CHAPITRE XV
Maladies des Orangers ; leurs ennemis ; moyens curabifs.
ARTICLE PREMIER
Maladies causées par les phénomònes atmosphériques.
Crare partie de l’histoire des orangers est encore peu avancée, malgré les travaux des personnes estimables qui s'en sont occupées d'une manière particulire. Les principales causes qui contribuent aux maladies qui attaquent ces arbres, sont les divers phénomènes atmosphériques; plusieurs animaux, des plantes parasites, et la négligence ou l’inhabileté des cultivateurs.
Les phénomènes atmosphériques sont le froid, la neige, la blanche gelée, la gréle, les vents, la chaleur, la rosée, l’humidité et la sécheresse.
Toutes choses égales dans l’exposition et dans le sol, l’intensité du froid n’agit pas d’une manière uniforme sur toutes les espèces et variétés du genre oranger; quelques-uns, tels que les cédratiers, les limoniers, qui ont leur sève toujours en mouvement, sont plus sensibles au froid que les limetiers, les bergamottiers, les mellaroses et les pompelmouses, etc.; les orangers proprement dits et les bigaradiers paraissent étre ceux qui résistent davantage è cette intemperie. Les effets progressifs du froid se font également remarquer sur les diverses parties constituantes des arbres; la sommité des jeunes pousses est plus endommagée par le froid que les fleurs; la chute de celles-ci précède la désorganisation des fruits, qui est suivie elle-méme de celle des feuilles, des branches, de la tige et des racines. L’effet du froid varie également sur toutes les parties de ces végétaux. Les branches se crevassent, se courbent, brunissent; les feuilles se crispent, se roulent et se dessèchent; les fleurs noircissent et restent brùlées (1); les fruits perdent leur brillant, l’arome se dissipe, le suc disparait, deviennent amers, tombent et se putréfient quelques temps après; ou bien si le froid est moins intense ils gélent à moitié et restent attachés sur l’arbre jusqu'au printemps. = die —__.=-- —‘———__69___a
(1) Terme propre des agriculteurs.
Plusicurs froids rigoureux figurent dans les fastes des calamités de l'Europe; le plus désastreux du siècle dernier, fut celui de 1709, qui fit périr la presque totalité des plantations d’orangers alors existantes sur toute la còte de la Méditerrance; quelques pieds d’orangers, de bigaradiers et de cédratiers qui se trouvaient dans des expositions privilégices résistèrent è peine à ce fléau : on fut obligé de les couper jusqu'au collet de la racine, et de nouvelles tiges repoussèrent ensuite avec une vigueur extraordimaire. Dans ces mémes contrées, la mortalité de ces arbres ne fut pas aussi générale après la gelée de 1763, ni pendant l'hiver rigoureux de 1789, quoique le thermomètre de Réaumur fùt descendu è Nice à six degrés au- dessous du point de la congélation. Pendant le cours du mème siècle, plusieurs saisons très-rigoureuses se sont succédées è différentes époques ; les résultats n’en ont cependant point été bien funestes, et cet événement est dù à la réunion de plusieurs circonstances favorables, au nombre desquelles il faut mettre en première ligne le courant de l’air toujours dangereux en raison de sa force et de sa vitesse; l'’époque du froid et la disposition des arbres qui sont infiniment plus sujets è en recevoir les impressions dans le temps où la sève est en circulation, que lorsque la végetation est en plein repos.
On reconnaît les oranges gelées è leur teinte pàle et sans fraicheur, à leur peu d’odeur, è leur légèreté, è leur mollesse , è leurs vésicales sans suc et è leur goùt amer. L’action du froid, en arrètant la marche de la mature, donne lieu aux différens caractères que nous venons d’énoncer; tous dérivent de la méme cause; mais les lois chimiques qui donnent lieu è la manifestation de la plupart d’entre eux, sont encore autant de mystères qu'on voudrait vainement tenter de penétrer.
Pour réparer les dommages que l’intensité du froid occasionne è ces arbres, il faut avoir recours au fer, couper jusqu’au vif les parties sèches ou brùldes; par ce moyen on aura des rejetons vigoureux; si on doit couper la tige principale , les engrais chauds feront développer de nouveaux bourgeons qui, en croissant, ne tarderont pas è réparer les ravages causés par le froid.
