‹ Histoire naturelle des orangersChapitre 62 sur 134 · TAB. LI · texte numérisé non relu

TAB. LI

gb. BIGARADIER BICOLOR, CITRUS BIGARADIA FASCIATA, MELANGOLO FIAMMATO ,

Foliis ovato-oblongis , sinuatis , luteo alboque variegatis , altis deformibus , aliis integris , planis : fructu subrotundo , fasciis primùm viridibus, deindè rubris notato; pulpà

subacidà.

Aurantium striis aureis distinctum, Volc., Hesp., pars II, T. 196.

Aurantium variegatum, Commel., Hesp., Belg. 6.

Malus Aurantia citrata variegata seu mixta, Wein., Phyt., Icon., p. 699, fig. c. Oranger Suisse, oranger d feuilles et fruits tranchés de blanc. Encyclop. Citrus Aurantium sinense folio et fructo variegato , Gallesio, p. 165, N. 59.

Oranger d fruit rayé, Risso, Ann, du Mus. d’Hist. Nat.

L’oranger, déjà si agréable par lui-méme, peut aussi produire des effets pittoresques par le mélange bien entendu de ses nombreuses varigtés , parmi lesquelles le ton et la grandeur du feuillage, la couleur, la forme et la grosseur du fruit, se modifient è l’infini. La variété que nous allons déerire est une de celles qui nous paraissent les plus propres à rompre la monotonie d’une plantation régulière.

Sa tige est de moyenne grandeur; ses rameaux sont nombreux, glabres, roides, souvent panachés de vert et de blanc sur les jeunes pousses.

Ses feuilles varient extréÎmement de forme et de grandeur; les plus grandes sont ordinairement oblongues aigués, toutes vertes; les autres sont plus ou moins panachées de vert et de jaune pàle.

Les fleurs sont peu nombreuses, blanches, et de moyenne grandeur.

e fruit est arrondi ou un peu oblong, quelquefois déprimé au sommet, où l’on remarque aussi parfois une petite aréole ou une sorte d’étoile; sa peau, lisse ou raboteuse, est d’un jaune pale, marquée de bandes longitudinales, vertes d’abord, mais qui passent au rouge orange dans la maturité; il a la peau peu épaisse, assez adhérente à la pulpe qui est d’un jaune sale, divisée en sept ou huit loges, et qui contient un suc assez acide d’abord, mais fade dans la grande maturité. Les graines sont nombreuses, oblongues, striées, obtuses par un bout et

tronquées de l’autre.

Long. 0,056-0,062; larg. 0,065-0,070; épaiss. 0,005-0,007.

Cet arbre a de grands rapports avec loranger turc et l’oranger è fruit changeant, par la panachure de son feuillage, ct par l’ambiguité du suc de ses fruits. Il offre le singulier caractère d’avoir les vésicules d’huile essentielle convexes sur les parties jaunes de son fruit, et concaves sur les parties rouges. C'est pourquoi nous le plagons de préférence auprès de la Bizarrerie qui présente le méme caractère, et qui, par ses rapports avec le cédrat et le limon, doit étre mise au dernier chaînon des bigaradiers.

nb. BIGARADIER BIZARRERIE.

CITRUS BIGARADIA BIZARRIA, MELANGOLO BIZARIA,

Foliis oblongis acuminatis , sepè crispis aut deformibus , petiolo nudo aut sepius alato insidentibus : floribus aliis extùs rubris , aliis utrinquè albis : fructibus aliis spheericis simplicibus , aliis und parte bigaradiis , alterà parte limoniis aut citris , ovatis , costatis ,

conicisque ; pulpd in aliis dulcissimà , in aliis acidi et amard.

Malus Limonia Citrata Aurantia, Petrus Nato, Phit., obser., Florent, 1674. Bizarria genus multiplex, Volc., Hesp., p. 171, T. 172, a. d. c. d. Bizaria : Roma mirabile hispanicum : Cedrati della bizaria, Vole., Pars II, pi 171-172, a. db.

Oranges etc. Histoire de l’Acad. des Sciences, année 1711, p. 57, et année 1712, p. 52. Arancio del Roberti Bizarro, Tanar., p. 287.

Bizaria, Zucc., Cat., Hort., Bot., Flor., p. 18, N.

litrus Aurantium indicum limo-citratum folio et fructu mixto, Gal., p. 145, N. 29.

Citrus Bigaradia bizaria, Nouv. Duh., p. 104, N. 14.

