ne donnent des fruits que dix mois après : cette seconde récolte se nomme secundo fiore , seconde fleur. Les fruits de cette floraison sont fort estimés, mais d’une qualité inférieure aux précédens. Dans les années où les premiers fruits manquent, ceux - ci sont beaucoup meilleurs qu'à l’ordinaire et peuvent les remplacer. Les fleurs de juillet et d’aoùt ne donnent des fruits qu’après l'année révolue : ils sont connus dans certains cantons sous le nom de verdar d’anstem. Leur couleur est d'un vert pàle, leur écorce épaisse, et ils contiennent peu de suc. Si après les pluies des mois de septembre et d’octobre il survient de belles journées, ces arbres jettent de nonvelles fleurs disposées en corymbe. Celles qui sont fécondes donneni des limons à écorce raboteuse très-épaisse, ayant peu de suc; on les nomme septerbrini, fruits du mois de septembre. Dans le midi de l'Europe on cueille les limons presqu’à chaque mois de l'année, lorsqu’on veut faire des expéditions; on les dépose dans des magasins sur un peu de paille; on choisit les meilleurs, qui doivent avoir 0,055 au moins de circonférence; on les enveloppe dans du papier brouillard et on les place dans des caisses qu'on arrange avec beaucoup d'art, pour qu’ils ne recoivent aucune secousse pendant le voyage. Ces caisses portent dans le commerce le nom de caisses flandrines , si elles renferment quatre cents fruits; de caisses Zyonnaises , si elles en contiennent cinq cents; enfin on appelle petites caisses celles dont trois renferment mille fruits qui n’ont ordinairement
que 0,050 de circonférence, On reconnait les limons de bonne qualité à leurs
poids, à leur odeur agréable, à leur teinte jaune pàle et à leur superficie glabre sans aucune tache.
L’écorce des limons contient beaucoup d’essence aromatique; on la retire comme celle des cédrats par zeste, par expression et par distillation. Celle qu'on obtient par la première voie est d’une couleur blanc verdàtre, limpide, trèslégère, d’un goùt piquant, amer un peu fade; elle se dissout dans un alcohol de trente-six degrés, se conserve long-temps; on la fait entrer dans la composition de l'eau des Carmes, de l’eau de Cologne, de plusieurs liqueurs de table, et est recommandée pour provoquer la sucur. Les parfumeurs en préparent des bombons, des pastilles dites è la goutte, des pommades, et plusieurs eaux et esprits de senteur pour la toilette. L’'huile essentielle qu'on obtient par expression est inférieure en qualité à la précédente ; mais infiniment meilleure que celle faite par distillation; laquelle est plus limpide , participe toujours de l’odeur d’empyreume, et passe au rance en vieillissant; on s'en sert pour òter les taches de graisse sur les étoffes. Les huiles essentielles des limons sont expédiées le plus souvent dans le Nord dans des vases de cuivre très-minces.
Plusieurs variétés de limonier à fruit è écorce épaisse, servent à préparer d’excellentes confitures; on en fait des compottes à tranche qu’on tire au candi, ou bien on en fait de la marmelade. La superficie de ces mémes écorces, finement coupées en rond, d’un diamétre de 0,015-0,020, confite au sucre, ensuite glacée, est connue dans le commerce sous le nom de zesze d’Italie : les personnes vaporeuses sen servent pour parfumer la bouche et fortifier l’estomac. Dans le midi de l'Europe on fait sécher les écorces de toutes les variétés de limons qu’on envoie dans le Nord, pour servir à différens usages. On les coupe par tranches en quatre ou huit parties, quelquefois en ruban, et méme on les vide entier, en enlevant seulement un petit cété du pétiole, pour pouvoir extraire la pulpe.
