‹ Histoire naturelle des papillonsChapitre 1 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Il semble que la nature ait épuisé sur les ailes si fragiles de cet insecte toute la variété de ses dessins, toutes les plus belles combinaisons de ses couleurs ; elle en fait son œuvre chérie ; et, comme un bel enfant que sa beauté fait gâter, elle l’a rendu capricieux et volage. Et pour nous prouver la fragilité de la beauté et son peu de durée, elle l’a fait vivre deux ou trois jours. Les mille couleurs de sa gracieuse robe n’ont été qu’un duvet délicat que le plus faible attouchement a flétri. Elle l’a fait sortir d’une vilaine chenille à laquelle nous n’osons toucher; elle l’a fait emprisonner dans les écailles d’une chrysalide ; et quand il a brisé sa prison, quand il en est sorti tout radieux, tout resplendissant, elle l’a fait vivre un jour, quelquefois deux ! Et il ne pouvait vivre plus longtemps que les roses; comme aux roses il lui fallait les tièdes brises du printemps, le chant du rossignol, un .ciel sans nuages; il ne devait sortir de son étroite prison .que lorsque la nature l’aurait paré de sa plus belle robe, par un de ses beaux jours de fête. Un être si joli, si léger, si frêle, n’était pas fait pour supporter les tempêtes de l’automne, ni les rigueurs de l’hiver.

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