La neige n'est pernicieuse è toutes les espèces d’orangers que quand elle est précédée de belles journées et suivie de temps secs et sereins. Dans ce cas, la méthode d’établir de distance en distance des petits tas de paille un peu humide auxquels on met le feu pour interposer la famée entre les rayons solaires et les arbres a été couronnée du plus heureux succès. Si après la chute de la neige,
l'atmosphère reste couverte ou seulement parsemée de gros nuages , quoique le
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248 HISTOIRE NATURELLE thermomttre soit au-dessous du point de la congélation, on ne doit rien craindre ni pour les fruits, ni pour les arbres : l’année 1811 nous en a fourni l’exemple.
Tous les désastres que la neige amène avec elle ne sont pas toujours causés par le froid; la quantité qui en tombe sur les arbres est encore plus dangereuse. Les dégàts du 'froid ne se montrent assez souvent que dans les sommets des bourgeons qui, herbacés et plus tendres que le reste, se fanent, périssent, et le mal ne sarréte que là où l’épaisseur de l’écorce et la consistance des tiges préservent les fluides séveux de son action; tandis que la masse de la neige accumulée sur ces arbres cause, par leffet seul de sa pesanteur, beaucoup plus de dommage en brisant en éclats ses tiges qui ne peuvent plus résister à son poids. Si après la chute de la neige le ciel s’éclaircit et devient serein, les jardiniers instruits ne manquent pas de la faire tomber peu à peu de dessus les arbres avant la nuit; car si elle se condensait par-dessus, le dommage qui en résulterait serait beaucoup plus considérable.
Dans la saison rigoureuse ‘il arrive souvent que les rosées abondantes sont quelquefois condensées en blanche gelée sur les fruits de l’oranger; si le froid qui survient au lever du jour.est trop fort, et que le soleil paraisse , les fruits gèlent à moitié, c'est-A-dire, tout le suc de la partie qui a été touchée par la blanche gelée disparaît, et les fibres qui tiennent au pédicule du fruit ne se détachent que bien du temps après; souvent méme ils ne se brisent pas, et les fruits conservent leur dureté et se dessèchent ensuite sur l’arbre. L'oeil est souvent trompé en voyant ces orangers après qu’ils ont été atteints par la blanche gelée. Aucun caractère ne se manifeste au dehors; mais si l’on coupe transversalement quelques fruits, on voit que le suc de la moitié des vésicules a disparu; ce qui prouve incontestablement l'action de la gelée.
Le froid, la neige, la blanche gelée causent beaucoup plus de ravage lorsqu’ils ont lieu è contre saison tandis que les arbres sont en sève, que lorsqu'ils arrivent par gradation; dans ce cas, les pores de l’arbre s’oblitèrent peu à peu, sa transpiration s'arréte, et dans cet état de repos, ils résistent mieux à ces différentes intempéries.
Quelques auteurs pensent que les arbres des pays chauds, dont la sève est toujours en mouvement et dont les bourgeons ne sont pas écailleux, ne peuvent pas supporter le point de la congélation. Cette opinion, quelque juste qu'elle puisse tre, ne nous paralt point applicable aux orangers, puisqu’une série
3 . ù E 3 d’observations nous a mis à méme d’avancer avec quelque certitude que les
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DES ORANGERS. 249 différentes espèces et variétés de cette famille ne manquent pas de végéter et de porter leurs fruits à maturité, quoiqu’elles aient éprouvé pendant plusieurs jours une température au-dessous de zéro du thermomètre de Réaumur. Cette assertion ne paraitra point hasardeuse, si l'on réfléchit que le degré seul de l’atmosphère ne suffit pas pour opérer la gelée, et qu'il faut une réunion de plusieurs circonstances, ainsi que nous l’avons observé ci-dessus.
Dans le midi de l'Europe quelques propriétaires ont soin de faire couvrir leurs pépinières pendant l’hiver avec des paillassons ou des tiges sèches de mais, pour garantir les jeunes sujets de tout accident.
La grèle défigure quelquefois les orangers et endommage beaucoup les fruits qui sont exposés à son contact : la meurtrissure qu'elle produit sur eux est quelquefois si dangereuse , qu'elle les fait passer peu de temps après à la fermentation putride.
