Wulf, p. .36, n
'2. Duhamel, Pcchc, 2/ partie. S- 4, pi. 14.
ces questions; mais pour ne pas quitter l'auteur qui nous occupe, il est évident que Bloclî a fait une grande confusion en donnant rOxyrynque sous le nom de Salmo lavaretiis. Ce même ichthyologiste recevait du docteur Wartmann , lun de ses correspondants établi dans le pays de Saint-Gall, une Corégone de la Suisse, qu'il a figurée sous le nom ÙG Salmo PVartmanni f i)\imche io5. Que l'on examine cette ligure , on verra qu'elle est une des plus inexactes que Bloch ait insérées dans son Ichtbyologie. Cependant le dessin que j'ai pris à Berlin d'après les individus de Bloch, me fait croire qu'il a plutôt examiné le Lavaret que toute autre espèce suisse, et cependant il ne devrait pas alors lui donner le nom d'Ombre bleu, cette dénomination convient mieux à la Fera.
M. de Lacépède a accepté le genre des Corégones et y a inscrit dix-neuf espèces. Il accepte les espèces de Bloch et de Linné, il y ajoute celles de Pallas, sans apporter, comme à son ordinaire , à l'examen des différents synonymes ou des matériaux qu'il emploie, la moindre critique. Son Corégone Muller est une Scopèle; son Corégone rouge est un Saurus. Le Coregonus imibra est une mauvaise répétition du Thymale, et il reprend, d'après
Linné, un Coregonus oxjjynchus , qui a donné lieu aussi à un second double emploi, puisquil l'a répété comme un genre, dis linct sous le nom de Tripteronote.
Ces difficultés ont laissé beaucoup d'incertitude dans les descriptions que les auteurs les plus récents nous ont données des poissons de la Suisse. Ainsi M. Nening, dans la description des poissons du lac de Constance, a cherché à retrouver le Sahno marœna. Il a une autre espèce, Sahno marœna média , et enfin un Sahno FFartmanni ; mais j'avoue que je n'ose rapporter ces déterminations à aucune de nos Corégones.
M. Hartmann ne me paraît pas avoir pu distinguer le Lavaret et les différentes autres espèces des lacs de son pays. Il confond avec la grosse Marène de Suisse la Palée des lacs de Neufchâtel et de Morat, et la Fera du lac de Genève. Sous le nom de Salmo marœna média il désigne le Kilchen ou le Kirclifisch du lac de Constance, et il y rapporte le Biitz ou le Husen du lac supérieur de Zurich, ou le Halhken du lac des Quatre-cantous. Puis il a un Sahno marœnula pour comprendre le Gang-Jîscli ou le Weissgang-jlscli du lac de Constance, l'Albule du lac de Zurich, des Quatre-cantons et de plusieurs autres lacs de
Suisse , et il croit que la Bezole ou la Gravenche de la Suisse française, est le même poisson que la petite Marène des Allemands. Puis vient un Salmo aïbula qui serait, selon lui, le Hœgling du lac de Brientz et le Nacht- Jîscli de celui de Lucerne. Or, il n'y a pas en Suisse un seul Salmonoïde qui ait la mâchoire inférieure plus longue que la supérieure. Enfin il croit que le Blaufelchen de Wartmann , devenu Salmo FFartnianni dans Blocli, est l'adulte d'un poisson que les Suisses du lac de Constance appellent, dans sa première année, Seelen ou ffeuerling , et encore Meidel ou Midelfisch ; dans la seconde, Stûhen; dans la troisième, Gan^-Jîscli ou prôner Gang-fisch; dans la quatrième, /?dA?Ae7i,- dans la cinquième, Halhfelch; dans la sixième, Dreyer; dans la septième et dans les années suivantes, Felchen ou Blaufelchen. Il donne encore d'autres noms des provinces voisines des lacs de Thun, des Qualre-cantons, etc., et enfin il croit que la Palée des lacs de Genève et de Neufcliâtel n'est autre que ce poisson. Beaucoup de ces noms ont été pris dans Gesner; il est fâcheux qu'un naturaliste, établi dans ce pays, et qui a fait de si bons travaux sur l'ichthyologie de la Suisse, n'ait pas mieux déterminé les espèces de son pays.
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Celte revue générale dous permet maintenant de chercher à rapporter à quelques-unes de nos espèces les différentes citations ou les principaux traits de mœurs que nous trouverons dans les ouvrages de nos devanciers.
La CoRÉGONE Lavaret.
{Coregomis Lavaretus, Cuv.)
Le poisson, bien connu on Suisse sous le nom de Lavaret, et que les habitants de nos provinces de l'Est désignent plus spécialement sous le nom de Lavaret du lac de Bourget, est un poisson qui a la forme générale de nos Ables, mais son adipeuse Ten distingue. .
