‹ Histoire naturelle des poissons (volume 2)Chapitre 113 sur 157 · CHAPITRE Y. Du ^enre Lodde {Mallotus · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y. Du ^enre Lodde {Mallotus

Le genre des Loddes, établi par M. Guvier, a fixé la place d'un poisson qui avait été rangé alternativement par ses prédécesseurs dans les Clupées ou les Saumons. Les caractères de ce genre consistent dans une bouche un peu moins fendue que celle des Éperîans, armée de très-petites dents fines et coniques , et sur un seul rang aux mâchoires. Celles du palatin et du vomer sont un peu plus nombreuses; il y en a aussi de petits sur la langue. Il y a huit rayons aux ouïes. Les viscères sont semblables à ceux des Truites.

Ce que lespèce de nos mers Arctiques présente de remarquable, est la différence des deux sexes. J'ai accepté, pour désigner ce genre, la dénomination employée par M. Cuvier, quoique je regrette que cet illustre naturaliste n'ait pas adopté celle qui est usitée par nos pêcheurs de morue et qui n'est appliquée qu'à ce poisson. Tous les Terreneuviers , en effet, connaissent le Capelan; c'est pour eux l'objet d'une pèche active, parce qu'il est un des meilleurs appâts pour la morue , et en général pour les grands gades.

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Le nom de LoLlde, inscrit par M. Cavîer, s'applique non-seulement, dans le langage de Suède ou de Norwëge au Capelan, mais aussi à l'Eperlan. L'espèce la plus connue, et qui est peut-être l'unique de ce genre, abonde sur les côtes de Norwëge, cleLaponie, d'Islande, du Groenland, de Terre-Neuve, et peut-être aussi dans les mers du Ramtscliatka, si, comme le suppose M. Ricbardson, le S. cater^'cumis de Steller est le même que notre Capelan.

Cet ichtbyologiste croit avoir une seconde espèce de Mallotus de la côte nord -ouest d'Amérique ; mais il ne rapporte ce poisson de 1 Océan pacifique qu'avec doute à ce genre. Je crois qu'il a parfaitement raison, puisqu'il dit positivement que le bord de la mâcboire supérieure est entièrement formé par les intermaxillaires, qui ont un petit nombre de soies grêles en place de dents. La mâcboire inférieure , le vomer et les palatins n'ont point de dents , mais la langue et rude. Je crois c{u'il faudra parler de cette espèce, lorsque je traiterai des poissons voisins des saurus.

Le LODDE CAPELAN.

[Malottus 'villosus , Cuv.)

Le poisson célèbre et recberché des pê-

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cheurs de morues, qui abonde dans les mers septentrionales de Terre-Neuve sous le nom de Capelan, et à la pèche duquel de nombreuses embarcations sont constamment employées, afin de fournir les amorces nécessaires pour prendre le grand gade , est un des Salmonoïdes les plus singuliers. Il faut d'abord remarquer que le mâle et la femelle offrent des différences assez grandes pour que, sans un examen attentif, on les décrive comme d'espèces distinctes ; aussi sommesnous obligés d'appeler l'attention des naturalistes sur les caractères particuliers à chacun des sexes. Nous allons d'abord parler du mâle. En voici la description détaillée :

C'est un poisson à corps allongé , arrondi. La hauteur est comprise sept fols et quelque chose dans la longueur totale. La plus grande épaisseur mesurée entre les flancs surpasse un peu les deux tiers de la hauteur. La longueur de la lêle est à peu de chose près du cinquième de la longueur totale. Elle est étroite et comprimée vers le bas, tellement que l'épaisseur de l'isthme n'est guère que la moitié de lintervalle qui sépare les deux yeux. Celle dislance égale le diamètre de l'œil qui est lui-même contenu quatre fois dans la longueur totale. Le sous-orbitaire est étroit, allongé et même presque comme membraneux. Les autres osselets se perdent sous la peau muqueuse qui recouvre toute la joue. L'œil