Les vents agissent en général de deux manières sur les orangers; les uns par le degré de lenr température, les autres par leur force et leur impétuosité : les dommages qui peuvent résulter des uns et des autres, sont toujours dépendans de la situation et exposition des lieux. On congoit aisément qu'il est impossible de déterminer ceux qui sont le plus à craindre; car tel qui causera le plus grand ravage dans un canton, ne laissera aucune trace dans un autre. Les vents de nord, nord-ouest, d’ouest-nord-ouest, sont dans certains lieux les plus funestes par leur température. Dans d’autres, ce sont ceux de nord-nord-est, nord-est, d’est-nord-est, qui causent le plus de ravage. Ordinairement toutes les sommités
qui sont exposées à leur courant sont immédiatement desséchées. Les pieds mémes de quelques-uns, tel que le bigaradier è fruit cornu, è fruit sillonné, le limonier à fruit ray, etc., etc., se fendent longitudinalement, soit è cause de la contexture de leur bois, soit par l’effet de la dilatation des fluides intérieurs. Les vents qui par leur impétuosité endommagent les plantations d’orangers dans le midi de l'Europe, sont ceux de sud, sud-sud-ouest, et sud-sud-est suivant l’exposition des vallées. Tous ces vents arrivant par bouffées avec une force extraordinaire, brisent en éclat tous les arbres qui ne peuvent résister è leur force. Il n°y a pas d’autres moyens pour remédier è ces funestes accidens que de couper jusqu'au vif et au-dessus de l’eeil, toutes les branches sèches ou brisées, afin que les nouveaux bourgeons qui attirent la sève puissent cicatriser les plaies. La maladie appelée gore ou colle, est toujours causée par le passage subit
de la chaleur au froid. Les arbres tels que les limoniers, les cédratiers, dont la
sève est sans cesse élaborée par l’effet d’une continuelle végétation, y sont les plus sujets, et la moindre intensité du froid suffit pour faire refluer la matière de la transpiration dans la masse de la sève, laquelle, forcée de se faire un passage è travers l’écorce, laisse transsuder cette espèce de gomme d’une couleur jaune succin qui, en se solidifiant è l’air, devient friable, prend un goùt mucilagineux un peu amer, et se comporte au feu, dans l’eau et dans l’alcohol comme la gomme arabique. Le bois à travers lequel la gomme passe se fendille, se dessèéche et tombe par morceaux. Quelques jardiniers sont dans l’usage de pratiquer des incisions dans quelques parties du tronc, pour que la surabondance des fluides séveux puisse s'écouler, et creuser également jusqu'au vif les différentes parties où la maladie s'est manifestée.
C'est aux rosées trop abondantes et dissipées avec trop de promptitude par un soleil ardent, que l’on doit attribuer la maladie connue sous le nom de brillure, ainsi que cette espèce de rouille qui attaque les feuilles de l’oranger et du bigaradier; laquelle n'est dangereuse que lorsqu'elle est très-multipliée. C'est aussi aux brouillards produits par les vents méridionaux et aux fortes rosées du printemps, que Pon doit la maladie connue è Nice sous le nom de pezeia ; elle se manifeste sur les fruits par une tache rougeàtre qui, en grossissant, devient brune, et finît par-désorganiser la pulpe et la faire tomber en pourriture : l’élagage est à cet égard le remède connu.
Un terrein trop humide est aussi muisible è ces végétaux. Leurs racines se putréfient, leurs tiges languissent, les feuilles deviennent d'un jaune pale, les fruits ne prennent aucun accroissement. Il.est inutile d’indiquer les moyens qu'on doit employer contre cette maladie; ils se présentent d’eux-mémes : l’agriculteur instruit doit étudier la localité et porter les amendemens convenables à la nature du terrein. L'humidité ‘est encore préjudiciable aux orangers, parce qu'elle favorise la propagation de cryptogames parasites, dont nous parlerons plus bas.
Dans les années de sécheresse, les chaleurs trop fortes et trop absorbantes, en augmentant la transpiration font rouler sur elles-mémes les feuilles qui, faute d’humidité, se fanent, tombent è la longue, ainsi que les fruits qui n’ont pris
aucun accroissement : les arrosages seuls arrétent les progrès de cette maladie.
Animaux et insectes nuisibles à l’oranger.
Les animaux nuisibles À l’oranger sont quelques petits quadrupèdes, des oiseaux, des mollusques, des annelides, des arachnides et plusieurs insectes.
Parmi les quadrupèdes, on remarque que le campagnol, 7225 arvalis, L. , le surmulot, mus decumanus, P., le rat domestique, mus rattus, L., attaquent le semis et les fruits : pour les écarter on entoure les arbres et les caisses ensemencés avec du genét épineux, spartium spinosum, L.; on le recouvre avec du sable fin, et l’on détruit par les moyens connus ceux qui rongent les fruits.