Le suc du limon est d’un blanc teinté de verdàtre, plus liquide que celui de l’orange, d’une saveur acide, légèrement piquante ; il est employé en médecine comme rafraîchissant. Matteus Sylvaticus, qui écrivait vers le milieu du troisième sitcle, le regarde comme un excellent remède contre les vers, et dit : Quadruplex itaque est substantia in limone sicut et in citro lima et citrangulo : est enim primo cortex supremus non tam citrinus quantum color citranguli , sed magis ad album declinans calidus , et siccus existens, quod manifeste demonstrat : sapor ipsius amarus est; et secundo medulla existens inter
supremum corticem; ct acetositatem ipsius alba, frigida, et est dura sto-
ATE Reni EI ro
Sol | ; prata DES ° Est et tertio acetositas ipsis multum acuta et multa acetositatis
macho. e # quam acetositatis horribilitatem fugiunt 4 Mes 4 # igi + exi: e multum. Est et quarto senier ipsius sicut semern citranguli calide et sicce » amarum... . Mulicres nostra Nicienses et Pedemontana dant hujusmodi acetositatem cum oleo puerit ejus contra vermes et juvantur (1) : usage qui s'est conservé jusqu'aujourd'hui dans la ville de Nice, où on le sia ila avec quelque suceès mélé avec du café, pour fixer les fièvres n simples. Le suc du limon aiguise l’appétit, arréte le vomissement, resiste a fivres malignes, guérit la galle, provoque les urines, dissout le calcul, enlève les taches d’encre du drap; on en fait un sirop que la médecine emploie avec succès; si on le distille, il est fort bon pour embellir le visage et faire disparaitre les taches, les rougeurs de la figure. Dans plusieurs endroits des bords de la Mediterranée, les femmes dissolvent avec le suc du limon la porcelaine, soris cyprea lurida, Lin.; en font une pommade dont elles se servent pour guérir les crevasses du mammelon; le suc du limon est en usage depuis le douzième siècle ; il sert de base è plusieurs boissons rafraichissantes, ete., etc, celle connue sous le nom de Zimzorade. Cette boisson parait avoir pris son origine chez les Orientaux; elle doit avoir passé en Italie vers le milieu du quatorzième siècle, et on ne l’a connue en France que sous le ministère du carninal Mazarin (2). Sur tous les coins des bords de la Meéditerranée où les limoniers sont cultivés en grand, on exprime ces fruits sous de grands pressoirs pour retirer le suc et l’essence de l’écorce; on en remplit des barriques qu'on envoie aux limonadiers du Nord; quelquefois après avoir enlevé l’écorce aux fruits, on en exprime le suc qui est employé dans les fabriques de teinture pour vivifier les couleurs de l’indigo et du carthame. Plusieurs particuliers du midi ont trouvé le secret de conserver les limons par le moyen du muriate de soude : ils parviennent ainsi è les garder pendant plusieurs années. M. l’abbé Sestini, dans ses lettres écrites de Sicile (3), rapporte que dans cette ìle, pour conserver les limons par le moyen du sel de cuisine, on les met dans des tonneaux en versant dessus de l’eau de mer qu'on renouvelle toutes les vingt-quatre heures pendant quarante jours; on
les sale ensuite, et on les expédie de cette manière dans les parties les plus reculées
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(1) Pand. Medic. Mat. Sylvat. fol. cxxv.
(2) Menage, Diction. Etymol.
(3) Lettere del abate Sestini, tomo quarto, p. 179.
du Nord. L’usage le plus ordinaire que l’on a toujours fait des limons, a été de les employer à assaisonner les mets. Cet usage existait en Palestine du temps de Jacques de Vitry : Surz alia arbores fructus acidos.... ex se procreantes quos appellant limones quorum succo in astate cùm carnibus et piscibus libentissime utuntur, eo quod sit frigidus , et eacicians palatulas et provoquans appetitum. (1). Hugues Falcande, Matteus Sylvaticus, Gallo, Mathioli, Tanara, Charles Etienne, Ferraris, Volcamerius, etc., en parlent de la méme manière.