Voici larbre le plus singulier et le plus curienx de tout le règne végetal. Son origine, d’abord couverte du voile du charlatanisme, est restée mystérieuse pendant une trentaine d’années ; mais enfin, Pierre Nato, médecin de Florence, parvint à savoir comment ce véritable protée avait été obtenu, et en fit l’objet d’une dissertation publiée è Florence en 1674.

Selon Pierre Nato, cet oranger connu généralement aujourd’hui sous le nom de Lizarrerie, est un arbre provenu de graine et manqué à la greffe. Ses singuliers caractères ont été remarqués en 1644 par un jardinier de Florence, qui, ayant oublié ou négligé de le regrefler selon Vusage, sapergut que les branches qui avaient repoussé sur le sauvageon produisaient les fruits extraordinaires que nous décrirons plus bas. Le jardinier, surpris et enchanté, fit ou laissa croire que ce phénoméène était dà è son industrie; il le multiplia par la greffe, et en fit un grand débit qui augmenta sa fortune et sa réputation.

Nous sommes assez portés à croire que ce n’était pas là le premier phénomène que la nature nous offrait en ce genre; mais ce fut bien sans doute la première fois qu'on l’observa avec quelqu’attention : peut-étre méme plusicurs bizarreries se sont-elles manifestées dans divers endroits en méme temps, car Ferraris a décrit et figuré, sous le nom d’Aurantium Callosum multiplex, dans ses Hespérides imprimées en 1646, une bizarrerie qui lui avait été envoyée de Naples, et qui, d’après la figure de Pauteur, était absolument semblable à celle que nous avons recue de

la Ligurie il y a quelques années.

L Histoir e de l Academie I KO) doraneg es QUI ont des cotes de citrons et elle obser ve que eno bi e to) I C) } m ne

yale des Sciences de Paris, année 1711, p. 57, fait mention

(comme d'une nouveauté iges, est different et ditféremment mélé en différens fruits. On lit

de cétes de citrons et d’orar a dit que chez l’électeur de Brandebourg, grand-père de

dans le méme article : « M. Homberg » celui d’aujourd’hui, prince fort curicux de jardinage, il a vu des pommes qui étaient poires

» de la méme mantére. »

On lit encore dans l'Histoire de la meme Académie, année 1712, p. 52 : « M. Chevalier a

» dit qu'il a vu, dans le jardin de Saint- Martin de Pontoise, des fruits qui sont composés » d’oranges, de citrons et de limes, à la manière de ceux qui ne sont que de deux espèces de » fruits différens, dont il a été parlé dans l'Histoire de 1711. Ce ne sont que les plus gros qui » ont les trois espèces bien marquées. »

Tl est bon d’observer que l’Académie ne désigne ces fruits par aucun nom particulier.

Volcamer, dans ses Hespérides de Nuremberg, a donné quatre planches qui représentent autant de modifications de bizarreries. Cet auteur, imbu des préjugés de son temps, admire Yindustrie humaine qui, selon lui, est parvenue, au moyen de la greffe, è obtenir des fruits aussi merveilleux. La Pipe, jardinier du duc d'Orléans, régent du royaume de France, sous la minorité de Louis XV, avait réuni è Paris une nombreuse collection d’orangers dans laquelle on remarquait des bizarreries de deux, de trois ct de cinq espèces; une variété avait les feuilles panachées. Mais on ne sait par quelle fatalité le goùt des collections en ce genre diminuait è mesure que la botanique analytique et descriplive faisait des progrès; de sorte qu'il n’existe encore aucune histoire complete et satisfaisante de la bizarrerie.

Nous avons vu que l’Académie a connu des bizarreries qui présentaient deux et trois especes de fruits réunis en un seul, et que La Pipe en possédait dont les fruits étalent composés de cinq sortes d’oranges différentes, L’auteur du traité du Citrus, assure que l’orange de la bizarrerie est toujours è suc aigre; cependant, celle décrite par Ferraris sous le nom d’Aurantium Callosum multiforme, p. 407, était è suc doux. Sapore jucundo vinosoque temperatum resipit, dit cet auteur. Nous-mémes venons de déconvrir, sur le territoire de Nice, un oranger qui produit des bigarades et des oranges de la plus grande douceur.

