Jtiihic, Poissons du lac de Genève,, pi
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colore de plus en plus. Il faut remarquer que la troncature du nez est la même dans la Fera que dans le Lavaret.
Les viscères de la Fera différent très-peu de ceux du Lavaret, et il en est de même du squelette; car j'y trouve le même nombre de vertèbres , la même absence d'apophyses horizontales aux côtes. Le crâne est cependant un peu diff'érent; la crête moyenne est un peu moins forte et il n'y en a que deux de chaque côté.
La description a été faite d'après des Feras longues de quatorze à quinze pouces, qui ont été envoyés de Genève au Cabinet du Roi par M. de Candolle.
On pêche ce poisson h peu près pendant toute l'année, mais surtout en été. Il se tient ordinairement entre Sécheron et Vézenar, sur un banc de glaise recouvert de cailloux, s'étendant un peu du côté de Genève, et appelé le banc de Travers. Les Corégones qu'on y pêche sont les plus estimées , et aussi les nomme-t-on Feras de Travers.
On en prend aussi beaucoup à Evian. Il y a souvent quatre-vingts barques réunies vers les neuf heures du soir pour les pêcher pendant la nuit, sans lune, car s'il fait clair, la Fera voit le filet et saute par dessus. Ces barques sont montées par quatre hommes vigoureux, qui doivent avec adresse retirer la
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nappe trcs-promptenicnt. Une barque peut, clans une bonne pèche, prendre jusqu'à deux cents livres de Feras. On les porte dans toutes les villes, situées sur le lac, dos le matin, car on n'estime dans ces endroits que ce qu'on appelle les Feras de nuit.
C'est un poisson blanc qui ne pèse guère plus de deux à quatre livres; sa chair est délicate, mais si facile à se corrompre, qu'elle ne peut supporter le transport. On la mange fraîche et on ne la sale point. ^
A ces détails, qui nous ont été communiqués par M. de Candolle, M. Jurine en ajoute d'autres dans l'excellente histoire qu'il a donnée de ce poisson. Il a fait voir que les nombres des rayons varient considérablement dans presque tous les individus, puisqu'il trouve des pectorales qui ont tantôt douze et tantôt dix-huit rayons; les ventrales onze et treize. Il démontre que la Fera appartient essentiellement aux eaux du lac, puisqu'il croit qu'elle n'est pas connue dans le Valais et qu'on n^n prend pas dans les nasses de Genève. Cela me fait penser que le poisson figuré par Duhamel n'est pas, comme je le suppose, une Fera; ce serait alors une mauvaise figure du Lavaret. Cependant je ne puis croire qu'une erreur d'un dessinateur ait conduit à donner
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un trait si semblable à celui d'un poissou qu'il n'aurait pas eu sous les yeux. Quand la Fera est retirée dans les profondeurs du lac, sa chair est moins bonne. Elle commence à frayer sur les bas-fonds vers le 12 ou le 1 5 février. Au commencement de juillet les Feras quittent le banc de Travers pour remonter les deux rives du lac ; elles alimentent alors la pèche sous Coppet, Morges, Meillerie, etc. Elles sont si délicates qu'on peut à peine les garder un jour en réservoir. Déjà, au bout de quelques heures, leurs yeux commencent à blanchir. Outre la Fera du Travers, on dis lingue encore le poisson des bas-fonds sous le nom de Fera blanche; celle qui se tient à la surface pour se nourrir de moucherons, sous le nom de Fera verte. Quand les Feras dépassent le poids ordinaire que nous avons indiqué plus haut, qu'elles ont atteint dix-huit pouces de longueur et un poids de six livres, on dit qu'elles rivalisent avec les meilleurs poissons du lac pour la saveur et la délicatesse de la chair.
M. J urine a fait connaître une maladie singulière de ces Feras, qui consiste dans un développement de tumeurs plus ou moins grosses et irrégulièrement disséminées sous la peau. En disséquant avec précaution, on met à découvert un sac mince et blanc, rempli
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d'un liquide semblable à de la crème et qui n'a ni goût ni odeur. Les chairs environnantes sont violettes et décomposées ; les os sont complètement mis à nu. M. Jurine a compté jusqu'à treize tumeurs sur le corps d'un de ces poissons; les plus grosses étaient du volume d'une noix. Je m'étonne que le médecin distingué à qui nous devons ces observations, n'ait pas trouvé dans ces tumeurs des helminthes. Ce que j'ai observé des tubercules vermineux, si fréquents dans les épiploons du chevalet dans d'autres mammifères, ressemble tellement à la description que M. Jurine a donnée de ces tumeurs, que j'ai tout lieu de croire que de nouvelles recherches feront découvrir un Str ongle ou plusieurs Spiropieres, voisins sans doute du Spiroptera sanguinolent a.