Le suc du limon est un composé d'eau, de parenchyme, du mucilage, du muriate de potasse, de matière colorante, et de l’acide connu en chimie sous le nom d’acide citrique. La manière de préparer cet acide consiste è prendre du suc de limon parfaitement clair et filtré, è le saturer avec du carbonate de chaux bien blanc qui, étant insoluble dans l'eau, se précipitera au fond du vase; lavez ce précipité dans de l'eau très-pure; décomposez ensuite le citrate calcaire par lacide sulfurique très-étendu d’eau qui, ayant plus d’affinité avec la chaux que n’en a l’acide citrique, chassera ce dernier de sa base, à laquelle il s'unira. Il résultera du sulfate calcaire qui, étant insoluble dans l’eau, se précipitera également, L’acide citrique alors restera libre et viendra surnager le sulfate de chaux; lavez ce dernier è plusieurs reprises, jusqu'àè ce que l'eau ne contracte plus de caractère acide; réunissez alors les liqueurs et faites les évaporer è une douce chaleur, jusqu'è consistance de sirop peu cuit; placez alors votre vaisseau dans un lieu frais, et vous obtiendrez par le repos et le refroidissement l’acide citrique cristallisée; décantez la liqueur qui surnage et soumettez-là è une nouvelle évaporation pour obtenir l’acide citrique; dissolvez ensuite ces cristaux dans une suffisante quantité d'eau bouillante très-pure; filtrez la dissolution et faites-1à évaporer pour obtenir l’acide citrique parfaitement pur. Cet acide jouit des mémes propriétés que le suc des limons.
Les semences de ces fruits sont mises en usage par quelques agriculteurs pour avoir des limoniers sauvages qui durent plus long-temps que les autres variétés et résistent davantage aux intempéries du climat du midi de l'Europe : on extrait de ses semences une huile qu'on croit utile pour faire mourir les insectes qui rongent les cheveux.
Les bergamotiers sont peu cultivés dans le midi de la France et fort répandus dans plusieurs cantons de la Sicile : le grand mérite de leurs fruits est dans leur
écorce et l’huile essentielle qu'elle contient. =. 2991‘11‘1.. iti i’1..iic0alesi
(1) Hist. Orient. p. 170.
did
tcorces de bergamotes © Les écorces de Derg sont fort répandues dans Les parfumeurs en font un grand usage pour le corps de poudre en servent è faire des bombons et autres confitures
oupées en deux un peu avant leur maturité, et
SE le commerce, où elles servent à plusieurs séchées,
préparations.
de senteur; les confiseurs s
agréables qu'ils préparent enter Nous avons dit ailleurs que l’art est parvenu à mettre en aeuvre
es, en compotte ou en quartier ; on les tire au
glacé, au candi.
les gcorces sèches des bergamotes, dans un moule, on les convertit en boites, en bombonnières
lesquelles ramollies jusqu'à un certain point
dans l’eau, placées de différentes formes, qu'on relève de peintures brillantes assez agréables.
De tous les fruits de la famille des orangers, celui qui contient le plus d’huile
essentielle et en rend également davantage, c'est le bergamotier. Cette essence est
une des plus exquises, des plus su limpide, devient d'un jaune de paille en vieillissant : c'est celle de tous les oran-
qui perd le plus facilementi son arome, et la seule
aves, des plus agréables ; sa couleur est verdàtre,
gers qui est la plus pesante,
qui se dissolve dans un alcohol de vingt-huit degrés : une des propriétés de cette
huile essentielle, c'est de se conserver plus long-temps que toutes les autres, si
on a le soin de la changer souvent de flacon, pour qu'elle ne rancisse pas. La
| | meéthode qu’on emploie pour retirer cette essence, est celle dite par zesze, et l’on a toujours l’attention de prendre les fruits avant leur maturité. Dans plusieurs pays on extrait également cette essence de la manière suivante. Des hommes ou
| des femmes habitués à pareilles opérations, prennent d'une main un morceau i i d’écorce qu'ils compriment avec deux doigts; de l’autre main ils tiennent un | O morceau d’éponge fine avec laquelle on enlève à plusieurs reprises l’huile essen- | Wi il tielle ; lorsque l’éponge en est bien imbibée, on l’exprime dans un vase destiné à || la recevoir. L'huile essentielle obtenue par ce procédé est beaucoup meilleure et rend infiniment davantage que celle obtenue par distillation. L’abbé Sestini dit
if qu'en Sicile on extrait de cette manière l’huile essentielle des limons. L’essence de ili} bergamote est employée en médecine comme fortifiante et pour corriger l’odeur
de quelques médicamens magistraux; on la fait entrer dans presque toutes les
compositions de senteur; on en fait des pommades et plusieurs eaux spiritueuses
dl : pour la toilette.