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esi libre, oest-à-clire qu'il n'est pas recouvert par une paupière adipeuse. Les deux ouvertures de la narine sont rapproehées l'une de l'autre et pluspits de l'exlréinilé du museau que du cercle de l'orbite. Le préopercule est très-mince, cependant il est un peu plus résistant que les autres pièces de l'appareil operculaire. Je ne vois pas de brancliie à la fi'.ce interne. Quant aux os, ils sont minces et mous comme de véritables membranes; ils ne résistent pas plus que le bord membraneux de l'opercule. Les ouies sont largement fendues; les ràtelures des hraiichies sont assez longues. La ceinture humérale a un peu plus de dureté que les os de l'opercule. Les nageoires paires sont attachées tout à fait vers le bas; elles sont très-grandes, arrondies et se dirigent horizontalement de chaque côté du corps quand les rayons sont écartés. Les ventrales, quoique un peu plus petites, ont à peu près la même forme, les rayons internes sont un peu plus long que les auties; ils sont d'ailleurs subdivisés en branches nombreuses, tandis que ceux de la pectorale n'onl que deux grandes divisions principales. La dorsale est reculée audessus des ventrales; elle est petite, trapézoïdale, puis au-dessus des derniers rayons de l'anale, il y aune nageoire adipeuse, basse et oblongue, très-nîince. Quant à l'anale, la struclure de celte nageoire est tout à fait remarquable. Elle est attachée sur une sorte de pédoncule élevé garni d'écaillés, le bord en est arqué , il est assez élevé pour que la hauteur du tronc ou de la queue, mesurée au-dessus de celle anale, soit un peu plus élevée que la hau-

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teur du Ironc. Quand l'anale est éialée, elle paraît longue et arquée. Les premiers rayons paraissent simples, tant ils sont peu profondément divisés et tant la réunion des branches est grande. Ces rayons résistent sous le doigt comme de véritables épines; il n'est cependant pas difficile de reconnaître les articulations qui les divisent. Les neuf premiers rayons peuvent s'écarter beaucoup les uns des autres quand ils se redressent, parce que la membrane qui les réunit est assez large. Ils sont suivis de cinq autres tellement réunis et serrés, que cela forme une nageoire sans aucune flexibilité. Le poisson ne peut pas abaisser ou fermer son anale, ainsi que tous les autres poissons le font de leurs nageoires. Mais les les rayons qui suivent, quoique peu écartés les uns des autres, sont tout à foit mous : ceux-ci sont au nombre de neuf. La caudale a tous ses rayons mous et flexibles; elle est fourchue.

B. 8; D. 14—0; A. i2; C. Ti ; P. 19; V. 8. Le museau de ce poisson est assez aigu ; la mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure; ses branches sont larges et un peu arrondies. Quand la bouche est fermée les deux branches se touchent en-dessous; elles se séparent d'ailleurs facilement l'une de l'autre auprès de la symphyse, ce qui arrive si fréquemment qu'on doit y fliire attention pour ne pas prendre cette disposition comme un caractère de ces espèces de poissons. Les intermaxillaires sont assez petits : placés à l'extrémité du museau et ils s'étendent en une pointe courte le long du bord inférieur du maxillaire. Cet os est libre dans près-