Les moineaux, pyrgita domestica, Cur., les pinsons, fringilla carlebs, L.; les mesanges, parus ceruleus , L. , les fauvettes, sylvia atricapilla, rubecula, trochilus, etc., viennent quelquefois becqueter les fruits; mais ils ne sont véritablement nuisibles que lorsqu’ils sont en trop grande quantité.
Plusieurs mollusques, tels que la limace tachetée, limax variogatus, limace agreste, Zimax agrestis, V., l’escargot ruban, helix herisetorum, L. , escargot véritable, Aelix variabilis, etc., dévorent pendant la nuit les jeunes plants des orangers; il serait convenable pour les détruire d’étendre une planche humide ou de jeter de la paille auprès des vases dans lesquels les jeunes orangers sont plantés : les mollusques ne manquent pas de venir sy cacher pendant le jour; Pon en fait alors facilement la recherche, et l’on parvient à les détruire.
Parmi les annelides, les vers de terre ordinaires, /umbricus terrestris, L., causent quelquefois des dégàts considérables, soit aux racines des jeunes plants, soit è ceux qui ont été déjà mis en place : les moyens que les agriculteurs pratiquent pour détruire ces animaux, sont trop généralement connus pour que nous les répétions dans cet ouvrage.
Quelques arachnides, tels que des dysderès, des tetragnathes, des theridions, des thomises, etc., s'établissent quelquefois sur ces arbres; mais ils ne sont vraiment nuisibles que quand ils enveloppent et emmaillotent avec leurs fils plusieurs feuilles et fleurs ensemble.
Les étres organisés les plus pernicieux aux orangers, sont les insectes; ils attaquent indifféremment les racines, les tiges, les fleurs, les fruits, et causent
souvent par leur multiplication extraordinaire de grands ravages à ces arbres.
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pas de ceux qui ne leur portent qu’une atteinte légère, tels
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Nous ne parlerons que les chenilles de l’orycte navicorne, oryozes zzasicornis , du prione obscur, prionus obscurus, etc. , qu'on trouve quelquefois aux racines; la courtillière commune, gri/lotalpa vulgaris, fait beaucoup de deégàts, surtout dans les semis; la coccinelle sans pustules et celle è vingt - deux points, coccire/la impustulata et 22-punctata , qui se promènent sur ces arbres odoriférans ; la casside des orangers, cassida aurantii, N., qu'on voit immobile sur la nervure des feuilles; le trichie noble, zrichizs nobilis; les cetoines fastueuses,
stictiques, etc., cetoria fastuosa; stictica, etc., qu'on trouve au milieu des
fleurs; les guépes, les anthidies, les crabrons, les abriles, qui butinent le pollen des étamines, et qui en rongeant quelquefois le pistil et le germe, occasionnent aux fruits ces monstruosités bizarres qui ont jeté dans de grandes méprises quelques auteurs qui les ont prises pour des marques certaines constantes de variétés et indiquées comme telles : nous nous bornerons à décrire avec quelques détails les insectes que nous avons remarqué jusqu'è present comme les plus nuisibles, et qui causent le plus de dégàts.
Le plus grand fléau de l’oranger, et en particulier du limonier, est une espèce de gale-insecte, qu'un de nous avait placé dans le temps dans le genre établi par M. Bose sous le nom de dorthesies ( dorzhesia citris). Il est connu dans quelques cantons qui entourent la Mediterranée sous le nom de m20r/ca. Cet hémiptéère a le
corps ovale oblong; convexe en dessus, un peu renflé en dessous, d'une couleur
et
gris cendré, passant au jaunàtre pàle, couvert d’ane poussière cotonneuse, blanche, avec quelques appendices sur les còtés, pattes postérieures plus longues que les antérieures. Le mAle diffère de la femelle par deux longues ailes transparentes avec deux petits filets soyeux qui débordent son corps; ils ne sont pas communs; la femelle au contraire se couvre d’une matière blanche cotonneuse, qu'elle étend sur les feuilles, sur les fleurs, sur les fruits, et avec le temps elle en recouvre les sommités des rameaux. C'est au milieu de ce duvet qu'elle pond de cent cinquante è quatre cents ceufs jaundtres. Lorsque ces ceufs sont éclos, les petits insectes qui en sortent choisissent les parties les plus tendres pour y puiser leur nourriture. Les pontes n’ont point d'époques fixes : elles se succèdent pendant toutes les saisons de l’année, avec cette différence pourtant qu'elles sont plus abondantes pendant les chaleurs, et que le froid les retarde considérablement. La propagation facile de ces insectes, et leur multiplication, occasionnent par leur piqùre une transpiration trop abondante aux orangers et aux limoniers qui
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en sont atteints, y causent d’énormes dégàts, et quelquefois méme la ruine totale des arbres.