ì Ì (I) Le suc de bergamote est peu employé; il craint plus le froid que celui du | LI: ! limon : ses semences servent aux mémes usages que celles du cédratier.
Les fruits de toutes les variétés du bergamotier mellarosa, donnent également
par zeste une huile essentielle des plus agréables et des plus delicates; elle se
dissout dans l’alcohol avec facilité, et sert pour la composition de différentes liqueurs et autres préparations de parfumerie. L’écorce de ces fruits, préparée comme celle des cédrats, donne une confiture délicieuse que plusieurs personnes préferent à cause de son agréable saveur et de son arome délicat.
Le limetier et ses variétés ne sont presque d’aucun usage dans la parfumerie : on retire cependant quelquefois de l’écorce de son fruit une huile essentielle volatile qu'on fait entrer dans quelques compositions de toilette et dans les liqueurs. Ces écorces séchées et pulvérisées servent également pour les différentes poudres de senteur; leur pulpe, d’un doux fade, se consomme dans les contrées où ces arbres sont cultivés : on en compose des glaces pendant l’été d’un parfum très-agréable.
Les pompelmouses sont en général cultivées en Europe plus par agrément que par utilité. Dans le Midi on propage pourtant depuis plusieurs années le pompelmouse pomme d’Adam, parce que ces fruits servent dans le pays è faire des confitures des plus agréables; leur parfum joint è la suavité de la bigarade celle de l’orange et de la limette; ils servent aux mémes usages que ceux-ci, avec la différence que la confiture en est plus exquise. Les graines de pomme d’Adam sont employées par quelques pépiniéristes pour avoir de beaux plants, sur lesquels on greffe toutes les variétés du genre qui, selon Tanara, poussent avec plus de facilité. Le petit groupe d’orangers connus sous le nom de péreztes, donnent également des confitures excellentes et très-parfumées; on les tire au glacé, au candi; on les confit en tranche, en compotte, pour les expédier dans le Nord.
Les fruits du bigaradier étaient connus et employés par les médecins arabes dès le commencement du quatrième siècle de l’hégire. Dans le midi de l'Europe, ces fruits è peine développés, qui tombent pendant les fortes chaleurs de l’été, sont ramassés avec soin, séchés è l’ombre, employés pour la teinture et pour les cautères. Les distillateurs en retiraient anciennement une huile aromatique qu'on employait pour les savonnettes, ete., mais qui était fort sujette è se rancir. À mesure que les bigarades avancent vers leur maturité, on les cueille, on les enveloppe dans du papier, on en remplit des caisses, des tonneaux qu'on envoie dans l’intérieur des terres. Le commerce de Nice en charge des bàtimens en carèéne pour les transporter dans le Languedoc, où l'on en fait une grande consommation.
Damasiène a donné dans son Arzidotaire la recette pour extraire l’huile essen-
HISTOIRE NATURELLE oleum de citrangula (1). Sur les bords de la pour retirer cette essence : on
ank tielle de ces fruits, quell nommait se sert de plusieurs moyens
yen d'un entonnoir moyen de la méme maniére que celle e consiste è avoir un grand uel est placé
Meéditerranée, on l’obtient par zeste , par le mo
lation. On se la procure par le premier rgamotes, ete. La seconde méthod
p fer blanc entouré de pointes, leq ette opération tourne légèrement tiennent l'essence
entouré de pointes et par distil-
des cédrats, des be
entonnoir en cuivre étamé ou € ne personne accoutumée è € ar ce moyen, les vésicules qui con ns la bouteille, et on la purifie ensuite essentielle des bigarades
à passer sur une rape de fer blanc les fruits, mbic et l'on distille selon l’usage.
