‹ Histoire naturelle des papillonsChapitre 2 sur 32 · DES · texte numérisé non relu

DES

Chacun des êtres qui peuplent l’univers portent un cachet particulier : l’un a reçu la force ou l’intelligence, l’autre l’agilité ou l’adresse; au papillon a été départie la beauté. La nature semble avoir épuisé ses dons pour embellir cet insecte ; la vivacité, la surprenante variété de ses couleurs, la richesse de sa parure, l’élégance de ses formes, sa légèreté, son air animé, sa course vagabonde et volage, tout en lui charme et séduit.

Les lépidoptères, vulgairement nommés papillons, ont six pieds, quatre ailes membraneuses, couvertes de petites écailles colorées semblables à une poussière, une pièce cornée en forme d’épaulette rejetée en arrière et insérée en avant de chaque aile supérieure, les mâchoires remplacées par deux filets tubulaires, réunis et composant une espèce de langue roulée en spirale sur ellemême.

Lorsque l’on considère le papillon, quatre de ses parties paraissent mériter entre autres une attention toute particulière : les ailes, les antennes, la trompe et les yeux.

HISTOIKE naturelle

Les ailes, qui, comme nous l’avons dit, sont toujours au nombre de quatre, lui constituent uu genre particulier parmi les insectes ailés, en ce qu’elles sont couvertes d’une espèce de poussière farineuse qui s’attache facilement aux doigts qui les touchent ; cette prétendue poussière, considérée au microscope, est un assemblage trèsrégulier de petites écailles colorées, taillées sur différents modèles, couchées et implantées sur une gaze solide et à rainures, quoique extrêmement légère. C’est la dureté et le poli de ces petites écailles qui les rendent si brillantes ; le dessus et le dessous des ailes en sont également couverts. Avec de grandes ailes légères, la plupart des papillons volent de mauvaise grâce ; ils vont toujours par zigzags, de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite, de droite à gauche, effet qui dépend de ce que leurs ailes ne frappent l’air que l’une après l’autre, et peutêtre avec des forces alternativement inégales. Ce vol leur est très-avantageux, parce qu’il leur fait éviter les oiseaux qui les poursuivent ; car, comme le vol des oiseaux est en ligne droite, celui du papillon est continuellement hors de cette ligne.

Telle est la structure la plus ordinaire des ailes des papillons; mais il y en a d’autres espèces que l’on a nommées papillons à ailes d’oiseau, parce qu’effectivement leurs ailes paraissent disposées comme celles des oiseaux ; ces ailes sont cependant recouvertes d’écailles taillées de manière à les faire ressembler à des plumes. Une autre

espèce porte des ailes vitrées, ainsi nommée parce que, n’étant pas entièrement couvertes d’écailles, les parties qui en sont dégarnies paraissent autant de vitres ; enfin, la troisième espèce sont les ailes d’un petit papillon provenant d’une teigne, qui vit dans l’épaisseur des feuilles d’orme et de pommier ; ces ailes présentent au microscope tout ce qu’on peut imaginer déplus riche en or, en argent, en azur çt en nacre.

Les papillons, comme la plupart des insectes, portent sur la tête des antennes ou appendices articulés, mobiles et filiformes, qui paraissent être chez eux les organes du toucher, et servent, suivant leurs différentes formes, à caractériser les classes dans lesquelles on les a rangés.

Le véritable instant de distinguer la structure de la trompe des papillons qui en sont pourvus, c’est lorsque le papillon ne fait que quitter sa chrysalide : sa trompe est encore étendue sur l’estomac; elle se dégage et se roule en spirale ; mais dans le premier instant, les deux parties ne se dégagent pas toujours ensemble, et l’on aperçoit deux lames creusées en gouttière, qui forment par leur réunion la trompe du papillon ; c’est l’organe qui seul fait les fonctions de la bouche et du nez.

Les yeux du papillon sont d’une structure admirable. Ils sont semi-sphériques et taillés à facettes comme un diamant, avec une précision dont l’art du lapidaire ne donne qu’unebien grossière idée ; ce sont ces facettes que r on pense être destinées à suppléer à l’immobilité des y eux.