Dans quelques coins de l'Europe méridionale, toutes les espèces du genre oranger qu’on y cultive sont plus ou moins attaquées par ces gale-insectes; mais ceux qu’ils préfèrent davantage ce sont les limoniers. Depuis nombre d’années, dans la principauté de Monaco, plusieurs jardins de Mantou en sont tellement infectés, que ces arbres, l’une des ressources agricoles de cette commune, ne donnent plus que des récoltes médiocres.
On a successivement employé plusieurs moyens pour détruire ces gale-insectes; l’on a pratiqué des incisions pour procurer une libre issue aux sues exorbitans des arbres; l'on a fait des fumigations de soufre, des frictions de vinaigre, d'eau de chaux, de décoction de tabac, etc.; on a semé sous l’aréole des arbres du lupin, du réséda, etc.; mais aucun de ces moyens n°a été couronné d’un grand succès. Une des méthodes mises en usage par divers jardiniers pour arrèter les progrès de cette contagion, a été de bien élaguer les arbres, de les émonder, et de frotter souvent les tiges et branches avec un linge fort : cette opération bien simple a été plus utile que toutes les autres. D’ailleurs ces insectes, après avoir ravagé une région, l’abandonnent et vont s’établir sur d’autres arbres situés dans d’autres quartiers.
Un autre petit hémiptère, la cochenille des serres , coccus adonidum, Lrx., n’est pas moins dangereuse, surtout quand elle se propage en abondance sur ces arbres.
Les feuilles de l’oranger proprement dit et du limonier, sont quelquefois marquées en dessous d’une grande tache jaunàtre et concave; c'est le signe certain de Vexistence d’un autre petit hémiptère qui s’établit dans cette concavité. Un de nous lui a donné le nom kermès rouge, kermes coccizeus; son corps est bombé, d'un rouge vif, deux petits yeux, deux antennes assez longues très-mobiles et six pattes blanches. Ce gale-insecte passe sa vie sur les feuilles, où il pond dix à quinze petits ceufs qui donnent naissance à autant de petits individus d’un blanc nacré, ne prennent leur couleur rouge que dans le dernier accroissement; ils ont alors on demi-millimetre de longueur, et se meuvent quelquefois avec une rapidité extréme autour de leur demeure, où ils s’établissent en petites familles. En se propageant ils se répandent sur toutes les feuilles qui, ne pouvant plus alors par suite de succions trop multiplices et l’extravasion des fluides, les élaborer conve-
nablement pour la vie des arbres; ceux-ci en souffrent et deviennent languissans.
Pour détruire ces animaux et remédier au peu de mal qu'ils causent, il faut cueillir pendant été toutes les feuilles j;aunàtres qui en sont atteintes et les brùler.
Nous nous dispenserons de faire ici la nomenclature de tous les insectes qu'on trouve sur l’oranger : il nous suffit d’avoir indiqué ceux dont la présence devient
un fléau, et d’avoir suggéré quelques moyens capables de les détruire. ARTICLE III Plantes parasites nuisibles à Poranger.
Les orangers, et principalement ceux qui sont situés au fond des vallées, éprouvent encore un très-grand dommage par quelques plantes parasites qui sattachent è eux. La plus commune et la plus dangereuse que l’un de nous a fait connaître dans le temps sous le nom de demazhium monophyllum, attaque indifféremment les tiges, les feuilles et les fruits. Cette plante ressemble à une poussière noire dont les particules réunies s'étendent horizontalement et forment une espèce de croiùte très-mince qui finit par couvrir l’arbre entier. De cette croùte on voit s'élever perpendiculairement un nombre infini de petits filets ou tiges d'un demi-millimètre de hauteur, portant chacun a leur sommet une petite coîffe arrondie, noiràtre, renfermant une poussière seminifère. Cette cryptogame quoique peu adhérente sur les parties de l'oranger, sy multiplie avec une rapidité inconcevable, surtout dans les jardins où l’ombre et Phumidité favorisent sa propagation.