es est limpide, d'un
sur une bouteille. U les fruits sur les pontes; P P'huile essentielle s'écoule da
étant crevées, us. Ceux qui veulent retirer l’huile
par les moyens conn par la distillation , commencent jusqu'à la moélle; on les met dans lala retirée par ces trois méthod fruits verts, elle se conserve
presque L'huile essentielle du bigaradier jaune verdàtre ; quand elle est préparée avec des alors long-temps sans se rancir; quand elle est falte a
et ne se conserve pas autant. Cette essenc
d’une couleur jaune doré pénétrante qui approche celle de l’orange , du limon et de la bergamote ; elle se ne infinité de prépa-
dissout dans un alcohol de trente-quatre degrés, et sert à U
s gouttes de cette huile sur du sucre parait étre les bonnes femmes du Midi donnent souvent e incommodité.
vec des fruits mùrs, elle est e a une odeur
rations de parfumerie. Quelque utile contre les spasmes et les vers :
à leurs enfans sans qu'ils éprouvent la moindr
Quand les fruits du bigaradier sont parvenus è leur dernier développement, on les coupe d’un pole à l’autre en deux, en quatre ou en six parties, on en sépare
l’écorce qu'on fait sécher et qu'on expédie dans les pays se à la préparation de la liqueur appelée curasow, on l’emploie également en médecine pour des es propres è dissoudre les humeurs et fortifier s des bombonnières, des
cet o/eo saccharum
ptentrionaux de l'Europe pour servir des élixirs stomachiques, des confitures; infusions et des teintures spiritueus : on prépare aussi avec ces écorces séchée inférieures en qualité aux mémes objets préparés avec la ert è faire différentes confitures; on ns la Provence
l’estomac boîtes, etc., beaucoup bergamote. L’écorce fraiche du bigaradier s
la prépare comme celle du cédrat au sec, au liquide, et méme da
au raisiné : elle jouit des mèmes avantages, comme tonique, pour l’estomac.
Plusieurs personnes en prépare la confiture dite zeste de la mème manière que
= EeEeEOEOgtz] zizifzÒÒb. We:
(1) Matt. Sylvat. fol. 58.
nous avons décrit celle du limon. Les cuisiniers emploient quelquefois cette écorce pour relever le goùt des mets.
Avicenne, qui mourut en 428 de l’hégire (1036-7 de J. C.), a été le premier à faire entrer le suc de la bigarade pour la confection de son sirop d’alkadère (1) et autres compositions pharmaceutiques. Ce suc n'est guère employé actuellement en Europe que pour relever le goùt des viandes et assaisonner les poissons pour aiguiser l’appétit. Quelques praticiens le recommandent dans les maladies inflammatoires, les fivres ardentes et putrides, etc. Les parfumeurs s'en servent dans leur pàte d’amendes pour nettoyer et adoucir la peau : on use également ce suc dans quelques fabriques de teinture. Dans plusieurs cantons de l'Italie meridionale, on coupe ces fruits transversalement en tranches fort minces qu'on met sur des charbons ardens; lorsqu'ls sont un peu cuits, on les condit avec de l’huile et du poivre pour les manger en salade. Les cultivateurs qui en font usage croyent cet aliment indispensable et très-utile contre lair des marais qu'ils sont forcés de respirer.
Les graines du bigaradier étaient employées du temps de Dumasiène è faire une huile :médicinale qu'on nommait oleum de citrangulum seminibus (2); maintenant elles ne sont mises en usage que pour la formation des pépinières.
Les fruits du chinettier que nous avons placés dans une petite tribu du bigaradier, sont employés à divers usages et principalement pour la confiture; ils sont cueillis verts; dans cet état placés dans des caisses qu'on expédie toutes les annces dans les grandes villes. Pour les confire il suffit d’enlever avec un canif la superficie de leur écorce, de les percer avec un bois pointu, et les mettre dans l'eau qu'on renouvelle chaque vingt-quatre heures pendant l’espace de cinq à six jours; on les blanchit ensuite au feu, et après les avoir fait égoutter on les jette dans le sirop qu'on a confectionné suivant les procédés ordinaires, selon qu'on veut les avoir secs, liquides, glacés ou candis. Ces fruits ainsi préparés forment une des confitures les plus agréables et les plus stomachiques.
