CHASSE AUX PAPILLONS
C’est au printemps, quand la nature entière se réveille, que les prairies se tapissent de fleurs, que les luzernes et les trèfles répandent leurs suaves émanations, que l’on voit paraître ces élégants diurnes, qui viennent mêler leurs couleurs chatoyantes à celles diaprées des fleurs.
C’est alors que l’amateur doit commencer sês excursions dans les campagnes, sur la lisière et sous les ombrages des bois, pour les continuer jusqu’aux premières gelées d’automne, car chaque mois, chaque quinzaine de l’année voit éclore les espèces qui lui sont propres, et qui ne paraissent ni plus tôt ni plus tard.
Le chasseur doit se munir des instruments nécessaires à ces expéditions.
Ces instruments consistent : 1“ en filets pour s’en emparer ; 2“ en boîtes de différentes formes et différentes grandeurs; 3“ en pelotes d’épingles pour les piquer dans le fond de ces boîtes.
Les filets dont il est utile de se munir sont faits ainsi qu’il suit :
1“ Filet ou chape à papillon, appelé aussi échiquier. C’est une poche de gaz montée sur un cercle en fil de laiton de neuf pouces à un pied de diamètre, fixé au bout d’un mancheléger etlongd’un mètre. {PI. 16, fig. 1.)
2° Pince à filet en poche. Ce filet est aussi en gaze trèsfine, mais qui est fixée sur une pince longue de trois ou quatre pieds, et qui offre sur le précédent cet avantage, qu’une fois le papillon entré dedans, il ne peut plus en sortir.
3" Pince à raquettes, autre genre de filet. Ce sont deux espèces de raquettes dont les manches très-longs sont troués comme aux deux précédents, et fixés par un petit clou, de manière à ce qu’on puisse les rapprocher face àface comme on ferait de deux manches d’une paire de ciseaux. On s’en sert pour prendre les papillons au repos.
Les boîtes dont on se sert doivent être garnies de liège au fond, afin qu’on y puisse plus facilement piquer les papillons dont on a percé le corselet avec des épingles.
Il faut enfin être muni de trois pinces. {PL 16, /?p. 2,3. )
Certaines espèces de papillons ne sortent qu’à différentes heures de la journée.
Il en est qui commencent leurs courses vagabondes dès l’aube du jour ; d’autres qui ne se montrent que sur les deux heures ; d’autres qui ne prennent leurs ébats que quand le soleil est dans son plein.
C’est auprès des peupliers qu’il faut aller chercher les Mars changeants, et jamais ailleurs. Il en est de même de la plupart des espèces qui ne quittent jamais le lieu où ils ont vu pour la première fois la lumière du jour.
Quand le chasseur poursuit le papillon, il faut qu’il s’arrange de manière à ce que l’ombre que projette son corps et son filet soit toujours derrière lui; autrement elle effaroucherait le papillon, qui souvent s’éloignerait pour ne plus revenir ; nous ne parlons que des papillons de jour.
Quant aux crépusculaires et aux nocturnes, il serait très-difficile de s’en emparer si l’on suivait la même méthode. C’est dans les lieux ombragés ou même obscurs, qu’on les doit aller chercher.
On les trouve ordinairement appliqués contre les murailles, les rochers et les vieilles écorces ; ils sont dans une immobilité parfaite, ce qui donne la plus grande facilité pour s’en saisir.
On les couvre d’abord avec le filet pour rendre toute fuite impossible ; on les pique ensuite.
Le Sphinx et quelques autres crépusculaires viennent à la nuit tombante voltiger dans les jardins, autour des fleurs d’onagre, des belles de nuit.
Il faut alors s’embusquer et les saisir rapidement avec le filet.
Si l’on veut prendre des phalènes pendant le jour, il faut avec un bâton battre les feuillages des buissons et
des haies lesplusépaisses, où elles se tiennent cachées, prêt à les saisir avec le filet quand elles s’en échapperont.
La nuit, il est facile de s’en emparer. On place un falot ou une lanterne dans les lieux bas et découverts ; on en recouvre la flamme avec un entonnoir en verre, et l’on voit aussitôt une quantité innombrable de phalènes voltiger autour de la lumière qui les attire.
On peut encore au milieu d’un berceau de verdure déposer une veilleuse allumée dans un verre, dont la lumière est protégée par un entonnoir de verre, et le lendemain le feuillage, le tronc des arbres, le sol même sont couverts de papillons que la flamme y a attirés pendant la nuit.
Dès que le papillon est pris dans le filet, il faut le tuer sur-le-champ pour empêcher qu’il ne se brise les ailes en se débattant, ou qu’il ne se décolore.
Pour cela, on prend la poche par le milieu avec la main gauche, tandis qu’avec la main droite, on force doucement l’animal à gagner le fond ; avec le pouce et l’index, on saisit son corselet dessous les ailes, en rapprochant l’un de l’autre, et on presse avec la précaution de ne pas l’endommager jusqu’à ce qu’il soit mort.
Pour cette opération, il est bon de se servir de la pince en fer dont nous avons parlé.
Lorsqu’il ne fait plus aucun mouvement, on le fait tomber dans la main gauche en renversant le filet de la main droite ; et, avec une épingle proportionnée à son
volu;Ke,on l’enfile au travers du corselet entre la tête et le corps, et on le pique sur le liège de la boîte.
Quelques espèces ont la vie très-dure, et cette précaution n’est pas suffisante pour les en priver sur-lecbamp.
On emploie un autre moyen qui consiste à leur passer une épingle au travers de la poitrine au-dessous de l’intersection des ailes, afin de maintenir celles-ci en position et de les empêcher de se gâter en battant continuellement sur le liège de la boîte.
Pour les tuer rapidement et sans les endommager, voici un procédé indiqué par John Coakley Lettsom,
« Il faudra les attacher sur un bouchon de liège du côté qui doit faire face au fond d’un bocal de verre, dont on bouchera bien exactement l’orifice; on mettra dans le bocal un peu de soufre et on l’échauffera par degrés jusqu’à ce que la vapeur s’exhale.
« Dans ce moment, l’insecte perdra la vie sans que la beauté de ses couleurs soit endommagée. »