‹ Histoire naturelle des orangersChapitre 3 sur 134 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Recherches sur la patrie et sur lesm igralions de quelques sortes d' Orangers les plus anciennement cultvees.

ARTICLE PREMIER

Notions générales tirées des temps fabuleux.

La végétaux Intéressans dont nous allons retracer l’histoire, sont aujourd’hui généralement connus sous les noms collectifs de Cizri et d’Orargers : ils forment le type d’une famille que les botanistes promoteurs de la méthode naturelle, appellent Hesperides et Aurantia : l’élégance de leur port, la beauté de leur feuillage , la gràce et la suavité de leurs fleurs, la couleur, le parfam, la fraicheur et les qualités bienfaisantes de leurs fruits, les rendent le plus riche et le plus bel ornement du globe.

Des arbres qui flattent aussi délicieusement la vue , le goùt et l’odorat , n’ont pu manquer d’étre observés, recherchés, cultivés et multipliés, dès que les hommes ont su apprécier les bienfaits et les beautés de la nature. Leur célébrité remonte en effet bien au-delà des temps historiques , et c'est dans les siécles héroiques et fabuleux que nous en puisons les premières notions.

Nous allons done prendre l’Oranger à cette époque reculée, le suivre autant que possible au travers des siècles dans ses migrations , ses naturalisations, sa multiplication , et tàcher d’arriver avec lui jusqu'à nos jours; cette carrière est difficile è parcourir; mais nous comptons sur notre zèle et sur l’indulgence

du public.

La plus ancienne notion qui nous soit parvenue sur l’Oranger, est liée à lune des expéditions d’Hercule : la fable a mis au nombre des travaux ue héros, l’enlèvement des pormmes d’or du jardin des Hespérides (1) ; et quoique plusieurs hellénistes aient remarqué que le mot grec traduit par pomme d’or pouvait signifier aussi troupeau ; quoique plusieurs savans aient cru reconnaitre des coings dans les fruits que le héros de Tyr tient dans sa main ; les plus habiles critiques croient cependant que ces pommes d’or étaient de véritables Oranges.

Les opinions sont également partagées sur le lieu où était le jardin qui renfermait des fruits aussi merveilleux. Suivant Diodore de Sicile , Hesperus et Atlas, étaient deux frères qui possédaient de très-grandes richesses dans la partie la plus occidentale de l’Afrique. Hesperus eut une fille appelée Hesperis, qui donna son, nom è la contrée. Elle épousa son oncle Atlas, et de ce mariage naquirent trois filles qu'on nomma Hespérides ou Atlantides, et dans le jardin desquelles se trouvaient ces fameuses pommes d'or.

Ovide et Virgile placent aussi le jardin des Hespérides dans les états d’Atlas. Apollodore le croyait dans la partie de ces états qui a été appelée depuis Mauritanie. Pline et Prolémée l’indiquent dans la grande Syrte, et disent qu'un bras de mer serpentait tout autour ; ce qui saccorde avec l’idée du dragon qui en gardait l'entrée selon les poètes. Maxime de Tyr, peint la terre des Hespérides comme une espèce d’isthme fort étroit et allongé dans la mer. Cette forme et cette position la rendaient donc très-facile à étre envahie par les caux ; aussi devint-elle une syrte ou bas-fonds très-dangereux pour les navigateurs. Quand bien des siècles après, on a voulu retrouver le jardin de ces femmes célèbres de l’antiquité , les uns ont cru le reconnaiître dans une ile de l’Océan, près des còtes de la Lybie ; l’imagination des autres est allé le chercher jusque sous le pòle arctique 5 mais les plus grandes autorités s’accordent è le placer > l'occident du Mont-Atlas. L’ingénieux auteur des lettres sur l’Atlantide , a réuni dans ses recherches plusieurs débris de traditions qui rappellent une

foule d’évènemens sur lesquels il ne nous est parvenu que des notions bien

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(1) Le mot Hespéride signifie en grec occidental. Le nom d’Hespérus a été donné à la planète de Vénus lorsqu'elle est visible le soir du céòté du couchant. Les Grecs appelaient l’Italie Zesperie. Quand la géographie s'étendit plus loin et au-delà des Pyrénées, l’Espagne prit le nom d’Hespérie. Le mème nom fut aussi donné à Afrique occidentale ; et les Canaries, qui sont encore plus au couchant, recurent avec le temps celui d’iles Hespérides.

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DES ORANGERS. 5 confuses et qui décèlent de grands cataclysmes dont la cause et les effets sont également inconnus.

La géographie physique et la géologie dissipent de plus en plus le doute qu'il avait été permis d’élever sur la vérité de ces anciennes traditions. À l’inspection de la multitude de végétaux, de fruits et d’animaux fossiles dont foisonnent à diverses hauteurs les còtes de la Meéditerranée (1), on ne peut nier que le bassin de cette mer n’ait été autrefois une vaste et riche vallée très - peuplée , avant que les eaux de l’Euxin et de la Caspienne eussent franchi les Cyanées et produit le déluge de la Samothrace (2).

Ce fut sans doute dans cette grande catastrophe que disparurent la terre et le jardin des filles d’Atlas (3). Cette terre erivahie par les caux, ne laissa que de vagues souvenirs qui, allant toujours en s’affaiblissant , rendirent à la fin son existence problématique. Pherecyde, l'un des anciens le plus è portée et par son siècle et par sa patrie, de recueillir les traditions de cet évènement terrible , les combina suivant les idées recues de son temps et fut le premier è faire parvenir Hercule au fameux jardin des Hespérides.

Il serait aussi fastidieux qu’inutile de relater ici les mille autres versions de la fable des filles d’Atlas; mais avant de quitter ce pays de conjectures, nous croyons devoir rappeler qu’un ancien auteur (4) pensait que l’Oranger était passé des montagnes de la Mauritanie dans la Médie, et de là dans la Grèce et dans l’Italie. Cette opinion, vigoureusement combattue dans son premier point par M. Gallesio, ne répugne pourtant pas aux grands phénomènes qui s'opèrent successivement è la surface du globe. Voici un fait qui doit nous rendre très-circonspects dans le jugement que nous portons des anciennes traditions. On sait que le Mont-Liban est la patrie des cèdres, et qu'il y en avait autrefois une immense quantité sur cette montagne célèébre. Cependant les derniers voyageurs n’y en ont plus rencontré qu’une vingtaine, et ils ont remarqué avec peine qu'il n°y en croissait aucun nouveau: il est donc permis de con-

jecturer que bientòt le Mont-Liban sera absolument dénué de cèdres, et qu’ainsi

(1) Les débris d’animaux et de végétaux fossiles sont plus nombreux sur la còte d’Afrique que sur celle d’Europe : les bords du fleuve Triton et le canton d’Ougela, dans le royaume de Tripoli, en Barbarie, en offrent une prodigieuse quantité.

(2) Voyez Diodore de Sicile.

(3) On ne sait trop ce qui a autorisé Scyllace, dans son Périple, è donner positivement le nom de jardin des Hespérides è un terrain escarpé qu'il a remarqué sur les còtes de la Lybie.

(4) Coelius, Comment. de Citrio.

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