Les oranges, depuis leur introduction en Europe, sont devenves d’une grande importance dans le commerce. Les petits fruits verts qui tombent pendant l’été sont ramassés, séchés avec soin pour servir aux mémes usages que ceux des
bigarades. A mesure que les oranges prennent toute leur croissance, elles sont
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(1) Avio. 1. 5, sun. 1, trat. 6.
(e) Matt. Sylvat. fol. 58.
ement en blocs ou par mille, à la caisse ou à la patronne. En les
vendues ordinair isl A cea 5) i
cueillant on a soin de choisir les plus grosses et les mieux nourries qu'on appelle
oranges belles; elles ont au moins 0,074 de circonférence; on les enveloppe
dans du et envovées dans le Nord sous le nom d’oranges en caisses flandrines. Celles
papier gris, arrangées dans des caisses au nombre de trois cent soixante de la seconde qualité, connues dans le commerce sous le nom de caisse, ont 0,068 au moins de circonférence ; on les expédie comme les précédentes au nombre de cinq cents fruits. La troisiéme qualité est nommée cazsse de menton ; les fruits n’ont que 0,061 de contour, et leur valeur est moindre qu’à celles cidessus, en raison de leur volume et de leur qualité. On appelle pazrorze de magasin les oranges qui sont un peu moins grosses, et pazronze de barque celles qui sont un peu inférieures à 0,059 de circonférence. Ces derniers fruits sont ordinairement entassés sur des bàtimens et transportés par mer dans tous les pays où ces arbres ne peuvent croitre. Enfin, les oranges de médiocre grosseur sont peu estimées; elles n’entrent point dans le commerce; mais on fait usage des écorces que l’on divise longitudinalement en quatre parties pour les détacher plus facilement de la pulpe, ou bien on les coupe en ruban; on les fait sécher pour les employer ensuite à différens usages.
Dans quelques endroits on a l’habitude de retirer l’huile essentielle des écorces par zeste, avant de les faire sécher; mais ces premières sont toujours préférées pour les arts qui les emploient.
L’huile essentielle retirée de l’écorce d’orange est d’un beau jaune doré, d’une odeur très-suave, inflammable, ne se dissolvant que dans un alcohol de trente-six degrés; on en fait une grande consommation pour les différentes préparations de parfumerie , et forme la base de l’eau connue sous le nom de portugal.
Les oranges parvenus à leur parfaite maturité ont un parfum délicieux; leur suc doux et sucré calme, rafraichit, tempère, adoucit les humeurs : on sait que leurs diverses propriétés les rendent utiles dans la médecine et dans les arts. A la Martinique, elles servent à désaltérer les nègres : on en fait manger aux chevaux qui s'en engraissent (1). Les pourvoyeurs. des fruits du midi de l'Europe, pour accélérer les envois d’oranges dans le nord, font cueillir ces fruits encore verts; on les place dans une chambre privée de toute lumière, où l’on met une
certaine quantité de pommes, dont l’odeur qui se dégage suffit pour faire TTT
(1) Nouv. Voy. aux îles d’Amér. p. 48.
changer en trois è quatre jours la couleur verte en jaunàtre pàle des oranges; on les enveloppe; quand ils sont dans les caisses, on les expédie de suite pour les pays les plus éloignés.
Le suc d’orange, exprimé, délayé dans l'eau et adouci encore avec le sucre, fait une boisson que l’on appelle communément orargeade; elle est très-agréable dans les grandes chaleurs, très-utile dans les fièvres et le scorbut. Ce mème suc mis en fermentation, distillé ensuite, donne une eau-de-vie excellente dont on retire un alcohol des plus forts, qui sert è la confection d’une liqueur dite d’orange; enfin on le fait servir è différens esprits de senteur pour la toilette.