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que toute sa longueur ; mais il s'articule avec les inierinaxillaires de la même manière que dans les Eperlans, au lieu d'avoir une articulation semblable à celle des truites. Les os sont minces, mais résistants. Leurs dents sont excessivement fines, serrées et pointues sur un seul rang. Je ne crois pas qu'on puisse leur donner le nom de dénis en velours. Il y a au^si une rangée de petites dents coniques, situées en travers sur le chevron du vomer; il y en a d'autres un peu plus petites sur l'extrémité du palaiin et une rangée sur le bord interne du ptérygoïdien. La langue est armée de dents un peu plus longues, coniques, disposées sur une plaque elliptique qui porte en outre une ou deux rangées longitudinales et intérieures. On voit donc que la dentition des capelans offre une disposition très-voisine de celle des éperlans. Les écailles sont très-petites, très-molles ; celles du dos et des flancs sont semblables, ainsi que celles de la partie moyenne et inférieure du ventre j mais il y a le long de la ligne latérale et le long d'une carène, qui va de la pointe de la pectorale à l'insertion de la ventrale, une suite d'écaillés oblongues, très-molles, étroites, qui semblent à cause de la liberté de leur partie nue, former une espèce de villosité le long de ces deux lignes. Les écailles qui couvrent le pédoncule de l'anale, sont plus grandes que celles du tronc, et elles sont disposées sur des bandelettes un peu différentes. JN'ous avons compté deux cents rangées transversales le long des flancs. La couleur de certains individus est tellement rembrunie au-dessus des villositcs des flancs que le dos paraît

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quelquefois noirâlre, lorsqu'ils ont été longtemps conservés dans l'alcool. Lorsqu'ils sont frais, le dos est d'un vert cuivré, rembruni; la tête est cendrée. Les opercules sont noirs. Au-dessous de ces villosités, le corps brille d'une couche argentée éclatante comme ce métal le mieux poli. Les nageoires paires ont le bord foncé, le reste est verdâtre.

La femelle me paraît avoir la mâchoire inférieure un peu plus longue. L'anale, qui est basse et courte, a tous ses rayons semblables, grêles, mous et branchus. Elle n'a point d'écaillés prolongées et formant les villosités si singulières du mâle; elle me paraît d'ailleurs beaucoup plus petite.

Les viscères de ce poisson ressemblent en général à ceux des autres saumons. L'estomac est un long cul-de-sac avec une branche montante, assez épaisse; les appendices cœcales sont très-courtes. L'intestin, qui est assez large , se rend sans faire de repli à la papille de l'anus. La vessie natatoire communique avec l'œsophage; elle est simple, ses parois sont argentées. Il y a deux laitances chez le mâle, mais l'ovaire est unique chez la femelle. Les œufs tombent dans la cavité abdominale de la même manière que dans nos autres salmonoïdes.

Les mâles sont beaucoup plus grands que les femelles; nous en avons qui ont plus de sept pouces de longueur, tandis que nos femelles n'en ont généralement que six. Nous comptons soixante-huit vertèbres dont quaiante-trois sont abdominales.

Les côtes sont excessivement fines; chaque apophyse épineuse a aussi sa petite arête horizontale.

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Les inlereplneux de la dorsale sont irès-grêles; ceux de l'anale sont au contraire gros et élevés; ils contribuent par leur longueur à donner à cette partie postérieure du tronc, la hauteur que nous avons signalée dans la description extérieure. L3 dessus du crâne est lisse; il devient creusé de gouttières caverneuses entre les yeux; il y a sur les côtes des petits trous mastoïdiens.

Nous avons reçu de nombreux exemplaires de cette espèce par M. Despreaux, commandant à Terre-Neuve en 1829. M. Petit nous en a aussi donne plusieurs. Nous en avons un exemplaire venant du Groenland, que M. le professeur Eeinhart a bien voulu nous envoyer. Notre collègue 5 M. Alex. Brongniart , en a rapporté des exemplaires lors de son voyage en Norwège : enfm, M. d'Orbigny, de La Rochelle, et M. Bâillon, d'Abbëville , s'étaient procurés des Capelans par les pécheurs terreneuviens de ces ports, qu'ils ont l^ien voulu aussi donner à la collection du Jardin du Boi.

Cette espèce a commencé à paraître dans le Prodrome du Fauna danica sous le nom de Clupea villosa. Olaiis ' , dans son Voyage en Islande , en a donné une figure sous le nom de Lodna. Très-peu de temps après, Othoii Fabricius jugea beaucoup mieux des affinités

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