Le corps est régulièrement et élégamment allongé. Le profil du ventre est un peu plus convexe que celui du dos. C'est surtout entre les venirales et les peciorales que la saillie abdominale est la plus grande. La hauteur du tronc est comprise cinq fois et quelque chose dans la longueur totale. La tête est un peu plus courte, d'un neuvième ou d'un dixième de cette hauteur. Le mUvSeau est gros, arrondi, tronqué. Il ne fait point saillie à l'extrémité audevant de la mâchoire inférieure. Les intermaxillaires sont petits et assez hauts : ils sont assez fortement unis par des ligaments fibreux aux maxillaires, qui passent un peu derrière eux. Ceux-ci sont courbés, couchés sur les côlés de la joue; un petit osselet
supplémentaire élargit l'extrémité inférieure de l'os, et monte derrière lui en une petite apophyse courte et pointue. La mâchoire inférieure s'abaisse sous la supérieure, en faisant faire un mouvement de bascule aux os de la supérieure, mais dans ce mouvement l'ouverture de la bouche reste toujours petite. Aucune partie de la bouche n'a de dents. La muqueuse de la langue est couverte de villosilés fines, mobiles, et les papilles recouvrent aussi les pharyngiens et l'artère de l'œsophage. L'œil est éloigné du bout du museau d'une longueur égale à son diamètre, lequel mesure le quart de la longueur de la tête. L'intervalle qui sépare les deux yeux égale une fois et demie ce diamètre. Un sourciller peu mobile recouvre cet organe, dont la pupille a en avant ce rétrécissement anguleux dont Artedi a tiré le nom de ce genre. Les osselets sous-orbitaires sont nombreux dans les Corégones. En effet, nous en trouvons un premier étroit, allongé, un peu anguleux du côté de la narine; cette pièce est couchée au-dessus du maxillaire : elle est suivie d'un second petit osselet à peu près rectangulaire, et qui atteint, sous l'œil, à l'aplomb du centre de la pupille; et au delà de ces deux os commence l'arc formé par les autres sous-orbitaires au nombre de huit, mais disposés sur deux rangs. C'est le seul exemple que je connaisse d'une double rangée de sous-orbitaires dans les poissons. Ceux de l'arcade inférieure sont plus grands que les supérieurs. La joue se trouve presque entièrement cuirassée par cette double rangée d'os qui s'appuie jusque sur le limbe du préo-
percule. Celui-ci est un peu caverneux et a son bord arrondi. Nous voyons derrière lui un opercule trapézoïde qui porte dans son milieu un petit sillon oblique qui semble diviser en deux pièces cet opercule. La suture du bord inférieur est très-fortement marquée avec la réunion du sous-opercule, qui est large et arqué , et enfin un assez grand interopercule forme entre celui-ci et le préopercule une grande pièce triangulaire, en même temps que le corps principal de ce quatrième os operculaire s'engage et se cache presque entièrement sous le bord inférieur du limbe. Les ouïes sont très -largement
fendues; le bord membraneux est étroit. Il y a huit rayons à la membrane branchiostège. La dorsale est à peu près au milieu de la longueur du corps, en exceptant la caudale. Elle est pointue, haute de l'avant. L'adipeuse est couchée sur le dos de la queue : elle a quelques petites écailles à sa racine. Les ventrales sont très -larges et répondent à peu près à la moitié de la dorsale. Les pectorales sont un peu plus étroites, mais elles sont plus longues que les nageoires abdominales. L'anale est petite , échancrée; la caudale est fourchue.
B. 8; D. 16-0; A. 15; C. 31; P. 16; V. 12. Tout le corps est couvert d'écaillés régulièrement disposées jusque sur le pourtour de la ceinture humérale, mais au-devant toute la partie de la peau qui va se joindre à l'isthme, et qui est recouverte par la membrane branchiostège quand les ouïes sont fermées, est nue. Ces écailles sont petites et leur partie radicale est moins grande que la portion
nue. Je n'y vois que des stries concentriques rapprochées. La ligne latérale est marquée par une série de petits traits à peu près par le milieu de la hauteur, et sur des écailles qui ne diffèrent pas beaucoup des autres.
La couleur de ce poisson, conservé dans l'alcool, est un gris perlé à reflets argentés au-dessus de la ligne latérale. Le ventre est blanc avec quelques lignes de reflet, le tout est glacé d'argent. Les nageoires, grises, ont leur extrémité noirâtre.