Rien de plus triste que l’aspect d’un jardin attaqué par cette parasite; la belle verdure des arbres disparaît, et une teinte sombre noiràtre la remplace; les fruits perdent leur éclat, et è peine apergoit-on quelques légères nuances de leur couleur primitive à travers cette espèce de voile noir qui les recouvre.
Une autre crypogame également parasite qui fait encore beaucoup de tort à l’oranger, est une substance mince, peu épaisse, d'un gris blanchàtre, converte de petites prééminences qui ne paraissent autre chose que les organes de la fructification. Nous lui avons donné le nom de lichen des orangers, lichez aurantii. Cette plante est réellement plus nuisible que la précédente , à cause de la tenacité avec laquelle elle s'attache aux différentes parties de l’oranger, mais elle est heureusement plus rare, et ces dernières années de sécheresse l’ont faite disparaître totalement de quelques jardins des bords de la Méditerranée qui en
étaient infectés.
La maladie causée par les plantes que nous venons de mentionner ne s'attache pas seulement aux orangers, mais les oliviers, les lauriers roses en sont également couverts. Deux hypothèses ont été émises pour savoir de quelle manière les semences de ces parasites se propagent avec autant de rapidité dans les champs et dans les jardins où elles rèégnent; on doit Ja première è sir Joseph Banks. Ce savant croit que ces graines entrent dans les feuilles par les pores corticaux ; la seconde par le célèbre professeur Decandolle , qui pense qu'elles sont introduites par les racines avec la sève. Quant aux parasites de l’oranger , la première opinion est celle qui nous parait la plus probable.
Les moyens les plus convenables pour détruire ces plantes , ainsi que tous ces petits lichens qui vivent et sattachent en parasites aux tiges, paralysent par leur présence les fonctions des arbres, et les rendent incapables de porter leurs récoltes ordinaires, sont de les élaguer beaucoup, afin que les vents, Vair, la lumière et les rayons solaires puissent y circuler librement ; dans les jardins où le nombre d’orangers est trop considérable, et où les pieds sont très-rapprochés, surtout dans le fond des vallées ou dans les plaines humides , on doit en supprimer une partie, les éclaircir autant que possible pour que les rameaux ne s’entre-
lacent point, afin que les fluides atmosphériques puissent avoir un libre accès de
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tout còte.
ARTICLE IV
Sur la Négligence et sur LInhabilité des cultivateurs.
Nous avons dit au commencement de ce chapitre que plusieurs maladies dont quantité d'orangers sont atteints, ne doivent étre attribués quà la négligence et è l'inhabilité des cultivateurs. L’impéritie avec laquelle ils exécutent l’opération de la taille, la négligence de ne pas unir, arrondir et égaliser les plaies, le peu de soin de ne pas couvrir avec les compositions connues et usitées en pareil cas, ou seulement avec un mélange de terre franche et de bouse de vache, sont la cause de ces ulcères, de ces caries qu'on remarque trop souvent sur ces arbres précieux, dont ils abandonnent imprudemment la guérison è la nature.
Nous venons de mentionner les principales maladies qui attaquent l’oranger, maladies que nous avons examinces soigneusement pendant le cours de nos observations et dans les lieux où elles ont causé des dommages considérables ;
partout nous avons reconnu que la négligence et l'imperitie des cultivateurs
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contribuaient puissamment è leur propagation ; il est certain que si on avait cherché è les arréter dans leur principe , les funestes effets qui sen sont suivi n’auraient pas eu lien, ou du moins elles ne se seraieni pas propagées avec autant de promptitude dans des cantons entiers où l’oranger est devenu depuis long-temps d’un produit presque nul : il faudrait è cet égard que des lois rurales imposassent è tous les agriculteurs la nécessité d’agir d'une manière uniforme pour arréter les progrès du mal; car la diversité d’opinion , le plus ou moins d’habileté, de diligence et les opérations partielles , sont toujours nuisibles aux progrès de la culture; è défaut des lois que nous réclamons, nous invitons les agriculteurs, au nom de leurs propres intéréts., è ne point attendre que le mal soit devenu incurable pour y remédier ; c'est à sa source qu'il faut l’arrèter, tout est alors possible et facile; mais, nous le répétons, pour parvenir à écarter ou à détruire ces maladies , il faut agir de concert et adopter des mesures générales.
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