Les individus de bizarrerie les plus compliqués portent des fleurs lavées de rouge en dehors et des fleurs blanches partout : ceux qui le sont le moins n’offrent que des fleurs blanches. Il v a des bizarreries dont les feuilles sont étroites, fort longues, méme difformes et panachées; il y en a d’autres qui ont les feuilles ovales, régulières et beaucoup plus courtes; de sorte qu'il n'est pas du tout étonnant que les descriptions des bizarreries faites jusqu'è ce jour ne se ressemblent que dans les principaux points, et qu'elles different entre elles dans les détails.

Il serait donc nécessaire qu'un cultivatenr botaniste fit venir chez lui des bizarreries de beauconp d’endroits éloignés l’un de l’autre, et qu'il les cultivàt simultanément, pour pouvoir apprécier et déterminer leur difference ou leur identité. Nous ne sommes pas éloignés de croire

gi LEE SERA b) SA Se s . ° . . . È ° que l’oranger turc, l’oranger è fruit changeant, le bigaradier violet, le bigaradier bicolor, soient

SÒ CASI SS ; 3 i des modifications analogues à celles de la bizarrerie, mais beaucoup moins fortes.

La tige de la bizarrerie parvient à la hauteur de six è sept métres : ses rameaux sont diffus, | irréguliers, nus ou garnis de petites épines, les uns d’un beau jaune violet en naissant, les autres anguleux et d’un vert tendre.

Les feuilles sont la plupart longues, étroites, aigués, dentelées, quelquefois recroquevillées et ayant l’un de ses demi-diamétres plus étroit que l’autre, rarement panachées; tantòt elles affectent la forme et la couleur des feuilles du cédratier, et tantòt elles ressemblent aux feuilles ordi-

naires du bigaradier; leur pétiole, ordinairement assez long, est nu, ou plus ou moins ailé.

La floraison de cet arbre est bisannuelle : quelquefois toutes ses fleurs sont blanches, et produisent des bigarades et des oranges douces; plus souvent il porte aussi des fleurs plus grandes et d’un blanc terne, qui produisent des fruits mélangés; enfin, il offre encore des fleurs lavées de rouge en dehors et qui donnent naissance à des cédrats.

On peut donc recueillir, sur la bizarrerie, des oranges douces, des bigarades couronnées, simples on mélangées de cédrats, et des cédrats simples qui ont ordinairement beaucoup de rapports avec celui de Florence. Assez souvent le cédrat n’affecte que l'écorce de la bigarade, quelquefois il pénètre jusqu'à son axe; on voit méme des fruits qui ont quatre parties de bigarade et quatre parties de cédrat disposces en croix; alors ces sortes de fruits sont le plus souvent alongés ou coniques. Enfin un arbre, après avoir donné pendant un temps des fruits mélangés, finit assez souvent par nen plus produire que de simples.

Nous avions pensé présenter comme une seconde varigté de bizarrerie un arbre cultivé dans les jardins de Nice, dont toutes les pousses sont vertes, les fleurs toutes blanches, et qui produit des oranges trés-douces, des bigarades très-acides, le plus souvent difformes et sans aucun mélange de cédrat; mais cette distinction n’étant pas la seule qu'on puisse faire parmi les individus de la bizarrerie, nous aurions été nécessairement entraînés dans des details que nos connaissances actuelles sur cette partie ne nous aurait pas permis d’exposer avec toute la clarté désirable.

La bizarrerie se multiplie de greffe et de marcotte; il en a déjà été publié un grand nombre de figures qui ne se ressemblent que fort peu, parce que cet arbre n’est pas moins inconstant que bizarre dans ses productions. On en remarque quelques pieds dans les jardins de Hyères, de Nice, de la Toscane et de Génes. M. Gallesio nous en a communiqué des fruits, il y a quelques années, qui étaient absolument semblables è celui figuré par Ferraris, tab. 411.

M. Huard, jardinier - orangiste de Paris, posséde un pied de bizarrerie qui a bien une lequel nous avons vu des bigarades mélangées de cédrats, et

quarantaine d’années, et sur

des cédrats purs; mais cet arbre Semporte sur le cédratier, et fimra probablement par ne plus ats. L’arbre sur lequel avaient été recueillis les fruits dont il est fait mention

produire que des cédr adémie des Sciences, année 1712, p. 52, existait encore è Pontoise

dans les Mémoires de YAc en 1814, et continuait de donner des fruits bizarres d’une odeur très-suave : ssession de M. Huard, père de celui dont nous venons de parler, et qui, le

nous l’avons

vu alors enla po

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