Les viscères ressemblent beaucoup à ceux des Ombres. Le foie est très-petit : ce n'est qu'un petit lobe arrondi, situé presque en entier dans le côté gauche sous le diaphragme. La vésicule du flel est grosse, arrondie, assez adhérente au foie et située tout à fait en avant. L'œsophage commence par être assez musculeux : il se rétrécit et ses parois s'amincissent au-dessus de la courbure de l'estomac ou de la branche montante, qui devient épaisse et charnue. L'intestin fait une seule courbure, conserve un diamètre assez large et se rend droit à l'anus. A son origine , le duodénum est entouré d'un nombre considérable de cœcums gros et courts. La rate est allongée , mais étroite. La^ vessie natatoire est aussi grande que dans les Thymales; elle occupe plus de la moitié de la cavité abdominale; elle communique avec l'intestin, dans le haut de l'œsophage, par un large canal.
Le squelelte,montre que ce poisson n'a pas autant d'arêles que le Thymale, car celles qui sont insérées à lu base des apophyses montantes des ver-
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tèbres sont plus courtes, et je n'en vois pas audessus des côtes. La colonne vertébrale est composée de soixante vertèbres, dont trente-cinq portent des côtes. Le crâne se rapporte à celui des autres Salmonoïdes par ses grands trous sous-mastoïdiens. Il y a une longue carène sur la ligne médiane et deux autres de chaque côté sur les frontaux principaux.
L'exemplaire qui a servi à ma description est long de quatorze pouces et demi. Il a été rapporté de Genève. Nous en avons reçu d'autres, du lac de Bourget, par M. de Candolle. M. May or nous en a envoyé du lac de Zug, M. le D."^ Reisseissen de Strasbourg. Ce poisson avait été pris dans le Rhin, aux environs de cette forteresse. M. Coulon nous en a aussi adressé un petit exemplaire du lac de Neufchâtel.
Si je ne craignais d'introduire de nouveaux noms, j'aurais pu appeler cette espèce Corego?ius Rondeletii y parce que c'est elle que cet auteur ' et Belon ont très-probablement désignée dans leur chapitre sur le Lavaret, mais en laissant toutefois de côté les figures. C'est là le poisson que Cuvier a indiqué dans le Règne animal sous le nom de Lavaret, et je l'appelle Salmo FFartmanni , Cuvier, parce
1. Rondelet, De fisc, iacust. , liv. ch. XVI et XVII, p. 162 et 163.
CilAP. VIII. CORÉGONES. 471
que notre illustre maître a donné au nom de Biocli une signiQcation spëcidque précise que l'auteur allemand n'avait pas su atteindre, puisque sa figure et sa synonymie sont trèsmauvaises.
M. Jurine a comparé avec soin le Lavaret à la Fera, et il distingue le premier par sa tête plus petite et plus cunéiforme. Le Lavaret a le nez mieux prononcé, les tubérosités nasales plus apparentes, et la lèvre supérieure coupée plus carrément^ le cou est plus effilé; les nageoires sont moins grandes; les écailles sont plus petites et en plus grand nombre. Les deux poissons ne fraient pas à la même époque. Le Lavaret dépose ses œufs sur les bords du lac, et la Fera dans sa profondeur. Le goût de la chair est aussi différent. M. Jurine dit que les Lavarets meurent si promptement , c[u'on a essayé vainement d'en transporter du lac de Bourget dans celui d'Annecy; ils périssaient avant d'y arriver, quoiqu'on eût l'attention de renouveler l'eau du tonneau qui les contenait. 11 croit que le Lavaret se trouve dans le lac de Constance , mais non dans celui de Zurich. L'adulte est le Blaufelchen de la Suisse allemande, et le jeune âge s'y nomme Gang-fisch. Il regarde la Palée blanche du lac de Neufchâtel comme identique au Lavaret,
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et les exemplaires de M. Coulon confirment cette observation.
La Fera.
( Coregonus fera , Jurine. )
La Fera, qui séjourne pendant toute Tannée dans le lac de Genève et dont M. Jurine* nous a donné une très-bonne figure, est une espèce voisine du Lavaret, mais elle s'en distingue
par un corps plus élevé ; car la hauteur n'est que qualre fois et un tiers dans la longueur totale. La tête de la Fera est plus petite que celle du Lavaret. L'intervalle qui sépare les yeux est un peu plus bombé. La dorsale est moins haute 3 les ventrales sont plus courtes. Les écailles paraissent un peu plus grandes.
B. 8; D. 15; A. 16; C. 31; P. H; V. 13. Les couleurs des poissons conservés dans l'eaude-vie ne paraissent pas différer beaucoup. M. Jurine dit que le dos est d'un gris brun à reflets jaunes mêlés de verdâtre ou de bleuâtre sur les côtés ; que les écailles, argentées, sont encadrées d'un léger pointillé noirâtre. Les nageoires prennent, à l'époque du frai, une teinte rose. Le dessus de la tête est jaune verdâtre, pointillé d'un olivâtre que l'âge