On doit è M. Moreau de Saint-Méry le procédé pour faire un vin d'orange qui joint è des propriétés stomachiques le goùt le plus agréable. La meéthode dont on compose ce vin consiste è clarifier quarante livres de sucre terrò dans huit pots d’eau très-pure et former un sirop. On péle avec soin quarante belles oranges avec un couteau de bois, pour que le vin ne devienne pas trouble, dont on met la peau très-fine bouillir dans huit autres pots de la méme eau, jusqu'à ce quelle en soit chargée; on ajoute à cette eau, ainsi colorée par la décoction, huit autres pots de jus d’orange, ou è défaut quatre pots de celle-ci , et autant de jus d’oranges sures ou bigarades; ensuite on y méle le sirop produit par les quarante livres de sucre clarifié. Lorsque le tout est refroidi, on met la liqueur dans un baril proportionné dont on laisse la bonde ouverte, en ayant soin de conserver un peu de liqueur pour ovi/ler pendant les six semaines que le vin doit fermenter dans le baril. Ce terme expiré, on ferme la bonde que l’on glutine avec une terre grasse à laquelle on méle un peu de sel, puis on pose le baril dans un lieu frais; il y demeure ainsi pendant deux mois durant lesquels la liqueur se clarifie. Deux jours avant de mettre ce vin en bouteille, on y ajoute une poignée de fleurs d’orange, après quoi on le tire, on le bouche bien, en recouvrant le bouchon avec de la cire ou du bray. Le vin d’orange se conserve long-temps et saméliore meme quand on le garde; il supporte parfaitement le transport, mème par mer; en vieillissant il prend le goùt de la Malvoisie de Madère.
Les graines d’oranges servent è faire des pépinières qui, malgré qu'elles se développent lentement, récompensent doublement, parce que les plants qui en proviennent poussent vigoureusement, craignent moins intemperie de l’atmosphère et prennent avec plus de facilité dans leur transplaniation. On retire par
expression de ces graines une huile légère, inodore : quelques personnes les
torréfient pour les prendre en guise de café.
Dans le cours de cet ouvrage, on a vu que cet arbre a été considéré par nous
sous tous ses rapports : son histoire et sa physiologie nous ont d’abord occupés. De là, passant à la description des espèces et des différentes variétés qui composent cette grande famille, nous avons cru devoir le faire en suivant une nouvelle méthode plus propre pour introduire cet ordre et cette clarté si nécessaires dans toute sorte d’ouvrage, mais plus particulièrement encore dans ceux qui traitent des sciences naturelles, où la multiplicité des objets, quelquefois peu dissemblables entre eux, peut facilement amener la confusion dans les idées et conduire le lecteur è de faux résultats. Nos observations nous ont mis à mème de reconnaître que plusieurs espèces trés-distinctes avaient été confondues jusqu’è présent dans la foule des variétés, et qu'un grand nombre de ces dernières, présentées sous différens noms par les auteurs qui nous ont devancés, ne tenaient è la science que d’une manière indéterminée. Les différentes espèces que nous avons signalées comme telles, présentent des caractères intermédiaires qui remplissent les lacunes existantes jusqu'à nos jours dans la série de celles déjà connues, et donnent une nouvelle preuve de cette loi générale de la nature, qui lie les ètres les uns aux autres par des rapports non interrompus. L’utilité étant le but que nous nous sommes proposés dans notre travail, nous avons également réuni toutes les notions que nous avons pu nous procurer sur la culture, sur les maladies de l’oranger et sur les procédés que les arts mettent en usage pour tirer parti des productions et indiquer les avantages que le commerce sait en retirer. Heureux les climats privilégiés où la culture de cet arbre a pu ètre introduite! Leur continuelle verdure embellit ces régions, semble méme dans les saisons les plus rigoureuses y maintenir un printemps perpétuel. Si l'on réfléchit qu’ ces avantages d’agrément il réunit celui de l’utilité, on conviendra facilement que l’oranger est une des plus riches et des plus belles productions de la nature.