M. Jurine a essayé de distinguer les différents poissons des lacs de Suisse qui ressemblent à la Fera, et dont la nomenclature est encore fort incertaine. Nous avons rapporté plus haut les caractères qu'il assigne au Lavaret. Il dit que la Fera se nomme à Constance W eissfelclien f et à Zurich Blauling ou Bral-- Jîsch.
La Palée.
(Coregomis Palea^ Cuv.)
Nous devons aux soins de l'illuslie botaniste que nous avons cité plus haut, les Palées du lac de Neufcliâtel. Les poissons que nous avons reçus sous ce nom, ont une forme assez différente des Feras du lac de Genève.
Toute la partie du dos comprise entre la nuque et la dorsale est beaucoup plus soutenue, beaucoup plus arquée que dans la Fera. La partie du tronc qui suit la dorsale est plus allongée, d'où il résulte que malgré la plus grande courbure de la portion antérieure du dos, la hauteur n'est comprise que quatre fois et un tiers dans la longueur totale, comme dans la Fera.
La tête de la Palée est sensiblement plus petite, du sixième de la longueur totale. Le bord du préopercule descend plus droit; l'interopercule a son angle postérieur plus aigu. L'extrémité du museau est un peu plus saillante. Les écailles sont plus nombreuses et disposées sur les flancs par séries longitudinales plus distinctes.
B. 8; D. 16 — 0; A. 15; C. 31; P. 16; V. 13. Nous comptons de quatre-vingt-cinq à quatrevingt-dix rangées d'écaillés le long des flancs. Enfin les teintes sont beaucoup plus rembrunies. Les ventrales et l'anale sont presque noires.
Les individus que nous devons à M. de
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Candolle sont longs de quinze h seize pouces. Il dit que cette espèce parait dans le lac de Neufcliâtel en janvier et en février.
Elle a beaucoup d'analogie avec la Fera et la Gravencbe, car ses formes approchent de la première espèce, et ses mœurs ressemblent davantage à celles de la seconde. En effet, elle habite le fond du lac pendant dix ou onze mois de l'année, mais au mois de novembre elle s'approche des bords, et alors on en prend un grand nombre. Elle aime les fonds caillouteux. On la mange fraîche, et on en fait aussi des salaisons qu'on expédie en Suisse et même à Fétranger. M. de Lacépède, qui n'a connu ce poisson que par des notes de Noël de la Morinière, l'a confondu avec le Lavaret. Le beau travail publié par M. Vogt sur lembryologie des Salmones, est le résultat d'observations laites sur les œufs et fembryon de la Palée. M. Agassiz a observé que l'on peut en conserver les œufs dans des vases remplis d'eau , si on a soin d'agiter de temps en temps cette eau avec de petites verges. Ce mouvement empêche les œufs de se couvrir d'une petite mucédinée blanche, dont le développement les fait bientôt périr.
chA'^. viit. corégones. ^79
La Gravenche.
{Coregonus hjemalis, Jurine. ')
Le lac de Genève nourrit encore une autre espèce de Corégone voisine des précédentes, mais que les pécheurs et les gens du pays savent très -bien distinguer sous le nom de Gravenclie.
Le poisson me paraît plus arqué que les précédenis, parce qu'il a tout le dos régulièrement convexe. Les nageoires pectorales et ventrales sont plus larges que dans les précédents; le museau est un peu plus saillant au-devant de la mâchoire inférieure. Du reste ce sont les niâmes formes; une ressemblance assez frappante existe entre les viscères. Les petites écailles me paraissent ressembler plus à celles du Lavaret qu'cà celles de la Fera. C'est surtout la pectorale qui est proportionnellement plus grande que celle de la Fera,
Nous avons examiné six exemplaires de cette espèce qui nous ont été envoyés de Genève par M. de CandoUe.
Le Cabinet du Roi en a reçu aussi un exemplaire par M. Temminck, qui l'a donné à M. Cuvier en revenant de Genève.