Les papillons, dit M. Audoin, sont, parmi les insectes, ce que les' oiseaux-mouches et lés colibris sont parmi les •oiseaux. Avant de briller entre les plus gracieuses créatui*es de l’air, les papillons passent au sortir de l’œuf par des états fort différents ; et, par un contraste assez étrange, ils causent sous la première forme autant d’horreur qu’ils inspirent ' d’intérêt sous la dernière. Leurs larves sont des chenilles; elles ont seize pattes, le corps partagé en douze anneaux, la tête enveloppée dans une sorte de casque de corne, et formée de deux gros yeux et de puissantes mandibules, avec des mâchoires propres à couper et à broyer ; mâchoires qui doivent s’oblitérer pour faciliter la succion dans l’état parfait. Ces larves se nourrissent pour la plupart de feuilles et de fruits.

Après avoir changé plusieurs fois de peau, les chenilles se préparent à passer à la forme aérienne par un sommeil léthargique, sous une forme intermédiaire. Pour ne pas demeurer, durant ce long repos, exposées sans défense à leurs ennemis, elles recherchent quelque abri, ou plusieurs se suspendent sans enveloppe par leur extrémité postérieure, en s’attachant par le milieu du corps, au moyen d’une ceinture de soie ; d’autres se filent des coques soyeuses, souvent environnées d’enduit impénétrable. Alors, se dépouillant d’une dernière peau qui était ce qui lui restait de la chenille, apparaît la chrysalide ou nymphe, vulgairement appelée fève, sans pattes apparentes, immobile et comme insensible.

Le papillon, selon son espèce, demeure plus ou moins de temps dans cet état d’engourdissement, où se prépare un changement total dont on peut déjà distinguer les ‘ formes rudimentaires, à travers l’enveloppe assez (Jure qui revêt la chrysalide ; il en sort enfin, en brisant cette, enveloppe; et, après avoir séché ses ailes en les étendant, on le voit s’élancer dans les airs, niû par un nouvel instinct qui résulte de nouveaux besoins.

Voici comment M. de Bomare décrit cette nouvelle phase de l’existence du papillon :

(( Le nouveau papillon, sentant qu’il a acquis assez de force pour rompre ses fers, fait un puissant effort qui lui ouvre une seconde fois les portes de la vie ou plutôt de la lumière, qu’il va voir avec de nouveaux yeux. Tous ses organes deviennent plus sensibles et plus parfaits; ses ailes, qui d’abord ne paraissent pas ou sont si petites qu’on les prendrait volontiers pour celles d’un papillon manqué, sont encore couvertes de l’humidité du berceau ; mais aussitôt qu’ils sont à l’air et libres, les liqueurs qui circulent dans leurs canaux, s’élançant avec rapidité, les forcent à s’étendre et à se développer. Pour accélérer et donner plus de force à ce développement, le papillon, nouvellement éclos et impatient de voler, les agite de temps en temps et les fait frémir avec vitesse ; en même temps, tous ceux qui ont une trompe fcar tous n’en ont pas), qui était étendue et allongée sous le fourreau de la chrysalide, la retirent et la roulent en spirale pour la

loger dans le réduit qui lui est préparé. Si quelque cause, soit intérieure, soit extérieure, s’oppose à l’extension des ailes dansletemps qu’elles sont encore aussi flexibles que des membranes, la sécheresse qui les surprend dans cet état arrête la suite du développement ; les ailes restent contrefaites, incapables de lui servir, et le pauvre animal se voit condamné à périr, faute de pouvoir aller chercher sa nourriture, x'

C’est seulement alors (pie la métamorphose est accomplie et qu’il s’élance dans l’espace, que se fait sentir pour le papillon le besoin de la reproduction et qu’un sexe y cherche l’autre. L’éducation des vers à soie, qui sont des papillons, peut être proposée pour exemple dans l’observation des métamorphoses de toute la classe.

Le nombre des papillons connus est aujourd’hui immense. On recherche beaucoup ces brillants insectes dans les collections, où l’on doit avoir soin de ne pas les tenir exposés à une trop vive lumière, parce que leurs couleurs s’y affaiblissent ou même disparaissent. Pour les ranger méthodiquement, on les a divisés en trois grandes familles, qui, dans les ouvrages de Linné, furent simplement les trois genres : papillon, sphinx et bombyx. Ces trois genres, élevés au rang de familles, sont aujourd’hui appelés des DIURNES, des crépusculaires et des nocturnes, désignations qui indiquent à quelles heures voltigent de préférence les espèces qu’on range dans chacune d’elles.

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